PARIS LIBRAIRIE ORIENTALISTE PAUL GEUTHNER
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PRÉFACE
Le deuxième volume de la Préhistoire orientale #raite principalement de l'Égypte. Jacques de Morgan fut directeur des antiquités d'Égypte de 1892 à 1897. Il y accomplit une œuvre considérable, organisant les musées et. restaurant les édifices, explorant des sites Jjusqu'alors négligés et publiant les résultats de ses recherches.
Ses découvertes capitales sont exposées dans deux volumes épuisés et presque introuvables aujourd’hui : Recherches sur les Origines de l'Égypte. I. L'âge de la pierre et les métaux (Paris, 1896) ; Il. Ethnographie préhistorique et tombeau royal de Négadah (Paris, 1897). C’est dans ces ouvrages que J. de Morgan prouve, d’une manière définitive, Pexistence d'un äge préhistorique pendant lequel, en Épypte comme ailleurs, Les outils et les armes de pierre étaient seuls utilisés. Il montre qu'à une époque paléolithique caractérisée par des outils du type chelléen a succédé, dans la vallée du Nil, une longue et brillante période néolithique pendant laquelle la taille des silex atteignit une perfection nulle part dépassée. Si cette découverte de premier ordre n’est plus contestée aujourd hui, elle rencontra, en 189,6, d'ardents détracteurs (1) au nombre desquels on a le regret de compter l’éminent ésyptologue Maspero. La lutte fut chaude et je n'en veux pas rappeler les péripéties ; qu'on me permette seulement de transcrire ces quelques lignes de Salomon Reinach: J. de Morgan …. publia le premier volume de ses Recherches, monument de pénétration et de clairvoyance, fondement de
toutes les études ultérieures à ce sujet. « Mon opinion, dit-il, ne fut cri-
(1) Par contre, les marques d'approbation ne firent pas défaut. J. de Morgan les rappelle dans la préface du second volume de ses Recherches :
« Les naturalistes, les anthropologistes, les préhistoriens acceptèrent presque tous, sans restrictions, mes conclusions...
« Chez les égyptologues, les opinions furent diverses. Eu Allemagne, mes interprétations furent
admises par les savants les plus autorisés... En France, l'opinion fut, à peu de choses près, lamème. Mes écrits ne furent critiqués qu'indirectement ; quelques phrases incidentes seules montrent, en des termes sur lesquels je ne veux pas insister, que mon opinion n'était pas alors partagée par tous les égyplologues.…. »
VI , PRÉFACE
tiquée qu'indirectement en des termes sur lesquels je ne veux pas insister. » Il s’agit d’un artiele plein de fiel que Maspero publia dans la Revue critique du 15 février 1897, à propos de Pouvrage de Petrie et Quibell, Negada and Ballas (1906). Alors que Petrie attribuait les tombes préhistoriques à des étrangers qui auraient envahi l'Égypte entre la VIe et la XIe dynastie, Maspero refusait de situer exactement dans le temps ces prétendues invasions : il fallait voir là les traces de Bédouins nomades qui, de tout temps, avaient fait des incursions en Égypte... En présence d’une découverte capitale qu’il était peut-être marri de n’avoir point faite, un savant de génie comme Maspero ne craignait pas d’en accuser l’auteur d’ignorance... Ces polémiques sont heureusement éteintes et c’est le nom. de J. de Morgan qui en sort grandi.
On trouvera, dans ce second volume de la Préhistoire orientale, outre l’étude du préhistorique de la vallée du Nil, l’exposé de la théorie de J. de Morgan sur l’origine chaldéenne de la civilisation pharaonique, théorie qui n'est pas acceptée par tous les savants et dont bien des données, d’ailleurs, peuvent être contestées. Un chapitre important est consacré aux industries de la pierre en Tunisie où J. de Morgan fut le premier à distinguer, en 1907, sous le nom de Capsien, une culture particulière qui semble occuper, dans l'Afrique mineure et le Sahara, toute la période séparant le Paléolithique du Néolithique.
La réunion des clichés destinés à l'illustration a considérablement retardé la publicatian de ce second volume et je m'en excuse. Comme dans le premier, je me suis seulement permis quelques corrections matérielles, m'efforçant, avant tout, de respecter scrupuleusement la pensée de mon éminent Ami.
Louis GERMAIN.
Paris, 10 février 1926.