CHAPITRE PREMIER
L'industrie paléolithique en Égypte.
Je ne m’attacherai pas à la question des éolithes en Égypte (1,2) après ce que j’ai déjà dit de ces instruments hypothétiques d’une manière générale et, dans la vallée du Nil comme partout ailleurs, je ferai débuter l’homme au moment où sa présence est affirmée par d'indiscutables témoins.
Je dois commencer par dire que jusqu’à ce jour on n’a pas rencontré, en Égypte, de squelettes humains remontant à ces âges reculés, et que la faune pléistocène de ce pays n’a pas encore été étudiée. Cela tient à ce qu'il n’y a pas d'exploitations de graviers dans la vallée du Nil; l’existence de l’homme est donc prouvée seulement par-la présence des produits de son industrie rencontrés sur le sol.
Ces premiers habitants de l'Égypte, nous étions en droit d’en supposer l'existence, nous la connaissions même d’une manière vague ; car, déjà, quelques témoins de sa vie avaient été rencontrés sur divers points (3). On m’avait remis deux haches chelléennes ramassées sur le sol du désert,
(1) Cf. G. ScuwerixrunrTu, Rech.s. l'âge de la pierre dans la Haute-Egypte. Ann. Serv. Antiq. Égypte, 1995, t. VI, p.9-64 (Eolithes).
(2) G. ScuwEeINFURTH, Uber Altpolüolithische Manufakle aus dem Sandsleingebiet von Ober-
ägypten, Zeitschr. f. Ethnol.,l. XLT, 190), p.735.
(3) Henry W. HAyes, Discovery of paleolithic flints in upper Egypt. (Mem. of Ainer. Acad. of Arts and Sciences, vol. X, 1881, 12 janv., p. 357- 861, pl. I à VII)
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l’une à Esnèh, l’autre près des pyramides de Ghizeh. Mais c’est en 1895 et 1896 seulement que j'ai pu réunir les documents nécessaires pour établir scientifiquement l’existence du paléolithique égyptien (1). Voici ce que J'en disais alors :
Aujourd’hui, nous devons affirmer de la manière la plus positive que l’homme quaternaire a vécu dans les pays qui sont maintenant l'Égypte, ou qui se préparaient seulement à l'être. Quatre stations paléolithiques ont
Fië. 1. — Coup de poing en silex jaune, vallée des Reines (Gournah), . 3/4 de la grandeur naturelle. |
été déjà découvertes, à Thèbes, à Toukh, à Abydos et à Dahchour. Joignons-y les localités d'Esnèh et de Ghizeh, où des pièces isolées furent trouvées, nous aurons ainsi la géographie de ce que nous savons aujourd’hui de l’homme chelléen dans la vallée du Nil. ES Nul doute, pour moi, que des recherches suivies n’amènent la découverte d’un grand nombre d’autres gisements paléolithiques : car les stations que nous connaissons aujourd’hui, je les ai rencontrées dans des localités où il m'a été donné de séjourner et je n’ai pu me livrer à des
explorations continues, dans toute la partie du désert voisine du Nil.
(1} J. ne MorGaN, Rech. sur les orig. de l'Égypte. L'Age de la pierre et les métaux. Paris, 1896. Cf. chap. 1v, p. 56. : 1
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C'est dans les graviers du diluvium, et sur sà surface caillouteuse, qu'on rencontre les instruments paléolithiques ; ils ont été remaniés et probablement très dispersés, mais certains points présentent des silex taillés en plus grande abondanee que les autres. Ces points correspondent sans doute à d'anciens ateliers, à d'anciens campements, au moment où l'Égypte nourrissait dans les forêts de ses nombreux vallons et les brous-
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Fig. 2. — Silex en forme de hache, éclaté par la chaleur solaire et ne portant aucune trace de taille intentionnelle. Toukh. 3/4 de la grandeur naturelle. %
sailles de la vallée les prédécesseurs de ces hommes qui nous ont légué les œuvres les plus grandioses de l’antiquité. Free A Deïr-el-Médinet, j'ai rencontré moi-même un assez grand nombre d’éclats ; à la Vallée des Reines, M. G. Daressy, conservateur adjoint au Service des Antiquités, a trouvé sur le sol un coup de poing absolument caractérisé (lg. 1) et d’un travail aussi parfait que le sont les spécimens les plus complets de Chelles, de Saint-Acheul ou de Moulin-Quignon. Plus au Sud, sur la colline qui sépare la Vallée des Rois de celle de Deirel-Bahri, MM. Hamy et Fr. LENORMANT avaient rencontré des éclats qui ont donné lieu aux polémiques les plus vives. J'ai moi-même ramassé à la
même place un grand nombre de lames intentionnellement taillées, au milieu d’une foule d’autres, produites par l’action des agents atmosphériques. MM. Fr. LexormanT et Hamy ne s'étaient pas mépris, quand ils. assignaient à la forme de ces pierres une origine artificielle, et ceux qui soutinrent qu'eiles étaient l’œuvre du soleil étaient dans l’erreur.
Il est fréquent de rencontrer dans le désert des galets qui, sous l’action solaire, se sont éclatés. J’en ai même trouvé qui, par un curieux hasard, ont naturellement pris la forme d’une hache néolithique ébauchée
Fic. 3, — Coup de poing chelléen en silex blanchâtre ramassé à la surface du sol. Toukh. 3/4 de la grandeur naturelle.
(fig. 2). Mais, pour un œil exercé, il est toujours aisé de reconnaitre à première vue les causes de l’éclatement.
Dans les silex intentionnellement taillés, chaque éclat porte les traces du coup qui l’a levé, il possède un talon et présente à la base de sa partie plate le bulbe caractéristique de percussion. L’autre face montre toujours des arêtes, traces laissées par les éclats levés au début du travail.
Les galets éclatés au soleil, non seulement ne présentent pas ces caractères, mais montrent une série de cavités plus ou moins sphériques laissées par le départ de l'éclat ; dans ces silex, quelle que soit la forme donnée par la nature, on ne voit jamais, sur les tranches, de traces régulières de
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coup ; S'il en existe, elles sont peu nombreuses et disposées d’une manière quelconque. La confusion entre ces deux modes d’éclatement n’est pas possible.
Le gisement de Toukh se trouve sur les monticules d’alluvions (altitude environ 35 mètres au-dessus du fond de la vallée) qui s’étendent au pied de la montagne, entre les ruines du temple pharaonique ét une petite butte de Sebakh noir située presque au pied de la falaise.
Les alluvions se composent de silex arrachés à la craie ; elles sont mélangées de sable calcaire qui, dans les ravins, donne aux coupes une couleur blanchâtre, alors que les parties exposées au soleil ont pris depuis longtemps une couleur brune foncée (la patine désertique).
C'est dans les alluvions, dans les ravins et sur le dos des collines qu’on rencontre les silex travaillés ; ils sont épars au milieu de galets de toutes les grosseurs, leur nombre est peu considérable ; mais, en quelques heures de recherches, on réunit encore une série présentant des haches (coups de poing), des grattoirs, des pointes, des lames simples êt un grand
Fic. 4. — Pointes chelléennes en silex jaune. Toukh et Abydos. 1/2 grandeur naturelle.
nombre de galets portant des traces indiscutables de travail, mais ne présentant pas de formes précises.
Tous ces instruments sont taillés à grands éclats, avec une grande sûreté de main et on ne voit jamais de pièces finement retouchées.
J’ai trouvé à Toukh plusieurs haches appartenant au type chelléen ; je n’en décrirai que deux, car toutes offrent les mêmes formes, le même type de travail.
La première (fig. 3), faite de silex blond, mesure O0 m. 12 de longueur. Elle est terminée en pointe à l’une de ses extrémités, ronde à l’autre. C’est par grands éclats qu’elle a été façonnée, l’un de ces éclats ne présente pas moins de 0 m. 09 de longueur. Les coups ont été frappés
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