CHAPITRE IH
L'Égypte aux temps des industries néolithique et énéolithique. ;
De même que nous étudierons la formation du sol de la Chaldée et sa colonisation par les hommes venus de régions encore inconnues, de même nous prendrons la Vallée du Nil (4; à cette époque où toute sa région, dévastée par de formidables torrents, commençait à se relever deses désastres ; où l’immensité désertique, délivrée des inondations, se desséchait pour des milliers et des milliers d'années, sous l'ardeur d’un soleil de feu. Là où jadis homme avait vécu profitant des dons de la nature, ce n’était plus qu’un affreux chaos de vallées, de vallons, de ravins, de plateaux couverts de graviers, qu'immenses vagues de sable se mouvant avec une lente fureur, menaçant d'engloutir le téméraire qui eût osé s’aventurer dans ce vestibule de l’enfer.
Au début du Pléistocène, par suite des effondrements qui ont donné naissance à la mer Rouge et au golfe de Suez, et qui se sont propagés dans la vallée du Nil, cette vallée s’est transformée en un grand lac d’eau douce, dont les dépôts se retrouvent depuis Hélouan, jusqu’à l'Ouadi Géna, ét sur les bords mêmes de la haute vallée du fleuve. L'origine oceidentale des matériaux volcaniques qu’on y rencontre montre qu’à cette époque l’Ouadi Géna s’écoulait vers l’ouest. Le Nil n'existait pas encore, iln’a pris naissance qu’à la fin des temps quaternaires, venant superposer ses alluvions aux dépôts du grand lac pléistocène (2).
Dans une très intéressante étude qu'il vient de publier sur ses observations dans le district d’Ombos (Haute-Égypte) (3), M. En. Viaxarp nous donne un tableau très réaliste des cataclysmes qui ont pris place sur ce
(1) Cf. Les Premiers Temps de l'Égypte, parJ pE Mag. Decade IV, vol. VILL n° 4. avril 1901, p. 154- MorGax, dans le tome XX V (1922) des Monuments 161. et Mémoires de la fondation Eugène Piot (Acad. (3) En. ViGNarp, Une nouvelle industrie li- Insc. et Belles-Lettres). thique : le Sébilien (en Egypte), ds. Bull. Inst. fr. (2) Cf. E. Barron et W. F. Hume, Notes on the d'Arch. or. (Le Caire), t. XXII, fasc. II, 1923, Geology of Eastern Desert of Egypt, ds. The Geol. p. 1 sq.
LA
ss
point du territoire égyptien dont il a été à même de relever l’histoire géo-
logique aux temps quaternaires. Je ne puis mieux faire que de reproduire presque ë2 extenso ces lignes, qui permettront an lecteur de se faire une idée très claire des phénomènes à la suite desquels la vallée du Nil a pris l’aspect qu'elle présente aujourd’hui.
La plaine d'Ombos {1) est située dans la cuvette d’un vaste lae qui, au début du Quaternaire, recevait du Sud les eaux du Nil, 40 kilomètres environ en aval d'Assouan ; de l'Est, deux affluents, le Ouadi Chaït et le Ouadi Kharit, descendant des montagnes qui bordent la mer Rouge, alimentaient aussi ce lac; au Nord, le Gebel Silsileh en formait le seuil.
Les galets et cailloutis arrachés aux montagnes d’Assouan et à celles du désert arabique amorcèrent le comblement de la cuvette. Les sables, puis les limons, se déposèrent en conches plus ou moins horizontales et formèrent, au niveau de Kom Ombos, un dépôt d’alluvions de plus de 20 mètres d'épaisseur.
En même temps que les cailloutis et les limons emplissaient le fond du lac, les eaux s’écoulaient par trop-plein des parties les moins élevées des bords de la cuvette du Gébel-Silsileh.
Peu à peu l’eau se traça un chemin, usant les roches, rongeant les couches de Ia montagne, limant lentement le seuil qui retenait son élan, jusqu’au jour où un point céda, permettant le passage d’une masse d’eau formidable qui, renversant tout sur son chemin, bouleversa la région inférieure, On voit encore les traces de ce cataclysme dans le chaos de roches et de blocs épars qui longent la ligne de chemin de fer depuis Kagoug jusqu'à Edfou.
Certainement la rupture du barrage de Silsileh fut un phénomène important pour les terres situées en aval de ces collines, mais ce n’est pas là seulement que se sont produits de pareils cataclysmes dans les régions aujourd’hui désertiques del Égypte comme dans celles de PAsie. Grâce aux observations locales de M. Ep. Vianarp, nous assistons aux événements sur un point bien défini, mais, partout où il y a eu possibilité de retenue d’eau, partout où des affluents pliocènes ou quaternaires du Nil sont descendus des montagnes aujourd’hui asséchées, les mêmes faits se sont produits, avec une intensité plus ou moins grande, à des époques différentes. À peine peut-on se faire une idée de la puissance des eaux lors de la rupture du barrage d’Assouan et de toutes ces digues naturelles dont la position nous est fournie par les nombreuses cataractes de la Nubie; que penser du flot qui a creusé le Bahr-Béla-Mà ? Et ces barrages, ces réserves
(4) Kom Ombo, province d'Assouan,est à 840 ki- äédié aux dieux Sobek et Haroëris, monument lomètres du Caire, à 165 kilomètres de Louxor; qu'en 1391-1892 j'ai déblayé et consolidé. Cf. Mo-
il était jadis le chét-lieu du Nôme Ombite. On y numents et inscript. de l'Egypte antique, 1° sér., voit les ruines d'un célèbre temple ptolémaïque Der 189500. III, 1907
34 PRÉIHSTOIRE ORIENTALE
d’eau, nous soupçonnons à peine leur existence, ce n’est qu’à la suite d’études locales faites par de bons géologues séjournant longtemps dans le pays que nous parviendrons à nous instruire.
Les deux affluents du Nil dont M. En. ViGnarp a relevé les confluents anciens dans la région de l'Est, l’'Ouadi Chaït et l’Ouadi Kharit, drainaient les eaux d’une surface de plus de 20.000 kilomètres carrés. Les dépôts qu’elles ont laissés au « Burg-el-Makkasin » nous font penser que la rupture du barrage de Silsileh a dû se produire à deux époques différentes.
Tout d’abord, pendant la période la plus ancienne, le lac, empli jusqu'au niveau du col le plus bas du seuil, devait recevoir un énorme volume d’eau. Les amas de galets roulés qui recouvrent le « Burg-el- Makkasin » ont, en effet, été enlevés aux montagnes du désert arabique et entrainés jusque-là par les courants des deux affluents du Nil, mais à la suite de cette rupture l’asséchement ne s’est pas immédiatement produit, les eaux s’étendirent sur la plaine d’Ombos, formèrent un vaste lac aux bords marécageux duquel se développèrent des tourbières très étendues qui gisent aujourd’hui sous les sables.
C’est après ces événements qui correspondent à la période de l’industrie paléolithique (sensu stricto) que la vallée du Nil a pris J’aspect qu’elle possède de nos jours. Aux phases chelléo-acheuléennes a succédé une culture de type initial moustiérien, mais qui se modifie peu à peu pour devenir régionale en offrant des caractères particuliers qui, jusqu’à la fin du paléolithique, vont en s’accentuant de plus en plus. C’est pour cette industrie locale que M. En. Viexarp propose, avec grande raison, semblet-1l, le nom de SéBiLiENNe, du village de Sébil, localité du centre de ses études.
Ce n’est pas seulement à la surface des alluvions, qu'aux environs d’Ombos se rencontrent les instruments paléolithiques; on les trouve, comme dans le voisinage du Caire (Bovier-LaPierRE), dans l'épaisseur même des couches alluviales montrant, par leur présence, que les cataclysmes décrits par M. En. Viexarp ont eu lieu alors que l’homme paléolithique (sensu stricto) vivait dans les pays du Nil.Le caractère local de l’industrie sébilienne est affirmé par la nature des matières premières employées pour la confection des instruments. « La plupart des outils, dit M. Ep. Vi- GNARD, sont en diorite, en roches porphyroïdes, en grès ou en quartz; la proportion des instruments de silex est très minime. » Ces roches, qu’on rencontre dans les alluvions, ont été apportées par les eaux d’Assouan et des montagnes de la chaine arabique où les affluents du Nil prenaient leur source, et le fait que plus au sud, dès Edfou, l’outillage paléolithique est presque entièrement fait de silex montre péremptoirement qu'à cette époque
fab nes ai dé
les hommes vivaient très isolés, sans relations entre tribus. Dans ces conditions, on est en droit de se demander si le Sébilien n’est pas un facies très localisé de la fin du Moustiérien, tout comme l’est le Proto-Solutréen de la province de Constantine de M. Maurice Reyaasse (1).
Mais après le trouble apporté dans les conditions de la vie par les eaux déchainées, après la dévastation de ces pays fertiles et bien arrosés, couverts de lacs,-de forêts, d’herbages, dans lesquels vivaient les hommes des industries paléolithiques, l’aspect du sol se modifia du tout au tout, et de nouvelles populations purent venir s'installer dans l'Égypte transformée.
Un grand fleuve bienfaisant, venant des confins de la terre, traversait dans toute sa longueur cette grande désolation. Dans sa colère, alors que les eaux semblaient avoir résolu d’anéantir jusqu’au sol lui-même, le Nil avait creusé son lit, large sillon profond, encaissé de falaises abruptes et il coulait avec toute l’ardeur de sa jeunesse, ne sachant pas encore fixer son lit, s’élançant à droite, à gauche, abandonnant aujourd’hui son chemin d'hier, rejetant sur ses bords, dans son lit même, les débris des obstacles qui osaient entraver son cours, creusant de nouveaux passages dans ces bancs mêmes de graviers qu'il avait laissés la veille. L'âge lui venait peu à peu, et avec les siècles, les millénaires, le calme de l’âge mür. C’est alors qu’il entreprit de rendre aux plantes et aux animaux les parties de son domaine qui excédaient ses besoins ; chaque année il s’est gonflé pour apporter dans sa vallée, devenue trop large pour sa course, les limons bienfaisants de ces pays lointains qui pendant tant de siècles sont demeurés fabuleux ; car le moindre grain de la terre d'Égypte renfermait en lui un impénétrable mystère jusqu’à des temps bien voisins de ceux que nous vivons.
Creusée par les courants, la vallée du Nil était alors loin de présenter l’aspect qu’elle offre aujourd’hui. Pendant les crues périodiques, le lit du Îleuve comprenait toute la vallée, et aux basses eaux, se réduisait à un chenal étroit, encombré de blocs détachés des montagnes,de troncs d’arbres arrachés aux forêts, de galets, de cailloux roulés aux bancs mobiles, au milieu desquels le fleuve s’étendait, sans rives nettement tracées, sans persistance dans les détails de la direction de son cours.
Les inondations périodiques devaient achever l’œuvre commencée par la violence des eaux, d’abord en égalisant les pentes, ensuite en déposant des sédiments plus fins dans les cavités et entre les galets, enfin, quand le lit du fleuve fut définitivement établi, en apportant ces limons qui, depuis des milliers d'années, surélèvent le sol de la vallée et donnent au pays des Pharaons sa fertilité,
(1) Nouvelles études de Palethnologie maghrébine, 1921,
36 PRÉMISTOIRE ORIENTALE
Le golfe dans lequel le Nil débouchait alors, s'était, nous Pavons vu, formé dès l’époque tertiaire (4). C’est là que le fleuve forma son estuaire et nous retrouvons là, dans des proportions très réduites, les phénômènes de comblement de la Chaldée. Le Nil charria d’abord des graviers, puis des sédiments plus fins, enfin des boues. Ces limons eux-mêmes sont encore très sableux, ceux qui se déposent sur les terres cultivées renferment seulement 21 p. 100 d'argile, le reste est composé de sables siliceux plus ou moins pulvérulents, en sorte que chimiquement on compte 50 p. 100 de silice, contre 4,70 de chaux, 1,20 de soude, 1,10 de potasse, 3,20 de magnésie, 19,80 d’alumine et 11,70 de sesquioxyde de fer. Cette composition est extrêmement favorable à la végétation.
Le fond du delta se remplit tout d'abord de galets, puis les eaux du Nil se mélangeant à celles de la mer, il.y eut en même temps dépôt mécanique des éléments fins et précipitation chimique. Comme.en Chaldée, la terre ferme gagna rapidement sur la mer ; mais, après qu'ils eurent dépassé une certaine limite, les apports rencontrèrent de grandes profon-
Fiac. 833. — Coupe théorique de la vallée du Nil à l’état actuel.
N, lit du Nil. — a, limons fins — b, sables argileux. — ce, sables maigres. — d. graviers et galels du fond. — s, kom (butte) de sébakh (ruines de ville antique). — e, canal naturel. — r, Assises sédimentaires. *
deurs marines et eurent à lutter contre les courants côtiers ; dès lors l’avancement du delta s’arrêta.
Il est à remarquer que le delta du Nil s’enfonce peu à peu. On constate les conséquences de ce phénomène dans le lac Menzaleh où, dans les iles, des ruines d'époque romaine sont aujourd’hui sous 1 m. 50 à 2 mètres d’eau.
Quand on vient à couper la vallée d’un cours d’eau (fig. 33) la succession des couches qu’on observe est la suivante : à la base, et formant la cuvette, sont les assises sédimentaires (7) creusées par les érosions ; puis vient une nappe plus où moins épaisse de gros graviers (d) qui représente le travail du cours d’eau pendant la période d’égalisation de sa pente, après le creusement principal; viennent ensuite des bancs de sable maigre, entremêlés de lits de galets, c’est l’œuvre du fleuve -alors que sa pente était déjà fort réduite ; ces sables maigres sont recouverts d’une couche plus ou moins épaisse de sables gras apportés par les crues, alors que le régime
(1) « La plus grande partie du pays est un prèé- me paraissait, en effet, que toute celle étendue de sent du Nil, comme me le dirent les prètres, et pays, que l'on voit, au-dessus de Memphis, était c'est le jugement que j'en portai moi-même, Il autrefois un golfe de la-.mer. » (Hérodote, IX, 10.)
pe
des eaux était. établi; enfin viennent les limons de débordement, dépôts très fins, jamais zonés, dont jai donné plus haut l’analyse, dus en même temps à la sédimentation et à la précipitation des flocons tenus en suspension dans l’eau. Leurs éléments résultent de la trituration des matières arrachées à la cuvette de la rivière ainsi que de celles charriées sous forme de galets.
Dans une section de la vallée, il est à remarquer que si le lit du fleuve n’a pas changé de place depuis l’époque des érosions, les alluvions déposées aux environs de l’axe du cours d’eau sont toutes sédimentaires, c’està-dire composées de sables plus ou moins fins, alors que plus loin, au pied des montagnes, se trouvent les dépôts par précipitation, les limons les mieux triturés.
Il résulte de ce dispositif que le lit du fleuve s'élève plus rapidement que le sol des bords de la vallée et que, par suite, il se crée à droite et à gauche deux bandes de marais dont le comblement ne s'opère qu'avec une
F1G. 34. — Coupe théorique de la vallée du Nil pendant la période de son remplissage par les limons.
E, lit du fleuve. — m, marais. — c, galets et graviers du fond. — d, sables maigres et sables argileux. — b, lits successifs de sables fins et de limons. — h, lils successifs du fleuve. — a, limons fins des marais avec plantes et Mollusques lacustres. — r, assises sédimentaires, cuvetle de la vallée.
extrème lenteur ; parfois même il se crée des bras latéraux au pied de la montagne, bras dans lesquels le courant est plus lent .que dans le lit du fleuve.
Les bords des cours d’eau à grands débordements ne se couvrent presque jamais de végétation sous nos latitudes ; c’est dans les marais latéraux de leur vallée que se développe la flore lacustre et la présence des plantes est un facteur puissant dans le comblement de ces dépressions. Mais en Égypte il ne semble pas que la végétation eût joué un rôle im-
portant dans ce sens. Nulle part on ne rencontre de ces dépôts tourbeux qui, dans bien des cas, bordent nos vallées et, cependant, alors que des deux côtés de la dépression nilotique s’étendaient de vastes nappes d’eau, longtemps encore après les crues, les conditions étaient on ne peut plus favorables pour le développement de la végétation. Cette dilférence entre les phénomènes européens et ceux de l'Égypte est due à ce que chaque année Îes marais latéraux du Nil se sont peu à peu asséchés presque partout, et que, par suite, les plantes lacustres n’ont pu s’y maintenir que sur
quelques points; cependant, de nos jours encore, quelques-uns de ces étangs sont permanents, même en période de basses eaux, et je citerai quelques petits marais dont j'ai constaté l'existence sur la rive gauche de la vallée, entre Dahchour et Licht un mois tout au plus avant la crue du Nil. Le même fait se présente au nord du village d’Abou-Sir, au sud de celui de Saqqarah et sur bien d’autres points.
Beaucoup plus en amont, à partir de Silsileh, la vallée montre à l’ouest, au pied de la chaine libyque, les restes d’une branche latérale du fleuve. Ce canal naturel, fréquemment interrompu sur de longs espaces, se manifeste de nouveau depuis le village de Dérout jusqu’au Fayoum, vaste
Memphis e
Fire. 35. — Carte du delta du Nil.
oasis qu'il alimente, mais dans cette partie, il a certainement été entretenu par la main de Phomme, c’est le Bahr-Youssef. En aval ce n’est plus qu'une simple dépression qui, demeurant à sec pendant la moitié de l’année, passe entre les ruines de Memphis-et sa nécropole, longe les collines de Guizeh et d'Abou-Roach et va se perdre dans le Delta.
Ainsi, dans les temps où s’opérait le remplissage de la vallée par les limons, l'Égypte était encore couverte de marais variables dans leurs dimensions, dont beaucoup s’asséchaient, mais dans un grand nombre des quels l’eau séjournait toute l’année.
Nous verrons que l'Euphrate et le Tigre ont leurs crues annuelles: mais que ces deux fleuves recevant leurs eaux des montagnes de l'Arménie sont soumis aux lois météorologiques qui régissent ce massif et que, par
suite, leurs crues résultant de la fonte des neiges, s’écoulant sans qu'intervint aucun régulateur, arrivent irrégulièrement dans la plaine aussi bien comme époque que comme quantité. Certaines inondations sont formidables et causent parfois de terribles ravages, alors que d’autres couvrent à peine les parties basses de la Chaldée. |
Il en est tout autrement en ce qui concerne le Nil; car la nature semble avoir mis en œuvre toutes ses ressources, tous ses talents, pour faire de l'Egypte un pays privilégié. Dans le Haut-Nilles grandes pluies annuelles
Fic. 36. — Carte montrant l’avancement du delta du Ni'.
‘tombent à différentes époques, dans les diverses régions. Ainsi, au sud 1 du lac Victoria, elles sont abondantes de novembre à juillet; au nord du. ‘même lac, c’est en décembre et janvier qu’elles sont le moins fortes ; -chez les Niam-Niams il pleut d'avril en novembre ; sur le Bahr-el-Ghazal, c'est, au sud, du 15 avril au 15 septembre et, au nord, du 15 juillet au 30 septembre que se montre la saison des pluies, tandis qu'au Kordofan elle a lieu du 1° juillet au 15 septembre. Ces tombées diverses régularisent quelque peu le débit du fleuve; mais ce sont les grands lacs qui jouent le rôle le plus important comme régulateurs. Le Nil Bleu, qui reçoit les eaux qui tombent en Abyssinie depuis le mois de mai jusqu'au 15 septembre, est complètement à sec pendant une partie de l’année, puis, tout à
coup, il se transforme en un fleuve de 6 ou 7 mètres de profondeur et d’un demi-kilomètre de largeur, arrachant au sol ferrugineux ces boues qui produisent le phénomène du Nil Rouge, alors que celui du Nil Vert est causé par l’enflement des réservoirs du Nil Blanc et le départ des eaux marécageuses de sa haute vallée. Le phénomène du Nil Vert se produit d'abord, puis vient celui du Nil Rouge et la crue se régularise : les eaux présentent alors une teneur constante en limons. On remarque souvent que la crue présente deux maxima plus ou moins distants l’un de l’autre, fait dù au défaut de coïncidence dans la tombée des pluies au Nil Blanc et au Nil Bleu. Les meilleures années sont celles où les deux
Fre. 37. — Courbes des altitudes dans le delta du Nil.
maxima coïncident. Ces maxima viennent chaque année au Caire entre le 15 septembre et le 20 octobre, alors que le minimum des basses eaux est entre le 15 mai et le 29 juin. La hauteur dont s'élèvent les eaux est (au Caire) de 6 à 8 mètres.
Les limons du Nil ne se déposent pas d’une façon régulière en tous les points de la vallée et à chacune des crues du fleuve, parce que chaque année la quantité de matières tenues en suspension ést variable, de même que la force du courant et la quantité d’eau et l’espace dans lequel se répandent ces eaux n’est pas toujours le même ; ainsi en 1877, le fleuve n’est monté que de 5 m. 18 alors que l’année suivante il a atteint 8 m. 20.
Il n’est donc pas possible d'établir une loi d’exhaussement des limons pouvant s'appliquer aussi bien à Thèbes qu’à Memphis, à Syène qu’à Tanis
ou à Sais, dans le Delta ; la surélévation du sol est variable, très rapice sur certains points, lente sur d’autres.
Le débit du Nil, à la tête du delta, est de 600 à 700 mètres cubes par seconde aux basses eaux, et de 9.000 à 10.000 lors des crues.
D’après CazaLis DE Fonpouce (1), suivant le Service des irrigations,
on doit compter au Caire, par an, le passage de 93.000 hectomètres cubes d’eau, le maximum étant de 675 hectomètres cubes par 24 heures, le minimum de 34. La proportion des limons contenus dans
les eaux: étant d'environ un deux
mille cinq centièmes, il en résulte que 37 millions de mètres cubes de boues passent annuellement au
Caire. Mais une faible partie seulement de ces limons reste dans le delta, les quatre ciaquièmes au
moins allant à la mer. On estime que la surélévation du sol dans l'estuaire du Nil est de O0 m. 12 à 0 m. 14 par siècle.
$00 kil nord *
Pour la Haute-Égypte les évaluations sont très variables suivant les points d'observation, là le fond FÉasateur du lit du fleuve subit un exhaus- Fa sement moindre que celui des ter- .
rains de culture (2). Or
Ainsi la vallée du Nil, au mo-
ment où l’homme est revenu en Fic. 38. — Carte montrant les quantités prendre possession, se trouvait annuelles des pluies dans le bassin du Nil.
dans des conditions comparables
àcelles de la Chaldée vers la même époque; mais alors qu’en Chaldée l’espace des terres en formation était immense, il était, en Égypte, restreint à une longue bande fort étroite, sans cesse exposée aux ravages des eaux. Gette bande n’était pas régulière dans sa largeur, parlois elle ne dépassait
pas le lit du fleuve ,comme à Silsileh, alors qu'ailleurs, à Thèbes, entre autres,
(1) Recherches sur la Géulogie de l'Égypte, 1868. la vallée du Nil, J. DE MorGan, Rech. sur les (2) Voir pour les détails de l'exhaussement de Orig. de l'Égypte, Paris, 1896, p. 82 el suiv.
If, 4
elle offrait une large plaine. Ce n’était qu’une succession très irrégulière de petits districts situés tantôt sur la rive droite, tantôt sur la rive gauche du Nil, sans d’autres liens entre eux, bien souvent, que le fleuve ; et, de même qu'en Chaldée les colons furent obligés de se cantonner dans
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Fic. 39, — Manche en ivoire de poignard en silex, représentant la faune de l'Égypte au temps du début du régime pharaonique (découverte de Henri ne Morcan à Hassaya, près d'Edfou). Lignes à partir du haut. 1, Éléphants ; 2, Autruches, Girafes ; 3, Panthères ; 4, Capridés ; 5, Chacals ; 6, Antilopes ; 7, Porcs-épics ; 8, Bœufs ; 9, Hippomen 10, Antilopes ; 11, Étéohen Salmonidés ; 12, Capridés ; 13, Panthères ; 14, Capridés, Chien; 15, Ange 16, Antilopes ; 17, Chiens et Chacals; 18, Eœufs 19, Porcs ou Sangliers ; 20, Bæœufs.
ces districts favorables à la vie, il en résulta la formation de petits Etats, et les mêmes causes de la création du régime féodal asiatique firent naitre les Nômes de l'Égypte, divisions naturelles au début qui, peu à peu, se transformèrent en départements religieux et administratifs.
La vallée du Nil était alors, sinon couverte de forêts, du moins largement boisée dans ses parties fertiles. Le professeur Scnweinrurru (1) est d'avis qu'à cette époque l'Égypte était couverte de la même végétation que nous rencontrons aujourd’hui sur le Hawt-Nil, très en amont de Khartoum; d'ailleurs, la période d'humidité du Pleistocène ne s’est éteinte que graduellement, et lors de la colonisation de la vallée du Nil par les hommes prédynastiques, l'atmosphère y était tout autre que de nos jours. Scrw&inrurrx croit que le climat de l'Égypte s’est peu à peu modifié, s’éloignant de celui des tropiques, pour se rapprocher des conditions dans lesquelles se trouvent les pays méditerranéens (2), et que les plantes dont la culture s'est perpétuée dans la vallée du Nil étaient jadis spontanées (3).
L’Acacia nilotica qui eroit spontanément sur le Nil Blane et y forme des forêts, ne se trouve plus en Égypte qu'auprès des habitations.
Lablad vulgaris, Dolichos lubia, Cajanus flavus, Chorchorus olitorius (Meloukhieh des Arabes), Ricinus communis, Hibiscus cannabinus, Abelmoschus esculentus (Bahmia), Ziziphus spina Christi (Nébek de l'Égypte), Citrullus vulgaris (Pastèque), Cuccumis chate (Adjour), Luffa cylindrica (Louf), Vitis vinifera, Capsicum fructescens (Chiseta des Arabes), Olea europaea, Ficus sycomorus, Crucifera thebaica (Palmier doum), Phœnix dactylifera, Papyrus, Nymphaea lotus (Lotus blanc) N. coerulea (Lotus bleu) sont toutes plantes actuellement spontanées dans la région du Haut-Nil et qui, assurément, l’étaient également en Égypte aux temps qui ont immédiatement suivi le quaternaire,
Dans les fourrés, les prairies et les marais du Nil, vivait alors, avant
l’arrivée de l'homme, une faune nombreuse, elle aussi indigène de l'Afrique ;
Le
mais cette faune nous ne la connaissons que par les documents postérieurs à ces temps; aussi pouvons-nous être dans l'erreur quant à certaines espèces importées de l'Asie. Je la donne telle qu’elle nous est fournie par uos renseiguements datant des premières dynasties (4).
Bœuf (2 espèces). Antilope (2 sp.).
Chèvre. Chèvre de montagne.
Ane. Singe (2-Sp.).
Lièvre. Ichneumon.
Gazelle (plusieurs sp.). Chien (plusieurs sp.). Algazelle. Lion.
Defassas. Loup.
(1) Bull. Tnstilul égypt.(19 décembre), 1873, p.20. (3) G. ScuweiNrurtTy, Le piante utili dell Eri-
(2) Le capitaine EucreN FourN£au à conslalé tea, in Boll, Sos. Africana d'Italia. Neapoli, que l’asséchement de l'Afrique Centrale a pour 1891.
effet une diminution considérable lu débil du (4) Pour les temps hisloriques consulter Niger.(Bull. du Comité de l'Afrique française, D' Lonter el C. GaiLraARD, la Faune moindijice de mars 1905.) l'Ancienne Egypte. I yon, 1905.
Chacal. Ibis (blanc et noir).
Chat sauvage. | Bécassine.
Hyène. Moineau.
Léopard. Huppe.
Guépard. Perdrix.
Renard. Tourterelle.
Hippopotame. Pigeon.
Crocodile. Pie.
Serpents (plusieurs sp.). Aigle.
Grenouille. Épervier.
Autruche (1). Faucon.
Oie. Vautour.
Canards (plusieurs sp.). Pélican.
Cvgne blane. : Cormoran.
Caille. Demoiselle de Numidie.
Hirondelle. Tortue (plusieurs sp.).
Parmi ces animaux, beaucoup étaient appelés à fournir une abondante nourriture à l’homme : mais cet homme devait aussi rencontrer de terribles adversaires, tels que le Lion, le Crocodile et l'Hippopotame.
Les Poissons abondaient dans les marais comme dans le fleuve luimême, énormes Salmonidés que les indigènes péchent encore à Assouan, Silures, Oxyrinques et uné foule d’autres espèces, entre autres le Lates niloticus qu’on retrouve momifié.
Les premiers colons, assurément, demeurèrent en nomades dans ces plaines en formation, ne s’aventurant dans la vallée qu’au temps des basses eaux, se retirant à la limite du désert lors des eèrues. Là, ils ont laissé des buttes de débris de leur vie. Beaucoup de ces stations ont sans doute été recouvertes par les limons, au fur et à mesure que s’élargissait la zone de l'humus, mais 1l en existait encore un grand nombre en 1896, celles qui,situées un peu plus haut sur la pente des collines, n’ont jamais été atteintes par les inondations.
Les animaux sauvages pullulaient dans cette étroite bande de terres qui seule, dans toute une immense région, pouvait leur offrir les moyens de vivre; et si l’homme trouvait le gibier en abondance, le poisson à discrétion, les fruits et les plantes comestibles poussant spontanément, il était sans cesse exposé aux attaques des bêtes féroces. Le Crocodile attendait son approche aux abords des marais où il allait à la pêche, sur les rives du fleuve et, sortant des eaux pendant la nuit, comme font les All:
(1) On Lrouve des œufs d'Autruche dans les tombes prédynastiques.
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