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‘ que J’aie rencontrées. Durant 8 kilomètres le sol est couvert de haches, de
grattoirs et de couteaux de la plus belle taille,
‘«J’insiste sur ce fait que c’est au sommet de la montagne, à l’aqabah même, que j'ai rencontré cette riche station. J'ai aussitôt pensé que ce fait pouvait être général, et qu’au sommet de chaque aqabah se trouvait probablement une station préhistorique importante.
« II. — Après avoir séjourné à l’Oasis de Khargieh je suis revenu vers Abydos, puis de Hoou à Thèbes ; à l’aqabah d’Abou Suroil aussi bien qu’à celles d'Abydos, qu'à celles de Hoou et de Bibän-el-Molouk j'ai également rencontré d'importantes stations. Ce fait confirmerait mon hypothèse du début. Le silex abondait dans la montagne ; çà et là on voyait les ateliers de taille. De semblables gisements existent encore au dire des bédouins à Deir-el-Bahri et à l’aqabah d’Esnèh.
« En résumé, après le simple voyage de Rizagat à Kasr-el-Aïn Ezzaïan, Je pouvais déjà affirmer que dès l’époque quaternaire l’homme vivait sur le plateau lybique. La vallée du Nil et les oasis existaient-ils tels qu’ils sont aujourd’hui? Je le pense. En tout cas la route était connue et fréquentée dès ces époques. Il existait sûrement par endroits des ilots de verdure où la vie était possible, et c’est d'ilots en ilots de verdure que
F1G. 50. — Silex chelléens trouvés par M. G. Legrain eur la route de caravane entre l'oasis de Khargièh et Abydos.1/3 de la grandeur naturelle.
l’homme put connaitre et suivre ces chemins. Mais tout est bien changé depuis ces temps. Rien ne saurait peindre la désolation actuelle de ce pays, c’est assurément l’une des choses les plus affreuses que j’aie vues. Sans cesse cinglés par le vent du Nord qui soufflait en tempête et nous jetait à la face du sable et des cailloux, aveuglés par la blancheur de la montagne, transis de froid en dépit des plus chauds vêtements, nous avons passé 5 jours vraiment durs.
« Dans lOasis je n’ai reconnu autour des villages et des sources
CA
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aucune trâce préhistorique, le sol était partout recouvert de terrains de culture ou de dunes de sable. Une fois faite mon inspection des monuments, je me décidai donc à chercher ailleurs les stations de l’âge de la pierre. LÉ
« Déjà le docteur Schweinfurth m'avait écrit que près de Rhanimeh le silex était abondant, et j’appris des habitants que là aussi se trouvait une petite source où s’arrétaient les caravanes mais qu'aucune trace de culture n'apparaissait en ces lieux. Je pensai que c'était là et non ailleurs que j'avais des chances de trouver une nouvelle station préhistorique et lévéuement confirma mes prévisions.
« Le Gébel Rhanimeh qui est, je crois, le mont Acenorus des anciens géographes, se dresse, au milieu de la plaine, fort escarpé et d’accès diflicile.
« Çà et là, épars sur le sol étaient quelques instruments d'aspect quaternaire ; mais c’est près de la source que se trouvaient les restes de la véritable station appartenant aux temps néolithiques. Là est un vaste kjoekkenmoedding composé de cendres, de charbons, d'instruments travaillés, d’ossements et de fragments de poterie.
« Dans tout Le cirque des montagnes entourant la source de Rhanimeh, j'ai rencontré un grand nombre d'instruments de silex tant quaternaires que postérieurs, montrant que pendant de longs siècles ce site a été fréquenté.
Q III. — De Rhanimeh à Abydos. — Partant de Rhanimeh je traversai une vaste plaine jonchée de grands silex où jadis, je pense, allaient s’approvisionner les habitants du voisinage de la source. J’arrivai ensuite au pied de la montagne que j’escaladai en suivant l’Aqabah Abou Suroil et là trouvai une nouvelle station préhistorique, ainsi que des affleurements naturels de silex jadis exploités.
« Tout au long de la route je trouvai de nouveau des haches (coups de poing), couteaux et racloirs d’époque quaternaire. Enfin, sur la montagne d'Abydos, entre les deux routes qui viennent du désert, j'ai à signaler une station de la plus grande richesse.
QIV. — De Hoou (Diospolis Parva) à Thèbes (Diospolis Magna). — Douze heures de caravane. »
J'ajouterai que parmi les formes paléolithiques de l'Égypte, je dois encore signaler les racloirs concaves (fig. 31), pièces assez abondantes dans les gisements des coups de poing, enfin des pointes (fig. 32) présentant tous les caractères des instruments solutréens de l’Occident, mais beaucoup plus épaisses ; ces pointes taillées suivant les méthodes paléolithiques ne sont que des modifications de la forme générale des
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coups de poing acheuléens, et c’est en vain qu’on chercherait à les séparer. chronologiquement des haches et des pointes de type moustiérien avec les-
quelles on les rencontre. D'ailleurs, à l'examen des séries paléolithiques de
l'Egypte, on constate l’existence des intermédiaires entre la forme amyg-
daloïde et celle de la pointe allongée.
Comme on peut s’en rendre compte par les lignes qui précèdent, nous ne connaissons encore les habitants paléolithique de l'Égypte que par les instruments qu'ils ont laissés sur le sol et dans les alluvions. Jusqu'ici aucune habitation de ces hommes n’a été découverte ën situ et aucune eaverne n’a été signalée. Il est même à penser qu’on ne découvrira jamais
Fire. 31. — Racloirs en silex. Thèbes.
de ces sortes d’abris, et que si jamais il en a existé dans la vallée du Nil, ils ont été vidés et réoccupés depuis des temps immémoriaux pour l’ensevelissement des morts ou des momies d'animaux sacrés : partout on trouve des catacombes creusées de main d'homme pour cet usage et les cavités naturelles du sol, s’il y en a jamais eu, eussent été de suite après leur découverte appropriées aux besoins du temps. D'ailleurs, les cavernes s'étant formées par la dissolution des roches sous l’action des cours d’eau souterrains, il semble que l'Égypte ne dut jamais en être bien pourvue, car les déserts qui l’environnent ne présentent pas de grandes hauteurs capables de donner naissance à ces sortes de rivières.
Nous en sommes donc réduits à l’étude des alluvions et à celle des ateliers de fabrication des instruments. Or, dans ces deux genres de gisements les outils sont mélangés sans qu’il soit possible d'indiquer pour les diverses formes, une chronologie relative. Souvent même on éprouve de
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sérieuses hésitations quand on est en présence, ce qui n’est pas rare, de stations néolithiques (ou énéolithiques) installées sur le site d’une station, ou d’un atelier paléolithique.
En 1913, le Service des Antiquités del'Égyptea publié un volumineux inventaire de ses collections d'instruments de pierre (CHARLES T. Cur- RELLY, Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire, no: 63001-64906. Stone implements),longueliste d'objets indiquant la nature de la roche, les dimensions des pièces, les localités où elles ont élé trouvées, mais ne fournissant aucune indication scientifique quant au giscment, quant aux groupements des pièces entre elles. Il est fâcheux d’avoir
F1. 32. — Haches en silex. Thèbes.
consacré une si belle publication à l’exposé d’un véritable brie à brac, alors qu’un catalogue raisonné eût été si utile et si facile à faire en raison des moyens d’information dont est doté le service. Les planches de cet ouvrage-sont superbes ; mais la confusion des objets est telle qu’on ne peut tirer qu’un bien maigre profit de ces figurations.
En Égypte, on trouve toutes les variétés du coup de poing, depuis celui qu'on rencontre dans les alluvions de Chelles, jusqu'aux types très soignés du Moustiérien. Ces instruments ont certainement évolué, se sont perfectionnés, mais nous ne pouvons suivre leur progrès qu’en classant artificiellement les pièces ramassées sur le sol.
Ce coup de poing se présente sous la forme grossière de Chelles (fig. 6), sous celle de l’amande plus ou moins pointue (fig. 9) ; parfois
ait
il est très allongé ou arrondi (fig. 3) et passe insensiblement au disque d’une part (fig. 14, à gauche), quelquefois aussi, d'autre part, au type allongé, s’amineit et prend alors la forme de nos pointes solutréennes (fig. 14, à droite) fait qui a été remarqué en Algérie par M. Maurice REY- GASSE (1). Enfin l’industrie moustiérienne se montre avec ses racloirs, ses lames retaillées d’un seul côté, ses pointes, ses racloirs à encoches et de singuliers croissants signalés aussi en Algérie et en Tunisie. Le paléolithique égyptien renferme donc tous les types de l'Afrique du Nord, sauf les pointes pédonculées qui, jusqu'ici, n’ont pas été rencontrées.
Ailleurs (Ombos), c’est au type tardenoisien qu’il passe. Ce sont là, vraisemblablement, des transformations locales, provinciales.
Tous ces instruments se rencontrent ensemble sur les alluvions et à l’intérieur des bancs de gravier; ils se trouvent également réunis aux affleurements de silex sur les ateliers de taille, parce que ces ateliers ayant été en activité pendant des temps très longs, les objets des diverses époques se sont non pas superposés, mais mélangés. Tant qu’une étude très sérieuse et très méthodique des alluvions ne sera pas faite, nous ne connaîtrons ni la succession des industries quaternaires de l'Égypte, ni la composition des faunes qui se sont succédé dans ce pays, et nous en serons réduits à penser que, comme en Tunisie eten Algérie, l’évolution s'est produite lentement, sans secousses, jusqu’à la fin de la période de prépondérance des formes moustiériennes. C’est alors qu’eut lieu le
.dépeuplement complet de Ia région car, jusqu'ici, l’on n’a pas rencon-
tré dans la vallée du Nil et dans ses environs de traces d’une culture archéolithique (2), comme le fait a lieu dans Afrique du Nord et la Syrie.
Il existait jadis, à Hélouan, unestation de l’industrie de la pierre fort curieuse, renfermant de petits instruments de forme particulière qui font songer à l'outillage des mangeurs d’escargots de la Tunisie; mais cette station, unique en son genre, n’a été visitée que par quelques ramas-
seurs de cailloux taillés et maintenant la ville d'Hélouan la recouvre.
Ainsi l’on n’est guère plus avancé quant à la connaissance des habitants paléolithiques de l'Égypte qu’on ne l'était quand,en 1896 et 1897, j'ai prouvé leur existence. Les ramasseurs de cailloux sont venus par centaines et le Service des Antiquités lui-même s’est contenté de ce rôle vraiment par trop modeste pour une aussi grande administration scientifique.
(1) Cf. Maurice REYGASSsE, Nouvelles études de à Na;,-Hamadi, ds. Bull. Inst. fr. d'Archéol. or., Palethnologie maghrebine. Constantine, 1921, t. XVIII, fasc. 1, 1920, p. 1-20, pl. I à XVI, ainsi pl. IV. que son second mémoire dans la même publiea-
(2) Je ne cite que pour mémoire la publication tion, t. XX, l'asc. 1, p.89 sq. 1l a pris pour auride M. Ebu. ViGNARD, Une slalion aurignacienne gnacienne une station de surface énéolilhique.