‹ La première cause, ou, Le jeune avocat (volume 2)Chapitre 10 sur 27 · SCENE YI · texte numérisé non relu

SCENE YI

LADY EYELYN , ALPHONSE.

ALPHONSE, approchant un fauteuil.

-Si madame daigne s'asseoir....

LADY EVELYN, hésitant.

Monsieur.... (à part , avec intérêt) il le faut bien... Sa première cause !

{^Elle s'assied, yîlphonse se place dans son fauteuil de bureau. Un silence. Elle lient ses yeuu baissés. Il la regarde a la dérobée.

Madame, ce procès.... y a-t- il long-temps?

LADY EVELYN

Depuis que je suis à Paris... voilà

ALPHONSE, vivement.

Près de trois mois.

LADY EVELYN , ai>ec naïveté.

Oui , monsieur.

{^Elle baisse les yeux , comme honteuse de ce moment d'abandon. Mouvement d'Alphonse qui s'aperçoit de son étouiderie. — JVouveau silence.)

ALPHONSE

J 'attends que madame ....

LADY EVELYN

Mon Dieu, je crains de m'expliquer mal... Etrangère aux procès... si je vais vous fatiguer par des détails sans importance.

ALPHONSE

Jamais sans intérêt pour m.... pour votre avocat De

grâce , madame , ne me taisez rion... et d'abord, à qui ai-je l'honneur de parler?

LADY EVELIN.

Je me nomme lady Evelyn,

ALPHONSE

Madame est Anglaise?

LADY EVELYN

Française, monsieur... ce nom est celui démon mari. ALPHONSE , à part, ai^ec la plus grande émotion.

Son mari !... Ah I mes illusions, mes espérances I... {Haut, avec un calme forcé. ) Parlez , madame, parlez : je vous écoute , et je suis tout entier à mes devoirs.

LADY ÉVELYN.

Eh bien! je commence: ÎMon père était un riche négociant de Verdun. A la rupture de la paix d'Amiens , il cautionna , il accueillit chez lui un voyageur anglais retenu prisonnier, lord Evelvn, qui trouva une famille dans la nôtre... J'étais un enfant, lorsqu'en i8i4, ce respectable hôte nous quitta pour rentrer dans sa patrie... \ers cette époque , mes païens éprou^'èrent des pertes imprévues... et pour sauver l'honneur de leur maison , ils vendirent des propriétés considér£\bles. Ils ne survécurent pas à leur ruine... Je restai à treize ans, orpheline, pauvre, à la merci d'une pitié dédaigneuse... Lord Evelvn en fut instruit... il accourut, m'emmena à Londres , lit prendre soin de mon éducation, et forma le projet de m'uuir à l'unique héritier de sa fortune , sir Arthur, son cousin , et aujourd'hui mon adversaire.

ALPHONSE

Ah I c'est lui...

LADY ÉVELYN.

Peut-être, j'eus tort de dédaigner sa main... Quelques manies, quelques prétentions... le ridicule de ne s'en croirt: aucun... Mais ce qui m'effraya surtout, c'est la réputation que ce jeune baronet s'est acquise par son adresse aux armes... Trois duels heureux... malheureux, devrais-je direl... Je n'osai pas être sa femme... Ce refus ne refroidit pas la générosité de lord Evelin, de mon protecteur... Il vint en France , tout exprès pour racheter les biens de ma famille... il eut même alors à soutenir un procès qu'il gagna par l'éloquence de votre père, dont il se louait beaucoup... enfin, un jour... il y a deux ans , je le vis paraître toutà-coup devant moi , au parloir de ma pension. « JMademoi- « selle, me dit-il, je suis un vieux marin ; mon pays s'allie «avec le vôtre pour délivrer la (irèce... Je vais combattre: «je puis être tué... Que deviendriez-vous?... Puisque vous « ne voulez pour mari , de mon cousin , qui est jeune , vou- « lez-vous de moi , qui ai quatre fois votre ùge?» Air de Caleh.

Alors , Je n'aurai plus , ma fille ,

D'alarmes sur vos destins.

Les l)icns de votre famille

Retourneront dans vos mains.

Soye» mon héritière^ Votre père opulent Soulagea ma misère ; Acceptez maintenant :

Ce n'est pas moi, c'est ce bon père Qui dote son enfant.

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