‹ La première cause, ou, Le jeune avocat (volume 2)Chapitre 11 sur 27 · ENSEMBLE · texte numérisé non relu

ENSEMBLE

[Ils se lèvent.)

ALPUOKSE.

O bonté paternelle !

Il est trop digne d'elle^ Que ce simple récit Me touche et m'attendrit!

LADY ETELYW,

Sa bonté paternelle Toucha mon cœur fidèle:

Et le simple récit Même encor m'attendrit.

LADT EVBLYN.

Le jour même du mariage Il quitta Londres, il partit.

Navarin vit son courage, Et bientôt il m'écrivit :

a Sur la rive étrangère ? « Je suis blessé , souffrant :

o Peut-être en vain j'espère

« Te revoir maintenant.

« Si je meurs, de ton second père

« Souviens-toi , mon enfant. »

ALPHONSE

Digne vieillard I... puissé-je , comme mou père, acquérir des droits à son estime I

lAdy évelyn.

Hélas I monsieur... je suis... veuve.

ALPHONSE , avec explosion. .

Veuve !. . . ( ^ part. ) Elle est libre 1 1 ! ( Haut. ) Ah î parlez , parlez, madame , achevez de m'expliquer une cause à laquelle je m'intéresse déjà si vivement.

LADY ÉVELYN.

Il me reste bien peu de chose à vous apprendre... De retour à Verdun, je vivais retirée dans les propriétés de mon père , rachetées par lord Evelyn, lorsque sir Arthur...

ALPHONSE

Le cousin de votre mari... Ah! je comprends, madame : blessé de vos anciens refus , ou plutôt guidé par un vil intérêt...

LADY ÉVELYN.

Peut-être a-t-il les lois pour lui. Ce n'est que d'hier que j'ai reçu de Londres les preuves de mon brusque mariage... '^ît j'ignore même si elles ne seront pas insuftisantes devant Les tribunaux.

ALPHONSE

Comment, madame, expliquez-vous.

LADY ÉVELYN , trè.i-cmbarrassée.

M'expliquer... c'est que je ne sais comment... parce qu'il y a des circonstances. ( Lui présentant un papier. ) Tenez , monsieur, lisez vous-même.

Alphonse , prenant le papier ai>ec incertitude. Voyons, madame... une note de l'avoué... (// parcourt à f/cOTj-^oix.) Nullité prétendue... Un tel argument. .. Pousser jusques là l'indéljcatesse.

Air du Petit Corsaire.

Non, avec un tel ennemi, Aucun accord n'est praticable,

LADT EVELTN.

Il m'en offre un même aujourd'hui :

Je puis finir à l'amiahle.

ALPHONSE

Et pour prix d'un semblable accord, Qu'exige cet homme insensible ?

LADY ETELTN.

Que je l'épouse.

ALPHONSE

Avais-je tort?

Pas d'arangement possible.

A moins , toutefois {(n^ec intention), que vous n'ayez changé de seiitimensà son égard... l'auriez-vous revu , madame?

LADY ÉVELYN.

Jamais chez moi... mais quelquefois en public... depuis que je suis à Paris, il me suivait dans les promenades. ALPHONSE, trcs-vii'cment.

Aux Tuileries, peut-être... si je l'avais sul...

LADY ÉVELYN.

Monsieur !

ALPHONSE, Gi^cc précipitation.

Est-ce que vous l'aimez?

LADY EVELYN

Cette question...

ALPHONSE

Pardon!... c'est comme avocat... mon devoir seul... car enfin, s'il fallait vous voir un jour accepter ses offres...

LADY EVELYN

Ohl non... mieux vaudrait rester pauvre...

ALPHONSE, ai'cc transport.

Vous ne l'aimez pas I... ah! je vous crois... j'ai besoin de vous croire.

LADY EVELYN

Monsieur...

ALPHONSE , se reprenant.

Dans votre intérêt, dans celui de ma cause... en est-il de plus belle?... eût-on jamais à défendre des droits plus sacrés et plus chers ? {S' exaltant par clcifrés. ) Vous , redevenir pauvre !... Oh ! non , non... ne le craignez pas... vous gagnerez , madame, vous gagnerez... les biens dont vous jouissez ne sont-ils pas l'héritage de votre famille?... Ne vous ont-ils pas été légués pour acquitter une dette de reconnaissance? etl'on vous menace!... on vous»attaque à-la-fois dans votre fortune et dans votre honneur? On ose vous disputer le nom de votre époux I... on méeonnaît son dernier vœu... on flétrit près-

que sa mémoire... et c'est son parent, le vôtre!... Dans quel but encore? le croirait-on?... pour attenter à votre liberté, pour marchander votre cœur, pour s'emparer de votre main?... oh! cette seule idée fait bouillir mon sang, m'indigne, me révolte

LADY EVELYN , troublée.

Monsieur...

ALPHONSE , se reprenant encore.

Et me donne l'espoir de communiquer la même impression... à des magistrats calmes et impassibles, que rien ne saurait influencer.

LADY EVELYN

Vous croyez?

ALPHONSE

J'en réponds... que de moyens à faire valoir!., que de titres évidens ! les lettres de lord Evelyn , votre contrat de mariage... cette candeur, tant de jeunesse et de charmes!...

ah! je n'oublierai aucune preuve ; ma tète en est pleine

{mettant la main sur son cœur) tout est là.

LADY EVELYN , à /J«r^

Ah! mon Dieu! (//^Hif^) Je m'en vais... je vous gênerais pour travailler.

ALPHONSE

Soyez tranquille j je ne serai pas un instant sans penser à vous.

LADY EVELYN , ai'cc abandon.

Ah! j'y compte... (Se reprenant.) Adieu, monsieur.

(Elle sort. Alphonse la conduit.)

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