DUCLOS, ALPHONSE
DU CLOS
Alx I tu travaillais I Eh bien, mon ami, eh bien!... ta cliente , tu l'as vue ?... est-ce une bonne cause ? espères-tu gagner ?
ALPHONSE , ai'cc distraction.
Oui , oui, mon père.
DUCLOS
Comme tu dis celai... je vois... la fatigue d'une consultation. . c'est tout simple... tu ne peux pas y être fait comme moi , par exemple , qui viens d'essuyer l'éloquence de cet Anglais ; un original, dont la prétention est de posséder toutes les finesses de notre langue... du reste, affaire excellente , imperdable... que je voulais d'abord refuser, parce qu'elle vient aujourd'hui à la seconde chambre , et que ça me privera peut-être d'assister à ton début.
ALPHONSE
A la seconde chambre , dites-vous ?
[Il regarde la note de l'a^'oué.) DL'CLOS.
Impossible de me débarrasser de lui... il m'a rappelé que nous nous étions connus autrefois ; que j'avais été l'avocat de sou cousin , lord Evelyn.
Lord Evelyn... ahl mon Dieu ! votre client est sir Arthur ?
DUCLOS
Justement ; d'où le sais-tu ?
ALPHONSE
Lisez.
(Il lui présente la note de l'avoué.)
DUCLOS
Ciel! [Ils se regardent tous les deux.) Ah •! mon pauvre garçon ! qu'est-ce que tu as fait là?... aussi c'est ma faute, je n'aurais pas dû te livrer à toi-même, à ton inexpérience... aller te charger des intérêts d'une aventurière !
ALPHONSE
Que dites- vous , mon père? respectez-la.
DUCLOS
Que je la respecte! une femme qui vcUt intercepter une
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succession , et exposer mon fils à perdre sa première cause... Du tout , du tout... tu vas me faire le plaisir de lui renvoyer ses pièces.
ALPHONSE
Jamais !
DUCLOS
Ecoute donc, mon ami , mon cher Alphonse!... il faut être raisonnable... on voit bien quelquefois des avocats plaider contre leur fils... mais le jour de ton début, ce serait inoui, scandaleux.
Sans doute, mon père ; et c'est pour cela que je vous demande comme une grâce de renoncer à votre client.
DL'CLOS
Y penses-tu? lui , qui m'attend là... dans mon cabinet ; à qui je viens de donner les plus belles assurances , et pour qui j'ai rédige' des conclusions victorieuses.
ALPHONSE
Je vous en demande bien pardon... maisilme semble je
crois que vous vous êtes trompé.
DUCLOS
Comment, comment, trompé? Qu'est-ce que ça signifie, monsieur ? On ne plaisante pas comme ça avec un vieil avocat , un ancien bâtonnier de l'ordre... et surtout quand c'est son père.
ALPHONSE
Je n'ai pas eu dessein de vous fâcher.
DtCLOS.
Je ne me fâche pas non plus... je n'y mets pas d'amour-
Sropre... mais je suis sûr d'avoir raison... Je vous défends e garder votre cause... une cause détestable, qui vous perdra de réputation dès le premier jour... je vous le défends, monsieur, entendez-vous?
ALPnOKSE.
Qu'exj|[ez-vous, mon père ? c'est la première fois que je vous aurai désobéi... j'en suis au désespoir... Mais je connais toute l'étendue des engagemens que j'ai pris hier... J'ai juré de soutenir les droits de la veuve et de l'orphelin... Lady Evelyn est une orpheline , une veuve : elle s'est présentée à moi , et vous me mépriseriez si je l'abandonnais.
DUCLOS
«Alphonse .,.
Alphonse.
« Oui , quand même le succès pourr?it être douteux ; « quand je me serais abusé sur l'interprétation de nos lois, « ne serait-ce pas une lâcheté de déserter son poste , parce « qu'on voit plus d'obstacles et de dangers à vaincre? et ne « faut-il pas, au contraire, redoubler de courage et de dé- '< vouement ?
DUCLOS
«Mon fils!...
&0 '17 «of-
ALPHO^SE.
« Vous parlez de ma réputation ?
DUCLOS
Air : J'ahne ce mot de gentillesse.
« Si je siiccomlie en prenant la défense
«D'une iîimme accusée à tort, « Chacun dira que , par ma conscience ,
« Je méritais un meilleur sort.
« Mais si je livre la victime « Au piège adroit qu'un ennemi lui tend, « Répondez-moi : quel droit garde à l'eslime
« Celui qui trahit son serment? »
DLCLOS.
Mon ami !...
ALPIIO>SE.
Non, mon père, je n'écoute plus rien. . mon parti est pris, et afin de me dérober à vos instances, permettezmoi de vous quitter, et de mettre à profit le peu de momens qui me restent pour me préparera l'accomplissement de mou devoir.
(/Z entre dans le cabinet a gauche.)