SCENE XIV
Les iMÈMES, LADY EVELYN.
LADY v.vvÀ.^'Si , trcs-agitcc.
Ah I monsieur, vous voilà... il faut que je vous parle... ce que je viens d'apprendre...
ALPHONSE , montrant Duclos.
Madame... voici mon père.
Di CLOS, sans la regarder.
3'Iadame, votre très-humble... par exemple, celle-là, si Je lui fais politesse...
(*) Lady EveUii , Alphonse, Diu.los, a la tai le h gaïuhe.
ALPHONSE, à LaJy Ei'elyn.
Vous semblez émue, madame... qu'esl-il arrivé?... Auriez-vous découvert quelques circonstances fâcheuses pour notre cause?
LADY EVELYJf.
Ma cause I... Alil ce n'est plus là ce qui m'occupe... Tout-à-l'heure , j'étais venue vous apporter moi-même les titres des propriétés qu'on me dispute... lorsque j'ai été arrêtée par votre secrétaire qui m'a informée... Ah I monsieur! quelle scène I... et que je suis désolée que ce soit pour niui !
ALPHONSE
Madame.. .
LAUY ÉVELYN.
Ce n'était rien encore... j'allais me retfrw, lorsque tout- ;'i-cou]) est sorti sir Arthur, qui m'a reconnue , s'est approché de moi , ••t m'a dit... Ah I j'en frémis d'effroi... 3Ionsieur, seiait-il vrai !... ai-je bien conqiris le sens de ses menaces?... vous seriez-vous engaj^é dans une querelle?...
ALPHONSE
Arrêtez, madame... au nom du ciell... si mon père le savaitl...
LADY EVELIN.
Quoi I plus de doute... vous seriez exposé!... et avec un tel adversaire... car, je le connais... Ln duel, pour lui, ce n'est qu'un jeu; et s'il perd sa cause, le dépit, l'amourpropre humilié...
ALPHONSE
IMadame...
LADY ÉVELYN.
Non, monsieur, non... mon parti est pris... il n'y a qu'un moyen, un seul de prévenir les malheurs que j'entrevois; et j'exige...
DLCLOS , se lapant aocc transport.
Dieu ! ce dernier argument I... Ah ! je n'y tiens plus... 3Ion fils, mon cherfds... que je t'embrasse... va... tu surpasseras ton père... tu l'écraseras. Pardon , madame ; mais l'émotion... la joie... Comment... moi, qui n'avais rien vu de tout cela?... mais votre cause est excellente... et quel parti il en a tiré ce cher enfant !... Eh bien I... tu n'as pas seulcmentfaitasseoir... Dieu!... une cause si bonne!... Madame, ([ue je vous re- MUMcie de la lui avoir confiée... mais vous n'en aurez pas de regret, allez ; ce n'est pas parci; que je suis son père... mais c'est admirable, victorieux... étourdissant... An! ça, mais ce .sir Arthur, qu'est-ce qu'il était donc venu me conter?... N'importe; il aura beau faire... vous gagnerez, madame, vous g.ignerez... c'est moi ([ui vous le garantis; ou les juge? n'auront pas le sens commun ; et il faudra bien qu'ils l'aient., il n'y a pas à dire...
LAOY V:VKLYN.
Oui, monsieur, oui, je vous crois... mais je dois vou* avouer...
ALPHOKSE , d'un ion suppliant.
Madame... mon père...
m.cLos.
Qu'est-ce que c'est?
LADY I^.VELYN.
Je suis décidée à sacrifier, s'il le faut , tout ce que réclame sir Arthur.,, mais je ne plaiderai pas.
ALPHONSE
Qu'entends-je I
DULOS.
Comment, madame, vous ne plaiderez pas I... Qu'est-ce que c'est que c#tfe plaisantcrie-là?... Quand mon fils a fait pour vous des prodiges de jurisprudence et de logique ; quand il a cliangé en or pur une cause dont je croyais impossible de rien tirer ; quand il s'est préparé un triomphe incontestable... vous venez dire que vous ne plaiderez pas I... vous me ladites à moi... à son père!... Et pourquoi ne plaiderez-vous pas , madame? car enfin , vous avez une raison... Et quelle estelle, cette raison?... Connaissez-vous ses argumens?... en avez-vous apprécié la force ?. .. Attendez .. attendez... je m'en vais vous les lire.
ALPHOKSE.
3Ion père...
LADY ÉVELYN.
C'est inutile , monsieur; ma détermination est prise... Je crois être la maîtresse de renoncer à mes intérêts.
DL'CLOS
Du tout, madame, vous ne l'êtes pas... Il s'agit bien de vos intérêts... Savez-vous le tort que vous allez faire à ce jeune homme... Quand on saura que vous lui avez retiré votre confiance , on croira que c'est parce qu'il ne la méritait pas... Et une cause sûre I... une cause ([ui n'est pas perdablel... Qu'est-ce que ça veut donc dire à la fin?... Comment refuser de gagner son procès , exprès pour faire du tort à son avocat I Ca n'a pas d'exemple I... On n'a jamais vu pareille chose!... Nenio potest mutarc consiliuni in altrrius injuviam. — Ce n'est pas moi qui dis cela, madame , ce sont les Pandectes , c'est Justinien lui-même.
LADY ÉVELVN.
Eh bien, monsieur, s'il faut absolument vous apprendre mes motifs...
DUCLOS
Certainement , madame , il faut me les apprendre. .. et surle-champ... Je l'exige , j'en ai le droit.
ALPHONSE
Mon père, madame... Je vous on snppru'...
DUCLOS
Non, mon fils, non... C'est d'une ingratitude qui me révolte... Ah I ça , mais , toi-même que j'ai vu tantôt si résolu... montre-toi... déclare à madame que tu ne veux pas renoncer à sa cause.
ALPHONSE
Vous avez raison, mon père ; rien an monde ne m'y fera renoncer volontairement ; et madame elle-même ne persistera •pas dans un parti dont je crois comprendre le motif... Elle a éprouvé une émotion -bien naturelle; et dans son trouble , elle n'a pas réfléchi (cwcc intention) que, quand même ses craintes seraient fondées, les manifester, en renonçant à mon plaidoyer, ce ne serait que rendre encore plus inévitable le danger qu'elle veut prévenir.