SCENE X
DUCLOS, SIR ARTHUR, LAURENT, sortant du cabinet
de Duclos {*).
LAURENT , (Jans la coulisse.
Mais que diable, milord, laissez-moi donc au moins le temps de relire. ..
[Sir Arthur entre , tenant un papier qu'il lit. Laurent le suit.)
(*) Sir Arthur, Duelos, Laurent,
DUCLOS
Aie, aie!.,, le voilà... avec mes conclusions... {A Laurent.) Pourquoi les lui avoir données ?
LATJREKT.
Dam... monsieur, il les a prises... Tout se révolutionne... jusqu'aux Anglais , qui se mettent à être vifs.
DUCLOS
Sir Arthur, pardon , je désirerais vous expliquer.. . SIR ARTHUR , fort accent anglais , sans baragouin.
Inutile, inutile... Je lis le français aussi bien que je le parle... Autrefois , on se moquait de nous à Paris , dans vos théâtres , parce que nous avions une manière de nous exprimer... ce que vous appeliez un... vm... Ne m'aidez pas...
LAURESIT.
Parbleu... un baragouin,
SIR ARTHUR
Juste, un baragouin. Mais, à présent, un Anglais n'est plus ridicvile; il ne l'est plus du tout. Nous sommes devenus... Ne m'aidez pas... Quelqu'un qui va par tout le monde.
(Laurent va s'asseoir auprès de la petite table à droite.) DUCLOS.
Cosmopolite... Mais j'ai à vous dire...
SIR ARTHUR
Cosmopolite, c'est ça... Oli ! moi, je parle votre langage avec une facilité...
DUCLOS
C'est pour cela; j'espère être compris par vous, quand je vous dirai...
SIR ARTHUR
Compris par moi?... Oh I je comprends tout... J'aime l'éloquence avec... Quand on est très-enchanté...
DUCLOS"
Enthousiasme.... Mais...
SIR ARTHUR
J'allais le dire... Oui, enthousiasme... Au point que... vovez-vous... je renoncerais à mes intérêts dans la cause... DUCLOS , vii'cmcnt.
Il se pourrait!... Eh bien!... alors...
SIR ARTHUR , l'interrompant Rien que pour le plaisir de l'entendre plaider par un avocat tel que vous... et surtout quand c'est... tout de suite... (îoinment appelez-vous ça?
En improvisant.
SIR ARTHUR
Oui... en improvisant.
DUCLOS , à part.
Diable d'homme !... Il tombe bien avec ses coinnllmens.
SIR ARTHUR , montrant les papiers qu'il tient à la main. Par exemple , ce que vous venez d'écrire-LV.. vos... ^ ous :q)pelez...
DUCLOS
Ali I oui... mes cmiciusions... Mais c'est que.
SIR ARTHUR
Vous dites...
Conclusions. {u4 part.) Il me fera perdre la tète.
SIR ARTHUR
C'estqueje tiens à prononcer comme vous. Conclioujeun's... C'est ça..-, pas d'accent... Elles sont admirables, vos conclioujeun's. Il n'y a rien à répondre à cela,
LAURENT
llien du tout.
DUCLOS
Je vous demande pardon... parce qu'enfin on pourrait trouver quelque raisonnement ingénieux...
SIR ARTHUR
Non , non ; moi , je n'en trouverais pas.
LAURF.r;T.
Il n'y en a pas... surtout si nous avons affaire ù quelque légiste imberbe.
DUCLOS , à part.
.Te n'y tiens plus. (Haut.) Eh bien, sir Arthur, sachez que ce jeune homme... que l'avocat de la partie adverse... c'est mon fils.
SIR ARTHUR
Votre fils !
LAUREKT.
Monsieur Alphonse ! . . . ( // sort.)
DUCLOS
Vous sentez bien qu'il m'est impossible...
SIR ARTHUR
Pourquoi cela ! N'avez-vous pas pi'omis d'être mon avocat ? Air de f^oltaire chez IVinon.
Tout avocat, pour notre argent.
Doit nous fournir de l'éloquence.
DUCLOS
En Angleterre, apparemment.
Nous, contre notre conscience Rien ne peiU nous faire parler.
SIR ARTHUR
Vraiment... Je pensais qu'au contraire, Parlant toujours sans vous troubler, Rien ne pouvait vous faire taire.
Je vais vous aller chercher vos papiers... et vous ferez plaider et improviser par un autre.
SIR ARTHUR, se fâchant.
Monsieur, est-ce que vous riez à mes dépens?... Je ne suis pas ridicule, je vous en préviens; je ne veux pas l'être... C'est mon système... Je me serais déjà mis en colère, si je savais m'y mettre en français... mais ça me brouille; ça in'ôte ma facilité.
DUCLOS
Ma foi , mettez-vous en colère dans toutes les langues que vous voudrez... pour moi, tout ce que je puis faire, c'est de vous enga^r à chercher un autre avocat, et de vous aider moi-mêmci.
SIR ARTHUR. , très-en colère et balbutiant davantage. Comment?... m'aider...
Air: Comme il m'aimait.
Ne m'aidez pas. ( Lia.) Ce ton m'irrite davantage.
Vous êtes un... Quel embarras!
Que les mots ne me viennent pas ! . . . Vous êtes un... Quand on outrage, Qu'on trompe... un... J'y suis... un... J'enrage ! Ne m'aidez pas. ^wp
DUCLOS. '^'r "^
Ah I par exemple... si vous le prenez sur ce ton là , moi je vais prendre dans mon cabinet les papiers de sir Arthur, et le prier de sortir de chez moi.
[Il rentre dans son cabinet.) SIR ARTHUR, le suh'ant.
Monsieur, si vous n'étiez pas un vieux... une perruque....