‹ La première cause, ou, Le jeune avocatChapitre 4 sur 19 · DUCLOS, LAURENT · texte numérisé non relu

DUCLOS, LAURENT

Laurent est occupé à ranger un cartonnier. Duclos entre par

la droite,

DUCLOS

Laurent , mon fils est-il rentré ?

LAURENT

Non, monsieur, pas encore... Ahl dam!... Le travers de La jeunesse actuelle... les déjeuners!.. Ils ont infecté jusqu'au barreau... Quelle différence, il y a quarante ans!

Oui, en 88, n'est-ce pas ?.. Mon pauvre Laurent, vous y revenez toujours.

LAURENT

Ecoutez donc , M. Duclos , l'époque où nous avons commencé ensemble , vous à donner des consultations , moi aies copier... c'était le bon temps... On ne déjeûnait pas alîors.

DUCLOS

Non... mais on soupait.

LAURENT

Le souper était moral... Il l'était essentiellement.

Air : Simple soldat , né d'obscurs laboureurs. Jusques au soir, par le travail conduit. Dans un repas tranquille et délectable , On préludait au repos de la nuit.

DUCLOS

Combien de fois la passions-nous à table!

Du bon vieux temps laissons en paix les mœurs,

Nos jeunes gens font bien d'en avoir d'autres.

(*) Le premier acteur inscrit Client toujours en [scène la droite dii théâtre.

^3 4 '^ LAURENT

Tous les matins, chez les restaurateurs , Le jour éclaire leurs erreurs!...

Du moins la nuit cachait les nôtres.

Dites donc qu'elle les favorisait... Mon cher Laurent, défaites-vous une bonne fois de cette idée fixe du passe , de cet nionomanie du regret... Eh bien , oui , le monde a changé totalement... Pourquoi ne pas iaire comme tout le monde?.. « Moi, quand j'ai vu arriver une génération toute neuve, « qui me jetait à la tête une foule d'idées auxquelles je « n avais javais pensé; au premier moment , ça m'a étonné, « ça ma saisi... Et puis j'ai tâché de me reconnaître. Je me << suis dit : « Quand j'irais lutter de front contre ces jeunes " S<^°s, qu'en arriverait-il?.. Qu'ils m 'appelleraient/je/TM^Me... « Peut-être tout bas , par procédés... J aurais beau me rejeter « dans le passé... Ils ont pour eux l'avenir... Ma foi, « puisque je ne peux pas les vieillir comme moi , essayons <« de me faire jeune avec eux... Cd m'a réussi... j'en ai pris « l'habitude , et à présent , ça ne me coûte plus rien dutout... «« Non, vrai... Je trouverais un moyen de me rajeunir tout-à^ « fait que je n'en serais pas fâché (*). » Ah! ça, mon fils tarde bien... Il doit être dix heures.

LATJREJNT, tirant sa montre.

Et le quart... Vous verrez qu'il ne sera pas là pour recevoir la cliente qu'on lui annonce.

DUCLOS

Si fait... Il a tout exprès avancé l'heure du déjeûner... Mais ce cher Alphonse I inscrit hier au tableau des avocats, pouvait-il mieux faire que de réunir ce malin ses jeunes confrères poui-fêter sa bien-venue? comment prévoir qu'il lui tomberait du ciel une cause pour le lendemain même ?

LAURENT

C'est ce qui arrive tous les jours , grâce à la tactique des avoués, qui font remettre les causes tant qu'ils peuvent, parce qu à chaque remise , il y a pour eux un droit de présence... Yoilà !.. Il y a quarante ans, on ne connaissait pas les avoués.

DUCLOS

On connaissait les procureurs... Tenez, ce jeune Sinclair, qui envoie à mon lils une affaire le soir même du jour où il a prêté serment... certainement... c'est d'un bon enfant; ce n'est pas un procureur qui aurait fait cela... Quand je songe que, moi , j'ai attendu cinq ans ma première cause.

LAURENT

Il y en a bien qui l'attendent toute leur vie.

DUCLOS

Air de Turenne.

Pendant cinq ans, fidèle à l'audience, J'écoutais tout, immobile et muet;

(*) Les passages guillemétés^ont été supprimés par la censure.

Mon fils jouit d'une meilleure chance;

On l'écoute dès qu'il paraît , Et, j'en suis sur, il produit de l'effet. Ah! quel honheur! En est-il quije vaille? '■ Un avocat qui plaide en arrivant , C'est un conscrit qui vient au régiment

Le jour même d'une bataille.

Et tenez... c'est lui... c'est mon Alphonse... je reconnais son pas... Il monte les marches de l'escalier quatre à quatre.

LAURENT

C'est le Champagne qui opère.

DUCLOS

Tant mieux!., ça électrise... ça ûte la peur... Il n'en plaidera qu'avec plus de verve.

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