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La première consécration de missionnaires protestants français
Eglise de Sainte-Marie, 2 mai 1829 Centenaire célébré dans cette même église le 5 mai 1929 (1)
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Allocution de M. le professeur J. Viénot LE PROTESTANTISME PARISIEN IL Y A CENT ANS
Pour traiter ce sujet, j’ai d’abord parcouru les journaux religieux du temps. Et, dans les Archives QE Christianisme
de 1829, on lit ces lignes :
« Réveil religieux à Paris. — Cette ville a été le théâtre du plus étonnant réveil religieux qu’on ait vu dans ce pays...: Paris, qui était autrefois une ville de beaucoup de débauche et de licence, est entièrement changé. Il ne s’y trouve plus de danses, plus de jeux de cartes, plus de juremens profanes, plus d’ivrognerie, etc. » (2).
J’ouvris de grands yeux et je continuai à lire :
« Paris est la capitale d’un comté du Kentucky, près de l'Ohio,
non loin de Versailles, Francfort, Vevey, etc. en Amérique ! »
Mais où en était le vrai Paris, le nôtre? Où en était l'Eglise protestante de Paris il y a cent ans ? C’est un étranger, le futur historien Louis Vulliemin, qui va commencer à nous renseigner. Il écrit de Paris à sa femme en 1825 « J'ai assisté dimanche au culte protestant de l’Oratoire, le temple était rempli, l’auditoire attentif, M. Monod éloquent ; la quête qui se fit ensuite, pour l’hiver, abondante,
au delà de 2.700: francs (3). »
Le dimanche suivant, avec une carte d’entrée procurée
par M. Albert Roux, secrétaire de la Société de la Morale
chrétienne (celle qui couronna Vinet), le jeune pasteur se rend à la chapelle du roi, « Je n'y retournerai pas, dit-il. La musique est belle, très belle, l'étiquette sévèrement ob-
(1) Voir le Journal des Missions évangéliques, Qui 1929. (2) Archives, 1829, p. 44.
(3) Louis Vulliemin, 1 vol., Lausanne, p. 45.
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servée, la foule chamarrée et brillante, tout est spectacle et : le service religieux se compose de pompe et d'harmonie. Suis-je dans un temple ? me demandais-je, et vainement Je cherchais à donner mes pensées au Christ crucifié, dont l’image était suspendue au milieu de cette magnificence.: Tout a été achevé en peu d’instants et je me suis hâté de courir à l'Oratoire où j'ai entendu de la part de M. Juillerat des paroles de charité : « Celui qui donne aux pauvres, prête à l'Eternel. » La quête des deux dimanches a donné près de 6.000 francs. »
Nous apprenons ainsi qu’il y a à l'Oratoire deux pasteurs, M. Jean Monod, le père de tous les Monod, et M. Juillerat. Il y a en même un troisième, qui est le fils et le suffragant du premier : Frédéric Monod. Le président du Consistoire est le pasteur Marron. Et l'Oratoire est rempli d’auditeurs. Cela n’est pas étonnant, car les réformés sont déjà nombreux à Paris et ils n’y ont que deux temples : l’Oratoire et Sainte-Marie. Les luthériens ont une seule église, celle des Billettes avec deux pasteurs, MM. Boissard et Gæpp.
Boïissard est un Montbéliardais pieux et charitable, et cultivé aussi. Il a publié pour ses paroissiens quelques petits livrets fort utiles. Gœpp vient d'Alsace. C’est un orateur et un poète. Il parle français et allemand. Je ne sais ce qu'il était comme orateur, mais comme poète, des amis l’ont comparé à Klopstock. Ils étaient l’un et l’autre fort actifs et ce sont eux qui ont été, en fait, les premiers organisateurs de l'Eglise luthérienne de Paris. On rendait à Boissard ce témoignage qu’il était le type même du bon pasteur.
Réformés et luthériens entretenaient les relations les plus cordiales. Ils échangeaient leurs chaires. Ils avaient des réunions en commun. C’est ensemble, par exemple, que les deux présidents de consistoire, Marron et Boissard, venaient d'ouvrir un nouveau lieu de culte protestant à Versailles. Et cela dans une chapelle qui servait de reposoir au roi Louis XV quand il suivait la procession de la Fête-Dieu. Ces bonnes relations étaient très profitables aux deux Eglises et à leurs œuvres. On comprenait alors mieux qu’on ne l’a fait quelquefois depuis, combien est vraie l’observation de Guizot : « Là où l’unité de l'Eglise n'existe pas, quand la fusion des Eglises diverses n’est pas possibie, et quand la liberté religieuse est établie, il y a place pour le bon sens pratique et pour la charité chrétienne (1). »
(1) Méditations, p. 24.
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L'heure de 1829 était d’ailleurs favorable au développement des Eglises. Depuis quelques années, on constatait un esprit de réaction contre les démolitions du xvirr° siècle et, comme le dit Louis Vulliemin, il y avait « une tendance d'hommes de tous partis à rentrer dans le sein d’une Eglise
et à revenir à une religion. »
Mais il faut être juste et ne pas attribuer aux seuls hommes de 1829 la situation favorable d’alors. Le relèvement, le réveil, toute l’activité religieuse qui se manifeste à cette date, avaient été rendus possibles par la fidélité et les sacrifices des générations précédentes.
Jugez vous-mêmes. Jusqu'en 1787, les protestants sont des proscrits. À partir de 1787, is sont tolérés, mais timides encore dans l’ensémble. Puis, tout de suite, c’est la Révolution, la Terreur ; ensuite, Bonaparte. Les protestants font des progrès réels sous le premier empire. Mais les guerres du temps sont peu favorables à la vie religieuse. Puis c’est la Terreur blanche et la Restauration. Voilà une suite d'années bien troublées. Eh bien, au milieu de ces événements, il y a des hommes qui ne désespèrent pas du petit troupeau. Dès avant 1802, ils se sont mis à reconstituer leurs cadres, à rétablir églises et pasteurs. Il faut citer les noms de ces fidèles serviteurs. Pour les, Réformés, ce sont à Paris les frères Rabaut, c’est Marron qui rétablissent le culte, dans une salle, dans une autre, puis à Saint-Louis du Louvre, puis en 1811 à l’Oratoire. Is sont aidés par des laïques qui s’appellent Vincent, Amyraut, Fabre, Léon Féline, Lemaître, Dangirard, Dumas, Delessert.
Le Concordat s'était discuté et préparé, en ce qui concerne les protestants, dans le salon de Mme Gautier-Delessert, amie du ministre Portalis et du préfet, « le bon monsieur Frochot ».
Chez les Luthériens, il y avait eu pour aider Boissard et Gœpp, le brave général Rapp, le général Walther, les Berckheim, les Bartholdi, Cullmann, les Würtz. Jusqu’en 1820 environ, il avait fallu aller au plus pressé, s'occuper des Eglises. Maïs, vers cette date, la vie religieuse prend une couleur plus marquée. Et les œuvres naissent comme par enchantement : Société de Secours mutuels, Société des Traités religieux, Société des Missions, Société de l’Instruction primaire, Société Biblique, etc. Et ceci nous ramène à la date de 1829. IL y a donc alors deux temples réformés : l’Oratoire et Sainte-Marie, une église luthérienne : les Billettes. Il y a un libraire protestant : Servier, qui demeure
6, rue de l’Oratoire ; c’est lui qui édite le Journal des Mis-
AUTRES, ane
-sions. Il y a à Paris quelques écoles primaires protestantes; la première de toutes fut celle fondée en 1812 par les Luthériens. En 1816, Etienne Delessert a fondé une école de garcons et une école de filles rue du Coq-Saint-Jean. De 1812 à * 1830, sept écoles protestantes ont été établies, 6 de garçons et 1 de filles. Il y a aussi une ou deux pensions protestantes, une école de chant sacré qui se réunit à l’Oratoire pour étudier les psaumes et les cantiques.
L’Oratoire donne un bon exemple de fédération protestante. Les Anglicans n’ont pas d'église à Paris ; ils se réunissent à l’Oratoire depuis 1814 et leur service suit immédiatement le service réformé. Les Presbytériens n’ont pas de temple, mais depuis 1821 l’ancien chœur de lPOratoire, la salle du Conseil presbytéral actuelle, a été pourvue d’un plafond et on a construit au-dessus une salle qui sert de lieu de culte aux Presbytériens anglais. Leur pasteur est ce Rév. Wilks qui joue un rôle dans le réveil parisien. Ami du banquier Hubbard et des Schérer, il avait une fille, morte prématurément, et dont l'influence religieuse fut réelle sur le jeune Edmond Schérer.
Nos deux Eglises protestantes françaises ont donc à leur service tout un état-major de laïques d’élite que les pasteurs ont su ou créer ou utiliser.
En tête, il faut mettre Georges Cuvier. Le petit Monthbéliardais d’autrefois est dévenu un grand savant, Il s'appelle maintenant M. le baron Cuvier, il est conseiller d'Etat, directeur des cultes non-catholiques et il a pour sous-directeur un réformé, M. Laffon de Ladébat. Si le baron Cuvier est un chrétien un peu solennel et froid, la piété et la ferveur du Réveil se montrent chez sa fille Clémentine qu’il perdra prématurément. Parmi les fidèles de l'Eglise réformée, on comptait alors Ph.-À. Stapfer, ministre de l’Evangile, philosophe, diplomate et administrateur. Il était devenu un Français d'adoption. C’est lui qui présidait la séance générale de la Société des Missions du 29 avril 1829. Il avait ouvert la séance par un discours d’une belle tenue qui ne pouvait s'adresser qu’à un auditoire d'élite.
En 1829, l'Eglise de Paris portait encore le deuil d’un homme remarquable aussi bien par les dons de l'esprit que par sa piété. C’était le propre fils de Mme de Staël, le baron Auguste de Staël. Il vivait une partie de l’année à Paris où il soutenait toutes les œuvres en s’occupant activement de chacune d’elles. Il était partout, faisant du bien, disait-on. Il avait eu l'honneur d’entrainer les protestants de Paris dans la lutte contre le honteux fléau de l’esclavage.