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Il n’était plus là en 1829, mais sa veuve continuait l’œuvre commune. Un vieux huguenot fidèle, dernier reste de l’aristocratie protestante revenue au catholicisme, le marquis de Ségur, venait aussi de mourir. Parmi les protestants les plus actifs, nous comptons l’amiral Ver-Huell, qui présidait alors avec dévouement le Comité de la Société des Missions ; Waddington, trésorier de la-Société des Missions ; Henri Lutteroth, le futur directeur du Semeur ; Edouard Thayer ; Albert Roux qui devait bientôt quitter Paris pour aller fonder une industrie nouvelle à Montbéliard.
La puissance sociale des protestants paraît alors remarquable. Il y a des salons protestants : celui de Cuvier où se pressent savants et hommes du monde français et étrangers ; il y a celui de la charmante duchesse de Broglie, la fille de Mme de Staël, qu’une amie appelait « un ange ». Son salon est ouvert aux pasteurs orthodoxes, comme à tel ou tel unitaire des Etats-Unis. Elle était restée une excellente protestante, très activement mêlée à toute la vie reli< gieuse et charitable de son église. Libérale de tempérament, elle était portée aux questions graves et en réaction contre le monde, son égoisme et sa froideur. Elle rappelait le mot de Werther disant qu'il croyait serrer une main de bois chaque fois qu’il serrait la main d’un homme du monde. Il y avait le salon Monod, celui de Mme Mohn, celui des Coquerel et de leur parente, Miss Williams. Guizot, semblet-il, était à la tête de la génération montante. Poussé d’abord par Ph.-A. Stapfer qui l’avait introduit dans le monde politique quand ïil était ministre de Suisse en France, Guizot, professeur à la Sorbonne, était rentré en 1828 au Conseil d'Etat. La chute de Charles X n'allait pas tarder à faire de lui un ministre de Louis-Philippe. La loi sur l’instruction publique de 1833 fut son œuvre. Pierre de Malleville était en 1829 pair de France et conseiller d'Etat,
Tous ces intellectuels étaient religieusement décidés. Mais, à côté d’eux, il y avait un autre état-major qui devait être aussi fort utile à nos Eglises renaissantes. C’était le groupe des industriels, commerçants et banquiers. Ils croyaient, eux aussi, qu’on ne pouvait refaire la France que par le christianisme et c’est pourquoi ils ne marchandaient pas leur concours à leurs coreligionnaires. Citons d’abord Oberkampf. Ph. Oberkampf, fils d’un teinturier habile, avait introduit en France l’industrie des toiles peintes, puis des premières filatures. Il avait été l’éducateur industriel des premiers Peugeot qui établirent dans le pays de Mont-
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béliard cette nouvelle industrie. « Il fut, disait-on, l’honneur du pays qu’il avait adopté. » |
Dès le commencement du siècle, on voit revenir les mêmes noms, les noms de ceux qui sont toujours prêts à seconder une initiative généreuse ou utile. Ils n’ont pas disparu parmi nous : je cite au hasard de la mémoire Îlés Bartholdi, Coullmann, Delessert, Feray, Hottinguer, Mallet, Pourtalès, Schickler, Vernes, Waddington, Widmer.
Ils avaient aidé pour la plupart à relever la France de
ses ruines de guerre, mais ils n'étaient point par définition :
des flatteurs du pouvoir. Sous le premier empire, un ambassadeur de Napoléon en Russie, lui écrivait d’après des nouvelles rapportées de Paris : « Les frères Mallet disent que Votre Majesté est une pompe aspirante et foulante. » En tous cas, en 1829, sous Charles X, les protestants étaient généralement de l’opposition libérale et ils devaient saluer bientôt avec joie le gouvernement de Louis-Philippe. Le bien que rapportent d’eux les journaux religieux de l’époque ne doit pas être exagéré ; je trouve dans la Biographie universelle de 1845 la notice suivante : « Hottinguer père, fondateur de la maison qui porte son nom et qui, depuis bien des années, occupe à Paris un des premiers rangs, est un des négociants qui ont le plus honoré le commerce dé leur pays. »
Derrière ces hommes qui avaient vu la Révolution, ses causes et ses suites, les guerres et leurs conséquences, ou qui en avaient pu considérer encore les ruines matérielles et spirituelles et qui voulaient relever leur pays, il y avait, on le voit, on le sent dans les rapports des Sociétés, le peuple protestant. Désintéressés, courageux, entreprenants et persévérants, attachés avant tout à l'Eglise des héros et des martyrs, ce sont ceux-là qui, derrière certains hommes d'élite, ont toujours formé le bataillon sacré de la résistance invincible.
Le protestantisme de 1829 revenait donc à la vie. Il réparait ses brèches et il unissait ses forces dans des œuvres qui toutes, et spécialement l’œuvre des Missions, resteront son honneur. k
Cela n’empêchait point d’ailleurs les catholiques du temps d'annoncer, comme aujourd’hui, la fin prochain du protestantisme. On peut juger de ce que vaut cette prophétie par ce fait : en 1829, il y a à Paris 3 lieux de culte protestants français et 5 pasteurs; en 1929, nous avons à Paris 40 pasteurs réformés en activité, 18 pasteurs luthériens, 37 lieux de culte réformés, 22 lieux de culte luthériens.
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De tout cela, on peut conclure légitimement que le protestantisme, en 1829, était une force religieuse et sociale déjà considérable grâce au réveil des idées religieuses. Je suis persuadé d’autre part que nos forces latentes sont plus grandes aujourd’hui. Ah ! si nous savions les grouper, les unir dans un effort commun, dans l’action pratique, dans des sentiments fraternels, nous pourrions exercer ensemble une action puissante pour la vérité profonde et pour le bien, pour la patrie et l’humanité ! Les protestants de 1829 étaient tous groupés pour soutenir leurs œuvres. Imitons leur exemple. Unissons-nous et aimons-nous pour mieux ‘servir nos Eglises et leurs œuvres nécessaires. Et puis ayons confiance en Dieu et en l'humanité qu’il veut sauver. Il y a des âmes fatiguées qui ne voient dans cette humanité que la boue ; il y a des yeux superficiels qui ne voient dans la société contemporaine que l’écume ; mais nous savons, nous chrétiens, qu'entre la vase du fond et l’écume de la surface humaine, le grand courant caché de la vie chrétienne arrose déjà et fécondera peu à peu tous les champs de humanité. L'œuvre de Dieu n’est pas finie. « Le champ, c’est le monde ». Ne l’oublions jamais, et travaillons, chacun selon nos forces, à ce qui doit être notre vocation suprême, le triomphe du royaume de Dieu.
Discours de M. le pasteur Jean Bianquis, Directeur honoraire de la Société des Missions (1)
Le samedi 2 mai 1829, les protestants de Paris étaient ‘convoqués au temple de Sainte-Marie — ou, comme on disait alors plus volontiers, des Filles-Sainte-Marie — à 2 heures après-midi, pour une cérémonie qui n’avait pas ‘encore eu de précédent en France, la consécration de trois
(1) Sources : Manuscrits : Registres des Procès-verbaux du Comité directeur de la Société des Missions évangéliques de Paris. Copie-lettres de la même Société. Archives de la même Société : lettres reçues et rapport de la Commission composée de MM. les pasteurs membres -du Comité et chargée d’examiner la question relative à l’examen et à la consécration des élèves partants.
Imprimés : Cérémonie de consécration des trois missionnaires -envoyés par la Société des Missions évangéliques de Paris au Cap de Bonne-Espérance, 1 brochure in-8° de 28 pages.
Journal des Missions évangéliques, quatrième année, 1829,
Assemblée générale de la Société des Missions évangéliques chez les peuples non chrétiens, établie à Paris, 29 avril 1829. — Sixième anniversaire., Paris, H: Servier, 1829.
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jeunes missionnaires, prêts à partir pour le sud de PAfrique.
Déjà le mercredi précédent, à midi, le même temple avait
été rempli pour la sixième Assemblée générale annuelle de la Société des Missions. Le programme comprenait deux prières, un cantique et douze rapports ou discours, quelques-uns très longs. La séance avait duré trois heures et demie. |
Mais nos ancêtres n'étaient pas rassasiés pour si peu. Et,
Prosper Lemue
trois jours après, longtemps avant que le service religieux commencçât, un nombreux auditoire s’entassait de nouveau dans ce temple, où nous nous retrouvons, un siècle plus tard. Telle était alors l’avidité des protestants parisiens pour entendre parler du règne de Dieu et de ses progrès dans le monde. Et cependant, ils étaient à peine le dixième de ce qu’ils sont aujourd’hui.
, Laissez-moi vous présenter d’abord les trois candidats.
Les deux premiers, Prosper Lemue et Isaac Bisseux,
avaient une origine commune et une préparation identiques. Nés, le premicr, à Esquekéries, le 19 décembre 1804,