‹ La Première Épître de l’Apôtre Pierre CommentaireChapitre 103 sur 123 · Von Soden, Æ. C., p · texte numérisé non relu

Von Soden, Æ. C., p

7. À. Sabatier, sans se prononcer, et tout en inclinant à la composition de l'épitre par Silvain, estime que « cette situation semble correspondre à celle que nous fait connaître la lettre de Pline à Trajan ». Encycl., art. cit., DA622);

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DATE NEL Ex

ou Baur, Schwegler, Keim, Lipsius, Hilgenfeld, Hausrath, Mangold, Pfleiderer', Weizsaecker?, Cepadedel sTilehere

Notons enfin le sentiment de Zellers et de Steckf qui la placent sous Adrien parce qu’elle imite l’épitre aux Éphésiens qu'ils jugent être de ce temps, et celui de Volkmar? qui la met sous Antonin entre 40 et 147 parce qu’elle utiliserait le livre de Hénoch qu’il place lui-même fort tard. De tous les auteurs qui dépassent le temps de Domitien, Harnack dit qu’ils obéissent à

«un préjugé qui est réfuté par la lettre même de Pline sur laquelle on s'appuie ».

Fixons donc les limites entre lesquelles la date véritable doit être cherchée. On ne remontera pas plus haut que lépitre aux Éphésiens. On ne descendra pas plus bas que la lettre de Clément. La première date possible serait donc $9 ou 60. La récente hypothèse de Harnack qui fait reculer de quatre ans environ toute chronologie de la vie de Paul n’a pas rencontré l’assentiment de la critique. Elle nous amènerait à $$ ou $6 comme terme extrême. Mais on ne peut s’y arrêterÿ.

1. Pfleiderer (Urchristenthum, p. 656.657), s'appuie sur ce que les procès dont le christianisme même est la cause datent de Trajan, sur les recommandations faites aux anciens, sur le nom apocalyptique de Rome, sur la grande autorité attribuée à Pierre.

2. Ab. Zeil., p. 475 : après Clément de Rome, à l’occasion de la persécution possible; de même Mangold (Bleek-Mangold, Einleil., p. 667).

3. Schmiedel (Encycl. Ersch el Gruber, art. Kathol. Br.) pense au crime de délation puni par Trajan (}Aoteteriozxoroc, cf. Pline, Paneg. 34). Schmiedel veut que la persécution de Néron ne se soit fait sentir qu’à Rome.

4. Jülicher(Einleitung, p. 135) : vers l’an 100. L’épître connaît les Pastorales, les Hébreux, les Évangiles, le quatrième Esdras. La lettre de Trajan à Pline indique l’horizon. La période des persécutions est ouverte. Le chrétien es poursuivi comme tel, l’État partage les soupçons de la foule. Dans l’Église, les « jeunes » ont la même tendance à l’indépendance que dans Clément de Rome.

SANT, 801 Dr A2

Cobra 801 p.662:

Mau ELheUTSOr,DrA427.

8. On en trouvera l'exposé dans la Chronologie, p. 233 à 239, et la réfutation dans un article spécial de Schürer, Z. f. w. Th., 1898, p. 21 à 42. On sait que

Toutes les données de l’épitre même sont en faveur d’une date

ancienne. La Parousie est attendue naïvement, ardemment : aucun doute ne s'élève sur sa proximité; on est encore dans l’évidence primitive. Les fidèles sont nouveaux convertis. Ils appartiennent à la première génération chrétienne. Les allusions sont constantes à l’état dont ils viennent de sortir. Nulle trace de gnostiscisme. L’Ancien Testament est parfaitement compris. L'Église n’a que l’organisation simple, rudimentaire des premiers temps. Point d’épiscopat, pas même ce commencement de hiérarchie que les Pastorales indiquent : rien que des anciens qui conduisent le troupeau; et entre tous une parfaite entente, une soumission réciproque qui suppose de petites communautés dans la ferveur du premier amour !. La persécution n’a pas le caractère officiel qu’elle aura sous Trajan. Le nom de chrétien peut servir de charge : il en a été ainsi dès le commencement?; mais on a plus volontiers

la chronologie de Paul, qui s'établit par les Actes et les Épiîtres, se raccorde à la chronologie générale par une seule date, l’année où Félix a été rappelé et remplacé par Festus. On s’en tient généralement à l’an 60. Mais Harnack remarque que la Chronique d'Eusèbe indique la deuxième année de Néron, qui commence à régner en octobre 54. Il remarque également que Félix après son rappel fut l'objet d’une plainte de la part des Juifs, et que son frère Pallas obtint pour lui le pardon de l’empereur (Josèphe, An£. 20, 8, 9.). Pallas ayant été disgracié, suivant Tacite (Ann. XIII, 14. 15) en février 55, le retour de Félix devrait avoir eu lieu avant cette date. — Schürer maintient la date de 60, comme la plus probable, en faisant remarquer : 1° que les données de la Chronique sont peu solides; 20 que la disgrâce de Pallas a été très relative et lui a laissé une haute influence (Ann. XIII, 14); 3° qu? l’on se heurte à de grandes invraisemblances en reculant à ce point toute la chronologie du siècle apostolique.

1. Ramsay (The church in the roman Empire, loc. cit. p. 284) doute que le christianisme ait pu faire des progrès sérieux au nord de l’Asie-Mineure dès 64. Il suppose, d’une façon toute gratuite, que le christianisme n’a pas dû atteindre Amisus avant 65. Voir le commentaire (1, 1).

2. Il serait tout à fait inexact de voir, dans le fait que le nom de chrétien est poursuivi, l’indication du temps de Trajan, à cause du mot de Pline : « romen ipsum Christianum si flagilüs careat, an flagitia nomini cohaerentia puniantur » (Ep. X). Trajan n’est pas le premier qui décide que le nom de chrétien suffit à mériter la mort. Il trouve cet usage établi. II en régularise lapplication (Ramsay, The church..…, p. 213. De même Duchesne, Origines. p. 108 et suiv.); Renan (L’Antechrist, p. 184) dit de l’an 67 : « sans qu’il y eût

recours aux accusations de droit commun. Il y a d’abominables préjugés, de basses calomnies; quand un crime a été commis, on accuse les chrétiens, on leur attribue les malheurs publics. Mais il n'y a pas encore de procédure fixe. L’innocence peut confondre les détracteurs. Que les disciples de J.-C. soient saints, charitables, prêts à rendre compte de leurs espérances. L'autorité n’est pas encore persécutrice. Elle est plutôt tutélaire. On la regarde avec un optimisme confiant. On se représente qu’elle punit et récompense suivant qu'on fait bien ou mal : les gouverneurs sont envoyés dans les provinces pour représenter l'autorité du prince, base de l’ordre social. L’ennemi, ce n’est pas encore le pouvoir, ce sont les gens ignorants, violents, débauchés, c’est la foule aveugle qui n'admet pas un culte et une morale par lesquels elle se sent con- damnée.

Tout ceci répond aux données de Tacite : « quos per flagitia invisos vulous christianos appellabat » (Ann. XV, 44). C'est le temps qui précède le coup de tonnerre de l'an 64. Souflrir peut

d’édit en forme, interdisant la profession du christianisme, cette profession mettait en réalité hors la loi; hostis, hostis patriae, hostis publicus..…. autant d’appellations inscrites dans les lois pour désigner ceux qui mettaient la société en péril. »

L'abbé Duchesne généralise : les chrétiens dit-il, étaient toujours condamnés comme chrétiens (Les Origines, p. 111). Le Blant par contre, veut qu'ils aient été sous des prétextes de droit commun (Szwr les bases juridiques des poursuites dirigées contre les martyrs, dans les Comptes rend. de l'Acad. des Insc., 1866; cf. de Rossi, Bullet., 1867). On trouvera dans Mommsen (Das Religionsfrevel im roemischen Rechte) l'examen des lois sous lesquelles les chrétiens pouvaient tomber : loi défendant d’introduire des divinités étrangères, loi sur le sacrilège, loi de lèse-majesté (Tert. Apol. 5. 10). On sait que les applications de cette dernière étaient de plus en plus étendues sous l’Empire. — De Broglie (Rev. des Deux Mondes, 1e* février 1898) insiste sur l’étonnement irrité que produisait la foi nouvelle, qui affirmait une vérité unique et combattait les erreurs contraires; G. Humbert, sur le principe qui prohibe toute association illicite (Dict. des Ant. Gr. et Rom., de Daremberg et Saglio, t. 1, p. 1296. — G. Boissier (La fin du paganisme, t. 1er, p. 343 à 394, cf. Aubé, Histoire des persécutions de l'Eglise jusqu'à la fin des Antonins, 2 vol., 1875) donne un résumé bref et intéressant de la question. L'étude même des causes des persécutions fait toucher du doigt combien l’épître de Pierre est ancienne.

être le lot de l’Église, partout où elle se trouve, quand Dieu le veut; mais pour le moment, ces souffrances n’ont rien d’excessif ni d’inexorable.

Cette date probable (début de l’an 64), est-elle possible ? IT reste une difficulté assez sérieuse. Si l’épitre est écrite de Rome et si Pierre et Silvain en sont les rédacteurs, comment se fait-il que Paul qui était en vie, qui était probablement à Rome, n'y soit pas mentionné? Pierre écrit aux Églises que le grand apôtre à fondées. Il nomme Marc et Silvain. Il rappelle aux lecteurs la grâce qui leur a été faite (S, 12), ceux qui les ont évangélisés (1, 12). Il se tait sur l’homme unique dont on attend le nom. On n'arrive pas à écarter cette difficulté d’une manière satisfaisante. On suppose que Paul n’était pas à Rome : c’est l'hypothèse à la fois si commode, si peu démontrée, mais toujours possible de sa double captivité *. Qu'il nous est difficile, à moins de données précises, de raisonner d’une façon utile sur les allées et venues des apôtres et de leurs compagnons! Les écrits sont plus sûrement datés par leur contenu que par des rencontres de noms qui s’expliqueraient bien simplement par des circonstances que nous ignorerons toujours. Paul peut être absent. Il peut être déjà mort.

Souvent aussi l’on suppose que l’épitre a été écrite dans les temps qui ont suivi la persécution de Néron. On suppose que Paul a succombé dans la tourmente. Pierre a survécu. Un an après

1. Voy. dans Zahn (Eïinleil., t.:1er, p. 435 et suiv. : Der Lebensaussang des Paulus) le plaidoyer le plus récent en faveur de la double captivité romaine de Paul. La première se termine dans l’été de 63. Paul se rend en Espagne au commencement de 64, revient à Rome au printemps de 65, fait son dernier voyage en Orient, passe à Nicopolis l’hiver de 65 à 66. Dé retour à Rome, arrêté dans l'été de 66, il est décapité à la fin de l’année, sur la route a«’Ostie. Les arguments essentiels de Zahn sont : les données des Pastorales sur un voyage en Orient, et les traditions du 2e siècle sur le voyage en Espagne, notamment les Actes de Paul, les Actes de Pierre (que Zahn met en 170), le fragment de Muratori. — CE. Harnack (Chronologie.…., p.239) qui place la libération de Paul en 58 ou 59, et son supplice en août 64. Cette dernière date, dit-il, est acquise (gesichert). Sur les voyages de Paul, dans l’intervalle, nous aurions le témoignage des Pastorales, de Clément de Rome (5,7, +0 tépua ts do: signifiant l'Espagne), et le Fragment de Muratori. — Voy. sur l'hypothèse de la deuxième captivité le jugement de Jülicher, bien sévère dans la forme (Einleit., p. 125).

l’hécatombe du mois d’août 64, il est l’apôtre le plus en vue. Jean n’est pas encore à Éphèse et n’a rien écrit. Pierre envoie tout naturellement aux Églises sous la croix un message qui doit affermir leur foi et soutenir leur courage.

La difficulté est d’abord que Pierre ait survécu à la persécution.

Clément de Rome‘ n’y est guère favorable. Certes le passage qu’il consacre aux victimes de Néron, est oratoire, sans précision. Au premier abord, on ne voit pas bien où Pierre est mort, ni à quel moment; mais si Clément s'exprime sans rigueur, on se rend compte aisément de ce qu’il a voulu dire. Il affirme que les deux apôtres ont été martyrs. Il donne à entendre qu’ils ont soutfert à Rome, il dit de la foule des suppliciés de Pan 64 qu'ils ont été réunis à ces héros de La foi. Ainsi Pierre serait mort avec

. eux (ouvrbpcisôr), non après. La tradition est unanime à ce sujet?.

On doit être frappé aussi de ce que l’épitre ne contienne aucune trace de la commotion violente de l’an 64 dont le retentissement avait été immense. Son style un peu vague exclut les allusions précises; mais le langage employé ne peut manquer de correspondre aux circonstances ambiantes. On ne comprend plus des expressions comme &Afyoy &ortt ei Déov (1,6) après les torches vivantes du Vatican, après les martyrs de l’Apocalypse. Ce dernier livre, ainsi que l’épitre aux Hébreux, montre dans quel style on parle des persécutions, passé cette date.

Peut-on descendre plus bas, jusque vers l'an 80, avant la per-

1. Clem. Rom. 5, 2 #Ansav… 3 pô 0pDañuGy Qu@v….. 6, 1 robtots ouvn)ooioün rod rAñlos éxkezr@v. Voy. Gebh. et Harnack, 1 Clem., p. 12 à 18.

2. On trouvera dans Harnack (Chronologie, p. 240 et suiv., das Todesjahr, des Petrus und Paulus) la discussion de la vaine donnée traditionnelle, qui, d’après la Chronique d'Eusèbe, met en 68 la persécution de Néron et la mort de Pierre. Harnack énumère les raisons pour lesquelles on place en 64 la mort des deux apôtres dans la persécution de Néron : 10 l’unanimité de la tradition à cet égard; 20 le fait que Pierre a dû être mis à mort dans les jardins de Néron; 3° le fait que vraisemblablement la persécution de Néron a été courte; 40 les chiffres de la liste des évêques de Rome qui, en remontant depuis la mort d’Anicet (166), aboutissent à l’an 64. Il conclut : « on devra donc tenir pour acquise la date de 64 ». Pour les données de la tradition, voir plus loin, la discussion relative à la venue de Pierre à Rome.

sécution de Domitien, dans des temps troublés, mais sans grandes secousses? Un disciple de Pierre, au courant des écrits de Paul, rédigerait alors sous le nom de son maître un résumé de l’évangile apostolique tel qu’il résulte des écrits qui en avaient conservé la tradition. Comme les pseudépigraphes juifs du temps, Esdras et Baruch, il date de Babylone sa composition. Il groupe autour de lapôtre, Marc son fils spirituel, et Silvain, le fidèle porteur de lettres du synode de Jérusalem.

Une solution de ce genre résout les difficultés extérieures ; mais l’âme même de l’épitre n'admet pas un écrit supposé, et l’on doit se demander également si les notions religieuses en face desquelles on se trouve, comportent une date aussi tardive, et si l’attitude connue des autorités répond aux données des textes.

Ramsay croit discerner le reflet de la procédure suivie après lan 80, l’action des autorités, la pression de l'opinion, la voix populaire, le cercle des spectateurs autour du tribunal, le chrétien présentant sa défense: äroncyix, dit-il est un terme fort, indiquant un jugement régulier. Mais il s’agit en réalité d’une situation

. plus simple, plus primitive. L’apologie est la simple explication donnée « à quiconque la demande » (x P.3, 15).

Pour descendre jusqu’au temps de Trajan, il faut admettre que Clément de Rome n’a pas connu l’épitre. En outre, les mêmes difhcultés se rencontrent que pour la date de 80, et aggravées. La fraîcheur et l'intensité des afhrmations évangéliques se comprend moins, et de même l'attente de la fin prochaine. La situation juridique qui résulte des lettres de Pline et de Trajan est assez différente : c’est le magistrat qui sévit, d’une façon régulière et générale ‘. Il cherche à obtenir l’aveu de christianisme, ou l’abjuration?. Quant au terme d'aXAcrpueriororos auquel on suppose le sens de délateur, il est certain que Trajan punissait ce délit; mais il n y a point d'apparence, ni que les chrétiens l’aient commis, ni qu'on ait songé à les en accuser. La calomnie leur prêtait des crimes, on les laissait en repos sur les fautes plus minces.

1. « Contagio pervagata eis quae videtur sisti et corrigi posse » (Pline, Ep. X).

2. & Confilentes ilerum ac tertio interrogavi supplicium minatus » (Pline). « Quamvis suspectus in praeleritum fuerit » (Trajan).

Tout pesé, le commencement de l’an 64 reste l’époque pro-

… bable, celle qui est indiquée par le fond des choses et les données

essentielles. Encore une fois, il n’est pas impossible qu’à ce moment l’apôtre Paul soit absent, ou qu'il ait déjà succombé, et que Pierre s'adresse, sans le nommer, aux églises d'Asie.

"Ev B2$yAüv:. — Quelle est cette ville ?

Il ne vaut pas la peine de discuter l'hypothèse de L. Cappel, soutenue par le P. Hardouin, que Babylone désigne Jérusalem, ni celle de Haneberg? qui date l’épitre d’Antioche.

D’autres y ont vu Babylone d'Égypte. Les Coptes veulent, d’après une ancienne tradition, que la Babylone de l’épître soit une petite place forte de ce nom, près du vieux Caire. Il y a encore là une ancienne forteresse, Deir Babloun, aujourd’hui un couvent enclavé dans l’enceinte. La liste grécocopto-arabe des sièges épiscopaux de l'Égypte conservée à Oxford

identifie Babloun et El-Fostat (le vieux Caire)3. Ce n’était pas:

une localité sans importance. Au quatrième siècle, la littérature chrétienne en fait mention. Au cinquième, on y voit un évêchés; mais il n’y a aucun indice d’un voyage de Pierre en Égypte, aucune trace d’une église en ce lieu dans les premiers temps. L'église d'Alexandrie qui attribue son origine à Marc, n'aurait pas oublié Pierre.

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