‹ La Première Épître de l’Apôtre Pierre CommentaireChapitre 91 sur 123 · Cf.. Act. 3, 15 Gopnyov tns Los · texte numérisé non relu

Cf.. Act. 3, 15 Gopnyov tns Los

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étaient imparfaits mais efficaces. Ils sont accomplis dans la croix, et les idées qu’ils supposent demeurent vivantes.

Une autre notion complète celle du sacrifice et lui donne toute son ampleur. C’est le Serviteur de l'Éternel (2, 21-24). Le chapitre 53° d’Esaïe montre le juste sauvant les coupables en prenant sur lui le châtiment de leurs fautes. La foi juive, imprégnée de solidarité, admettait, comme un principe indiscutable, que des : souffrances innocentes aient une valeur rédemptrice.

Le sacrifice de J.-C. ajoute dès lors aux souvenirs sacrés du rituel le rayonnement de la pensée prophétique la plus pure.

La sainte victime, offerte pour le péché, nous guérit par ses meurtrissures (2, 24). Elle nous met au bénéfice de son œuvre aux conséquences infiniment miséricordieuses (2, 10).

L’épitre de Pierre se tient à cet égard au centre même du témoignage apostolique. Elle met en lumière ces affirmations diverses d’une manière vivante, sans système. Son originalité est d’insister sur les conséquences morales de la croix. Les formules qu’elle emploie sont souvent un peu gauches; mais elle affirme d’une façon qui lui appartient, la destruction effective du péché (4, 1). Mais, en reprenant à sa manière les doctrines pauliniennes, elle entend bien ne pas les affaiblir. Il n’est pas vrai qu’elle en brise les angles. Elle n’a pas, comme voudrait Holsten, une autre « gnose » de la croix. Elle ne fait pas porter son symbolisme, comme le pense Holtzmann, sur les détails, tandis que Paul se tiendrait au cœur des choses. Son but essentiel n’est pas de dire, comme Reuss le suppose, que nous sommes surtout délivrés des habitudes du péché. C’est bien le sacrifice, le salut qui est au premier plan; autour de la croix viennent se grouper les symboles qui Pinterprètent; chacun d’eux ramène l'attention sur le Rédempteur.

Enseveli, Jésus descend parmi les morts. Il rencontre dans ce séjour les multitudes qui ont quitté la vie avant qu'il ait été manifesté. Comme dans la peinture saisissante d’Ésaïe (x4,9 et suiv.), elles s’émeuvent sur son passage. Il leur prèche le même évangile qu'aux hommes sur la terre. Toute âme doit avoir été mise en présence du salut; c’est à ce prix que le jugement qui est

proche sera juste (4, 5). Ce sont surtout les morts du déluge qui préoccupent l’auteur (3, 20); il parle d’eux avant de poser le principe dont ils ne sont qu’une application particulière. Mais ce choix même accentue par un exemple typique la loi qu’il doit illustrer.

La Résurrection semble, au premier abord, de plus grande conséquence que la croix elle-même. Dès le début elle est glorifiée dans cette sorte d’hymne du chapitre 1 (1,3 et suiv.), où l’on retrouve un écho de la joie soudaine éprouvée par les disciples devant le tombeau vide. L'Église semble en avoir gardé longtemps la surprise triomphante.

Elle n’est cependant que coordonnée à la mort, et accomplit, au même titre, la prophétie des souffrances de Christ et des gloires qui devaient suivre.

Prise en elle-même elle n’aurait pas d'action séparée. D'abord, il faut l’aspersion du sang (7, 19). D'abord il faut que lobstacle du péché soit Ôôté. Alors seulement, par la vie du Ressuscité, désormais communicable, la régénération peut suivre.

La Résurrection n’est donc pas considérée comme un moyen d’apologétique. Nous n'avons pas non plus ici la rigoureuse coordination de la mort et de la Résurrection, dans la théologie de Paul, pour la justification du pécheur; mais une série de faits chrétiens qui s’enchainent et qui produisent dans la vie intérieure une série de modifications correspondantes. Le croyant est associé à la vie du Ressuscité à laquelle il participe effectivement, et la Résurrection est mise en relation intime avec l'espérance qui donne à l’épitre une physionomie si caractéristique (1, 3. 5. 21).

Ressuscité, le Christ monte au ciel. Il y occupe un rang plus élevé qu'avant son abaïssement (3, 22; cf. Héb. 2, 9; 4, 14).

Tout lui est soumis (3,22). Il est dans la gloire céleste, comme Seigneur (2, 3) à la droite de Dieu, participant à sa puissance. Ce que l’A. T. dit du Dieu suprème lui est attribué. Il est la pierre vivante sur laquelle l'Église est fondée (2, 4). Il est celui que l’on sanctifie dans le cœur (3, 15). Il règne. Il n’en reste pas moins subordonné au Père qui lui a donné la gloire (1.21), qu'il donnera lui-même aux siens ($, I. 4. 10).

MoxniER. — La première épitre de Pierre.

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4. Le Saint-Esprit. — Dès les premiers mots, le Saint-Esprit est nommé dans cette formule à apparence déjà trinitaire, qui rappelle Mat. 28, 19; mais où le Fils est à la troisième place.

L'Esprit est la puissance de vie par excellence (3, 18). Il est l'organe de toute action de vie dans les âmes. C’est par lui que Dieu met à part et sanctifie ceux qui lui appartiennent (1, 2). Il est le Révélateur. Christ le communiquait aux prophètes pour leur faire connaître à l'avance sa venue (r, 11). Il est donné aux fidèles d’une manière permanente, et ne saurait les abandonner (4, 14). Il est en eux comme le principe des « charismes » qui constituent l’Église. Par lui les évangélistes prèchent (x, 12) et dans chaque communauté on voit se développer les dons de parole ou de service charitable (4, 10-11). Dans lépreuve, il console; dans la mort, il glorifie (4, 14).

s. La foi est la condition même du salut (1,9). Elle consiste essentiellement dans la confiance du cœur. Ce n’est pas comme dans les Hébreux une certitude supérieure des choses à venir sur laquelle s'appuie l'espérance. Malgré une incontestable parenté avec la doctrine paulinienne ($, 10. 14), la notion de l’épitre est moins mystique, mais elle retrouve par l'intensité du sentiment ce qui manque à sa précision. :

Elle s'adresse en dernière analyse à Dieu (x, 21) dont la parole régénère, dont la puissance garde; mais l’amour du fidèle n’en sépare pas J.-C. et s'attache à lui, bien que ne le voyant pas, avec une confiance inébranlable (1, 8). On goûte ainsi combien le Seigneur est bon (2, 3).

I n’est pas dit que la foi justifie : drxxuoëv n’est pas dans l’épitre. La Stxacsivn, deux fois rappelée, est la vie selon Dieu, dans le sens des discours de Jésus (2,24; 3,14; cf. 4,18). Il est dit que la foi sauve (1,9; 3,21). Ceux qui étaient égarés dans la nuit païenne s'attachent à qui peut les conduire dans la merveilleuse lumière des temps nouveaux (2, 9).

La foi résume donc le caractère chrétien. Elle possède les forces spirituelles qui gardent l’âme (1,5), qui la rendent libre (2, 16) et lui donnent la victoire sur la tentation, tellement sûre de l’issue finale, qu’elle a par avance, même dans l’épreuve, même

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avec les limites de la vie présente, la joie glorieuse de lavenir (1, 8).

Il serait inexact de dire que la foi se résout en obéissance et en espérance. Mais elle est tellement la notion centrale, que les diverses manifestations de la vie chrétienne lui sont intimement rattachées, eten deviennentsynonymes. L’obéissance (1, 2. 14.22), lune des grandes vertus d'Israël, caractérise le croyant qui donne son cœur à J.-C. (1, 2) et lui reste fidèle. Les enfants de Dieu sont en même temps ses serviteurs (2, 16). L’incrédulité s’appelle désobéissance (2, 8). Ce sont d’ailleurs des notions favorites de l’épitre aux Romains, et qui ne se retrouvent pas ailleurs au même degré dans le N. T. (@xefei Rom. 2,8; 10,21; II, 30: 31; PS3 EUR AoNINOI. LS 6,165 10, 2651Wraxouety 612% 10,16),

L’espérance, c’est la foi même tournée vers l’avenir (1,21). L’apôtre qui disait à son Maître : « Nous avons tout quitté et nous t'avons suivi, que nous en adviendra-t-il? » se retrouve dans cette épitre tout orientée vers l'attente des biens qui sont proches. Témoigner de ses convictions, se dira : « rendre compte de son espérance » (3, 15). Les chrétiens sont étrangers et voyageurs (1,1; 2,11). Leur vraie patrie, l’héritage céleste, est préparé. Paul louait la foi d'Abraham ; et notre épître l'espérance de Sara (3,5). La nouvelle naissance a pour but une espérance vivante (1, 3). Le chrétien doit espérer parfaitement (1, 13). Mais l'espérance n’est pas la notion cardinale. Si l'enthousiasme, l'attente la mettent au premier plan, l’auteur prend soin de dire qu’elle se ramène à la foi (1, 21). Quelle que soit l’ardeur avec laquelle on attend l’avenir, l’essentiel est le lien actuel qui unit à Christ.

6. La vie des rachetés de J.-C. garde, avec les caractères bien tranchés de la nouvelle alliance, des reflets de l’ancienne.

Cette vie doit être sainte (1, 16). C’est un texte de l’A. T., du Lévitique, qui le proclame; mais le Dieu auquel il faut ressembler est le Père de J.-C., et notre Père (1, 17). « Soyez saints » rappelle : « Soyez parfaits » du sermon sur la montagne (Mat. 5, 48); et c’est la mort de J.-C. qui nous amène à rompre avec le péché. Cette rupture doit être absolue. L'enseignement de Paul, celui de

292 ù CONCLUSIONS

Jean ne sont pas plus catégoriques. Le croyant, uni à Christ, meurt au péché. À deux reprises cette doctrine est énoncée (2, 24; 4, 1), et tous les préceptes de morale lui sont conformes (1,14; 2,11 etc..….). L’Imitation de J.-C., qui résume la vie nouvelle (2,21), montre combien cette sainteté est loin d’avoir un caractère négatif et extérieur. C’est la perfection vivante de l'amour saint.

La morale se rapproche à la fois des discours de Jésus et des recommandations de Paul; mais elle garde un caractère propre. Orientée vers l’avenir, dans l’espoir de la Parousie prochaine, elle développe de préférence les vertus de support et d’attente. C’est l'humilité dont il faut être revêtu et qui seule prépare l'élévation à venir (5,6). C’est le sens du respect, mais non encore complètement dégagé de son enveloppe de crainte, et qui accompagne toute la vie chrétienne. La confiance n’en est pas altérée, mais on ne s'élève pas non plus à la radieuse intimité de l’amour divin, que l’apôtre Jean a connue (1 J. 4, 18).

La pureté est sans mélange d’ascétisme. Elle est toute dans la consécration de soi-même, dans le souci délicat de la perfection intérieure. Elle s'accompagne de simplicité : ce qui est caché dans le cœur, ce qui est incorruptible donne à la vie sa vraie parure (3,4). Elle suppose la parfaite sobriété, qui garde du jeûne ce que réclame l'entière possession de soi-même. L'amour du prochain est sans réserve, intense (4,8). À l'égard des membres de la communauté , 1l faut être fraternel, penser de même, être plein de sympathie (3, 8 et suiv.), se soumettre les uns aux autres (s,5), être hospitaliers sans murmure (4, 9). À l'égard de ceux du dehors, être doux et ferme (3,15), ne pas rendre le mal pour le mal (2, 23. 24), rechercher la paix, ne jamais céder à la contagion des influences mauvaises (4, 3. 4).

Le courage sera d'autant plus indomptable que la citadelle intérieure est mieux gardée. Le chrétien ignore la peur (3,14). La femme chrétienne ne craint pas les menaces (3,6). L’esclave soufHeté par un maitre dur, tient pour une grâce de ressembler au Christ maltraité (2, 20). La persécution est accueillie comme une épreuve bienfaisante. Elle purifie âme qui s'élève à une joie

indicible (1, 6-8). Bienheureux ceux qui souffrent pour la justice (3, 14), ceux qui sont injuriés pour le nom de Christ (4, 14)! Leur vertu et leur patience confondent les adversaires (3, 16), gagnent les cœurs, et amèneront les hommes à rendre gloire à Dieu (2, 12). — Les forces actives de l’âme se tournent vers le témoignage chrétien. La propagande était évidemment le grand déploiement d'énergie et le rôle essentiel du peuple racheté (2, 9); mais c’est moins là-dessus que l’accent est mis, que sur la parfaite fidélité de la vie quodidienne.

La table des devoirs sociaux est rédigée avec soin. Cette morale des derniers jours a néanmoins à un haut degré le sens du réel. La subordination des divers états est plus marquée que chez Paul; la raison en est moins clairement indiquée. À cause du Seigneur, dit seulement l’épitre (2, 13). Rom. 13, 1-7 est plus explicite.

L'autorité du prince, qui remonte à Pinstitution divine (2, 13, 15), est corroborée par le bien qu’il fait (2, 14), et l'honneur qu’on lui rend demeure subordonné à la crainte de Dieu (2, 17). — Les esclaves mettront leur scrupule de chrétiens à obéir parfaitement aux plus mauvais maîtres, sans se départir du respect (2, 18). Leur gloire est d’être irréprochables dans leur état (2, 20). Mais à côté de ces préceptes qui semblent au premier abord river plus étroitement leur chaîne, des perspectives s'ouvrent : voici, marchant près d’eux, le Christ. Ils suivent ses traces (2, 21-24). Du côté du Ciel et de Dieu l'horizon est sans limites. L’émancipation intérieure est complète. La « Fraternité » chrétienne les adopte sans restriction. Pour elle, ils sont libres (2, 16). — A propos des femmes, les termes employés sont presque les mêmes que chez Paul (bien que Gal. 3, 28, « il n’y a plus d'homme ni de femme », dépasse 1 P. 3,7, « cohéritiers »); mais les recommandations ne visent guère que l’obéissance silencieuse et douce, la perfection des vertus cachées (3,4). Leur vie pure sera une puissance capable de gagner l’âme‘de leur mari. — Aux maris, l’auteur parle en juif excellent devenu chrétien : on traite avec prudence, dit-il, « un. sexe plus faible »; mais en même temps la communauté de foi et d'espérance ouvre aux époux le sanctuaire de l’union la plus parfaite.

7. L'Église en est encore à ce degré primitif d'organisation, que reflète le discours de Paul à Milet (Act. 20). Les fidèles ont à leur tête des anciens, et ces anciens sont essentiellement des pasteurs. Leur ministère, qui recommence auprès des fidèles celui de J.-C., est la mission la plus haute : une couronne incorruptible leur est promise. Ils forment un groupe chargé de conduire l'Église. L'administration, la discipline, le soin de trancher les différends, le diaconat leur appartiennent (5, 2.3), et les défauts contre lesquels on les prémunit, ont trait en partie à ce côté de leur tâche; mais ils sont avant tout pasteurs des âmes. L'action personnelle, l’exemple, l’enseignement, le témoignage restent leur principale raison d’être (5, 2. 3).

L'Église dans son ensemble est un temple spirituel formé de pierres vivantes (2, 5). Le baptême a donné aux croyants le sceau de la foi personnelle et consciente (3, 21). L'amour fraternel les unit parfaitement dans la subordination réciproque ($, 5). Leur vie même est un sacrifice agréable à Dieu (2, 5). Ils sont tout ensemble rois et sacrificateurs, célébrant les louanges du Dieu Sauveur (2, 9).

Chacun a reçu un don à faire valoir (4, 11). C’est la notion du charisme, qui apparaît dans sa précision et sa grandeur. De la grâce infiniment diverse de Dieu procèdent des dons confiés aux fidèles, dons de parole, dons d'administration et de charité, dirigés dans leur application par la règle que Dieu a donnée, sa Parole, et par la force que Dieu communique, nul ne devant parler ni agir en dehors des oracles saints, au delà des grâces reçues (4, 11). La mème idée directrice que chez Paul doit inspirer cette activité charismatique, cette vie surnaturelle de l’Église : l’utilité commune, l'édification (4, 10).

8. Les derniers temps ont commencé (1, 20), le dernier moment est proche (4, 7). Cette attente de la fin n’est pas une croyance sans effet. Elle produit une espérance intense, une fidélité invincible.

Comment l’épitre se représente-t-elle les choses finales ?

Le jugement, qui est proche, sera précédé de douleurs et d’angoisses extrêmes (4, 17-19). Le salut même des élus pourrait être

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compromis par ce mélange de séductions et de terreurs (4, 18). Sur la nature de ces « douleurs du Messie » l’épître ne dit rien. Ses brèves affirmations semblent résumer ce qui se retrouve dans les paroles de J.-C. sur les choses dernières (Mat. 24 et parallèles).

Le jugement clôt à jamais les temps. Sur ceux qui, au moment de cette grande scène finale, n’auront pas accepté Jésus-Christ, l’épitre ne s’exprime pas avec précision. Ils comparaitront devant Dieu. Une sentence définitive, absolument juste (1, 17) prononcera sur eux. L’épitre fait pressentir leur sort (4, 17.18), elle ne Pénonce pas.

Les croyants entreront en possession de l’héritage préparé dans les cieux (1,5). C’est ainsi que dans l’Apocalypse, la nouvelle Jérusalem « descend du ciel » sur la terre renouvelée, et les élus y habitent. Point de millenium, point de double résurrection : c’est la conception très simple que l’on retrouve dans les discours de J.-C. A cette félicité, on ne prévoit ni fin ni ombres d’aucune sorte. Les images les plus pures et les plus fortes sont employées pour la dépeindre. C’est l’héritage qui ne se peut corrompre, ni souiller, ni flétrir. C’est la couronne incorruptible de gloire

L’épitre de Pierre enseigne donc que Jésus, entre la mort et la sortie du tombeau, est descendu au Scheël et a prêché l'Évangile aux morts. Elle cite, à titre d'exemple, ceux du temps de Noé. Elle pose en principe que toute âme avant d’être jugée doit avoir entendu l'Évangile. Ainsi, dans la première Église, parmi ses représentants les plus autorisés, on pouvait croire que la mort ne fixe pas irrévocablement le sort des âmes, et que l’on peut être sauvé dans la vie d’outre-tombe. Le jugement dernier clôt les temps ; après, on ne suppose plus de changement. C’est la toile de fond qui ferme la perspective; mais d’ici là, une grande œuvre de Rédemption est possible.

Ces affirmations sont indiquées plutôt qu’enseignées dans l’épitre. L'auteur y fait allusion, comme à des choses connues.

Mais elles se trouvent confirmées par d’autres textes qui s’éclairent les uns les autres, et permettent de reconstituer les croyances chrétiennes primitives sur le ministère de Jésus-Christ parmi les morts".

1. Ces convictions sont exclusivement chrétiennes d’origine. La foi au Messie qui évangélise les morts ne se retrouve pas dans les croyances juives du temps.

Ni au rer siècle, ni auparavant on n’en rencontre de trace. Au 2e siècle, on trouve chez Justin martyr (Dial. c. Tryph. 72) un passage pseudo-prophétique, attribué à Jérémie, qui exprime cette attente : « Le Seigneur Dieu s’est souvenu des morts d'Israël qui dorment ensevelis sous la terre, et il est descendu vers eux pour leur annoncer la bonne nouvelle de son salut»; mais ce texte semble être plutôt d’origine chrétienne : « il est descendu vers eux pour évangéliser » (sdayyskisaxsÜat), est une expression caractéristique. C’est beaucoup plus tard, dans le Bereschith Rabba (du 6e s.) que cette croyance apparaît chez les juifs : on y trouve au nom de Josué ben Lévi, rabbin du commencement du 3e siècle, un court midrasch d’après lequel le Messie fils de David descend jusqu’aux portes de la géhenne «.…. et ceux qui étaient liés dans la géhenne se réjouirent en le recevant, et dirent : c’est lui qui va nous ramener de ce lieu de ténèbres ». Mais à cette époque, l'influence des idées chrétiennes et des apocryphes se fait sentir. La descente aux enfers fera partie des doctrines de la mystique juive : eile n’a plus rien d’original (Jellinek, Beth hammidrasch, I, p. 50; F. Weber, p. 351); Voy. Jalkut Schim. (13e siècle) sur Esaïe, 269 : « le Saint, béni soit-il, délivrera Israël de la géhenne » ; Bereschith rabba (sur Gen. 44, 8): « quand les captifs remonteront de la géhenne et la Schechina à leur tête ». Dans le /alkut (296) Zorobabel, type du Messie, descend dans la géhenne; il dit le kaddisch, et les pécheurs qui répondent : Amen! sont délivrés des peines de l'enfer; Zbid. : Satan voit le Messie et dit avec effroi : voici celui qui va me jeter dans la géhenne (Hamburger, Real-Enc. art. Messias; B. Templer, die Unsterblichkeitslehre bei den Jüdischen Philosophen des Mittelallers, 1895).

Mais ce que l’on ne trouve pas chez les contemporains, c’est l’idée que le sort des âmes puisse changer d’une façon essentielle après la mort. La littérature apocalyptique n’en contient aucune trace. Hénoch revient sur l’idée que toute intercession pour les condamnés est inutile. Pour le 4e Esdras, les morts sont dans des réceptacles où ils attendent la résurrection (4,35; 7, 32. 33). Ceux qui sont promis à la gloire, un grand silence les entoure, et les anges les veillent (7,95). Les méchants sont voués à la condamnation. Le 4e Esdras enseigne d’une manière absolue le petit nombre des élus et l’inutilité de toute intercession (8, 1, 3 : pauct salvabuntur ; 7, 47 : ad paucos pertinebit futurum saeculum.…, multis autem tormenta; 7, 66 : nec salutem post morlem repromissain ; 7, 105 : nemo pro aliquo rogabit; 7, 115 : nemo poterit misereri ejus qui in judicio victus fuerit). Cf. dans le Talmud un mot de Jochanan ben Zaccaï, rabbin du rer siècle, à ses disciples au moment de mourir : « Si j'allais être jugé par un roi de ce monde, n’en aurais-je point de souci? Et maintenant que je vais

Ce sont avant tout les épitres de Paul qui nous renseignent. Par des échappées soudaines au delà des horizons terrestres, l’apôtre élargit le règne de la grâce. Lui non plus, ne donne pas d’enseignement direct; mais dans de brèves incidentes se retrouvent, comme de profil perdu, les traits essentiels des espérances entrevues. Ce

“qu'il dit est d’ailleurs, comme on peut s’y attendre, plus large, plus simple.

Venons aux textes. Dans l’épitre aux Romains, voici deux indices. Le 1°"est caractéristique; c’est dans Rom. 10, 6 : « qui descendra dans l’abime ? c’est ramener Christ d’entre les morts. » Il s’agit de la justice de la foi qui tient l’œuvre rédemptrice pour accomplie et demande qui pourrait la recommencer. On entrevoit Jésus-Christ parmi les morts, dans l’abime où il est descendu”. Il n’est pas question d’une prédication; mais la scène est indiquée d’une façon reconnaissable.

Le 2° est vague; c’est au chapitre 14 : « Christ est mort, etila repris vie pour être le maître des vivants et des morts ». Le v. 8 ne parlait que des chrétiens qui, morts, appartiennent au Seigneur. Le v. 9 pose un principe plus large : Christ est le maître des morts comme des vivants (vexoüv.. xveteüon). Pour qui envisage la vraie nature du Christ glorifié, l’activité incessante et salutaire que Paul. lui attribue, ces mots éveilleront l’idée d’un règne bienfaisant?.

devant le Roi des Rois, comment ne craindrais-je pas? Deux chemins s'ouvrent devant moi, celui du Paradis, et celui de l'Enfer. Lequel m'est destiné! » (Hamburger, R. E., art. Vergeltung.)

1. Certains passages des prophètes, par leurs descriptions du Scheôl, préparent ces notions : « Le séjour des morts, dit Esaïe (14,9. 10), s'émeut jusque dans ses profondeurs, pour t’accueillir à ton arrivée. Il réveille devant toi les ombres. Tous prennent la parole pour te dire : toi aussi... » Ezéchiel (32,18 à 32) parle de la multitude d'Égypte précipitée « dans les profondeurs de la terre. Les puissants héros lui adresseront la parole au sein du séjour des morts. Là est l’Assyrien avec toute sa multitude, etc. ». L’Anonyme du temps de lexil dont l’œuvre est incorporée aux prophéties d’Esaïe (Es. 24 à 27) montre « l’armée d’en haut », et les rois de la terre, « captifs dans une prison », enfermés dans des cachots avant le châtiment final. Ce sont, à la lettre, les « esprits en prison » (Es. 24, 21-22).

2. Dans 1 Cor. 15, 29, Paul parle d’une coutume des chrétiens de Corinthe qui se faisaient baptiser pour les morts. Il ne recommande pas cet usage ; il ne

Mais voici, dans l’épitre aux Éphésiens (4, 8-10), le texte essentiel, d'autant plus important que l’épitre de Pierre s’en est probablement inspirée. C’est d’abord une citation du Ps. 68 (v. 19): « Étant monté en haut il a emmené prisonniers bien des captifs, et il a fait des largesses aux hommes. » C’est ensuite l’explication que l’apôtre en donne : « Or que veut dire cette expression : il est monté, sinon qu'il était descendu dans les parties les plus basses de la terre (uxréên eis Ta naurureoz mépn ris yñs). Celui qui est descendu, est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin de remplir toutes choses. » Les grandes lignes de l’œuvre

d’outre-tombe sont arrêtées : Le Christ descend dans les parties :

les plus basses de la terre. C’est le Scheël. Il en sort, il monte au ciel emmenant une multitude de captifs'. Puis, de ce nouveau séjour il répand ses dons sur les hommes.

Ces captifs sont des âmes que le Christ ressuscité emmène avec lui, du Scheôl où il les a trouvées, au Ciel (sis üvos) où il les introduit. On est réduit aux conjectures sur l’œuvre qu’il aurait accomplie auprès d’elles. Il est difhcile que son intervention se soit bornée à chercher dans ce séjour des gens qui lui appartenaient déjà. Le mot de prisonniers, atymxhwstav (Eph. 4, 8), est caractéristique. Les termes sont peu explicites, mais ils ont de l’énergie. Dans le Psaume, il s’agit de victoires et de conquêtes; dans l’épitre il s’agit d’âmes persuadées, conquises par l'attrait décisif de la

le blâme pas non plus. Il s’en prévaut comme d’un argument ad hominem pour montrer à ses lecteurs combien ils croient à la Résurrection. Mais quels étaient ces morts? Des chrétiens morts sans baptême? des amis, des parents de ceux qui se faisaient baptiser de la sorte? Unis par une solidarité naturelle, croyaiton pouvoir mettre ainsi au bénéfice de la Rédemption ceux qui n'avaient pas entendu l'Évangile ? Quoi qu’il en soit, ces Corinthiens pensaient tout au moins établir par leur intervention un lien quelconque entre l'Évangile et les morts.

1. L'Évangile de Matthieu (27, 51. 52) rapporte qu’au moment de la mort du Seigneur, des sépulcres s'étaient ouverts, et que plusieurs saints étaient ressuscités. Après la Résurrection de J.-C., ils avaient été vus à Jérusalem. Les Pères ont expliqué ce retour à la vie comme un effet de l’apparition du Christ dans le Scheôl. Il y descend, et une première manifestation de sa puissance libératrice se produit. Cette explication reste très hypothétique; elle n’est pas invraisemblable.

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sainteté et de l’amour de Christ, et qui désormais appartiennent

. à leur vainqueur. Le Psaume même conduisait à cette conclusion : « Les rebelles, dit-il, habiteront aussi près de l'Éternel Dieu. » (Ps. 68, 19).

Enfin, l’épitre aux Philippiens (2, $ à r1)expose d’après un plan analogue l’abaissement et la gloire de J.-C., thème habituel de la prédication de Paul, et elle conclut (v. ro): « afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, et sur la terre, et sous la terre », c'est-à-dire parmi les anges, parmi les hommes et parmi les morts (räv yévu xäurn... natayhoviwy). L'œuvre rédemptrice a donc, aussitôt, parmi les morts, des résultats décisifs. Ils « fléchissent le genou » ; et ceci ne peut s'entendre chez Paul de l’obéissance contrainte des condamnés. Adoration suppose amour. Le plan même de Dieu semble être l’universelle rédemption, maïs il est possible à chacun de s’y soustraire par un rejet conscient du salut. L’âme infidèle serait anéantie, car la doctrine de l’apôtre exclut absolument les peines éternelles.

Les autres écrits du N. T. sont moins explicites. Les Actes donnent seulement les afhrmations élémentaires qui semblent avoir orienté la conscience chrétienne primitive vers l’enseignement de Paul. D'abord, dans le discours de la Pentecôte, Pierre, citant le Psaume 16, parle de l’âme du Christ qui est descendue

* dans l’'Hadès pendant que le corps restait dans le tombeau (Act, 2, 27, « tu n’abandonneras pas mon âme dans le Scheëôl, et tu ne permettras pas que ton Saint voie la corruption »). Ailleurs, et précisément par la bouche de Pierre, ce livre pose deux principes qui sont les prémisses doctrinales de la prédication aux morts : 1° il n’y a de salut qu’en J.-C. (Act. 4, 12); 2° c’est lui qui jugera les vivants et les morts (Act. 10, 42). Autant de points que notre épitre développe, en montrant comment cet évangile, dont on ne peut se passer, a été prêché par J.-C., dans le Scheël, en vue du jugement (1 P.4,5.6).

On dirait que l’auteur de l’épitre aux Hébreux prend, en face des mêmes problèmes, une attitude différente. Il semble être au courant des opinions qui se faisaient jour sur le salut après la mort. Il y paraît opposé. Soit qu'il connaisse l’épitre de Pierre, soit

qu’il rencontre dans l’Église les affirmations qu’elle a consacrées, il prend position : « après la mort suit le jugement » (9, Sn) En tous cas, pour le chrétien qui retombe, iln’y a plus de pardon, rien que le feu ardent (10, 26-31). Qui abandonne son droit d’aînesse ne le retrouvera pas (12, 16. 17). C’est aujourd’hui qu’il ne faut pas endurcir son cœur (3, 13-19). On dirait que l’auteur, plus préoccupé d'affirmer la responsabilité actuelle des âmes, ferme à dessein le chemin que l’épitre de Pierre semble ouvrir. Cependant, il n’y a pas contradiction formelle. L'auteur parle pour ceux qui ont entendu l'Évangile. Paul et Pierre pensent à ceux qui l’ont ignoré; mais néanmoins l'orientation diffère.

L'enseignement de Jésus-Christ dans les Synoptiques est muet sur la Descente aux enfers. Encore faut-il voir s’il prépare ou s’il contredit cet ordre d’idées.

Volontiers on donne aux paroles du Maître sur le salut des âmes une sorte de précision dogmatique dont elles sont fort éloignées. Ce sont les prémisses morales et religieuses du salut et de la perdition qui ressortent dans ses discours avec une grandeur souveraine. Il associe d’une façon indissoluble la foi et la vie, comme d’autre part le mal et le malheur, le péché et la perdition. Ceux qui, par le fond intime de l’âme, ne sont pas les enfants du royaume, suivent le chemin large (Mat. 7, 13). Ils vont au-devant de ce feu et de ce ver qui symbolisent la condamnation (Mat. 9, 44; 18,8). Le terme de « peines éternelles » par où l’on croit rendre les expressions dont Jésus s’est servi, désigne tout au moins l’absolue réprobation du péché.

Un temps d’épreuve est donné à chacun, pour faire le choix décisif (Mat. 7, 13.14), pour réaliser l’acte intérieur, fruit de la grâce, par lequel on brise avec un passé mauvais (Mat. 4, 17), on saisit la bonne part qui ne sera point ôtée (Luc 10, 42). N'est-ce pas le propre de l'être spirituel, d’avoir un certain temps pour porter des fruits, sous peine de déchéance profonde (Luc 13, 6 à 9)?

Mais, en même temps, Jésus met dans tout leur jour les possibilités merveilleuses de l'âme humaine. Autant la porte se ferme devant l’indifférent et le coupable, autant elle s'ouvre devant les

hommes de bonne volonté, devant ceux qui ont eu la foi du cœur, peut-être même devant ceux dont l'ignorance explique la chute. « Il en viendra d'Orient et d'Occident. et ils seront à table dans le royaume des cieux (Mat. 8, 11). — Les derniers seront les premiers (Luc 13, 30). — Je n’ai pas trouvé une si grande foi, non pas même en Israël » (Mat. 8, 10). — Autant de déclarations qui font place dans son royaume à ceux qui, suivant leurs lumières, ont aimé et servi le Père. Jésus dit même : « Quiconque parlera contre le Fils de l’homme, il lui sera pardonné, mais quiconque parlera contre le Saint-Esprit, il ne lui sera pardonné, ni dans ce siècle, ni dans le siècle à venir » (Mat. r2, 32). Si l’on ne pardonne pas dans le siècle à venir, à qui parle contre le Saint-Esprit, c’està-dire à qui rejette Dieu d’une façon consciente et décisive, ne peut-on pas supposerque celui qui a parlé contre le Fils de l’homme, le connaissant enfin, pourra se tourner vers lui? Si l’on traite « moins rigoureusement » au jour du jugement Tyr et Sidon que Bethsaïda et Corazin (Mat. 11, 22), si l’on peut supposer que la prédication de l'Evangile les eût converties (Mat. 11,21), n’y a-t-il pas dans la vie d’outre-tombe des destinées diverses, un salut possible ? Lorsque Jésus promet à ses disciples que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre l’Église (Mat. 16, 18), il affirme donc son autorité sur le Scheôl. Là-bas, comme ici, il reste le maître, le libérateur.

Il faut se garder de tirer des conclusions subtiles de ces paroles. Elles doivent être prises dans leur sens précis et naturel. On peut cependant y reconnaître les indices de possibilités plus complexes, répondant aux problèmes que pose la destinée si diverse, si nuancée des âmes.

Et précisément, dans le 4° évangile, se rencontre un passage caractéristique où, sous une forme à peine voilée, apparaît un enseignement très voisin de celui de Paul, mais dégagé, comme on doit s’y attendre, de tout élément local et de tout trait particulier. Qu'on relise à ce point de vue une partie du discours contenu dans le chapitre $ (versets 19 à 30).

Jésus parle de la vie qu'il possède et qu’il donne, Sauveur avant d’être juge. « Il vivifie », Cwomoet, et ce terme, employé

ne

seul, indiquant une puissance divine, créatrice (doxsp yap à rarñp yslost Tods vexpods xa! Éwomotets, 21) implique en effet la vie dans toute son intensité, avec toutes ses conséquences. Dans deux déclarations solennelles, nettement séparées, commençant chacune par auhv auf, Jésus montre le rayonnement successif, illimité, de sa Parole, qui pénètre l’univers des âmes. D'abord il s’agit de ceux qui l’entendent sur la terre : « En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui écoute ma Parole et qui croit à celui qui m’a envoyé a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » (S, 24: cf.:5, 2r). Tout ici est'actuel : la-prédication entendue, le salut saisi par la foi. Rien n’est au futur : c’est le présent glorieux de l’âme en qui J.-C. demeure.

Aussitôt après, la perspective s’élargit; dans un avenir rapproché voici ceux qui, à leur tour, vont entendre l'Évangile : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu; et ceux qui lauront entendue vivront » (5,25). Cette heure approche, on peut la considérer comme arrivée, tant elle est imminente; mais elle n’a pas encore sonné. Ceux dont il s’agit à présent vont entendre (œxoÿsovat) le Libérateur. Ce sont les morts (oi vesxpot). Ils sont entrés dans l’au-delà du tombeau sans avoir connu ici-bas l'Évangile. Le Prince de la Vie, affranchi des limites de la chair, le Verbe va se manifester à eux. Lui dont le jugement est juste (s, 30), lui qui ne condamne personne pour son ignorance, mais pour son libre choix, il leur donne l’occasion de se décider. S'ils sont « de la vérité » (x Jean 2,21), s'ils l’écoutent, ils vivront (arodoavreg Efoovor *). L'article st mettant à part une catégorie d# Heeteurs, le verbe fssust venant immédiatement après Cwv ($, 24), avec le sens de vie bienheureuse, indiquent l’acception favorable dans laquelle il faut prendre axoüsavres : ceux qui ont véritablement écouté.

Ensuite la Résurrection peut venir : « L'heure vient où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront sa voix et en sortiront.

1. Ainsi parle l’épître de Pierre : vexpois eünyyelisôn.… Cor dé (1 P. 4, 6), et elle aussi invoque, à propos de cette prédication, le jugement qui doit être juste (ets tobro vexpois eünyyehtofn, 1 P. 4, 6).

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fi Ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie; mais ceux qui auront fait le mal ressusciteront pour le jugement » (Jean 5, 29). Ici, le langage est autre. L’heure attendue est plus lointaine. Il n’est plus question de l’évangile offert: c’est la grande voix qui appelle à la Résurrection. Elle retentit sur les tombeaux. Tous doivent se lever de la poussière : mävres oi 29 rois pvquelois duoÿsouor.… mal Exmooeboovrat. Ils vont à la vie, ou ils vont au jugement. Le temps du choix est passé; la fin est venue.

L’Apocalypse ne parle pas directement de la Descente aux enfers; mais elle dépeint l'au-delà en termes pittoresques et symboliques", qui servent de cadre à l’enseignement rencontré ailleurs. Elle

1. La littérature apocalyptique antérieure au N. T. avait habitué les esprits à préciser l’invisible, à se mouvoir avec aisance dans l’au-delä. On sait quelle influence elle a exercée. Hénoch dépeint les scènes d’outre-tombe avec tout le réalisme de l'imagination juive. Il représente en traits grossis, colorés, les demeures et le sort des âmes. Voici les mauvais anges captifs « à la place où le ciel et la terre finissent (18, 14) ». Voici le traitement que subit Azazel (10, 4-6) : « attache-le pieds et poings liés, mets-le dans l’obscurité... mets sur lui des rocs aux arêtes vives ». « Et je vis, dit le Livre des secrels de Hénoch, combien les prisonniers souffraient, attendant le jugement incommensurable (40, 12)... Je vis tous nos ancêtres, depuis le commencement avec Adam et Êve » (41, 1).

Dans ce monde, qui s’étend à perte de vue, des personnages connus vont et viennent. Ils s’entretiennent avec les anges, avec les réprouvés, avec Dieu. Hénoch, un vivant parmi les morts, voit les choses les plus secrètes. Il connaît

« la géographie d’outre-tombe, Les mauvais anges le prient d'intercéder (13, 1.3.7). Son importance est extraordinaire. L’apocalyptique juive qui glorifie ses héros sans mesure, parle de lui comme d’un personnage surnaturel. Les archanges lui confient la tâche qu’ils ne peuvent remplir (12,3). Il est le plus sage des êtres (37, 4). Michaël lui dit : « Tues le Fils de l’homme » (71, 5), et c’est le nom même que ce livre donne au Messie. Et voici presque le Messie parmi les morts, parlant, intercédant. Un degré de plus, et c’est le vrai Messie qui prêche... (Eisenmenger, Entdeckt. Jud., p. 397, cite un mot de Rabbi Menachem à propos de Gen. 5, 24 : « Le Métatrône répond : Je suis Hénoch, fils de Jared ». Cf. Épiphane, Haeres. 30, 51 sur l’Adam Cadmon qui se révèle comme Hénoch et Élie). On prend ainsi sur le vif les habitudes d’esprit grâce auxquelles on pouvait se représenter la génération du déluge, le lieu qu’elle habite et le salut qui lui est apporté.

connait la prison provisoire (guxxxt) de Satan (20, 7), et les lieux où sont les âmes (p. ex. 6, 9-11). Elle met la puissance de J.-C. en relation directe avec le séjour des morts. Il en a les clefs (1, 18). Il ouvre et personne ne ferme, il ferme et personne n’ouvre (3, 7). Ceux qui sont sous la terre se joignent aux cantiques qui le glorifient ($, 12. 13 Ütoxéro Ts Ye... Aéyovrac).

Ainsi, de ces traits épars dans le N. T., de ces conceptions sublimes ou naïves, il ressort clairement que l’enseignement de l’épitre de Pierre sur la prédication aux morts n’est pas isolé: C'était une croyance bien établie de l’Église primitive". On était d'accord sur le fait, on variait sur les détails. L’épitre de Pierre dessine l’ensemble de la scène à peu près comme l’épitre aux Éphésiens (Eph. 4), elle parle des morts du temps de Noé avec les traits que les Synoptiques lui donnent (Mt. 24), et comme

1. On sait que l’ancienne Église a cru à une activité rédemptrice du Sauveur dans le séjour des morts. Clément d'Alexandrie, après Hermas, parle d’une évangélisation commencée par J.-C., continuée par les apôtres. « L'économie du salut, dit-il, est la même, et là-bas et ici » (S#rom. 6, 6); mais les effets en sont restreints à ceux qui, n'ayant pas connu J.-C. sur la terre, ont cependant vécu dans la piété. Origène ne limite pas les possibilités de salut. Le curieux apocryphe connu sous le nom d’évangile de Nicodème, qui peut remonter, sous une forme première, au 2e siècle, dépeint l'apparition triomphale de J.-C. dans l'Hadès, pour libérer par un coup de puissance les Pères d’Israël qui l’attendaient. (Cet écrit, rempli d’un surnaturel tout gnostique, relève d’Éph. 4, 8 et suiv. plutôt que de 1P. 3,19). — Ce n’est pas le lieu de rappeler comment ces notions se sont modifiées et cristallisées : 1° dans l’église latine où la Descente aux enfers devient la libération des Pères enfermés dans les limbes (Thomas d'Aquin); 20 dans l'église grecque, où l’activité bienfaisante de J.-C. parmi les morts est analogue, mais moins définie et plus étendue (Jean Damascène). — Avec la Réforme, la Descente aux enfers perd toute signification propre : 10 dans la doctrine luthérienne où il ne s’agit plus que d’un triomphe remporté sur l’enfer, sans libérer personne (Formule de Concorde); 20 dans la doctrine réformée où la Descente aux enfers est l'équivalent de la mort réelle et des extrêmes souffrances du Rédempteur (Calvin). — La théologie contemporaine, quand elle n’est pas retenue par les solutions traditionnelles, a rendu leur sens historique aux textes du N. T. qui ont trait à cet ordre d'idées. Ou bien elle les relègue parmi les croyances disparues (Renan), ou bien elle y cherche avec piété un élargissement des espérances d’outre-tombe (Dorner, Martensen, F. Bonifas, Ch. Babut).

l’Apocalypse pourrait le faire; elle rappelle l'Évangile de Jean (Jean 5) dans le verset si simple et si large du chapitre 4 (v. 6).

Avant d'aborder les questions d’auteur et de date, il faut recueillir les témoignages des Pères des deux premiers siècles quien sont la préface nécessaire. Ces témoignages, précis et circonstanciés, sont favorables à la haute ancienneté, et, on peut le dire, à l'authenticité de l’épitre.

Voici d’abord celui de Clément de Rome. On peut tenir pour certain que cet auteur, qui écrit vers 95, connaît l’épitre et l’utilise. C’est le sentiment de B. Weiss’ (qui va jusqu’à penser que Clément doit beaucoup plus à Pierre qu’à l’épitre aux Hébreux). Lightfoot? et Zahn 5 affirment le même rapport. Gebhardt et Harnack + le jugent vraisemblable. Par contre, Usteris se borne à juger les réminiscences possibles; Ritschlf ne trouve qu’une dépendance incertaine; Holtzmann?, peu d’analogies, et susceptibles d’explications diverses.

Le rapport est au moins très probable. Presque tout le vocabulaire de l’épitre a passé dans Clément. Cet auteur, il est vrai, imite les Hébreux, Jacques et Paul; il parle le grec moyen de l’Église ; il pourrait donc présenter une ressemblance indirecte et pourtant assez rapprochée avec l’épitre. Mais outre cette parenté générale de langue, les rencontres précises sont fréquentes.

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