DE QUELQUES PIÈCES EXTHA-JUDICIAIRES
[De l'Information posthume ^j
Tout le peuple qui avoit veu mourir si sainlemenl et si catholiquement cette fille conceut une telle aversion contre les juges, et principalement contre l'Evesque de Beauvais, qu'on avoit horreur de le voir, et chacun le monstroit du doigt, ainsi que plusieurs tesmoins ont déposé. Or, voulant divertir ce bruit, il fit faire une certaine information d'office, le jeudi septiesme juin 1431, huit jours après la mort de la Pucelle, qui est un acte hors du proeez, non signé ni attesté d'aucuns greffiers ou notaires, et conséquemment ne peut faire foy ni servir contre cette fille, mais seulement contre ledit Evesque, suivant la règle commune, que quelqu'un parlant en sa cause et en son fait doibt estre cru de ce qu'il dit contre lui et non pour lui. Car cet Evesque ayant fait mourir cette fille n'est plus juge après sa mort, mais partie intéressée, voulant à tort ou à droit maintenir sa fausse sentence: veu que ladite Information n'a esté revue par aucun notaire, ainsi que nous avons desjà remarqué. Et d'ailleurs pour faire foy, elle debvoit estre faite ])ar devant un autre juge que cet Evesque. Et puisque au procez il a fait glisser et omettre tout ce que bon lui a semblé, ainsi que nour avons monstre, que doibt-on penser de cette prétendue informatioji en laquelle des tesmoins n'estans libres déposent le contraire de ce qu'ils ont attesté depuis, estans en seureté et hors de crainte, ainsi que nous verrons ?
fondement au lîoint de vue juridique, l'on doit reconnaître que la pratique des tribunaux ecclésiasl,iques et les règles de la procéiiuro inquisitoriale justifient ici et expliquent la conduite du juge de la Pucelle. Ces règles elles-mêmes sont fondées sur la distinction qui existe entre le for de la conscience et le for extérieur et public. Quoique les. relaps eussent été absous in foro conscienfise par le confesseur, le juge au moment du prononcé de la sentence, les déclarant excommuniés, étaitdans son droit parce qu'il visait les faits publics de rechute commis et constatés judiciairement avant l'absolution. 4. Voii' sur ce sujet la -•> série de nos Eludes cviliques.
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Le premier de ces tesmoins que l'Evesqne prend à serment, est maistre Nicolas de Venderès, chanoine et archidiacre de Rouen, âgé de cinquante-deux ans. Et dépose que mercredi, pénultiesrae de may 1431, veille du saint-sacrement, Jeanne estant encore en la prison où elle estoit détenue au chasteau de Rouen, elle dit : « Attendu que les voix qui venoient à elle lui avoient promis qu'elle seroit délivrée de prison, et voyant le contraire, elle cognoissoit et sçavoit avoir esté trompée per icelles. Hem, disoitet confessoit avoir ouy et vu de ses yeux et propres oreilles les voix et apparitions desquelles est fait mention au procez : qu'elle dit cela en présence de Nous, Evesque de Beauvais, de maistre Pierre Maurice, de Thomas de Gourcelles, Nicolas Loyseleur, frère Martin Ladvenu, Jean Toutniouillé et maistre Jacques le Camus. »
Ce sont sept tesmoins qui déposent en cette prétendue information d'office par grande précaution et retenue : qui est un argument de dol et de fraude, ainsi que tiennent les jurisconsultes, et leurs dépositions sont conformes à l'interrogatoire que l'Evesque aurait fait à la Pucelle, lui disant qu'elle voyoit bien que ses voix l'avoient trompée et déceue, lui ayant promis de la délivrer.
Le second tesmoin est frère Martin Ladvenu, prestre de l'ordre des frères prescheurs, âgé de trente-trois ans, etc. Lequel,, pris à serment, a recognu et confessé que le jour que la dernière sentence fut prononcée contre la Pucelle, au matin, auparavant qu'on la menast en jugement, elle dit en présence de maistre Pierre Maurice , de Nicolas Loyseleur, de Jean Toutniouillé et de lui qui parle, qu'elle sçavoit et cognoissoit bien que ses voix, dont est fait mention au procez, l'avoient déceue, lui ayans promis qu'elle seroit délivrée de prison.
L'Evesque demanda au dit Ladvenu pourquoy elle disoit cela. Respond que lui avec les susnommez Maurice, Loyseleur, etc., l'exhortoient de son salut et lui demandoient s'il estoit vray qu'elle eust des révélations et apparitions. Répliqua que oui, persistant toujours en cette response sans déter-
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miner en quelles espèces ou formes elles venoient à elle ; au moins que lui déposant s'en puisse souvenir. Bien pense lui avoir ouy dire qu'elles venoient en grande multitude et de petite quantité; en outre avoir déclaré, puisque les ecclésiastiques tenoient et croyoient que si c'estoient quelques esprits qui venoient à elle, quec'estoit de la part des esprits malins, qu'elle vouloit aussi croire ce que les ecclésiastiques tenoient de cela et n'y adjouteroit plus de foy.
Et lui sembloit que Jeanne estoit lors saine d'esprit et en son bon sens. Plus, elle confessa que tout ce qu'elle avoit déposé de l'Ange qui avoit apporté une couronne à son Roy, et de toutes les autres choses concernans cette couronne, les avoir entendues de soy mesmc, voulant dire qu'elle estoit l'Ange qui mèneroit à Rheinis son Roy pour estre couronné.
Advertissement.
Le religieux dominicain, duquel nous avons ci-devant plusieurs fois allégué le tesnioignage, a déposé en la revision du procez, estant en liberté, tout le contraire de ce que l'Evesque de Beauvais lui fait maintenant confesser des révélations de la Pucelle, sçavoir qu'elles venoient de la part de Dieu et ne l'.avoient point trompée ni déceue, ainsi que nous avons narré ci-devant, et sera plus amplement justifié au livre troisiesme. Ce qui doit faire croire que cet Evesque a fait registrer cette déposition à son advantage comme bon lui a semblé. D'ailleurs, en cette prétendue déposition, ce dominicain dépose giiod Johanna non deternilnabal proprie, sallem guod audiret ipse loguens, in qua specie appariliones veniebanl nisi^ proul melius recolit, veniebant in magna multitudine et in quaniitale minima.
Ce sont les propres termes latins de l'Information. Or il n'y avoit que huit jours que ce déposant avoit entendu cela, et néantmoins confesse ne s'en pas bien souvenir, etc. Et cuide qu'elle avoit dit que ses apparitions venoient à elle en grande multitude mais petites de quantité. Brief, il ne dit rien d'asseuré, et posé que la Pucelle eust dit cela, certes il y a
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grande multitude d'étoiles au ciel qui apparaissent à nos yeux bien petites en quantité. Et partant, cette déposition fondée seulement sur un comme je pense avoir ont/ et s'il tn'en souvient bien, est de nulle considération, veu la déposition aiïirmative que ce Jacobin a faite en la revision duprocez.
Néantmoins nous l'emploierons pour confirmer une autre déposition faite par le sieur Dolon, disant qu'au siège de saint Pierre-le-Moustiçr, la Pucelle estant demeurée seule aux fossez de la ville, toute l'armée du Roy s'estant retirée, que lui accourut à elle pour la faire retirer du grand péril où elle estoit, seule avec trois ou quatre de ses gens : et qu'elle respondit n'estre seule, mais bien assistée de cinquante mille de ses gens, ainsi que nous avons narré au premier lirre.
Pour le regard de l'Ange et de la couronne apportée au Iloy, la Pucelle partant allégoriquement, selon le sens de sa mission et de l'elïet d'icelle, elle n'a rien dit que de véritable, ainsi que nous avons remarqué au procez, séance dixiesme.
[L'Information posthume [Suite). \
Le troisiesme tesmoin est maistre Pierre Maurice, docteur en théologie et chanoine de Rouen, âgé de vingt-huit ans, etc. Dépose que le jour que la sentence fut donnée contre Jeanne, icelle estant encore en la prison, lui qui parle l'alla voir de malin pour l'exhorter du salut de son anie, et lui demanda [cej que c'estoit de cet Ange qu'elle disoit avoir apporté une couronne à son Roy, dont est fait mention au procez. Et qu'elle lui dit qu'elle-mesme estoit cet. Ange. Interrogée de la couronne qu'elle promelloit à son Roy et de la multitude desanges qui l'accompagnoient, respondit qu'ils lui avoient apparu sous l'espèce de petites choses. Enquise finalement par le mesmc si ces apparitions esloient réelles, répliqua que oui; et lui apparaissoient réellement, fussent bons ou mauvais esprits, disant ainsi en françois : « Soient bons, soient mauvais esprits, ils me sont apparus. « Asseuroit avoir entendu la voix principalement à l'heure de Compiles, et au matin, quand les cloches sonnoient. Et lui qui parle ayant remonstré à Jeanne qu'il apparoissoit bien qaie
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c'estoienl malins esprits qui lui avoient promis qu'elle seroit délivrée de prison, elle respondit qu'il esloit vray, qu'elle avoit esté trompée. Et ledit déposant lui ouyt encore dire qu'elle se rapportoit aux gens d'Eglise si ces apparitions estoient bons ou mauvais esprits. Et semble au dit déposant que Jeanne estoit en son bon sens.
Le quatriesme tesmoin est frère Jean Toutmouillé, prestre de l'ordre des Jacobins, âgé de cinquante-quatre ans, etc.
Dépose que le jour que la sentence fut prononcée contre Jeanne, sçavoir le mercredi, veille du saint-sacrement, lui qui parle assistoit frère Martin Ladvenu, son compagnon, qui s'estoit dès le matin transporté en la prison pour exhorter Jeanne du salut de son ame ; et qu'il ouyt dire à Pierre Maurice qui estoit desjà en la prison, que Jeanne avoit recognu et confessé que ce qu'elle avoit dit de cette couronne n'estoit qu'une fiction, et qu'elle-mesme estoit l'Ange, etc.
Après cela, que Jeanne avoit esté interrogée des voix et apparitions qui venoient à elle; et avoit respondu que réellement et de fait elle entendoit des voix, principalement lorsqu'on sonnoit les cloches à l'heure des Compiles et des Matines. Et que ledit Maurice avoit dit à Jeanne que quelques fois les hommes pensoient entendre quelques paroles, entendans les cloches sonner. Disoit aussi le déposant que Jeanne avoit confessé avoir eu des apparitions qui venoient à elle quelques fois en grande multitude et en petite quantité ou petites ciioses, ne déclarant pas quelles estoient ces espèces.
Item, ledit Toutmouillé a déposé que ledit jour, après qu'ils furent arrivez en la prison, comme dit est, Nous, Evesque de J3eauvais, en présence de monsieur l'Inquisiteur, parlasmes de cette sorte en François à ladite Jeanne :
« Or, ce, Jeanne, vous nous avez toujours dit que vos voix vous disoient que vous seriez délivrée; et vous voyez maintenant qu'elles vous ont déceue et abusée. Dites-nous à présent la vérité. »
Ou'alors Jeanne respondit : « Vrayment, je vois bien qu'elles m'ont déceue. m
Et outre, a dit le déposant qu'auparavant que nous Eves-
que fussions arrivé en la prison, on interrogea Jeanne si ella croyoit que les dites voix et apparitions provinssent de bons ou malins esprits; qu'elle respondit en françois : a Je ne sçay , je m'en attends à ma mère l'Eglise. » Ou en cette sorte : « à vous autres qui estes gens d'Eglise » Plus, asseurele déposant avoir ouy dire à ladite Jeanne qu'elle estoit saine d'esprit. .
Le cinquiesme tesmoin est maistre Jacques le Camus, prestre, chanoine de Rheims, âgé de cinquante-quatre ans, etc.
Dépose que mercredi, veille du saint-sacrement, lui qui parle alla au matin avec nous Evesque en la prison, etc., et qu'il entendit que Jeanne disoit et confessoit publiquement et à haute voix, de sorte que tous la pouvoient entendre, qu'elle avoit veu des apparitions qui venoient à elle, et ouy des voix, et qu'elles lui avoient promis qu'elle seroit délivrée de prison ; et par cela recognoissoit bien qu'elles l'avoient trompée, et que pour cette cause elle croyoit que ce n'estoient de bonnes voix ni de bonnes choses.
Et que, un peu après, elle confessa ses péchés à frère Martin Lad venu, jacobin. Et comme ledit frère Martin lui vouloit donner la sainte communion de l'Eucharistie, tenant l'hostie consacrée entre ses mains, il lui demanda : « Jeanne, croyezvous pas que ce soit le corps de Nostre-Seigneur ?» Elle respondit que oui, et que c'estoit lui seul qui la pouvoit délivrer : qu'elle désiroit et demandoit qu'on [le] lui administrast. Et que le mesme frère Martin lui demanda après : « Ne croyez-vous plus en ces voix et apparitions?» Respondit: «Je crois un seul Dieu et ne veux plus adjouster foy à ces voix puisqu'elles m'ont ainsi déceue. »
Advertissement.
Ce tesmoin (Jacques le Camus) estoit un des suivans et domestiques de l'Evesque de Beauvais, et n'a pas esté des conseillers et assesseurs, ou autres ministres et officiers du procez. Et sa déposition doibt estre réglée par celle de frère Martin Lad venu, en ce qu'il parle des voix et apparitions de la Pucelle autrement que n'a fait ledit frère 3Iartin, lequel néant-
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.moins il allègue en sa déposition, et conférant l'une avec l'autre, on voit que ce tesmoin s'est voulu composer, pour complaire à l'Kvesque de-Heauvais.
[De rinformation posthume {Fia).]
Le sixiesmi; tesmoin est maistre Thomas de Courcelles, bachelier en théologie, âgé de trente ans, etc.
Dit et dépose que mercredi, veille de la feste-Dieu, lui qui parle estant avec Nous en la chambre où estoit détenue prisonnière Jeanne au chasteau de Rouen, il entendit que NousEvesque demandasmes à. Jeanne si ses voixneluiavoient pas dit qu'elle seroit délivrée de prison, et quelle fist bon visage. Et semble au déposant que Jeanne respondit : « Je vois bien que j'ay esté déceue. » Et qu'alors, Nous Evesque, ainsi que dit le déposant, dismes à Jeanne qu'elle pouvoit bien cognoistre que ces voix n'estoient de bons esprits ou bien qu'elles ne venoient de la part de Dieu; car s'il estoit ainsi, elles n'eussent jamais dit une chose fausse ou n'eussent menli.
Le septiesme tesmoin est maistre Nicolas Loyseleur, chanoine de l'église de Rouen et de Chartres, âgé de quarante ans, etc. G'estoit un bon Anglois servant d'Achitophel à lEvesque de Beauvais, se desguisant pour séduire la Pucelle en prison, feignant d'estre françois et prisonnier comme elle, etc.
Il dit donc et dépose que le mercredi, veille du saint sacrement dernier, il accompagnoit maistre Pierre Maurice, docteur en théologie, venant en la prison où estoit Jeanne dite la Pucelle pour l'exhorter et advertir de son salut. Et qu'ayant esté requise dire la vérité de cet Ange dont est fait mention au procez, qu'elle disoit avoir apporté une couronne grandement précieuse à son Roy, etc., qu'il falloit qu'elle dist maintenant la vérité et ne pensast plus qu'au salut de son âme. Il ouyt qu'elle disoit avoir entendu parler de soy mesme, sçavoir qu'elle estoit cet Ange et que réellement son Roy n'avoit eu aucune couronne ; et que par cette
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coiiioniie elle n'entendoit autre chose que la promesse qu'elle avoil faite à son Roy qu'il seroit couronné.
«Outre, dit le déposant qu'il l'entendoit dire en présence de Nous, Kvesque de lîeauvais, de maistre Pierre Maurice et de deux frères prescheurs, qu'elle avoit eu réellement et de fait des visions et révélations d'esprits et qu'elle y avoit esté trompée : qu'elle cognoissoit et \oyoit bien cela maintenant, attendu que ces révélations lui avoient promis qu'elle seroit délivrée de prison, et qu'elle expérinientoitle contraire, (jue si ces esprits estoient bons ou mauvais, elle s'en rapportoit aux ecclésiastiques et qu'elle ny adjousteroit plus de foy.
« Plus encore, dit avoir exhorté Jeanne à confesser publiquement quelle avoit esté deceue et abusée, et avoit aussi trompé le peuple, qu'elle lui demandast pardon de l'erreur qu'elle avoit semée. Qu'elle auroit respondu que très volontiers elle feroit cela, mais ne pensoit pas s'en pouvoir souvenir lorsqu'il le faudroit faire, priant son confesseur de lui remettre cela en mémoire, et toutes autres choses appartenant à son salut. Et dit encore qu'il lui sembla que ladite Jeanne esloiten son bon sens et monstroit de grands signes de pénitence et contrition, demandant pardon aux Anglois et Bourguignons pour avoir esté cause, comme elle confessoit, de les faire tuer, fuir, et de leur apporter beaucoup de dommage. »
Advertissement.
Pour faire cognoistre avec quelle fidélité nous traitons cette histoire, j'ay bien voulu produire celte pièce, encore quelle soit hors du procez et n'ayt esté signée ni receue par aucuns notaire ou greffiers : aussi n'y a-t-on eu aucun esgard en la revision du procez. Pour la rendre valable et servir comme d'un testament de mort, TEve&que de Beauvais devroit avoir tenu registre par ses notaires de tout ce que cette fille avoit dit et confessé auparavant que d'estre traînée au supplice; car on eust vu et recognu la vérité de ses dépositions que cet Evesque a fait déguiser et falsifier après sa mort, estant partie et non juge. Et d'ailleurs, frère Martin
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Ladvcnu qui a confessé, communié et assisté la Pucelle jusques à la mort, semblablemcnt maistre Jean Massieu, et plusieurs autres témoins oculaires ont déposé tout le contraire de ce qui est contenu en cette prétendue information. Et davantage, tous lesdits tesmoins varient entre eux, et la plupart citent frère Martin Ladvenu comme ayant plus veu et sçeu que tout autre. De toutes lesdites dépositions, celles de Nicolas de Venderès, de maistre Pierre Maurice, de maistre Thomas de Courcelles et dudit Ladvenu sont les moins avantageuses pour le dessein de cet Evesque, lequel n'ayantpu en tout le procez avoir aucune preuve moyennant laquelle on recognut que les révélations de la Pucelle proviennent des malins esprits, il a tasché de feindre et controuver après la mort de cette fille.
Au demeurant, par toutes lesdites dépositions, on recognoist notoirement que l'un des plus grands artifices dont l'Evesque de Beauvais et ses affidés partisans ayent usé pour induire la Pucelle à un soupçon que ses révélations et appa- 1 itions ne venoient [pas] de Dieu, a esté de tirer cette innocente créature en son propre intérest et lui faire entendre que ses voix l'avoient misérablement déceue et trompée, lui promettant qu'elle seroit délivrée de prison ; car c'est ce qu'ils rabattent si souvent. Sur quoy le lecteur pourra voir l'advertissement de l'onziesme séance du procez d'oflice où nous avons monstre que par le désir que chacun a naturellement de vivre, la Pucelle s'estoit trompée elle-mesme par infirmité naturelle, a3'ant interprété la délivrance de son àme de la prison du corps pour une délivrance de la prison en laquelle elle estoit tenue par les Anglois; et que Dieu ayant promis au prophète Hîérémie de le rendre si puissant que les roys de Juda, les prestres et tout le peuple ne lui pourroient nuire ni mal faire, ce nonobstant ils l'ont mis prisonnier et fait mourir misérablement et cruellement.
Au reste, les actes du procez registrez le lundi vingt-huitiesme may convainquent de fausseté cette prétendue information. Auxquels actes la Pucelle dépose que ses voix lui ont fait reproche que, pour sauver sa vie temporelle, elle s'estoit •exposée au péril de se damner éternellement, et qu'elle estoit
A ROUEN. — LE PRÛCKS 125
résolue de mourir une fois, plus tost que de traisner plus longtemps sa vie en la prison, les fers aux pieds : et que+quo chose qui lui pust arriver, ne confesseroit point que ses voix ne viennent de la part de Dieu. Voyez lesdits actes et les conférez avec la prétendue information. Et posé qu'elle eust dit, lorsqu'on lui devoit administrer le saint-sacrement, qu'elle sousmettoit au jugement de l'Eglise d'ordonner la qualité de ses voix, cette déposition ne doibt estre restreinte aux ecclésiastiques anglois qui l'avoient condamnée, mais [appliquée à nostre saint père le Pape et à l'Eglise catholique conformément aux actes du jeudi vingt-quatriesme may.