SUPPLEMENT AU UECIT DE. RICHER
La mitre qu'on lui mil sur la têle portail ces mots : Hérétique, relapse, apostate, idolâtre.
Le prédicateur développa pendant une heure, en l'appliquant à la condamnée, cette parole de saint Paul : « Si un membre suuffre. tous les membres souffrent. » Il finit en disant : « Jeanne, va en paix ! L'Eglise ne peut plus te défendre; elle t'abandonne au bras séculier'. »
Ce fut alors à l'Evéque de lieauvais de prendre la parole. Et d'abord il adressa à Jeanne quelques exhortations, l'engageant à penser à son âme, à faire pénitence, à écouter et à suivre les conseils des deux Frères Prêcheurs qu'on lui avait donnés pour l'assister jusqu'au dernier moment.
Parlant ensuite en son nom d'évéque-juge et au nom du viceinquisiteur qui siégeait à ses côtés, Pierre Cauchon rappela les raisons qui lui faisaient un devoir de condamner l'accusée, l'obstination de Jeanne dans ses erreurs, la pénitence hypocrite qu'elle avait feinte, avec parjure du saint nom de Dieu : « Puisque, ajouta-t-il, elle s'est montrée de la sorte obstinée, hérétique el relapse, indigne de toute grâce.. . ; tout bien considéré, sur la mûre délibération de nombreux gens de savoir, nous avons procédé à notre sentence définitive en ces termes. »
Et l'évéque lut aussitôt la sentence de condamnation rapportée plus haut.
Dès que la voix de Pierre Cauchon a cessé de se faire entendre, les Anglais entourent la malheureuse jeune fille, avides de sa mort et de son supplice. Jusqu'en cette partie du procès, les juges violèrent les règles consacrées de la procédure canonique. La sentence épiscopale prononcée, Jeanne aurait dû être conduite au bailli, représentant de la puissance séculière, et elle n'aurait dû être livrée au bourreau qu'après que le bailli aurait de son côté, en qualité de juge laïque, prononcé une nouvelle sentence. Or, il n'en fut rien. Le bailli, à la vérité, était pi'ésent, accompagné de son lieutenant et de plusieurs fonctionnaires civils, mais il ne prononça de sentence d'aucune sorte. On avait hâte d'en finir. « Sans que le bailli ou moi, déposait Laurent Guesdon, son lieutenant, eussions rien ordonné », sans qu'on se mit en peine de mener Jeanne où le bailli rendait ses sentences, comme cela se pratiquait habituelle^