LA MORT DE JEANNE D ARC
ment, « le bourreau la prit et!la conduisit k l'endroil où le bûcher était préparé ^ » .
Dès que son arrêt de mort a été prononcé, Jeanne se jette à genoux et se met à se lamenter et à prier à haute voix.
« Sainte Trinité, s'écria-t-elle, ayez pitié de moi ! Je crois en vous ! Jésus, ayez pitié de moi ! »
Elle invoque la Vierge, les saints, les saintes.
« 0 Marie, priez pour moi ! Saint Michel, saint (iabriel, sainte Catherine, sainte Marguerite, soyez-moi en aide ! »
Elle pardonne le mal qu'on lui a fait ; elle se recommande au pieux souvenir des prêtres,
« Vous tous qui êtes ici, pardonnez-moi comme je vous pardonne. Vous, prêtres, dites chacun une messe pour le repos de mon àme-. »
Elle n'entend pas qu'on s'en prenne au roi.
« Qu'on n'accuse point mon roi; il n'a pas trempé dans ce que j'ai fait; si j'ai fait mal, il est innocent '^ !
A la pensée des qualifications de schismatique et d'hérétique qui lui sont appliqués et qui s'étalent au-dessus du bûcher, l'indignation monte à ses lèvres et elle s'écrie :
< Non, je ne suis pas hérétique, je ne suis pas schismatique ; je suis une bonne chrétienne *. »
Elle reprend ensuite ses invocations.
1 0 Marie, benoîts saints et saintes du paradis, protégez-moi, secourez-moi ! Est-ce donc ici que je dois mourir ? »
A ce moment, l'émotion devint universelle. « Il y avait bien dix mille assistants pleurant et disant que c'était grand pitié ^. »
A peine vit-on quelques Anglais ricaner^. Plusieurs de ces ennemis de Jeanne ne purent s'empêcher de répandre des larmes. On vit pleurer Cauchon lui-même, l'évéque de Théronanne et le cardinal de Winchester, grand oncle du petit roi^.
1. Procès, t. III, pp. 187, 188. Déposition de Laurent Guesdon, ancien lieutenant du bailli de Rouen. — Procès, t. Il, p. 8. Déposition de Fr. M. Lavenu.
2. Procès, t. II, p. 19 ; t. III, p. 177. — Dépositions de J. Massieu et de Jean Lefèvre.
3. Ibid., t. III, p. 36. — Déposition de Jean de Mailly, évèque de Noyon.