‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 20 sur 104 · JEANNE D'ARC ET SA « MISSION DE SURVIE · texte numérisé non relu

JEANNE D'ARC ET SA « MISSION DE SURVIE

Comme nous l'avons fait pour le livre second de l'histoire de la Pucelle par E. Richer, nous traiterons dans un avant-propos spécial deux questions propres à éclaircir le sujet du livre troisième. Elles peuvent se poser ainsi :

1° Pourquoi le roi Charles VII parait-il n'avoir songé à la revision du procès de Rouen, et na-t-il fait procéder à une enquête préliminaire qu'une vingtaine d'années après le supplice de la Pucelle, c'est-à-dire en février 1430?

2° Pourquoi le Saint-Siège na-t-il constitué le tribunal de la revision que cinq années encore plus tard, c'est-à-dire en 1455 ?

L'examen de ces deux questions en fera surgir une troisième que nous ne regretterons pas d'avoir rencontrée : celle de Jeanne et de sa « mission de survie ».

Si nous parvenons à jeter quelque lumière sur cette dernière question en particulier, le lecteur trouvera peut-être moins étonnant qu'un intervalle de vingt-cinq ans se soit écoulé entre la condamnation judiciaire de Jeanne d'Arc et sa réhabilitation.

Edmond Richer n'aborde pas ces questions. Dans sa préface ou Advertissement au lecteur, il se borne à dire que si la revision du procès de 1431 n'a eu lieu qu'en 1455, c'est que « le roy Charles n'y avait pu faire travailler auparavant, tant à cause des grandes affaires qu'il avait sur les bras, que pour le différend survenu entre le concile de Bâle et le pape Eugène IV ». [Op. et loc. cit., p. 37.)

Au commencement du livre troisième, notre auteur note la paix

et la prospérité dont le royaume jouissait après « que les Anglois eussent esté entièrement chassez de la Normandie et de la Guyenne ». U se fit alors un mouvement d'opinion qui réveilla le souvenir des belles actions de la Pucelle et de l'inique procès qui l'avait condamnée. Il n'en fallut pas davantage, au sentiment de nicher, pour que le roi « fust conseillé de faire revoir ce prétendu procez ». Et c'est alors qu'il charge;\ maître (luillaume Bouille d'en « faire perquisitionner les nuUitez ».

Edmond Hicher aurait pu en dire davantage. Essayons de suppléer à son silence et touchons qvielques mots de la « mission de survie » de la Pucelle. Nous y serons amené en recherchant quelle fut l'attitude du roi Charles VU. depuis la mort de l'héroïne jusqu'à l'enquête mentionnée tout à l'heure, c'est-à-dire de 1431 à 1450, et quelle fut aussi celle du Saint-Siège. x

IMIEMIERE P.MlïlE De l'attitude du roi Charles VII de 1431 à 1450.

(Juelle fui l'altitude de Charles VII, eu égard à la Pucelle. en l'année de son supplice et dans les quelques années qui suivirent ? Cette attitude fut celle qu'il avait observée durant le procès, une attitude d'inditlérence et d'effacement. C'est un fait malheureusement indéniable que le roi de France, en ces années 1430, 1431, n'a rien tenté pour arracher sa bienfaitrice au sort que ses ennemis lui préparaient.

De zélés avocats de ce prince, ne pouvant contester le fait, ont essayé de le justifier et ils ont dit que si Charles n'a eu recours ni à la voie des négociations, ni à la force des armes pour délivrer la Pucelle, c'est qu'il y eût eu recours inutilement et qu'aucun moyen ne lui eût réussi.

Mauvaise, très mauvaise raison. D'abord le pays n'exigeait pas de son roi qu'il brisât les fers de la captive; il lui demandait seulement de le tenter. L'honneur et la reconnaissance le demandaient encore plus haut.

Mais ce que sophiste, si retors, si habile fût-il, ne prouvera jamais, c'est qu'une difficulté quelconque ait empêché le roi de France d'aviser au moins le pape du cas de la Pucelle. de lui dénoncer les desseins de l'Angleterre et, puisque les juges de Rouen

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ne tenaient aucun compte de l'appel de l'accusée au Saint-Siège, de le supplier, au nom des règles les plus sacrées de l'Eglise, d'intervenir au procès.

C'est ce moyen qu'Edmond Hicher reproche au roi Charles Vil de n'avoir pas mis en œuvre, et on ne peut lui contester le mérite, plus de deux cents ans avant Le Brun de Charmettes et le père Henri Denifle, d'en avoir montré la lacilité.

Mais écoutons-le lui-même :

« Considérant les efforts des Anglais pour perdre la Pucelle, et qu'ils n'épargnent or, argent ni aultre chose quelconque pour obtenir ce qu'ils prétendoient, je suis grandement marry que par toutes nos histoires, ni mesme au trésor des chartes de France, il ne se trouve aucun acte public et authentique du debvoir qu'on a fait ou deu faire d'empescher le dessein des Anglois. Et me semble, sous correction, que Sa Majesté debvoit lors estre conseillée d'envoier des hérauts au Roy d'Angleterre prolester de la nullité de tout ce procez, et demander que cette fille fut envolée au Saint- Siège apostolique, récusant l'Evesque de Beauvais.

< Possible que ceux qui estoient lors en faveur auprès du Prince portoient envie aux faits héroïques de la Pucelle et persuadèrent au Roy que Dieu, l'ayant envolée miraculeusement à son secours, la délivreroit aussi miraculeusement, et qu'il falloit commettre toute cette affaire à la Providence de Dieu, que cela seroit plus glorieux au Roy et tourneroit à la grande confusion des Anglois. Mais telle voye semblait tenter Dieu, lequel ne fait pas toujours miracles sur miracles, ains veut que les causes secondes opèrent de leur costé '. »

A la suite d'Edmond Richer, l'auteur du Chartularium UniversitatisParisiensis, le P. H. Denifle éci-ira de nos jours :

« Une lourde responsabilité pèse sur Charles Vil qui, pendant une année entière (mai 1430 — mai 1431), ne s'est donné aucune peine pour délivrer la Pucelle. S'il ne pouvait venir avec une armée, pourquoi lui-même n'a-t-il pas interjeté un appel au pays, pourquoi n'a-t-il pas informé au moins du procès le Chef de l'Eglise ? Et cependant le roi ne ' s'est pas privé pour correspondre avec le pape quand il s'agissait de présenter des suppliques pour ses favoris. » {Mémoires de l'Histoire de Paris, t. XXIV, p. 13-14.)

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