‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 21 sur 104 · E. RicHEK, op. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

E. RicHEK, op. cit., t. I, p

Charles VII n'ayant pas jugé bon, dans les premiers mois de 1431, d'informer le Saint-Siège de la suspicion qui planait sur les sentiments des juges de Rouen et par suite sur la régularité du procès lui-même, s'y résolut encore moins au lendemain du supplice de la Pucelle. Très vraisemblablement quelques années, cinq ou six, s'écoulèrent avant que ses idées subissent de sérieuses modifications. 11 demeurait sous l'influence néfaste de ses ministres auprès desquels ne trouvaient grâce ni ses bons sen timents d'autrefois envers Jeanne, ni sa bonne volonté. D'autre part, il faut bien en convenir, si sa foi en la mission de l'envoyée de Dieu quant aux événements accomplis ne fut pas ébranlée, sa foi en sa mission totale fut mise à une rude épreuve ; et il en fut de même de tous les personnages, prélats, maîtres en théologie, seigneurs et capitaines, qui avaient approché l'héroïne, conversé avec elle et qui l'avaient ouï exposer les grandes choses qu'elle venait exécuter de par Dieu.

La Voyante n'avait pas seulement annoncé à Chinon et Poitiers qu'elle ferait lever le siège d'Orléans et qu'elle mènerait sacrer le dauphin à Reims ; elle avait assuré que les Anglais seraient « boutés hors de toute France », que Paris rentrerait en l'obéissance du roi, que le duc d'Orléans ne mourrait pas en Angleterre où il était prisonnier, mais qu'il reviendrait de sa captivité, que Charles Vil vei'rait de son vivant le territoire délivré et qu'il rentrerait en la possession des provinces de son royaume. Justement, à cause de leur caractère extraordinaire, et parce que le jeune roi avait été sacré et le siège d'Orléans levé, ces vaticinations étaient entrées profondément dans la mémoire des loyaux Français. Or, voilà qu'avant qu'elles aient été accomplies, Jeanne tombe entre les mains de ses ennemis, et sa mort cruelle semble interdire à ses compagnons d'armes l'espoir de les voir jamais réalisées.

On se souvenait pour désespérer : on eut dû se souvenir, Charles VII le premier, pour espérer quand même et demeurer persuadé que les prédictions de l'envoyée de Dieu s'accompliraient jusqu'au bout.

Car Jeanne savait bien que sa mission totale ne s'accomplirait pas de son vivant; qu'elle comprendrait deux parties bien dis-

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lincles, lune, « mission de vie o, à laquelle personnellement elle melli'ail la main, laulre, « mission de survie », qui ne produirait ses effets qu'après sa mort.

Klle parlait de sa « mission de vie », lorsqu'elle disait au roi <:iiarles en présence du duc d'Alençon : « (lentil dauphin, je durerai une année, guères plus. Il me faut donc bien employer. » [Procès, t. 111, p. 99.)

Rn effet, que dura sa « mission de vie »? Une année et un mois.

11 a fallu vingt-deux ans pour mener à terme sa « mission de survie ».

Mais l'héroïne n'en certifia pas moins l'importance et l'accomplissement.

(> Elle fut, rapporte Mathieu Thomassin, par aucuns interrogée de sa puissance, si elle dureroit guères, et si les Anglois avoient puissance de la faire mourir. Elle i-espondit que tout estoit au plaisir de Dieu, et si certifia que s'il lui convenoit mourir avant que ce pour quoy Dieu lavoit envoyée fust accompli, après sa mort elle nuyroit plus auxditz Anglois qu'elle n'auroit fait en sa vie et que non obslant sa mort, tout ce pour quoy elle estoit venue s'accompliroil. »

Et Mathieu Thomassin ajoute :

« Ainsi que a esté fait par grâce de Dieu, comme clairement il appert et est chose notoire de nostre temps '■. »

Remarque précieuse témoignant que la « mission de survie » de la Pucelle n'a pas été un vain mot. Le chroniqueur aurait pu faire observer que cette seconde partie de sa mission totale ne devait pas rencontrer moins de difficultés que la première.

Dans la « mission de vie », après la campagne de la Loire, l'échec de Paris mis à part, il ne s'agit que d'une sorte de promenade militaire, de Reims à l'Ile-de-France, sans bataille livrée. La « mission de survie » demandera des efforts plus soutenus et rencontrera de plus grandes difficultés. Jeanne sollicite ces efforts et signale ces difficultés. Elle annonce par avance les événements glorieux qui en seront le résultat. L'histoire les nomme la paix d'Arras, la soumission de Paris, la délivrance du duc d'Orléans, la prise de Rouen, la conquête de la Normandie, celle de la Guyenne, la victoire de Castillon où meurt le magnanime Talbot, et l'expulsion définitive de l'Anglais.

Parmi les admirateurs de la Pucelle, il y en avait assurément

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