Massée, femme de Henry Fagoue,agée de cinquante ans
Cette information fut commencée le vingt-deuxième febvrier et continua jusques au sixième de mars 1456. Et tous les dits tesmoins respectivement ont déposé conformément à ce que nous avons rapporté au premier livre de cette histoire, les uns tesmoignans d'une chose, les autres d'une autre, selon que quelqu'un a vu ou bien ouy dire à ceux qui ont vu quelque chose sur laquelle est fait l'examen des tesmoins.
[Enuuète de Pauls et tesmoins entendus]
Après ladite information faite à Orléans est produite celle qui a esté faite à Paris en laquelle ont esté ouys et examinez vingt tesmoins sur trente-trois des articles cy-devant produits au quatriesme chapitre de ce procez par Guillaume Prévosteau, procureur et conseil des parents de la Pucelle en cette cause : lesquels furent déclarez recevables et de fait furent receus par messieurs les juges commis par le Saint- Siège, et contiennent les griefs et nullitez du procez que l'évesque de Beauvais a fait à la Pucelle, comme aussi les fins que les parents de la Pucelle prétendent pour sa justification. Lesdits articles sont en nombre nonante et un, et les trente-trois premiers sont ceux sur lesquels on a fait l'information tant à Paris qu'à Rouen : d'autant que lesdits tesmoins examinez à Paris avoient pour la plus part assisté au procez ^contre la Pucelle fait à Rouen. Au reste ce serait chose superflue de représenter ici les dits trente-trois article€ puisqu'ils sont registrez cy-devant. L'examen desdits tesmoins a esté fait par messire Guillaume Ghartier, évesque de Paris, et frère Jean Patin, inquisiteur de la foy, a commencé le deuxiesme avril et fini le douziesme may 1456. Voici les noms et dépositions des dits tesmoins : Premièrement, maistre Jean ïiphaine, docteur en médecine et chanoine de la Sainte-Chapelle de Paris, âgé de
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soixante ans, dit qu'il fut contraint d'aller à Uouen et d'assister à ce procez malgré lui, encore qu'il s'excusast sur sa profession de médecine, remonstranl qu'il n'estoit que pour juger les cho&es de la foy; néantmoins, crainte des Anglois, qu'il y assista et a vu interroger la Pucelle par tant de doctes hommes et en telle compagnie eust esté bien empesché de satisfaire : toutes fois qu'elle respondoit merveilleusement bien, et qu'un grand seigneur anglois du nom duquel il ne se peut souvenir, l'ayant entendue ainsi parler, dit : vrayment, ce seroit une brave femme si elle estoit Angloise. Au reste qu'il l'avait visitée en prison estant malade et l'avoit vue ayant les fers aux jambes.
âvMaistre Guillaume de Cannera (Delachambre), aussi docteur en médecine, âgé de quarante-huit ans, assista pareillement audit procez, et confesse avoir ouy dire à maistre Pierre Maurice, docteur en théologie, qu'il avoit entendu de confession la Pucelle et n'avoir jamais ouy une telle confession, soit d'un docteur ou autre quelconque, et qu'il croyoit qu'elle marchoit justement et saintement. Qu'il avait opiné et souscrit à ce procez malgré lui, et s'estant voulu excuser sur sa profession de médecine, disant qu'elle ne lui permettoit d'opiner en telle matière, l'évesque de Beauyais le contraignit et lui fut dit que s'il ne souscrivoit comme les autres, mal lui prendroit d'être venu à Rouen. Au reste, que maistre Jean Loliier et maistre Nicolas de Houppeville furent menacez d'estre jetez en la rivière, pour n'avoir voulu assister à ce procez.
Qu'il avoit ouy dire que la Pucelle avoit esté visitée et trouvée vierge, et que selon son art il la tenoit vierge, l'ayant traitée durant sa maladie et vu presque toute nue, qu'elle estoit fort estroite par les reins. L'avait pareillement vu interroger par maistre Jean Beaupère et l'abbé de Fescamp qui l'interrogeaient ensemblement et confusément de plusieurs choses diverses et, n'y pouvant pas respondre, leur dit qu'ils lui faisaient une grande injure de la travailler de la sorte, et qu'elle avoit déjà respondu sur ce qu'ils lui proposaient.
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Que cette fille estant malade en la prison, lui qui parle fut mandé avec Guillaume des Jardins, docteur en médecine, et autres médecins, et que le cardinal de Winthon qu'on appelait le cardinal d'Angleterre, et le comte de Warwic demandèrent audit déposant et autres médecins en quel estât estoit cette fille; et ledit comte leur dit nommément qu'ils avisassent bien à elle, et que le Roy ne voudroit pour chose du monde qu'elle mourust de sa mort naturelle, qu'il l'avoit achetée bien chèrement et vouloit qu'elle mourust en justice et qu'elle fust bruslée. Et leur avoit encore dit qu'ils se gardassent bien de la faire soigner, pour ce qu'elle estoit cauteleuse et se pourroit bien faire mourir. Toutes fois, après avoir esté soignée, la fiebvre la quitta et revint en convalescence. Néantmoins, que Jean d'Estivet, promoteur de l'évesque de Beauvais l'estant venue veoir et l'ayant appelée p. et paillarde, elle se saisit tellement que la fiebvre la reprit comme devant . A raison de quoy le comte de Warwic deffendit à ce promoteur de la plus injurier, tant ils craignoient qu'elle ne mourust de sa mort naturelle.
De plus, asseura avoir ouy dire à cette fille qu'elle se sousmeltoit à nostre saint père le Pape. Quant à l'abjuration qu'çlle avoit faite, elle différa longtemps auparavant que de la faire. Et maistre Guillaume Erard l'incitoit disant qu'elle fist ce qu'il lui conseilloit et qu'elle seroit délivrée de prison ; et que sous cette condition et non autrement elle avoit fait ladite rétractation qui estoit en un petit papier contenant six ou sept lignes, et ledit déposant estoit si proche qu'il voyoit les lignes et leur grandeur, estant escrites en un papier reployé.
Dépose avoir ouy dire que les Anglois l'avoient induite à reprendre son habillement viril, et qu'ils avoient esté d'auprès d'elle ses habits de femme et substitué au lieu ses habillements d'homme : à raison de quoy on disoit qu'elle avoit esté condamnée injustement. Que maistre Nicolas Midy, docteur en théologie, fit la dernière prédication au Vieil Marché de Rouen quand elle fut bruslée, et qu'elle faisoit de grandes lamentations qui esmeurent plusieurs à pleurer, qu'estant
dans le feu, elle crioit hautement Jésus et invoquoit saint Michel et son ayde.
3° Messire Jean de Mailly, évesque de Noyon, lorsque la Pucelle fut condamnée, 'estoit du parti angloisetlavit mourir. Et à cette information a déposé avoir soixante ans, et que la , Pucelle navoit fait rétractât on sinon sur ce que le docteur Erard lui disoit qu'elle fist ce qu'on lui conseilloit, qu'autrement on la feroit mourir. Que, pour cette occasion la plus part disoient que ladite abjuration n'estoit d'aucune valeur et qu'on n'en debvoit faire mise ni recepte. Qu'un certain docteur anglois qui estoit lors présent reprocha à l'évesque de Beauvais qu'admettant cette fille à se rétracter il se montroit trop favorable en son endroit, et que l'évesque respondit à ce docteur qu'il avoit menti. Ce que voyant, le cardinal d'Angleterre commanda au docteur anglois qu'il se tust.
4" Maistre Thomas de Courcelles, docteur en théologie, chanoine et pénitencier de l'église de Paris, âgé de cinquantesix ans, a déposé que l'évesque de Beauvais estoit conseiller d'Angleterre et qu'il pense icelui évesque avoir entrepris de faire le procez à la Pucelle pour cette occasion. Et qu'un nommé Sureau, recepveur, avoit donné quelque présent à maistre Jean d'Estivet promoteur pour assister à ce procez. Que lui déposant, estant à Paris, fut mandé par l'évesque de Beauvais pour assister audit procez avec plusieurs autres docteurs, et qu'un nommé Reynel faisoit leurs despens sur le chemin.
Quant aux informations qu'on prétend avoir esté faites au païs de la Pucelle et exhibées au commencement du procez, dépose ne se souvenir jamais les avoir veues. Que maistre Jean Lohier, ayant reconnu la façon de procéder contre la Pucelle, dit à lui qui parle qu'on ne pouvoit procéder contre cette fille en matière de foy, sinon qu'au préalable on eust fait informer sur l'infamie qu'on prétendoit qu'elle avoit encourue, et que de droit une telle information estoit requise. Que pour son regard il n'a jamais dit positivement ni délibéré qu'elle fust hérétique, mais seulement posé qu'elle ne se