‹ La premiére histoire en date de Jeanne d'ArcChapitre 62 sur 104 · NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

NOTICE BIOGRAPHIQUE

Une liislnii'e dans laquelle l'évèque de Beauvais, qui a jugé, et condamné Jeanne d'Arc, est à chaque page nommé, ne peut pas laisser le lecteur dans lignorance des faits caractéristiques de la vie de ce personnage Nous allons les ex[)oser brièvement sous forme de simples notes biographiques.

De la naissance de P. Cauchon à son élévation à l'évêché de Beauvais (1371-1420).

Pierre Cauchon. « chanoine de Reims, de Chartres, de Chàlons, de Beauvais, archidiacre de Chartres et de Chàlons, référendaire du Pape, bénéficier de Saint-Clair, au diocèse de Bajeux, chapelain à Dijon de la chapelb^ des ducs de Bourgogne » {Mémoires de la Société d- /'Histoire de Paris, t. XXIV, p. 16. article du P. Henri Denifle), évêqae de Beauvais, puis de Lisieux, naquit vers 1371, à Reims ou aux environs de Reims, et mourut à Rouen, dans l'hôtel qu'y possédaient les évoques de Lisieux, en 1442.

On infère la date de sa naissance de lâge qu'il avait lorsqu'il fut nommé chanoine de Reims : d'après les Archives de cette ville, il le fut en 1409, et il était âgé de trente huit ans. Il avait donc

soixante an» environ lorsqu'il fil le procèsde la l'ucelle, el soixante et onze lorsqu'il mourut. Une famille noble du nom de CaucUon était établie à Reims depuis 1278. Pierre Cauchon appartenait-il ou non à cette famille ? < l'est une question sur laquolb- les érudits ^e divisent.

Une particularité montrerait qu'il n'v appartenait pas :

C'est que les armes des Cauchon de Heims et celles de Cauchon évèque de Beaiivais étaient absolument dissemblables.

Juvénal des Ursins, qui succéda à l'ierre Cauchon sur le siège de Beauvais et qui fui plus tard archevêque de Reims, dit que le juge de Jeanne « était de naissance obscure et fils d'un vigneron des environs de Reims ».

C'est à l'Université de Paris que IMcrrc Cauchon fit ses études el prit ses grades. En janvier 1398, il était reçu licencié en décret. En 1403, il était étudiant de sixième année en théologie. Ce qui ne l'empêchait pas de cumuler la cure de l'église paroissiale d'Egriselles, au diocèse de Sens, avec un canonicat et une prébende dans l'église de Chàlons, et de solliciter un bénéfice du chapitre de lieims. Il prit aussi le grade de maître es arts, et exerça en 1403 les hautes fonctions de Recteur de l'Université.

11 n'y a qu'une voix chez les contemporains sur son savoir, sa connaissance profonde du droit et son habileté comme praticien. La manière dont il a conduit le procès de Rouen prouve qu'il méritait bien cette réputation ; car son savoir et son habileté n'ont été égalés que par son absence de scrupules et son incrojable audace. Oui, incroyable, car .Iules Quicherat et son école n'y ont pas cru.

Comme les grands ambitieux, Pierre Cauchon demanda à la politique les succès et les honneurs dont il était avide. « Sa fortune commença par la faveur des Cabochiens ; elle s'accrut ensuite par la confiance illiiuilée de la famille de Lancastre. » (.1. Ol"icheh.\t, Aperçus nouveaux.... p. 98.)

En 1407, il fit partie de l'ambassade que le roi de France envoya aux deux papes en présence, Grégoire Xll el Benoît XIII. pour en finir avec le schisme.

Chanoine de Reims en février 1409, Cauchon fut investi des fonctions de vhhiinc de la même église et les remplit pendant dix ans.

A partir de 1411. on voit le futur évêque de Beauvais prendre position en faveur diz duc de Bourgogne, Jean sans Peur, et se mettre à la tête des universitaires boin-guignons. Ses violences lui valurent d'être condamné, à la paix d'Auxerre (U12], avec les personnages accusés d'avoir fomenté les troubles de la capitale.

p. CAUCHON, livÈQUE DE BEAUVAIS 393

En 14i:j, année qui voit l'avènement des Cabochiens, Pierre «lauchon « fut l'un des meneurs de la troupe d'émcutiers qui se rua sur les hôtels de (liijcnne et d'Artois, pénétra dans la chambre même du Dauphin et se saisit de ses ortîciers )). (Albert Sarrazin, Pierre Cauchon, p. 32. ln-8'^. Paris 1901. — De IJeaurepaire. Notes sur les juges et assesseurs.. . , p. 12.)

Les Armagnacs étaient revenus au pouvoir en 1414. Cauchon fut banni de Paris le 14 mai, pour la part qu'il avait prise aux violences des Cabochiens. L'ordonnance du bannissement qualifie les personnages condanmés de « traîtres, infâmes, homicides, rebelles, criminels de lèse-majesté ». {Choix de pièces inédites relatives au règne de (^harles VI, t. i, pp. 357 et suiv. — Publication de la Société de /^Histoire de France).

En dédommagement de cette condamnation, le duc Jean l'envoya au concile de Constance en 1415, avec le titre d'ambassadeur. Cauchon ne se contenta pas de ce litre : il se présenta au concile en qualité d'aumônier de Jean sans Peur et de délégué du cliapitre de Heauvais, dont il était chanoine.

Les instructions secrètes données à l'ambassadeur du duc de Bourgogne le chargeaient de détourner le concile de condamner le cordelier normand Jean Petit, l'apologiste du meurtre du duc d'Orléans, et ses doctrines en matière de tyrannicide. Sur les instances de Gerson, ces doctrines venaient d'être condamnées à Paris (novembre 1413, février 1414). Pierre Cauchon ne put amener les pères du concile à garderie silence. La condamnation du tyrannicide l'ut confirmée ; mais ce que Pierre Cauchon et Martin Porée, évêque d'Arras, obtinrent de la commission de la foi, c'est l'annulation de la sentence du concile de Paris.

Cependant le futur évèque de Beauvais no cessait d'ajouter les honneurs aux honneurs, les bénéfices aux bénéfices. Nommé maître des requêtes en 1418, comme récompense de sa conduite au concile, il plaidait la même année poiu* obtenir la prévôté de Lille, vacante par la mort de Jean de Monlreuil. En 1419, il parvenait à l'obtenir. On voit à cette occasion l" Université de Paris adresser une supplique au Pape à l'effet d'autoriser Pierre Cauchon à réunir divers bénéfices incompatibles, à titre de récompense pour les travaux entrepris et les souffrances endurées dans l'intérêt et au service de l'Eglise (Arch. nation., m. 65", n"^ 10). Cette même année 1419, il devenait référendaire du pape Martin V.

Après le traité de Troyes (21 mai 1420), Cauchon fut plus que jamais l'homme du duc de Bourgogne et des Anglais, ses alliés. Le I" décembre I i20, Henri V d'Angleterre, époux de Catherine, fille

394 APPENDIC1-: I

de Charles \l, régenl el héritier de lu couronne de France, Taisait avec Fsabeau de Bavière et Charles \l, son entrée solennelle dans la ville de Paris.

L'évéché de Paris étant devenu vacant par la mort de Gérard de Montaigu, le monarque anglais chargea Pierre Cauchon de négocier avec le chapitre, afin qu'il choisit un prélat dévoué à la cause anglaise. Pierre Cauchon échoua dans cette négociation. Henri V ne lui en tint pas rigueur. A la fin de cette même année 1420, Cauchon était nommé à lévêché de Beauvais.

Pierre Cauchon, évêque-comte de Beauvais et Pair ecclésiastique du royaume (1420-1429 .

L'évéque qui rendait par sa mort le siège vacant était liernard de Chévenon. Pierre Cauchon ne fut pas son successeur immédiat : ce fut un certain Eustache de Laître, qui, élu par le chapitre, mourut avant d'avoir reçu ses bulles. Comment Pierre Cauchon fut-il élu? On ne le sait pas bien. Sans doute, la haute protection du roi d'Angleterre, du duc de Bourgogne et de l'Université de Paris y fut pour beaucoup. Nous avons, en effet, une lettre de l'Université dans laquelle elle recommande chaudement au chapitre de Beauvais son suppôt Pierre Cauchon. [Chartular. Univ. Par., à Tannée 1420), Mais on ignore si le chapitre se rendit à l'appel de l'Université, ou bien si, se désintéressant de l'élection, il laissa au pape Martin V le soin de poiu-voir ci la vacance du siège.

Le nouvel évéque arriva à Beauvais le 12 janvier 1421. il était accompagné de Henri, évéque de Tournaj, et de Louis de Luxembourg, évéque de Thérouanne. Le duc de Bourgogne honora de sa présence la prise de possession du nouveau prélat. « Partant de Paris après la feste de Noël, il s'en alla en la ville de Beauvais^ à la fesie et entrée de Messire Pierre Cauchon, moult enclin et allecté à la partie de Bourgogne. » (Monstrklbt, Chronique, livre 1.)

Les habitants de Biiauvais beaucoup plus attachés au parti français qu'au parti anglo-boiu'guignon, firent au nouvel évéque (me réception nullement enthousiaste, froide plutôt. Pour imposer et affermir son autorité, Pierre Cauchon ne recula pas devant les mesures de rigueur ; il ne ménagea pas mêtne le chapitre. « On le vit transformer en tribimal révolutionnaire la cour ecclésiastique de Beauvais » (Olicherat, loc. cit.). Cependant il prêchait la sou-

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mission au roi Henri. Lui-même ne négligeait aucune occasion de se rendre agréable et de faire la cour à ce prince.

I.e 4 juin 1422, il assistait, dans Ihûtel de Nesles, au conseil qu'y tint le roi d'Angleterre.

L'évèque nommé par le chapitre de l'aris, Jean Courtecuisse, s'étant installé à l'évêché, l'évèque de Beauvais fut chargé par le monarque anglais de faire des remontrances au chapitre La conséquence de ces remontrances fut la translation de l'évèque Courtecuisse à l'évêché de tienève (juillet 14. '2).

Les sentiments français du chapitre de Paris étaient pour beaucoup dans la rancune que gardait à ses membres Pierre Caiichon ; mais il y avait aussi une question d'intérêt, question de celli's sur lesquelles lévèque de Beauvais était peu Iraitable. En mourant, l'évèque de Paris, Gérard de Montaigu, avait légué ses livres et ornements au chapitre. Cauchon trouva le moyen de se les approprier, moyennant une somme dérisoire. 11 fallut que le chapitre présentât une requête motivée au Parlement pour renti'er en possession de ces objets. [Arch. nation , LL. 213).

Peu de temps avant sa mort, le roi d'Angleterre députa l'évèque de Beauvais au sire Jacques d'IIarrourt, capitaine du château du Crotoy pour le Dauphin, afin de le décidera remettre la place entre les mains du i*égent de France. Cauchon en fut pour ses frais d'éloquence ; le château du Crotoy demeura français.

Le 31 août 1422, le vainqueur d'Azincourt mourait au château de Vincennes. L'évèque de Ueauvais assista à ses funérailles parmi les personnages les plus honorés.

Charles VI étant mort le 22 octobre suivant, Pierre Cauchon fut mis au nombre des exécuteurs testamentaires du feu roi, en compagnie des ducs de Bedford et de Bretagne, de l'évèque de Thérouanne et de plusieurs autres seigneurs.

Il eut bientôt gagné les bonnes grâces du nouveau régent de France, le duc de Bedford. En 1423 il devenait conseiller du roi Henri \l. aux appointements de 1.000 livres, et chancelier de la reine d'Angleterre. Cette même année, il était nommé conservateur des privilèges de l'Université de Paris, dignité qu'il garda dix ans.

Investi de charges si nombreuses, plus soucieux'dailleurs de ses intérêts temporels que des choses spirituelles, l'évèque de Beauvais résidait ppu en sa ville épiscopale. Unie voyait beaucoup plus souvent à Pai'is et à Rouen, dont il convoitait le siège, qu'à Beauvais. En mars I42t», il prit part aux négociations qui eurent pour effet de dépouiller les évèques français du droit de conférer la plupart des bénéfices et de le transférer au Pape. Martin V le remercia de ses

bons oflices, ainsi que l'Université de l'ari;;. qui avail secondé lévéque de Beauvais en ses négociations.

Dans la lettre qu'il lui écrivait ; « vous nous trouverez toujours accueillant, disait le Pontife, et bien disposé en votre faveur et en faveur de votre église, en raison de vos fidèles services et de vos autres vertus. ) (Voir Noël Valois, Pragmatique i^anctlon de liourric^, p. 58.)

Voilà donc le duc de Bedford, l'Université et Pierre Cauehon faisant campagne contre les évéques du royaume. Ils s'uniront de même, plus tard, quand il sera question de Juger la Pucelle.

En 1426 aussi, l'évéque de Beauvais interviendra, à Rouen, auprès du chapitre, à l'occasion de l'élévation de Jean de la Uochetailléc, archevêque de cette ville, à la dignité de cardinal. Les chanoines étaient d'avis que les deux dignités de cardinal et darchcvêque étaient incompatibles. Le duc de Bedford et le Pape étaient dun avis contraire. Une sentence arbitrale, à laquelle prirent part l'évéque de Beauvais et celui de Thérouanne. autorisa l'archevêque de Rouen î\ recevoir le chapeau cardinalice. 11 le reçut en léglise de Paris, le 25 février 1427. Mais il dut prendre ses mesures dans les délais fixés par les arbitres, pour se faire transférer à un autre siège. Celte translation eut lieu en 1429 ; le nouveau cardinal quitta Rouen pour Besançon.

En cette année 1429, paraissait Jeanne la Pucelle. Le 8 mai, le siège d'Orléans était levé. L'envoyée de Dieu s'apprêtait à marcher sur Reims. Elle y sei*ait sûrement, disait-elle, dans le cours de l'été prochain. Dès le mois d'avril, cette prophétie était rendue publique. L'évéque de Beauvais, qui tenait à revoir Reims, n'attendit pas la date que Jeanne avait fixée. Avant la fin du printemps, il vint dans la ville du sacre. Le 23 mai, à la procession de la Fête- Dieu, il portait le Saint-Sacrement. (P. CporArr.T, Mémoires, t. ill, p. 642.)

Dans le courant du mois d'août 1429, sur la lin de la campagne de l'Ile-de-France, les habitants de Beauvais se déclarèrent pour Charles VIL

Pierre Cauehon, impuissant à arrêter ce mouvement, dut quitter sa ville épiscopale — s'il n'en fut pas chassé — et se retirer à Rouen . Les biens de révé<^hé furent mis sous séquestre et les revenus en furent perçus au nom du roi Charles. Le duc de Bedford ne voulut pas que son conseiller souffrit de cette saisie de son teuiporel ; il le lui reconstitua et il l'augmenta considérablement, en le chargeant de diverses missions, toutes généreusement rétribuées. Une quittance du 10 janvier 1430 (nouveau slyle'i, dont on conserve précieu-

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scmenl 1 original, nous montre Pierre Cauchon reconnaissant « avoir reçu la somme do 070 livres tournois, à l'occasion d'un voyage fait en Angleterre avec le cardinal d'Angleterre pour les afïaires et besognes du roi ".

H n'est pas douteux que lévèque de Beauvais ne désirât vivement prendre sur le siège de llouen la place du cardinal Jean de la Kochclailléc. Le concours du grand conseil d'Angleterre et du duc de Bedford lui était assuré. Mais il commit la maladresse d'entrer en conflit avec le chapitre, à l'occasion d'un impôt de 30,000 livres environ que le gouvernement anglais le chargea de lever sur le clergé de Normandie.

Pierre Cauclion sélant avisé de fulminer des censures contre les récalcitrants, le chapitre lui reprocha d'avoir manqué à ses devoirs et appela <Ie ses sentences au Pape et au Concile.

Ce conflit éclata en 1420. Il fallut du temps pour qu'il s'apaisât, et Ion arriva ainsi à l'année de la prise de la Pueelle à Compiégne.

Lorsque le duc de Ijcdford se fût décidé à faire faire à la captive un procès en cause de foi, lévéque de Beauvais était tout désigné pour présider et mener ledit procès. Il était le protégé du régent ; il était plus Anglais que les Anglais eux-mêmes, réfugié dans une ville où ils étaient les maîtres. " totalement d'ailleurs à leur dévotion 1). De plus, chose nullement indifférente, « ce prélat exerçait ime grande autorité sur f Université de Paris, étant son protecteur ou, comme on disait alors, le Conservateur de ses privilèges » (.F. OuiCHEKAT, Aporusi nourcaux.... p. 98; et, de plus, juriste de première force.

Avec lévéque de Beauvais, les Anglais, ennemis de la Pueelle, avaient le juge qu'il leur fallait. Quoi qu'il en soit des qualités que ses amis ont louées en lui, » Cauchon ne se révéla dans l'affaire de Jeanne, de l'aveu de Quicherat lui-même, que comme un homme passionné, artificieux et r^Drrompu ». [Op. citât., p. 99.) il fut, de plus inhumain, cruel et faussaire : ce sont des choses â ne point oublier.

Dès que la Pueelle eût été prise à Compiégne, l Université de Paris proposa au duc de Bedford de la faire juger en cause de foi et lui désigna Pierre Cauchon comme le juriste le plus capable de mener le procès selon les désirs de l'Angleterre. L'évéque de Beauvais ne fit aucune opposition. Il s'entremit même pour décider Jean de Luxembourg à livrer, moyennant une somme déterminée, sa prisonnière au roi Henri VI. Les négociations s'ouvrirent en juillet. Surin fin d'août les deux partis tombèrent d'accord. Vers la mi-

novembre lalîaire était réglée et Jeanne, remise enlre les mains des Anglais, était conduite à Rouen où elle arrivait dans le com-ant de décembre. Le Ojanvier 1431 (nouveau stjle), l'évéque de Beauvais, quoique i)rivé de la jiu'idiction indispensable, ouvrait le procès.

Après le procès de Jeanne — Pierre Cauchon, évêque de Lisieux (1431-1442. j

Le lendemain du jour où la Pucelle l'ut brûlée vive, lévéque de Tîeauvais olliciait pontificalement dans la cathédrale de Rouen, et y célébrait la messe du Saint-Sacrement (Archives de la Seine-Inférieure, G. 33.)

Le duc de Bedford ne fut pas ingrat envers l'homme qui avait débarrassé l'Angleterre de son ennemie la plus redoutée. Il ne put pas ou ne cinit pas devoir le faire nommer au siège archiépiscopal de Rouen ; mais il le combla d'honneurs et lui confia les missions les plus importantes.

En juillet 1431, il le désignait, avec l'evêque de Nojon, pour tenir les assises solennelles de l'Echiquier de Normandie, où la ju.stice était rendue en dernier ressort. Presque en même temps, Cauchon était nommé avec lévéque de Norwich, conseiller du roi pour juger une grave affaire. En septembre, il célébrait à Rouen les ordinations. Le jour du sacre de Henri Vi dans la cathédrale de Paris, il j assistait avec Jean de Mailly, évoque de Noyon, en qualité de pair ecclésiastique ; et, la cérémonie achevée, il s'asseyait à la table du i*oi (décembre 1431).

C'est le 8 août 1432, que le pape Eugène IV, confirmant le choix qu'avait fait Martin V, (P. H. Denifle, Auctarium Chartid. Unii-crs. Paris., t. I, p. 93d), transféra Pierre Cauchon au siège de Lisieux. Conformément au cérémonial usité dans l'église de Lisieux, le nouvel évêque fut reçu par le chapitre à la porte de Paris. « Après la harangue du doyen, il prêta serment, reçut la crosse et s'avança nu-pieds sous le dais jusqu'à la porte de la cathédrale où il remit ses chaussures. » (De Formeville, Histoire de lévcchc de Lisieux, t. I, CVIII.)

Circonstance digne de remarque, Pierre (Cauchon fut remplacé sur le siège épiscopal de Beauvais par J. Juvénal des Ursins, le futur archevêque de Reims, qui devait être délégué par le pape Calixte III, on 1455, pour instruire le procès canonique de revision

1'. CAUCIION, KVKQUK DE lîEAUVAIS 39&

du procès de Rouen, et qui, en 1456, prononça le jugemenl solennel de réhabilitation ^

Il esl vraisemblable que. se conformant à un usage assez général en ce quinzième siècle, i'ierre (lauchon confia l'administration du diocèse à ses vicaires généraux et à une sorte de coadjuleur que les documents désignent sous le nom d'évêque de Salaltrion, car on le voit résider beaucoup plus à Rouen qu'il Lisieux. Ses fonctions de conseiller du roi d'Angleterre et ses relations avec le duc de Bedford l'y appelant souvent, il était plus simple pour lui d'y demeurer. I/évêque de Lisieux avait dajis la cité rouennaise un manoir à lui et une sorte de cathédrale sur laquelle il avait seul juridiction (l'église de Saint-* lande-le- Vieux). A cette cathédrale se rattachait une cour ecclésiastique, un oiïicial, un promoteur, un chapitre et un territoire exempt de la juridiction de l'archevêque de Rouen, territoire qui ne comprenait pas moins de cinq paroisses.

Le manoir de l'évéque de Lisieux portait le nom dhôtel Saint- Cande, et les restes en sont connus encore aujom'd'hui sous le nom d'hôtel de Lisieux. Cauchon en fit sa résidence principale, surtout à la fin de sa vie, et c'est en cet hôtel qu'il mourut. 11 eut ainsi la satisfaction de séjourner à Rouen, et de s'en croire, avec un peu de bonne volonté, comme le second archevêque. .Mais, probablement, cette illusion ne suffit pas à son bonheur.

Les fonctions de Conservateur des privilèges de l'Université de Paris gênant le nouvel évêque de Lisieux pour les missions dont ne cessait de le charger le gouvernement anglais, il son démit et fit agréer comme son successeur lévêque de Meaux.

En 1436, ces fonctions de Conservateur des privilèges apostoliques de l'Université étaient conférées au successeur même de Pierre Cauchon siu' le siège de Reauvais, Jean .ïtivénal des Ursins, nommé plus haut -.

Suivons maintenant le nouvel évêque de Lisieux dans les principales de ses missions politiques et autres.

En i433, un sauf-conduit du 15 août autorise Pierre Cauchon à se rendre à Calais avec vingt chevaux, pour assister à une entrevue qu'avait préparée le duc dOrléans et qui n'aboutit pas.

Des lettres royales du 10 juillet 1434 et du 20 février 1433 le nomment député de l'Angleterre au concile de Bàle avec une indemnité de déplacement de 300 livres : il s'y rencontre avec Reaupêre. Loiseleur, Thomas de Courcelles.

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