‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 114 sur 135 · Mémoires de Dumouiiez. II. liv. V. clÉMp. m · texte numérisé non relu

Mémoires de Dumouiiez. II. liv. V. clÉMp. m

6*" chasseurs ci-devant Languedoc ' — fussent minimes, encore que son autorité sur les autres troupes du département du Nord demeurât des plus précaires, il est certain qu'il s'estima iieuroux de voir s'éloigner Luckner, dont ni la personne, ni surtout l'entourage ne lui était synipatlii(iuo.

La situation militaire était cependant loin d'être rassurante. Les troupes de la V" division étant parties le 12 et les premiers bataillons de l'armée de Lafayette devant arriver ;i A^alenciennes au plus tôt le 20, c'était une jjériode de huit jours pleins — en admettant qu'aucun retard ne se produisit — pendant lesquels la défense de la frontière du Nord allait demeurer confiée à des troupes peu nombreuses, généralement de nouvelle levée, à des bataillons de volontaires extrêmement inipressionnaljh^s, sans éducation militaire et sans cohésion.

On savait, à n'en pas douter, que les armées alliées se dirigeaient vers le pays entre Meuse et Moselle, et il n'était pas déraisonnable de supposer que le duc de Saxe-Teschen essayât de tenter quelque coup de main sur la Flandre française, précisément dans le but d'y retenir des troupes qu'il convenait aux aUiés d'éloigner du point d'invasion choisi par eux.

Qu'adviendrait-il si, sur ce front de plus do 150 kilomètres qui va de Dunkerque à la Sambre, l'ennemi exécutait une pointe semblable à celle (|ue nous venions d'effectuer sur Menin et Courtrai? Il y avait au camp de Famars un peu moins de 4.000 hommes (la 2" division aux ordres directs de Dumouriez), il y en avait 3.000 à Maulde avec Beurnonville, 2.000 et quelques à Douai, sous M. de Marassé, 4 ii 5.000 à Lille aux ordres de Labour-

1. Mi'moire adressé par le général Dumouriez au r<ii, daté de Valciicicniies, iH juiUet. ArcJilves historiques de la (Juerre. Aniu'e du Nunl. I« juillet.

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tloiuiavo, aulaiil ;i l)iinkt'i'(|iu' cl [ilacos cm iri)imaiilos, sous le général de Carie, en tout une vingtaine de mille hommes ayant des fusils et des caitouches, mais dépourvus de tous les accessoires indispensables pour marcher : voitures, ambulances, chevaux d'artillerie, chevaux de bât ou, comme on les appelait alors, chevaux de peloton. — D'ailleurs, ;i moins de laisser des places comme Lille, Douai, Dunkerque, Aire, Bcthune, etc., entièrement dépourvues de la ^'•arnison qui leur était absolument indispensable pour leur défense éventuelle, il n'était possible de leur enlever (|u'unc partie très mininic de Icui-s troupes. Il est donc pcrnds dassurer (piil n'y avait pas à ce moment sur la frontière du Nord plus de lu. 000 hommes prêts pour des opérations de campagne proprement dites, 10.000 hommes répartis en trois camps ]trincii)aux et échelonnés sur un front de 150 kilomètres. Dans ces conditions, un ennemi un peu entreprenant ne devait pas avoir grand'j)cine à rompre le filet ;i larges mailles qu'il allait rencontrer devant lui : en réalité, aucun obstacle sérieux ne s'opposait à sa marche.

Dumouriez sentait très nettement la réalité et l'imminence de ces menaces ; mais, avec l'extrême confiance eu lui-même, avec l'audace qui faisaient le fond de son caractère, il comptait que l'ennemi agirait aveccirconspection, peut-être avec pusillanimité; que luimême, au contraire, saurait trouver — le cas échéant — une inspiration qui lui permettrait de conjurer l'éventualité la plus périlleuse. Il savourait avec une jouissance muette et profonde l'àpro plaisir que procure aux natures véritablement viriles le sentiment <le l'indépendance, de la responsabihté, quand l'une et l'autre ont à s'exercer vis-à-vis de péi-ils immédiats, réels, presque tangibles. Il souhaitait peut-être

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que 1(> court intérim |ieii(lant lequel lui était dévolu le couinianJeuient en chef ne s'écoulât pas sans ({ue quelque alternative redoutable le mît en mesure de déployer ses qualités d'homme de décision et d'action. Arrivé à cinquante-trois ans sans avoir exercé l'autorité autrement «[ue dans des situations subalternes, il se voyait investi, encore que momentanément, du pouvoir suprême, et investi de ce pouvoir dans des circonstances qui eussent effrayé beaucoup d'autres. Mais Dumouriez était un homme que ni la resj)onsabilité ni le danj^er n'émouvaient ; il les aimait au contraire et trouvait à leur contact des satisfactions où son f^énie particulier resj)irait à l'aise, se dihitait. Les circonstances étaient graves, graves au point de vue politique, graves au point de vue militaire; le Ministère dont il venait de sortir avait été le dernier avatar de son existence mouvementée, mais sa chute allait peut-être manpier le commencement de sa notoriété militaire ; il n'était sans doute tombé (pie pour sauter de nouveau et phis haut. Même le jdan <le Luckner, tout défectueux (|u"il fût, ou })hitot précisément parce (pi'il était défectueux, ce déphicement de deux armées marchant parallèlement et en sens inverse le long de la frontière, la laissant im instant (U'^gariiie au point le [)lus faible et le i>lus menacé, allait peut-être fournir à Dumouriez l'occasion rêvée de quelque conception géniale.

Ce qu'il ne voulait pas, c'était demeurer sous l'influence de deux hommes qui lui étaient également antipathiques : de Luckner, dont il jugeait aujourd'hui l'infériorité notoire ; de Lafayette, dont il jalousait peut-être les qualités séduisantes et dominatrices, ('e (pi'il souhaitait, c'était que les circonstances le rendissent nécessaire, indispensai)le à la frontière (hi Nord, (piil fût il même de rej[)rendre en ])ei'S(jiiue le

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projet (l'invasion du Brabant auquel il persistait, à demeurer attaché malj>ré les déboires ([u'il y avait déjà rencontrés.

Pour arriver à satisfaire ses aspirations à cet é^ard, Dumouriez con.ptait sur les circonstances ; niais il était liomnie ii les aider, à provixpier un incident favorable à ses desseins, et, en dernier ressort, ii fouler hardiment aux pieds la légalité dès l'instant où elle se trouverait en opposition avec ses vues, avec ses principes politi(pies, dés le monieut, surtout, où elle apparaîtrait en contradiction avec ses intérêts.

Quoi (pi'il en soit, la situation mihtaire de nos provinces du Nord était celle que nous avons exposée un peu plus haut, c'est-à-dire une situation délicate que le départ des troupes de Luckner pouvait rendre brusquement désespérée, quand un événement vint faire supposer que les pires craintes allaient se réaliser. Effectivement, le 15 juillet au matin, le général Dumouriez apprit, à Valenciennes, qu'au point du jour, une troupe évaluée à 5 ou 0.000 liommes avait franchi la frontière aux environs de Mouchin et, se portant brusquement sur la petite ville d'Orchies, venait de l'enlever de vive force.

Orchies est, à vol d'oiseau, à 2,") kilomètres de Valenciennes, à K^ ou 14 de Maulde, à 15 ou Ki de Douai et à peu i)rès au milieu de la ligne droite (pu joint ces deux dernières villes; de ce centre, l'ennemi pouvait, au moyen d'une marche moyenne, se porter sur l'une quelconque des trois places menacées avant que celle-ci pût recevoir le secours de ses voisines.

Evidemment, l'on avait été surpris. Qu'allait faii'c Dumouriez?

Avant de prendre un parti, il était sage, il était nécessaire de connaître exactement les conditions dans lesquelles s'était produite l'attaque, d'être bien

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fixé sur la sitiialiuii de IViinemi, sur ses forces, ses intentions. La distance était assez minime pour qu'on n'attendit point longtemps la rentrée des reconnaissances ou des espions envoyés k la découverte : on en expédia ; d'ailleurs, on reçut presque aussitôt le rapport du commandant des troupes d'Orchies, un capitaine du li" régiment d'infanterie cidevant Beaujolais, nommé Dumarais ouDesmaret'.

Ou apprit alors les faits suivants. Orchies avait été attaqué au point du jour, c'est-à-dire vers trois heures du matin, par un détachement de troupes autrichiennes venues de Tournai et commandées par le général de La Tour-'. Il y avait divergence sur la force de l'assaillant : les uns la fixaient à 6 ou 7.0U0 hommes, d'autres à S.OOU seulement''. Quelle que fût la vérité à cet égard, il n'y avait point de doute que le nombre des assaillants n'eût été infiniment supérieur k celui do la garnison d'Orchies, composée seulement de 1 compagnie (50 hommesj du 74" d'infanterie (capitaine Dumarais); du 2° bataillon des V(jlontaires de la Somme ^ (lieutenant-colonel Thory) ; de 25 dragons du & régiment^ (lieutenant Frin) ; de quelques carabiniers et d'une vingtaine d'hommes du régiment de Peuthièvre (78") de passage k Orchies " ; enfin, de 12 canonniers, en tout 600 houunes environ disposant de 4 ou 5 pièces de canon*. L'ennemi

1 Uillnii cl Dmnouriez lapiipllciit Uesinarets; d'après sa sifrnaliirn, il faudrait iii'C Duinai-ais. D'aiilii' pari, il y avait an IV un nflicier du nom de Lanneau do Marcy (lui pouirail liion ùtri' le uk-uip |)i'rsiiniiapp.

2. Voyez le rapport on {'(•néral de La Tour. .Vrchives liisloriiiues de la Guerre. .Vrmée du Nord, lô juillet I71I2.

:i. Voir les raiijiorts ciU's dans la note 7 ci-dessnus.

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