I.A PRISK I>K HAVAY
lo roi cl la vo'mo iio supporteront jamais (prà cnnti-oc'(JMir la présence, dans le Conseil, (run ami do (ionsonné et do Brissot. Non pas que Dumourioz eût rien du soudard et qu'il voulût introduire dans le palais ce que l'on est convenu d'appeler « la liberté des camps » ou le débraillé do la rue'. Il avait toujours été aussi soigné dans sa mise que châtié dans son langage, et ses empdrtemonls étaient académiques comme sa tenue. Ce n'est point lui, assurément, qui se fût présenté aux Tuileries avec des souliers à lacets au liou d'oscarpins à boucle, comme ce bon Roland, (pii, pou rompu aux usages do la cour, y avait comnds cet énorme scandale '. Non, Dumomez avait assurément tous les dehors qui pouvaient séduire Louis XVI, et s'il n'y parvint qu'en apparence, c'est que son passé, ses fréquentations anciennes ou actuelles le rendaient suspect. Mais il put lui-même se faire illusion et il faut bien qu'il s'imaginât posséder la favem' du n»i pour lui écrire avec la liberté qu'on trouve dans la lettre du 18 juillet.
« Sire, — disait Dumourioz, — la manière dont les deux généraux on chef ont arrangé, avec votre Ministère, le commandement do vos armées, m'a mis dans une position si fort subalterno qu'après avoir été destiné moi-mômoau commandement d'une arméo'', avant d'accepter lo Minislèro, a})ros avoir dirigé ces mémos armées qu'on a mal conduites pour renverser mes plans — ce ([uej'ai entendu dire moi-même sans aucune discr(''tion, — je me trouverais en troisième ou
I. Voyez ses porlraits iliiiis Rœderpr, Malli-l du Pan, Hofjiislawski, cdii- >uUez épaleinenl les d«iix |iorliails tracé», l'un |iar Chiniuel, dans Vnlmy p. 8j. l'aiilrc par AlberlSorPl [fiei-uf des Dkuj: .1/on(/e«, juillet et aoiU iS'Jfii : ce dernier a ])ris place, remanié, dans ï Europn cl la /{l'rolution fnnicaise '11, 4(13).
"2. On connaît assez l'histoire des souliers à lacets de Roland: nous n'y insisterons ]>as.
'■'>. Celle du Midi. 1\ avait été question de la confier à Biron, puis à Wittgeiislein, finalement on y avait nommé Montesquiou.
eu quatrième dans l'armée de Luckner, si une circonstance impérieuse, suite des mauvaises opérations de rarmée du Nord, ne me plaçait tout naturellement en chef dans cette partie.
« Votre Majesté a l'esprit trop juste pour ne pas ju^er qu'il (>st ahsurdc (pie M. de Lafayette, quehiue mérite militaire qu'il puisse avoir, étant lui-même fort occupé sur la Meuse et la Moselle, puisse dicter d'aussi loin des ordres pour la défensive du déj)artement du Nord, qu'il ne comuiit même pas '. Malgré nos o[)iuions contraires je consentirais, pour le liien de la patrie, à servir sous ses ordres, s'il était sur les lieux ; mais ici l'intérêt i)ul)lic s'y oppose. Votre Majesté a donné le commandement à M. Arlliiu- Diilon sous M. de Lafayette; si M. Diilon arrive, je servirai sous lui sans nnu'uuu'er, parce que vous l'aurez décidé; mais je vous représente comme une condition indispensable que le lieutenant général chargé de la défensive du Nord, quel qu'il soit, doit avoir carte blanche et être général en chef.
« Si Votre Majesté daigne me donner cette marque de confiance, eu plaçant M. Arthur Diilon dans l'armée du Centre, si elle me donne le commandement de l'armée du Nord, j'ose croire que je pourrai y servir utilement la nation ei le Roi, qui sont identifiés dans mon conu^ et dans mes principes constitutionnels. »
Cette lettre n'a pas besoin d'un long commentaire; on y voit très nettement exprimé le désir naturel chez, lo fulnr vaiu(pieur de Jemappes de commander en chef une aruK'e, mais on y juge ;uissi de l'audace
1. Vdir la Icltri' (II' Lafayciti' :'i (l'Ab;iiicoiii l ihiiis la(|iiPll(' I.afaycltPiiisisle liii-iiii"'me sur les iiK-oiivi-nieiils du l'ioiil lrci|i consiilerablf (iii'il a à garder, incfiiivénients iIiitiI le iiiinislro lui inipiilail la rcsnonsîiltilit»'. (Archives liisldriniips de la Gucnr. Ainu'c du Nmd. jiiillel I7!)'2. Lafayette à d'.\bancourt, 29 juillet.)
LA PRISE DE lîAVAY .'Mîi
d'iiii lieiiteuaiit qui cliorrho à faiiv onvoyor dans une autre armée le f^énéral dont il (h'pond, [xiiu- s'installer à sa place. Sans aucnn doute, il l'allail ([ue Duniouriez tïit bien sûr de la faveur, nous dirions volontiers de la faiblesse du roi, pour lui adresser une requête si eu «lehors de tout ])rin('ipe bich-archique, nièuie de toute convenance. Peut-être le désordre j((''néral qui régnait alors dans les idc'cs coinnie dans les choses excusaitil en partie le j)rocédé; toutefois, ii cette époque même, il parut étrange. Quant au Mf-ntoirc niilitaire qui était joint aux lettres au roi et au pi'ésident de TAssemhlée, il établissait en premier lieu l'idée à laquelle avaient obéi Luckner et Lafayette en déganiissaiit la frontière du Nord, à savoir « qu'il n'y avoit plus rieu à faire dans ce pays-là, ([ui alloit être réduit à la défensive la plus exacte^ ». 11 exposait ensuite que l'ennemi avait i)rotité de cette situation pour s'enij)arer <rOrchies le 15 juillet, de Bavay le 17, et (pie ces opérations semblaient présager chez les Autrichiens l'intention d'une offensive déterminée. « Grâce à mes mouvements, ajoutait Dumouriez, j'ai })u déjouer ces tentatives ; mais elles eussent certainement abouti si je n'avais j)oint été présent, et elles deviendraient à nouveau menaçantes si je m'absentais. »
Nous avons dit déjà que les craintes de Dumouriez étaient chimériques et que pas un instant le maréchal Bender n'avait pensé à prendre réellement l'offensive; mais c'était le droit, plus ([ue le droit, le devoir de Dumouriez, de se livrer sous ce rapport à toutes les hy}»otlièses,aux suppositions lesplus pessimistes, d'étudier la façon de déjouer tous ces calculs, et il le faisait, dans son Alrmoire, non seulement avec une imagination haliilement investigatrice, mais a\('c une
I. Voir |). .'S". ■• n siiflisMil l;i icn Kl.'inilrc! ilHii lui ps il i.liscrvatiDii. »
I.rtiii- lie Luckner cl LrifayeUi; à LajarcL de Valeiicieiini's, fi juillet.
310 LA PREMIERE INVAS^ION DE LA IJELGIQrE
in'ando sfireté d'appréciation ot nu (-(jiip (1(^11 militaire très perspicace. Ilsip^naiait iiotamnicnt an roi la possibilité d'une invasion, soit par la trouée au X^rd du (v>uesnoy, soit par la vallée do l'Oise, exposant avec lucidité les avantages et les inconvénients de l'une et l'autre de ces voies'. Il terminait en demandant, comme dans sa lettre : 1° qu'on donnât carte blanche au lieutenant général, (piol qu'il fût, qui commanderait dans le Nord (et sa lettre au roi nous indique ses désirs intimes à cet égard i ; 2" qu'il fût autorisé à demeurer dans cette armée avec la 2" division, qu'il devait primitivement con- <luire à Metz ; 3" ([uOn envoyât ;i Cambrai et au Cateau 15 bataillons tirés de lintériour pour renforcer l'armée du Nord.
Quatre autres desiderata, concernant des détails d'organisation et de personnel, avaient une moindre imi>ortance.
La lecture de ces documents à l'Assemblée nationale ne fut pas sans provoquer un certain tunudte. Ils montraient un danger imminent sur une frontière d'oii on l'avait cru ébngné ; ils étaient de nature à inqiressionner vivement une population que la moindre émotion mettait en révolution. Les ennemis de l)umouriez, c'est-à-dire surtout les Constitutionnels, essayèrent d'obtenir de la représentation nationale ({u'elle se déclarât incompétente, qu'elle ne tranchât pas elle-même le litige, ([u'elle remit les pièces du procès au chef légal et naturel de Dumonriez, au ministre de la Guerre, au ministre dont il feignait effrontément d" ignorer l'existence. Dans le cas où ce système eût été adopté, Dumouriez pouvait tout craindre de l'hostilité de ses ennemis, non pas de Lafayetl(» peut-être,
\. Co Mf moire intt-ress.inl Psl aux Arcliives lie l:i Gueiii', en doubla i'xrm|il;iir'*. L"(>ri};inal i>sl (Je la main île Omnoiiricz. 'Voir Archives «le la Ciucrre. .Viiiiei' «lu Nurti, juillet {'iWl.)
LA PKISR ])R RAVAV 317
mais <lo Luckiior, ou mieux <lo Berlhicr, dont lo raractère un peu jaloux eût peut-être réclamé quelque châtiment excessif. Mais, si l'Assemblée retenait le procès, si ce dernier devenait politique, si les députés admettaient que le salut de la patrie exi^^eait non pas précisément une désobéissance aux règlements, mais un tenqK'rament, un délai dans l'obéissance, Dumouriez obtenait i;ain de cause, gaii^nait sa j)artie d'une l'açon retentissante, tirait une faveur nouvelle d'un acte fait pour le perdre.
Ce fui Mathieu-Dumas, le fui ur lieutenant *iénéral, qui soutint le premier l'accusation' : « M. Dumouriez, dit-il, qui prend sur lui de rendre des com[)tes à l'Assemblée nationale, avait reçu des ordres jjositifs de Luckner. Ces oi-dres ont été combinés pour le succès du plan ullerieurde défense du royaume... C'est pour concourir à ce mouvement que M. Dumouriez avait reçu l'ordre de quitter Maulde. Voilà ce qui est positif. Ce qui ne l'est pas moins, c'est la désobéissance de M. Dumouriez ; ce qui l'est tout autant, c'est que, pour colorer sa désobéissance, il vous envoie des représentations...; j)uis, ne prenant conseil que de la manière dont il envisage et nos frontières et le salut public, il entreprend de vous faire courir le plus grand danger en déconcertant le plan que Luckner va exécuter... J'insiste pour que l'Assemblée renvoie la solution de cette affaire au pouvoir exécutif '-'. »
Après Mathieu-Dumas. Lacuc-e, le futur nnnistre de la Guerre de Napoléon, appuya le renvoi du litige à l'autorité militaire, démontrant qu'elle seule était compétente. « 11 y a lieu de s'étonner, dit Lacuée, que
t. Malhicn-Diiiiiiis. inenibrf du Cinnili- iuililaii-e. déjà connu comme un ofticitT dislinfjiK'. ('tail un coiislilulioiinel convaincu. Homme Kr^^e, sérieux fl sensé, il inf,'eait I)umr)uriez tri's défavorablement et l'avait toujours comliatlu. Voir ce iiu'il en dit dansses Souvenirs (Paris, Didot, 1839).