I. Voji la iliscussion au Moniteur
DlMOrKIEZ DEMKIRK A VALENCIEvCNRS Uni
par les oircoiistances ou pai' la prévoyance de l'Assemblée nationale... Avec de la j)ersévérance, j'aurai le bonheur d'être lui des sauveurs de ma patrie, quelque obstacle (pTy apporleul mes euuemis personnels ' . )'
Comme on le sait, l'accusai ion [jortée h la ti'ibunc; contre Lafayette n'eut pas le résultat (ju'en attendaient ses adversaires, et, dans la séance du 8 août, l'Assemblée décida, à la majorité de 406 voix contre 224, qu'il n'y avait lieu à aucune incrimination contre le commandant de l'armée du Nord. C'était donc un véritable succès pour Lafayette, mais peut-être jamais la roche tarpéienne n'avait été plus près du capitole. Deux jours après cette mémorable séance éclataient les événements du Dix Août; aussitôt cette révolution effectuée, Lafayette cherchait ostensiblement à en combattre les effets, se mettait en lutte déclarée avec les représentants de l'Assemblée envoyés à son quartier général pour lui signifier le nouvel état de choses, échouait dans sa tentative de résistance, et finalement, vaincu, abandonné, traqué, passait la frontière comme un déserteur.
Dans ses Mémoires, Dumouriez émet le regret que Lafayette, au lieu d'exécuter seul son cou}) de force, ne lui ait pas proposé de s'y associer. Il affirme ([ue le succès eût couronné cette combinaison de leurs efforts réunis. Ces regrets paraissent sincères et ses réflexions à cet égard sont justes. Toutefois, en se livrant à ces confidences, Dumouriez oubliait (pi 'au moment où il avait connu la tentative de Lafayette, ou plutôt à l'instant oii il avait appris l'échec de cette tentative, il avait écrit immédiatement à l'Assemblée pour l'assurer de son dévouement et pour donner son adhé-
I. Archives historiques de la Guerre. Année <lu Nord, août 1792. Duiiiouiez à d'Abariciiurt, jaoùt.
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sioii, «i sans détours ni lut'iiageiueiits », k la suspension du roi et do la Constitution '.
De telles variations d'opinion einbarrasseronl toujours l'historien qui cherchera à dégager détluitiveniont cette figure étrange, chez laquelle lastuce revél à ce point le masque de la franchise qu'on ne sait jamais où commence l'une et oii finit l'autre.
A une épo(pie où on le connaissait en réalité fort mal. ses protestations de dévouement ne pouvaient manquer d'être agréées comme sincères; peut-être, d'ailleurs, l'étaient-elles. Ce ijui est certain, c'est que sa déclaration d'adhésion fut accueillie avec une satisfaction à ce point profonde qu'on l'investit sur l'heure de l'autorité laissée vacante par son adversaire de la veille, .\insi, par une bizarre succession d'événements précipités, inattendus, Dumom*iez, qui, au commencement du mois d'août, avait été sur le point de passer devant une cour martiale présidée par LafaA'ette, assumait le commandement confié la veille au même Lafayette, devenu du jour au lendemaiji le plus lamentable des proscrits. Tandis que, honni, couvert des malédictions d'un peuple dont les uns l'accusaient d'avoir tenté de sauver le Roi. les autres lui reprochaient de n'y avoir pas réussi, Lafayette ([uittait subrepticement le sol de sa patrie i>our être jeté dans les cachots de l'ennemi et y traîner, plusieurs années durant, une vie misérable, Dumouriez montait au pinacle et allait tenir un moment entre ses mains la fortune de la France.
Lui aussi devait, comme Lafayette. déjouer les espc'rauces riuavaient fait concevoir de tels di'buts et échouer pitoyablement dans un de ces coups de force que les majorités n'excusent (|u"à condition (ju'ils
I. l-dli't.' «lu II iioùl. Mouiteiir ilii \'.\. iMiiiKiul'ii'X au l'icsiilciil «le I Assemblée nationale.
DUMOURIE/ DEMKURK A VALKXCIKNNES 353
réussissent. Mais ce qui ctoniie, cost que ses contemporains aient été surpris d'une telle fin, aient été clio([ués (le voir le vainqueur de Valmy* et de Jetnappes, le conquérant de la Belgique, réaliser, sons le couvert de la popularité légitime donfil jouissait alors, une résistance aux lois qu'il avait entreprise dix-huit mois auparavant, ayant infiniment moins de droits — sinon de motifs — pour la tenter.
De tels hommes, avec leurs faiblesses et leurs défauts, sont bien loin d'avoir été des héros, et l'on ne saurait les proposer comme modèles aux générations avenir. Il faut cependant reconnaître qu'ils étaient trempés avec une rare énergie, avec une vigueur peu commune, et que les ombres les plus obscures de leur vie, celles qu'on est le moins tenté de dissiper, laissent transparaître çà et là des lueurs fulgurantes.
C'est ainsi que cette personnalité de Dumouriez, si étrange, si bizarre, à la fois si séduisante et si peu recommandable, jouit encore d'une popularité inexpliquée.
C'est qu'en dépit de sa chute et de sa fin déplorable, Dumouriez demeure l'équivalent, l'incarnation de la campagne de Valmy. Et il a fait davantage que de donner de la confiance, de l'homogénéité, de la cohésion aux troupes novices qui combattaient côte à côte avec les régiments de la vieille monarchie ; il a fait plus que de sceller sur le champ de bataille l'amalgame de l'ancienne armée avec la nouvelle. Dans ces plaines de Champagne, sur ces mêmes champs catalauniques qui avaient été, il y a quinze cents ans, funestes à d'autres barbares, il a, lui aussi, arrêté une invasion et préservé l'intégrité de la patrie.
1. On atti'ibue d'ordinaire le succès de Valmy à Kellermann. l\ n'est pas permis dijinorer aujourd'hui que la victoire fut due surtout aux combinai «OUI de Dumouriez. Voyez uotaïuineut le Valmy de Chuquet.
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C'est là le secret qui nous rendra toujours son œuvre sympathique, qui nous fera pallier les faiblesses ou les erreurs de l'homme ; c'est là la véritable cause, la circonstance essentielle qui, malgré les événements en dehors des appréciations favorables, sauvera longtemps sa mémoire de l'oubli.
Quoi qu'il en soit, le départ de Lafayette et son remplacement par Dumouriez ouvraient à nos armées une période nouvelle.
Nous n'entreprendrons point de l'exposer, pour beaucoup de motifs, dont le premier est (lu'elle l'a été souvent et par des écrivains du premier mérite. Effectivement, on aime, en France, à passer sous silence les événements qui ont suivi immédiatement la déclaration de guerre du 20 avril ; on préfère prendre Valmy comme première date des campagnes de la Révolution. Notre amour-propre s'accommode de cette lacune dont la vérité se trouve moins bien et il avait fallu jusqu'ici prendre des ouvrages autrichiens pour- rencontrer quelques détails sur les événements militaires que nous avons racontés plus haut*. Il serait digne de nous, cependant, do ne point passer sciemment l'éponge sur des faits historiques importants, pour la seule raison qu'ils n'ont point été entièrement à notre gloire; il serait temps de ne plus substituer de propos délibéré la légende à l'histoire, de nous montrer assez forts pour envisager, quelle qu'elle soit, la réalité. D'autant que nous ne perdrons point à faire, en cette circonstance, preuve de caractère.
Sans doute la campagne d'avril-juin 1792 n'est pas une page brillante de notre histoire militaire; mais, sans
\. Depuis que ces lignes onl été écrites, la Revue des questions historiques ;i publie une relation de la campagne de Luckner (I89S). et la Revue mililaire rédigée à la section historique de l'Ktat-niajor de l'armée a donné, sui' le même sujet. In velaticin et les documents que nous signalons dan» notre avant-propos.
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aucun doute aussi, elle est intéressante et surtout fertile en enseignements. Les erreurs qu'on y commit nous permirent de voir, d'apprérier mieux les défauts de notre cuirasse, et les malheurs de la veille préparèrent ainsi la revanche du lendemain. C'est le plus souvent ce qui se passe dans Thistoire de l'humanité et tout spécialement à la guerre. C'est en pensant sans cesse à léna que la Prusse nous a conduits à Sedan, de la même façon que, parlant toujours de Rossbach, les Prussiens avaient été eux-mêmes écrasés à léna.