‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 18 sur 135 · I,ES ARMEES ET LE COMMANDEMENT EN CHEF · texte numérisé non relu

I,ES ARMEES ET LE COMMANDEMENT EN CHEF

rt'iitlioiisiasiiK' (|ui éclata alors dans toutes les i-lasses en faveur do ce vieux mercenaire que personne ne connaissait, (jui n'avait jamais fait chez nous que d'insaisissables séjours, (|ui n'avait donné, au point de vue militaire, aucun signe de vie dc.^puis trente ans, et dont les talents stratégiques, alors ([u'il avait fait la guerre, s'étaient bornés à lancer vigoureusement un coup de sabre. Que la foule ignorante, inconsciente, se rappelât, par tradition, que jadis, il y avait déjà bien longtemps, Luckner avait été au nombre de nos adversaires heureux, ([u'elle lui attribuât un mérite exagéré sans savoir s'il avait contribué à nos défaites connne général d'armée ou comme chef de partisans, le fait n'avait rien d'étrange. Mais, que des hommes d'État connne Mirabeau, des militaires comme Toulongeon, Dumouriez, qui avaient été en Allemagne pour y étudier la situation militah'e de nos ennemis, que des officiers connne Mathieu Dumas, Dubois de Crancé, Aubert Dubayet, Servan et autres s'abusassent au point de partager cette erreur, le fait est plus étonnant. Le seul personnage qui, à cette époque, ait jugé Luckner comme il méritait de l'être, qui ait su résister à cet égard à l'entraînement général, est M"^ Roland :

« Je n'ai jamais rien vu de si médiocre, écrivait-elle à la suite d'un diner où elle avait reçu Luckner à sa table. C'est un »ieux soldat, demi a])ruti, sans esprit, sans caractère, véritable fantôme que purent conduire les premiers marmousets, et qui, à la faveur d'un mauvais langage, du goût du vin, de quelques jurements et d'une certaine intrépidité, acquérait de la popularité dans les armées, parmi des machines stipendiées toujours dupes de (pii leur frappe sur l'épaule, les tutoie et les fait quelquefois punir. Je l'eus à diner chez moi, lors du premier ministère

SI I.A l'RKMIKRF-: INVASION DE LA HELGIQL'E

de Roland, et je reutretins ou fus présente à sa conversation durant quatre ou cinq heures. 0 mon pauvre pavs, disais-je le lendemain à Gnadot, (jui me demandait comment j'avais trouvé Luekner, vous êtes donc perdu, puisqu'il faut aller chercher en dehors de votre sein un pareil homme pour lui confier vos destinées ! Je ne me connais nullement en tactitpie, et Luekner pouvait fort hieu entendre celle de son métier ; mais je sais, d'autre part, qu'on ne peut être un grand caj)itaine sans raisonnement et sans esprit'. »

Mais, si la voix de M"" Roland était une de celles qui en cette circonstance pouvaient trouver quelque écho aux Tuileries, elle paraissait discordante à la foule ignorante qui n'aime point à être contredite dans ses sympathies même les plus absurdes, les moins fondées. D'ailleurs, comme nous venons de le dire, la foule, en cette circonstance, partageait les illusions de gens mieux en situation qu'elle de juger Luekner, et Luekner, en dépit de sa nullité, fut nommé au commandement en chef de l'armée du Rhin, poste qu'il devait remplir, nous dirons un peu plus loin conmient.

Après avoir [)n''senté au lecteur Rocham))eau et Luekner, il nous faudrait tracer ici un portrait île Lafayette, le commandant de l'armée du Centre ; mais Lafayetle est tellement connu qu'ime analyse sommaire de sa vie demeurerait seulement une thèse à lieux communs ; et, d'autre part, une biographie détaillée apparaîtrait hors de sa place ici. La part brillante que le jeune général avait prise ii la guerre d'Améri(pie, le rôle qu'il avait joué en France depuis la Révolution, la faveur populaire dont il jouissait à un meilleur titre que Luekner, lavaient porté

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