‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 66 sur 135 · I.AIFAIKK DE HAISIEI X · texte numérisé non relu

I.AIFAIKK DE HAISIEI X

un aulro que Ton ne iiu'urL qu'une fois et ;i iiioii âge l'on a moins à perdre. Je prends le parti de vous adresser les relations ([ue j'adressais au ministre ; vous êtes mon général, c'est à vous de lui rendre eompte.

« L'on bat la générale ; je ne sais comment me tenir à cheval : je souffre affreusement de ma hanche ^ »

Heureusement les craintes du duc d'Aumont étaient vaines. La population lilloise, nu moment jetée hors de son bon sens par la folie crindnellc de quelques forcenés, avait repris peu à peu son calme; déjà le sentiment unanime des honnêtes gens atteignait dans une ré})robation égale les fuyards de Baisieux et les assassins de la porte de Fives ; il demandait une justice impitoyable et prompt •.

Ces événements devaient avoir effectivement un ri'ilogue et la mort de l'infortuné Tliéobald Dillon devait ctr<' en partie vengée en tant que la vie enlevée violennnent à un criminel peut compenser celle qu'il a ravie lui-même à un innocent. L'assassin d(^ Dillon, c'est-à-dire celui qui fui convaincu d'avoir, à la poi-te de Fives, tiré le coup de feu qui l'avait achevé, fut

1. Voici 1(? raiiport de (rAiimont : « Lille. 29 avril, c'rst rvidpiiinu'nt If ?,0 iiu'il faut lire. — Miiiisipur le niaii'chal, j'ai riioiuieiir ilc vous artresspr la liisic lelation de nos nialhems d'hier; elle l'.'est pas ciiin])li''te, vu (|iie le flésiii-dre a élé si gi-ai\<l. nièiiie après (pie les troupes aient ét(' reiiti'i'cs dans nos murs, ([ne je n'ai \n\ avoir le détail exact de la perle m chevaux, en hommes et en ett'ets : la plus {iiande ])artie de l'arlillerie a ('té ahandonnée. (pioicpie parfaitenienl atleli'-e. par les conducteurs. Je vous ('vite les détails déchirants, poui- une Ame comme la vôtre, de Tatîreuse mort de MM. Dillon et I?erthois. J'avoue (jue j'en suis si navré (pie je m'évite à nioi-nième un ^'rand tourment.

« La nuit a été i)aisihle. frrj'ice au zèle de la fiaide volontaire, à celui des Suisses et du peu d'hommes (jui nous restaient, car les deux hataillons qui doivent se rendic à Valencieiuies une fois parlis, il ne nous restera que 200 hommes ou v'.'iO au plus par halaillon en l'Iat de servir, le reste étant sans haliils et les hommes de recrue (pii ne savent jias armer leui- fusil, et le r('f;iment de Dieshacli ipii n'est pas complet.

« P. -S. J'aurai l'iKmncur de vous adiesser les situations de l'état des escadrons et hataillons aiissitc'd que j(! les aui-ai reçues.

" J'envoie au ministic pareille relation, mais j'ai cru devoir ne point jMrler de la nioit trar,'i(iuc de l)illon et HerUiois. .je laisse à la safjesse (le M. le maréchal de l'en instruire plus ti'it ou plus tard. » Comme on Ta vu |dus haut d'Aumont liiiit par renoncer à envoyer lui-même son l'apport au ministre; il l'adressa seulement à Kochamheau.

loi LA PREMIERE INVASK1X DE LA HELGIQDE

recherché, arrêté, condamné à mort et exécuté ; mais on n'arriva jamais à retrouver le cavalier qui avait porté le premier coup au f?énéral en avant de Baisienx, ni celui qui avait tiré sur les deux Dujiont, ni les assassins du colonel de Herthois, ni ceux du curé de la Madeleine, ni ceux enfin qui avaient pendu les (juatrc chasseurs tyroliens. Des instructions furent ouvertes pour déterminer les responsabilités dans ces différents attentats ; cependant, la justice, effrayée ellemême du noml)re des coupables, hésita à sévir. Elle fit semblant de ne pas voir, traîna les choses en longueur, et bientôt l'opinion publique, attirée par d'autres événements, no conserva plus de la journée du 20 avril qu'un souvenir pénible mais effacé.

Ainsi finissait cette malheureuse expédition oîi nos troupes avaient sauvé leur vie et leur liberté aux dépens de leur honneur. On a longtemps éj)iIogué sur les responsabilités de cette désastreuse affaire, et, à la date même où elle se produisit, il y eut des voix pour accuser Dillon d'avoir agi avec imprudence et incapacité. On parla également à cette époque de trahison préméditée, de cris poussés par des gens qui avaient intérêt à faire avorter cette première tentative des armées révolutionnaires ^. La vérité ne semble pas être là. Sans doute Dillon ne paraît point avoir agi dans la circonstance avec la décision, l'initiativo dont il eût pu témoigner'-'. Lié par ses instruc-

\. Vovez ce que dit le capitaine Diiixiiil-Ghaiimont à cet égard. Raiipoit déjà cité, 3 dernières piifies.

•J. La liiinrdoiniaye, successeur de d'Auiiiont au {louvernetnent de lAUc, écrivait an ministre de la Guerre, le là mai :

« ... M. DilliMi avait iierdu la tète iiendant l'action : il n'avait fait aucune disposition utile avant lactidn; il il cnmniand(' la leliailc à pas iirécij)!tés, ce qui pn-parail l'inciniélndi! dans les linupes, tandis <pie les colonels lui représentaient qu'à 'iiiii toises de l'ennenu, et, dans tons les cas, la reiraitf! devait toujours être faite lentement. La cavalerie ([ui vit celle retraite inattendue et pr('')iari''e par ili's luanieuvres inutiles se di'diande et cause le désoi'dre. ISe devant jias combattre, on ne devait pas déployer, et on l'a fait sans préparer de l'etraite. Si on eût voulu comlialtre, ce qui était tentant, vu la bonne volonté des troupes, on avait assez de forces

L AFFAIRE DE HAISIEDX iK")

lions, il s'v conforma trop servilement et ne comprit point qno sa supériorité numérique lui assurait vraisonihlalilement un succès qu'on n'eût jamais pu lui reprocher. INIais la réalité est que cet échec était imputahie en grande partie au manque de cohésion, à l'indiscipline de nos troupes, au peu d'expérience d'officiers encore mal au courant de leur tâche, très nouvellement j)r()mus, sans influence ni autorité sur leurs soldats, enfin et avant tout à ce plan Inzarre, incohérent, qui ordonnait de déployer nos colonnes, de les établir face ii l'ennemi, en formation de combat, pour leur faire entamer immédiatement la retraite, avant d'avoir tiré nn coup de fusil.

Le 1'"' mai, les habitants de Bruxelles voyaient pénétrer dans la ville, entre doux rangs de soldats autrichiens, un long convoi de })risunniers français, des caissons, de l'artillerie ', qui attestaient nettement notre désastre. Si, comme l'avait affirmé Lauzun, les patriotes bral)ançons avaient compté sur nos succès ])0ur se soulever, le spectacle que leur offrait gratuitement le duc de Saxe-Teschen était l)ien fait pour refroidir leur enthousiasme. Le temps n'était pas éloigné où se confirmerait la réalité de ces prévisions.

|ionr i)niis,<ei- les 2.000 hoiiiincs fie Toui'iiai sons le canon de la place, et ])enl-plre ([n'alois le nifiiiveniont inti'rieiu' aurait en lien à Tonrnai. «

Archives hislnii(|n('s delà (Inerre. Aimée du Noid, I7'.r,'. I,') mai.

1. Il y avait nn (din>iei' et 4 |>ièces de 'i livres : /« Mndrulie, la Timide, l Ecorcheuse, la Alartinlc. I-eUre de Brn.xelles. MoniUur du (i mai 17'J"2.

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