LES OPÉRATIONS DE HIKON SUR MONS
nuit sereine, (|uand subitement des coups de feu retentirent vers la gauche de notre ligne, r/est-à-dire au Nord de la chaussée de Mons, vers Saint-Ghislain, là où bivouaquaient • le 89% les 5" et 0" dragons. « Vers dix heures du soir », a écrit Riron, en parlant de cette alerte, « il était à peu près minuit » , dit au contraire Foissac-Latour. Quelle que fût l'heure oii elle se produisit, Biron n'était pas encore descendu de cheval. Entouré de ses officiers d'état-major-' et suivi de son peloton d'escorte, — un peloton du S" hussards, sous les ordres du lieutenant Dorviller, — il se dirigea en hâte vers Wasmuel, guidé par le bruit lointain, sourd encore, d'ime rumeur qui grandissait de minute en minute.
Au fur et à mesure qu'il appi'ociiait de Saint-Ghislain, le groupe distinguait des clameurs, un tumulte de pas précipités d'hommes et de chevaux, liiron accélère l'allure, et bientôt, sans comprendre encore se qui se passe, il aperçoit une cohue de soldats affolés qui s'enfuient aux cris de : « A nous camarades ! Nous sommes trahis ! Nous allons être égorgés ! Cent mille Autrichiens sont derrière nous 1 Sauve qui [)eut ! »
La masse, éperdue, s'enfonce au galop de charge dans la nuit. Et avant que Biron ait pu songer à ce qu'il doit faire, il est entouré par d'autres cavaliers, affolés comme les premiers, qui fuient, comme leurs camarades, en poussant les mêmes clameurs. En vain, le général, qui comprend enfin qu'il assiste à une panique, s'efforce de faire entendre raison aux fuyards. Il est bousculé, entraîné par des gens qui l'ont reconnu, qui l'enlèvent de force, lui, ses officiers, son escorte, « lui criant qu'il est un traître, qu'il les a conduits à la
1. « L'arméea été anbivrniac le jour hI la nuit.» Relation de Bcauharnais.
2. Sauf Beauharnais. « Beauharuais avait été forcé, par les fatigues de la veillf et la faililessede sa constitution physique, de se livrer au repos. » Relation de Foissac.
lîO LA l'RKMIF.in-: INVASI(»N DE I.A BELGIQUE
lifiucherie. qiiil faut (iiiil vienne k Yalenciennes où Ton fera justice «le lui' ».
La lune hrillail, étincelanlo, au-dessus des fuyards, mais le nuaii:e de poussière soulevé par les pieds des chevaux était tel qu'on avait peine à voir son voisin. « Jamais la peur ne présenta une image j)lus effrayante que dans ce moment où le repos de la nature contrastait avec tant d'agitation et de criminels desseins-. »
Cependant, au bout d'une heure de cette chevauchée désordonnée, les chevaux rompus, fourbus, ralentirent d'eux-mêmes l'allure, et Biron, qui n'avait cessé de protester contre le traitement qu'on lui faisait subir, parvint enfin à se faire entendre. En même temps, le lieutenant Dorviller, le L'hef du peloton d'escorte, disait en allemand à ses hussards-' qu'il était indigne d'eux de s'associer aux violences faites à leur général, à leur général qui avait été jadis leur colonel, au chef (pii avait toujours ])ris leur parti, même contre leurs propres officiers''. Ces paroles finirent par produire leur effet. Les hussards I)arvinrent ii se rapprocher de Biron, dont les fuyards les avaient coupés, l'entourèrent, le séparèrent petit à petit de la masse et, étant demeurés un peu en arrière, réussirent à le leur enlever tout k fait. Tous mirent alors pied k terre. Et tel est l'effet de l'exemple (|u'k la vue de ces quelques cavaliers rentrant dans le devoir, une partie des fuyards — les deux tiers du 5" dragons — céda enfin aux objurgations du colonel de Dampierre et fit également halte.
Cette chaude alerte passée, Biron reprit ses esprits.
L HcUti'in (If l-'iiissac.
:\. An xviii' siècle, les réj;iiiieiils îles hiissanls élaleiil cniniMisr-s presque en Inlîilili' ilAllenianils. de Uonsimis et d'Alsaciens.
t. Kn IT'.K). les hussards de Laiiznn et le Royal Liéf.'e>iis sClaienI soiilev.'s à Urlfiiit. Dans la séanee dn .i cK-lulne. L-ni/un plil i-haudenienl leur parti. ili'cliaif:i'a de liinle res|iiiiisaliiliir' les Iminines. et incrimina sévérenn-nt les nflieicrs. (Voir le AJomteur de ce jour, n"' Wi el :iOi).;
LES OI'HFÎATK^NS DK HIKoN SfU MoNS 171
Co n'était pas l'heure de rechercher les moiirs de la panique dont on venait d'être témoin ni de déterminer les responsahilités. On avait pu distinguer (pie les cavaliers (jui avaient entrahie le i^énéral et dont on ramenait une partie étaient, comme on Ta <lit, des sohlals du .')•■ dragons; on sut que la })reniiére masse de t^nards, ceU(> qu'on avait vu disparaître dans la nuit au moment de l'arrivée à Saint-Ghislain, était le ()" dragons tout entier'. En réalité, plus d'un quart de la cavalerie du corps d'armée avait disparu. 11 n'y avait, pour le moment, d'autre parti à prendre, que celui de retourner vers Mons. Foissac, du Pontavice, les aides de camp chei'chèrent à s'orienter. On se consulta, on examina le terrain. L'on vit alors qu'on avait franchi la moitié de la distance qui sépare Mons de Valenciennes. 11 fallait donc se hâter si l'on voulait rejoindre le camp avant le point du Jour. Le camp! Existait-il encore? Y trouverait-on ipielqu'un? La panique ([ui venait d'entrainer vers Valenciennes 4 ou 5 escadrons de cavalerie avait-elle g'ag-né les autres régiments de l'armée? C'était là, comme on pense, le sujet d'une cruelle perplexité. On laissa donc un moment soufller les chevaux épuisés et l'on reprit le plus t(")t [jossible le chemin de Saint-Ghislain. On rejoignit toutd'ahoi-driMnplacemont où s'était établie l'infanterie de la gauche, on gagna de là la barrière d'Hornu, puis Wasmes. Par un bonheur providentiel, rien n'avait transpiré, dans les autres troupes, de la fuite des dragons. Los bivouacs étaient silencieux et, autour des feux dcMui-éteints, les hommes dormaient profon-
I. |,;i seule victinn' cil' ci'Ue alï.iir' lui un si.us-liiMili'Uiuil 11111111111' Pailliird. Le -'i juillet W.VI. le ministre de la tlneiie I-ajaid. tiaiisiiietliiiil an présjilent île lAssemblée copie rlu jiifjeiiieiit de la eoiir martiale de raniiée du Nord, appelé à cotiuaitre des laits coiiceniaiil 1 atlaiie de Mons. demandait, faute de loi auti'iieure. une décision de 1 Asseinldee sur la peine méritée par le sous-lieiileiiaiit l'aillard. du ir diaf;oii<. (.Vrrliives hisloriiiues du Ministère de la (inerre, arinéedu Nord, IT'.r.', v!.' juillet.;
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dément, sans sedunlerdcladangereusechev.iiuliéeàlaquello venait do se livrer le général. (,Ju"allait-on faire? « Un général habile eût alors fait prendre les armes à son camp et eût disposé ses mouvements pour Tattaque projetée pour le lendemain. Cette diversion eût occupé les esprits, eût empêché la circulation de la nouvelle de l'événement de la nuit et le mauvais effet moral qui pouvait en résulter. Mais Biron n'était que hrave et courtisan et n'avait j)ointles prenjiéresnoliiins du talentd'un général; et, quoiqu'il passât pour rhoiiinie de France qui eût le plus d'esprit, il manquait de ce l'eu du génie militaire qui voit et saisit au même instant le i)arti (piil peut tirer d'une résolution périlleuse et inattendue. 11 prit donc la résolution contraire ; il craignit que, la confiance de ses troujies étant ébranlée, il ne s'établit parmi elles un désordre capable de les livrer en effet à l'ennemi. Il voulut donc, avant de rien déterminer, tenir un petit conseil de guerre, sauf à faire l'attaque plus tard si elle était résolue'. »
Les conseils de guerre ne sont réunis, en général, que par des gens qui inclinent vers un parti pusillanime, tout au moins qui sont éloignés d'une résolution audacieuse-. Il en devait être ainsi du conseil tenu eu avant de Wasmes.
Si, dès la veille, Biron avait pensé dcj à à se retirer, les événements de la nuit n'étaient pas tels qu'ils ])ussent le faire revenir sur sa résolution. Aussi, malgré qu'un certain nombre d'officiers consultés opinassent l)our l'attaque, ce fut la retraite qui fut décidée.
Les troupes cependant ne paraissaient nullement