‹ La première invasion de la Belgique, 1792Chapitre 86 sur 135 · I. Moniteur du iS ftivri<>i- IT'.iJ, n° jli · texte numérisé non relu

I. Moniteur du iS ftivri<>i- IT'.iJ, n° jli

i. Moniteur <Ju •> mai \~i\tl. Séance du i mai. n" l.'T.

504 LA PREMIKHE INVASION DR l.A BELrrlQrE

C'ait un pou. Effectivement, c'était le mémo jour seulement que Dumourioz avait fait offrir par de Grave il Luckuer la succession de Rocliambeau ', et la réponse n'était nalnrcUement pas arrivée. Mais Dumourioz coimaissait trop bien l'ardeur juvénile du vi(Mix mar(''clial pour concevoir le moindre doute sur lo sons do sa réponse. Et il était, on somme, fort ios^iquo (pio Dumourioz pensât ainsi.

Nous av(ms vu tout à l'heure que le maréchal avait témoi»i:né à diverses reprises combien lui pesait l'inaction forcée dans laquelle on le conlrai<,niait de demeurer à Strasbourg, On savait d'ailleurs qu'il avait d'autres raisons pour désirer quitter cette armée, notamment ses relations avec Custines, son principal lieutenant, relations qui étaient depuis quelque temps cxtrômoniont tendues. Et précisément, cette froideur venait d'arriver k un point extrême, ;dgu, à l)ropos do l'occupation des gorges de Porrentriiy, qu'on j)Ouvait croire une des préoccupations les plus anciennes de Lucknor. opération dont il avait parlé tout récounnent — on vient do lo voir — comme urgente, et qui semblait lui tenir au cœur. Ces gorges de Porrontruy constituaient effectivement une position militaire inn)ortanto, et divers arrangoments avec l'cvôque de Bàle, notamment le traité de 1780, nous donnaient la faculté do les occuper aussitôt que nous serions en état d'hos-

suji'l, i)ar II' rcliinr du cuiirnei que j ;ii I liuiiiii'iir ilc vniis ciiMiyi'f. .)<■ sons qu'il y a liioii îles |niints mù vous seriez iililc. et mous seiiniis lieuieux que le maréchal Liickiiei- fi"it pnriniit. Signi' : De (irave.

" l'.-S. Si vous acceptez, Monsieur li' iiiait'chal, il est iii-cessaife que vous fassiez coiinaitie le teni|)s où vous serez rernlu à Valencieuiies, et le Kéuéral à (|ni, dans votre aliseiice, vous aurez laissé le cipiiitiiandeiuent tle rarmée ilu Rhin." (Archives histori(iues de la (iuerre. Armée du Nord, mai 179'J. De Grave à Luckuer, 'i mai.)

A I, ARMKK DI" rKNTKK. — A 1, ARMER DU NORD 205

tilité (U'clai'cc ;ivo(' lEiiipiro. Il était doue advcim que le loiidoniaiu de la dorlaratioii de guerre Custiucs s'était dirigé sur res i'auieuses gorges, et y avait iustallé ses troupes, uou seulemeut sans effusion de saug, uiais favorisé j)ar la population, qui nous avait fait le meilleur accueil. Custines avait mené cette opération avec une vigueur, une célérité, une intelligence dignes d'éloges, (obtenant de ses troupes, sans à-coups et sans accidents, une uuirche ininterrompue de soixante-douze heures; il j)onvait donc raisonnablement espérer recevoir l'appi'oliationde sou chef. Cependant, contre toute attente, Luckner lui envoya une semonce. Le maréchal n'eut pas plus tôt appris le succès de son lieutenant, qu'il lui écrivit « que les dispositions favorables des habitants pour les Français ne lui i)araissaient })oint un motif suffisant pour établir des cantonnements dans le pays de Porrentruy, et que ce parti ne pouvait être approuvé par lui, Luckner ' ». 11 ajoutait que nos troupes ne pourraient demeurer dans leurs positions actuelles qu'autant « qu'une démarche officielle du gouvernement de Porrentruy et du prince-évèque de Bàle auraient invité Custiues à y demeiu'er, cet acte authentique devant ri'fulcr (l'avance toute idée ultérieure (Vitiea^ionou d'hostilités contre C Empire'^- » . En conséquence, le maréchal « prescrivait positivement à M. de Custines de suivre cette conduite et de retirer ses troupes dans des cantonnements aux environs des gorges, mais sur le territoire français ■'• ». Cette conduite véritablement extraordinaire avait irrité au dernier point Custines, qui était las, depuis quatre mois, des réticences, des ordres et des contre-

I. Archives histoiiiiiii'< do la Oni-iic. H(>^;islio ii° I. I Ins, 2 ;'i I, 2" silb- Jivisioii Kst. Armf'i- iluKliiii. I.'i mai. Victor de Bini-lie à niiiiioiii-ipz. ■î. Ihid.

i. Ibid.

20(i l.A PREMIER!-: INVASION DE LA BELGIQUE

ordres, des tergiversations <lii (jiiartier général. Sans l'orninlor ici les snp ;osilions sévi'ros (jiron ponrrait déduire de la crainte exprimée par le maréchal de ne rien faire qui pût être pris « pour un acte d'invasion on d'hostilité contre rEnipire », alors que la guerre était déclarée depuis le '^0 avril, on peut admettre — et c'est bien une hypothèse permise — qu'il aimait l'offensive de loin l)eaucoup plus que de près et qu'il la désirait surtout quand il savait qu'on lui imposait la défensive. Il est donc probable que l'inaction où il demeurait en Alsace ne lui }»esait })oint autant qu'il le publiait jjartout, et ce qui donne encore une base à une telle hypothèse, c'est que le maréchal, non seulement n'accepta point avec la hâte qu'on eût pu croire la proposition de Dumouriez, mais trouva toute une série de motifs spécieux pour la rejeter complètement. Cependant, sur de nouvelles instances du ministre, Luckner consentit à se rendre à Paris, et s'aboucha avec Dumouriez auquel il fit part de ses hésitations K Evidemment, cet homme jadis audacieux était devenu un timide- ; la responsabilité (ju'il allait encourir l'effrayait et, « comme son penchant et ses habitudes le ramenaient à jouer un rôle subalterne -^ », il finit par offrir au ministre de servir en second à l'arméo de Rocliambeau, et d'aider son collègue à rétablir la disciphne dans l'armée du Nord.

Cette proposition bizarre, dont le ministre de la Guerre crut devoii* l'aire part à la représentation nationale, et qui valut à Luckner de nouvelles félici-

I. Il (iiiitln Slr:is|i()ni{,'. \p \t mai. ( Vnyt'Z /'-i/o/, gvni-rnl en chef, t. I. l>.20.)

'J. " Mail luancht iioch iiichl eiiiiial aiizniu'Iinieii.dass, dor aile, fnilicre, so lollkùhne Ilaudegeii etwass von seincr Kiiliiieit eingebiisst halte. »(Ffeifler, p. 0(1.'!

'.\. lJuinoiiri(!z, Mémoires, p. ;{."i4.

'(. Archives hisloricpies delà Guene. Aimée du Nord, mai I7".t,'. Luckner à Kochambeau, 12 mai.

A 1, AHMKK DI CKN TKb:. — A 1, AHMI-'-K Dl N'0R1> 207

talions de l'Assemblëe', fut rejetée p.ir Rdcliaiiihcaii, (lui. absolunient décide'' ii quitter son coiiiiiiandomciil, réclamait avec instance, avec entêtement lui successeur-'. A la lettre que Luckner lui avait écrite à ce sujet, Kochambeau répondit que sa santé lui imposait irrémédiablement la retraite, et comme il avait cru voir (ians les hésitations du nouveau général eu ciici" un manque de confiance dans la valeui- de l'armée du Nord, Kochambeau ajoutait : « Ne croyez point aux bruits exagéri's sur les démissions continues; il m'en est venu plusieurs, je les ai refusées, et j'ai réussi à en faire retirer la plus grande partie "^ »

Ainsi acculé dans ses derniers retranchements, Luckner fut obligé d'accepter ce qu'il eût prélV'ré qu'on ne lui offrit ])as. Il quitta doue Paris j)our \'alenciennes le 14 mai'', après avoir écrit au président de l'Assemblée qu' «il disposait tout pour accélérer son départ, qu'il pressait rexpédition des vivres, les remontes des recrues, l'équipage des officiers •' >i.

Le 15 mai, à six heures du soir, il fit son entrée dans Valenciennes, accompagné de Biron, et fut reçu par Rochambeau, qui avait donné des ordres pour qu'on lui rendit les honneurs militaires réservés au général en chef'. Le nouveau générahssime reçut, le soir même, des députations de toute la garnison", notamment celle des officiers généraux qui s'étaient i-eudus à Valenciennes pour son arrivée, et qui l'assurèrent la plupart qu'ils étaient décidés à servir sous

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