I. lili'in, ihidifin
200 LA PREMIÈRE INVASION DE I.A RELrilQUE
par 1111 premier rohei', tout piqiu' (pi'il denieuràt (Taxitir été trompé par Lauzini, n'était pas liomiiio à s'iiiclinor devant une défaite. 11 chercha donc dès ce moment h reprendre l'œuvre avortée et estima comme première condition du succès la retraite de Rochaml)eau. En vain Lauzun, qui craignait (pic 1»^ départ du maréchal désorganisât entièrement une ai-mée déjà hien malade, écrivit-il au ministre pour faire maintenir le slalii (/KO '. Dumourie/,, plus judicieux, ne se faisait pas d'illusion sur la possibilité de garder Rochamlieau si lui-même restait au Ministère. Le véritable général en chef devait être lui, Duiiuniriez. Va il était décidé à reprendre immédiatement le plan d'invasion en Belgique ou dans le pays de Liège, plan dont l'exécution avait échoué par suite de circonstances imprévues et majeures, mais qui, tenté avec de meilleurs moyens, devait — pensait-il — nécessairement réussir. vSeulemeut, pour exécuter le plan, il lui fallait une créature à lui, un homme auquel il pût imposer sa volonté, tout au moins, un général qu'il eût chance d'amener à sa combinaison, et non point une personnalité comme le vaiiupieur d'York-ToAVU, qui avait des idées très personnelles et prétendait les faire triompher.
Dumouriez jeta d'abord ses vues sur Riron, dont l'incapacité militaire venait de se révéler d'une façon à la fois tellement inattendue et notoire que le ministre ne pouvait espérer un ad /^///v moins gênant. Mais Biron, revenu à peine de ses émotions récentes, était guéri, jtoiir le moment du moins, de ses velléités ambitieuses. « .l'aime mieux, (M-rivait-il le S mai. me faii"e tuer
1. Laiiziiii jugi>ait le maréchal in(lis|)pnsab!e à ccttn œuvre de l'ecunstitnlidii. Toiilofdis. comme, au fond, il nr i'aiiuail poiiil. comme il ne |ioiivait man(|uer (le le voir (larlir avec plaisir, la réoi'Kanisaliou achevée, il disiiil il Dumouriez, le 11 mai : ■• .Je voudrais M. de Hochaïuheau six semaines, .l'eu \oiidr;ii> un autre n|irf>s. ■■ iRej;istrede Correspondaiiee de Birou.)
A LAHMKR DU CRNTRK. — A 1, ARMKR DIT NORD 201
comiiio soldat «[uo me t'ain^ pcndro cMiiuno o-én(>i>al i „^ et il ajoiilail (iiT <( il refusait positivement de se charger du (•oininandcMiient ».
Diiiiioiiriez son tjeaalors à Liickiier. Liiekner, ;i vrai dire, passait ;'i cette épocpie })onr une persomialih' i'ii;i\\o ;i kocliainl)eau,et s'étail vanté, ou s'en souvioul, d'allci" faire sig-uer la Constitution ;ï Vienne, (piand ou voudrait. A un tel houinie, Duniouriez pouvait l)i(Mi laisser la direction des op(''rati()ns : on éci'ivit donc ;i Luckner pour lui offrir la succession de Rochanil)eau ne doutant point qu'on ne })ossédât là riiouime (pTil fallait pour réussir.
Nous avons dit déjà que, depuis la déclaration de guerre, Luckner était demeuré à Strasbourg dans la défensive la plus passive, tout en se plaignant de l'inaction qu'on lui imposait et qid ne convenait, disait-il, ni à son grade ni à son tempérament'-'. Le maréchal, qui naguère avait protesté de son dévouement au roi et à la Constitution, s'était affilié à la société des Jacobins de Strasl)ourg, en était devenu un membre assidu et v prenait souvent la parole. Un jour, un de ses collègues, député de Belfort, entame une diatribe sur la façon dont sont conduites les opérations militaires en Alsace et insiste sur la nécessité d'occuper les gorges de Porrentruy. Le maréchal se lève aussitôt, et << parle avec feu du désir qu'il aurait d'occuper les gorges de ce pays, s'il pouval/ fin ohh'nir l'ordre ». — « Nous savons, lui répliqua le déj)ut('', que vous ne pouvez marcher sans les ordres du roi. » — « et de l'Assemblée nationale, » ajoute le maréchal -^ Aussitôt les memi)res du
1. Bii'on à Diimourifiz, 7 mai. Ref^istre do Coires|ii)n(l.iiic(> de Hiron.
2. Archives historiques de la Guerre. Année du Rhin, mai I7!l'2. Lnckiier à de (irave, :{ mai.
'.\. Voyez Hertz. lesSociélfa jinlilhiui'H de SlraHbonr(i /ifinlant lu Hi-oolidion. Slrashonrp. I8."»3.
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clul), transportés par cotte allusion ii la sonvcraineté préjmndérante do rAssomblée populaire, éclatent on l)ravos frénétifiues ; un dos memltros saisit une couronne civique qui coiffait un huste do Mirabeau et la place sur la tèto de Lucknor, aux ai)i»lau<lissonionts do la salle. Immédiatement après, on décide que ladite couronne sera portée solennellement le lendemain au maréchal, avec une adresse oîi Ton célébrera ses sentiments jacobins'.
Cette popularité de Luckner dans un club qui ne cessait d'attaquer la Constitution peut paraître étrange; ce qu'on peut dire pour la défense du maréchal, c'est qu'il ne comprenait ni la valeur ni le danger de ces attaques. Entre temps, il était allé à Paris remercier rAssomblée du décret qui avait permis do l'élever au maréchalat, s'était présenté à la barre, muni d'un discours écrit, vraisemblablement rédigé par Victor deBroglie, son chef d'état-major, et, avant de lire cette adresse, avait essayé de dire quelques mots de son cru.
Malheureusement, ces quelques paroles, prononcées dans le jargon inintelligible dont })arle Wostpha-
1. La céréniiinie eut lieu efTectiveuioiit le ioudeniain. '» avril. Le cortège, (jui se réunit sur le Bi(i};lle, comprenait : en lèle, les musiques de tous les légiments de la pai'uisou : derrière les musiques. •> pièces de canon, puis « les dames enlouiées île quatre respectables vétérans delà {^arde nationale, dont le plus aiu-ien portait la couronne au bout d'une pique surmontée il'un biinnel ri'U^e-.^i iiièces de canon venaient ensuite, puis les •■ jeunes amis de la liberté portant aussi leur couronne, enlin les membres du club et les délégués du départeuient du Rhin. .Vu momenl où le •■ vétéran resjieclable ■ l'emil à Luckner la couroinie et le bnnnet rouge, une jeune tille lui récita les vers suivants :
Le vœu drs .lacoliins l'appela parmi nous, bll (on patriotisme a rempli notre attente. Bientôt, tu puniras, en dihg-eanl nos coups. Iles tyrans eonjuiés la menace insolente.
Ajoute à ta cniironni. un bonnet jaculiin, i^e siffiieehl l'heureux g:a^e et le prix du civisme. Tes lauriers sont relui (sic) d'un triomphe certain, Sur tous les vils suppAt.s du lAche despotisme.
|l:iii- lIiTt/.. les Socifli'-s fiulitiquei. p. I!l7.i
A 1. ARMKK 1)1" OKNTKR. — A I, ARMi;i-: DT XoRD 20.3
Ion, commençaient à soulever l'hilaritr, lorsque Narhonne, le ministre de la (itiorre, sauva la situation par un mot heureux : '< Monsietu' \e maréchal, (lit-il, eu interrompant Lucknei", vous explique qu'il a le cœur plus français que l'accent. (Ap/j/aut/issci/ients.) J'ajoute qu'il lui est plus facile de ^afîuer une hataille que de faire un (Hscours. [Mokrcaii.r applaudissfnipnfs.) ,1e vais vous lire son discours '. »
Et prenant des mains de Luckner le papier rédigé ])ar Broglie, Narhonne en donna lecture, au milieu des marques réitérées de la faveur de l'Assemhlée.
Depuis le déhut de la guerre et en dépit de son inaction, l'ancien reître n'avait rien perdu de la hienveillance de nos représentants, et quand Dumouriez monta à la trihuue pour donner son nom comme celui du successeur de Rochambeau, la communication fut couverte par les applaudissements.
« Bientôt, ajouta le ministre des Affaires étrangères, on jugera de tous les avantages que doivent nous donner l'activité et les talents supérieurs (hi maréchal de Luckner. I/avis de ce général est i)our la guerre offensive.
« Voici ce qu'il m'écrivait le 2 i avril : « .Je ne doute « pas. Monsieur, que M. de Grave le miuisti'e de la « Guerre) ne concoure ainsi que vous à la justice de mes « demandes, à la nécessité d'y satisfaire, et de quitter « ce rôle défensif aussi ruineux que peu assorti au " caractère du Français et aux vrais intérêts natio- « naux '. »
En annonçant aux représentants du peuple que Liu-kner allait prendre le commandement de l'année du Nord, le ministre des Affaires étrangères s'avan-