C.WALEUIE
14° régiment de dragons... à St-Léger et Trith-St- Léger,
l""" — de chasseurs., à Marly.
2° — de hussards. . à Saint- Waast-lès-Bavay.
3" — de cavalerie., à Maubcuge.
ARTILLEIUK
A Valenciennes ' .
Cette armée fut renforcée au cours du mois de mai, par un certain nombre d'unités de ligne; elle reçut également quelques bataillons de volontaires de nouvelle formation qu'on substitua à d'autres renvoyés dans les places; finalement, si nous nous en rapportons à un autre tableau postérieur vraisemblablement dressé par Berthier quand il eut rejoint Valenciennes, l'armée de Luckner comptait au moment de l'ouverture des liostilités : 14 régiments d'infanterie à 2 bataillons, dont 1 de dépôt on dans les places, 12 bataillons de volontaires, 4 régiments de dragons, 4 régiments de cavalerie et 273 bouches à feu. Cette armée était répartie tactiquement en une avant-garde, une réserve et trois divisions à deux brigades formant corps de bataille; ce corps de bataille était scindé lui-même en deux lignes. Le tableau suivant fera mieux comprendre cette division :
I. Kxtrait (les .Vrchives de Valenciennes. Voir \a. Iteviic miliiaire ix'dijféc à l'Elal-inajor de l'armcc, juin l',)00, p. 428.
L ARMKI-: 1)1' NORD SOUS LES OHDRKS Dli I.UCKNKR 2l5
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•216 LA PRK.MlkRK INVASION DK I.A HKLGigiE
Il résultait do la disposition précédente que Beurnonville, le ciief de la 2" division, avait à prendre les ordres du général Biron, commandant la 1'" ligne, pour les troupes de sa première brigade, et ceux du général de Carie, connuandant la 2^ ligne, pour celles de sa seconde brigade. Il en était de même des commandants des brigades de cavalerie. De plus, les llanqueurs de gauche étant attril)ués à Biron, ceux de droite à de Carie, c'était tant pis pour de Carie si son flanc gauche restait découvert et c'était tant pis pour lîiron si son aile droite était menacée.
La valeur de ces troupes était sans doute très diminuée par suite de l'émigration d'un grand nombre d'officiei's, de leur remi)lacemont j)arcei"tains titulaires peu capables, de res}»rit (rindépendance, dindiscipline qui était entretenu dans l'intérieur des corps par les ex citations de toute sorte jtro vouant des clubs et des journaux révoliitioimaires. Cependant, l'armée de Luckner, composée pour les deux tiers de corps de l'ancienne armée royale, pour le dernier tiers de volontaires de 1791, présentait une force combattante d'une valeur très appréciable. A cette époque encore les régiments royaux, habitués de longue main à tous les détails de la vie militaire, dans lesquels un noyau de vieux soldats entretenaient la tradition, chez lesquels l'instruction militaire continuait à être donnée sinon avec la régularité primitive tout au moins avec une certaine exactitude, dans lesquels enfin des sous-officiers anciens de grade, roui pus au métier*, avaient été investis des fonctions d'ofriciors, n'étaient pas encore les unités désorganisées qu'on put voir dans l'armée après le 21 janvier et pendant la Terreur. De même pour les volontaires, il faut se rappeler que les enro-
1. Hnclii', Jiiui'ilun, Lc'Lourlii', Oiiiliiiot il iciil autres i.'laioiil dans ce cas.
1,'aKMKK Dr NORD ^DIS LES ORDKKS DE IJCKNKK "217
loiiients (!(' 17'.» 1 avaionl onvové dans les hataillons (lo noiivolK^ ronnatioii une quantité considérahle (l(^ recrues d'élite, do jeunes gens appartenant aux classes les plus élevées de la bourgeoisie', ayant reçu souvent, presque toujours, une instruction solide-, remplis d'ardeur et de bonne volonté. Il est certain, jKir ex(Mnple, qu'à l'armée de Luckner, le 1""" bataillon de la Manche commandé par Valhubert, le l"de Paris aux ordres de Gouvion Saint-Cvr, le l*"" d'Ille-et-Vilaine, sous Moreau, lefutur vainqueur de Holienlinden, le l''de l'Yonne commandé par Davout-^ étaient des unités dans les(iuelles la valeur du chef devait influer notablement sur celle des subordonnés, des bataillons (|iii devaient laisser peu à désirer comme vigueur et comme discipline.
Une immense di(T(''rence séj)arail ces volontaires de 1791 de leurs cadets les volontaires de 17t)2, })armi lesquels se glissa en grand nombre ce que la France avait de pire dans son sein, qui demeuraient pour la plupart des pillards, des bandits, et (jne^pictois pis encore ^.
Ce qui constituait la faiblesse de cette armée, un mois après la déclaration do guerre, était, comme un mois auparavant, le manque de moyens matériels. Les plaintes adressées au ministre de la Guerre, le 25 avril, par Lafayette, celles-là mêmes que nous citions plus haut, Rochambeau les avait formulées pour son armée depuis le 14 décembre, et le nouveau général en chef ne se fit pas faute de les répéter à satiété dès qu'il eut pris jjossession de son commandement.
I. Voyez Ci; que Tliii'liaiil ilit Me s;i ciiiii|i;i;,'iiii'.
'2. Tel Saiiil-Cyi-Niifjiit's jiar t'XL'iii|)le, le futur lieiil(Mi;tnt };énérnl.
:i. Le 1" de rVonne ne ti},'iiie pas dans le tableau précédent; il lut sans doute laissé à Mainii. en {,'aiiMson.
4. Voyez Roussel, Thiébault. tous les mémorialistes du temps, les rapports de tous les généraux (jui avaient des volontaires sous leurs ordres.
218 LA PREMIKHE INVASION DK I.A HELGIQUE
Cependant, dans les innombrables plaintes qui remplissent la correspondance du maréchal pendant les mois de mai et juin, deux reviennent à chaque instant sous sa plume avec une insistance particulière : 1° il n a pas de tentes pour abriter ses troupes; 2° il n'a pas le chiffre d'officiers généraux ni d'officiers d'étatmajor qu'il déclare indispensable. Ces griefs évidemment étaient fondés ; on les voit signalés en dehors de la correspondance signée Luckner, par deux personnalités dont on ne peut nier la compétence, le général Valence et le général Berthier, Valence, attaché [larticulièrement à la personne du maréchal et son premier aide de camp, Berthier, — le futur prince de Neuchatel, — son chef d'état-major.
A la date du 21 mai 1792, Valence, à cette époque simple maréchal de camp, écrivait personnellement et directement la lettre suivante au ministre de la Guerre :
« Pour qu'il soit possilde, Monsieur, de se conformer aux vœux du Conseil du Roi, il faut avoir des moyens, et ces moyens sont des officiers et des soldats. Je ne sais pas l)ien encore ce que compte faire M. le maréchal (Luckner), mais ce que je sais bien, c'est que l'état de cette armée fait frémir. Elle manque de tout, et spécialement d'ordre, de méthode dans les détails du service d'état-major.
« 11 est désirable par-dessus tout que les officiers généraux soient attachés aux troupes, et pour cela, il faut en avoir. Nous attendons MM. Marcé, Marassé, Lamorlière, Duchastelet, Berruyer et quelques autres, enfin Berthier'. Je vous prie. Monsieur, avec insistance, de ne pas souff"rir, sous aucune espèce de prétexte, (pie MM. Berthier et La Jarre se destinent à une autre armée. Ce sont des hommes indispensables dans celle
I. Berlhier arriva i>eu de jours aiirés que celle lettre avait été écrite.
1, ARMEE nr NORD SOUS LES ORDRES DK l.UCKNER 219
(le M. (le Luckner et (jui ne [)eiivent être suppléés. Luii d'eux OU tous deux veulent aller à raruiée de Lalayette, mais il est de la plus haute importance de nous les conserver l'un et l'autre, et je vous prie de n'entendre à rien qui change cet ai-rangeiiient. Il serait nécessaire que M. de Jarry, chef de l'étatmajor, soit appliqué à la partie qui lui convient : l'avant-g-arde, et i)Our cela fait maréchal de camp. Nous vous organiserons ensuite l'état-major, de manière à le faire enfin marcher; Berthier, maréchal de camp, pourra être chef et La Jarre adjoint. Jamais je n'ai vu telle confusion dont il faut enfin sortir. Adieu, Monsieur, pardonnez ce grifi"onnage ' ; je n'ai i)as eu un moment et je me mettrai à une correspondance plus exacte à l'avenir. Recevez mes hommages, et que mes lettres, je vous prie, soient pour M. l)umouriez seul et pour vous '. »
Sans doute, cesplaintes sont catégoriques et peignent un état de choses qui ne pouvait mantpier d'être tel ([u'on le présentait. Cette situation avait-elle la gravité que lui supi)Osaient ces correspondants de bonne foi? C'est une autre question. Il faut effectivement se rappeler que ces génér.uix du commencement de la Révolution, habitués à faire la guerre dans certaines conditions de matériel, de régularité, nous dirions volontiers de bien-être pour le soldat, ne comprenaient point encorequ'une époque militaire nouvelle é'tait née, qu'une ère très différente s'ouvrait en tactique et en stratégie, une ère où les hommes allaient parcourir l'Europe sans autre bagage que leur fusil et leurs cartouches, que l'on était arrivé à une éjjoque où les
1. Celle lettre est effectivement griffonnée et à peine lisible. 1. Archives historiques de la Guerre. Armée du Nord, mai 1792. Valence a Servaii, 21 mai. ^
■210 LA l'KKMIKKK INVASION DE LA BEL<iIQUE
liiipct/inicitln énormes dos anciennes armées allaient être impitoyablement sacrifiés. Relativement à ce manque de lentes dont parleà cha([ue instant Luckner comme dim obstacle qui le cloue inévitablement k Valenciennes, on ne voit ])as bien comment le maré- <-hal, s'il ne voulait point loger ses soblats chez l'habitant, ne songeait à les mettre dans les bâtiments publics qui pullulaient dans les villes de son connuandement. On était d'ailleurs au mois de mai, c'est-àdire dans une saison où la température eût rendu le bivouac facile et la vie au graud air sans inconvénient. Mais, sans doute, cette façon de faire lui eût paru une innovation dangereuse, et Luckner n'était pas un novateur. Quelle (litTérence de façon de penser et d'agir avec Lafavette, qui terminait sa lettre du 25 avril, dont nous parlions un peu plus haut, en assurant le ministre qu'en dépit de toutes les misères qu'il lui signalait, il était prêt à marcher, deux choses étant seulement indispensables au soldat pour se porter en avant: '< des souliers et du canon ' ». Il eût fallu à Luckner un peu de cette activité et de cette vigueur : malheureusement l'énergie, Tiniliative, dont il avait douné jadis d'irrécusables preuves, étaient à jamais éteintes dans son âme.
En ce qui concerne le manque d'officiers généraux, nous croyons que l;i encore ses récriminations étaient exagérées, qu'elles devaient être attribuées à cette jiensée erronée qu'il faut aux troupes, pour les conduire, une proportion considérable de cadres de tout i^rade. Sans doute les événements de la fin d'avril avaient jeté le trouble dans les hautes sphères de l'armée du Nord ; sans doute la mort <le Théol)ald hilloii, les désordres de Baisieux et de (v^uiévi-ain
\. Voyez iKitaiiimi.-iil l;i k'tlix' du lieulenaiit géiu'ial d'Uîirv ilk'. iArchives liisiiiriijiies, 4 juiii.j
LARMIK Dr NORD SOTS ].F.^ ORDRES DE I.rrKXKR -221
nvaionl découragé nombre do généraux', mais un homme (rinitiative n'eût pas hésité — comme le hii conseillait d'ailleurs le ministre- — à donner le connnandement de ses brigades à de simples colonels, celui de ses divisions à des maréchaux de camp. A la guerre, de telles substitutions sont monnaie conrante, « sans que les choses en aillent plus mal. » Cependant, en agissant ainsi, Luckner eût perdu une raison précieuse de se plaindre, d'atténuer sa responsabilité, et c'est à sauvegarder cette responsabilité, à la diminuer de toute façon, qu'il songeait surtout.
(» Donnez-nous, écrivait -il à Dumouriez, tles moyens de faire la guerre avec succès. Comment peut-on comprendre un excès de négligence si coupable à cet égard ? J'espère que vous voudrez l)ien le faire cesser. J'attends de M. Servan qu'il nous fasse venir promptenient tout ce qui nous manque -. »
Le jour même oii Valence avait écrit, au nom du maréchal, la lettre que nous avons citée plus haut, Servan avait répondu à Luckner en lui adressant la liste des lieutenants généraux et des maréchaux de camp destinés à l'armée du Nord. Le maréchal, pour cette armée qui, en fait de troupes actives, n'atteignait pas iO.UOO hommes en comptant les garnisons des places, n'avait pas demandé moins de 9 généraux de division et 20 brigadiers'^, c'est-à-dire 1 divisionnaire et 2 brigadiers pour 4.000 hommes. On n'avait pu lui donner ce chiffre, que le gouvernement trouvait sans doute exagéré, pour la bonne raison qu'on n'avait pas ce nombre de généraux disponibles ; toutefois, Servan lui indiquait, comme nous le disions tout à riioure,
1. Archives historifiues de la Giipitc. Aniu-i' liu Noiil, mai 1792. Seivan à Luckner. 2i> mai.
2. Archives liistoriqiies de la Guerre. Armée du Nord, mai 17SI2. Luckner à Dumuuriez, 2ti m;ii.
'A. Archives hi.-<loriiiues de la (inerie. .Vrmi'c du NUrd, mai 1792. Luckner. à Servan, •M mai. Lettre citée plus loin.
une méthode très rationnelle de tourner la difficulté : celle de confier le commandement des divisions à des man-chaux de camp dont il allait « être pourvu en grand nombre ». Au cas où Luckner n'eût point consenti à ce pis-aller, le ministre conseillait au maréchal, de «solliciter de rAssend)lée une anginentation du chiffre organique des lieutenants généraux' ».
Dans cette même lettre, Servan annonçait encore à Luckner qu'il venait de donner l'ordre au colonel Berthier de rejoindre l'armée du Nord. « Vous pouvez l'employer comme maréchal de camp, ajoutait-il. Il sera le premier nommé, et cela ne tardera pas, puisqu'il y a une place vacante -. »
Luckner ne se témoigna pas satisfait de la lettre de Servan, et il adressa immédiatement au ministre la réponse suivante :
« J'ai reçu. Monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 26, et je vais faire repartir le courrier qui me l'a apportée. J'ai trouvé jointe la liste des lieutenants gc'uéraux, qui ne sont que 5, puisque M. de Marcé n'est pas arrivé. M. de La Morlière n'est pas arrivé non plus. Je l'attendais et j'avais projeté mes dispositions, comptant sur lui. Je n'ai ni l'un ni l'autre de ces lieutenants généraux sur l'arrivée desquels je n'avais dû concevoir aucun doute. La liste des maréchaux de camp ne m'offre pas de moyens de suj)pléer les lieutenants généraux. Il en faut, dans les places comme Valenciennes, Mauheuge, Lille et Douai. Condé aussi est un poste très important et j'y laisse M. O'Moran ; je laisse à D(niai M. de Marassé, que vous avez désigné vousmême, dont vous m'avez répondu, et qui, par consé-
L Archives histori<]ii('s (If la GiiPiTi'. Armée du Nui'il.mai IT'.t'?. Servan à Ltickiior, '2ti mai.
'i. Idem, iliiil.
L ARMKE nu NORD SOUS LES ORDRES DE LUCKNER 223
qiiont, sera propre à déjouer toute iutrigue pour livrer cette place.
« Je ue connais point M. de Uonié, pas davantage M. de Menou; aucun d'eux n'est arrivé. Vous avez donné un congé à M. de Fleurv; M. de Lanietli (Alexandre) n'est point à Valeuciennes ; M. de Eerruyer n'y est point non plus. S'il est retourné à Versailles comme je le crois, je vous prie de lui donner l'ordre de se rendre ici sur-le-champ.
« M. Alexandre Berthier n'est pas à Valeuciennes, et cependant j'avais demandé avec les plus vives instances qu'il tut ici le 27 au plus tard. M. de Rocliambeau fils • n'est pas ici, et, je crois, ne doit point revenir. Je n'ai point de lettres de service pour M. de Beurnonville; j'ai celles de M. du Chastelet, mais aucune nouvelle de lui.
" M. JaiTV étant maréchal de camp, j'ai un seul adjudant général" colonel; M. César Berthier'^ a quitté; il n'en reste que trois lieutenants-colonels : M. Duvigneau n'a pas de l)revet et M. Berneron n'est pas arrivé.
« Convenez, Monsieur, que le dénuement est au delà de tout ce qu'on peut croire ; vous verrez par la lettre que je joins ici, que cependant il n'arrête ni mes projets ni ma bonne volonté, mais comment se peut-il que vous ne le fassiez pas cesser? Je vous l)rie d'observer qu'ayant été obligé d'envoyer M. de Foissac '» à Maubeuge, je n'ai que M. de Beauharnais '■ pour état-major.
1. IjC fils du inaréclial, connue il a t-tt' dit plus haut; il ileviut gi-iiéral de division sous l'Eiupire et fui tué à J^Mpzig.
•.'. Nous rappelons que les adjudants généraux étaient îles colonels ou des lieutenants-colonels d état-major.
3. Le frère du (irince de Neuctiatel devint divisionuaii-e sons l'Empire.
4. C'est celui dont nous avons cité le rapport à propos de l'exiié.iition de Mous, n existe aux .\rcliives une cui'ieuse lettre où il demaiule l'impression, aux frais de l'Etat, de sun livi'e sur la fhierre de retranchi-ments. Ce fu! lui qui défendit si niallieureusenient Manlone en 1790.
."p. Le maii di' l'impératrice Joséphine.
22 i- I.A l'HEMIKRK INVASION DE LA r.ELGIQUE
« Il ii'ost pas douteux, Monsieur, que je n'aie besoin (lun itlus grand nombre d'officiers généraux, puisqu'il l'aut en laisser dans toutes les places importantes. 11 me serait nécessaire d'avoir 9 lientejiants généraux et 20 maréchaux de camp '... »
Revenant le lendemain même sur cette question des officiers généraux qui lai tenait spécialement au cœur, Luckner écrivait encore au ministre, à la date du 31 mai :
« ... J'ai M. de Beauharnais pour tout état-major -, je voudrais envoyer à M. de Carie -^ 1 adjudant général et au moins 2 maréchaux de camp, 1 pour servir avec lui avec M. de Morton (do Moreton-Chabril- )an), l'autre pour rester à Dunkerqne ; 1 adjudant général, 3 maréchaux de camp à M. de La Bourdonnaye, l'un pour rester avec lui à Lille, l'autre pour camper aux ordres de M. de Marcé^ sous les murs de la vdle. Je ne puis remplir aucun de mes projets, faute d'officiers d'état-major et d'officiers généraux, et les soldats sans habits, sans vestes et surtout absolument sans culottes. Que dois-je penser du retard de l'arrivée de M. Berthier, si posilivcment annoncée pour le 27?...
« Dans une de mes dernières lettres, je vous disais. Monsieur, qu'il m'est nécessaire d'avoir 9 lieu-
1. Archives hisluriques de la Guerre. Arnu-e ilii Nord, mai ITllJ. Luckiipr à Sei'vaii. 28 mai.
2. En inarfje. de la main du minisire : « M. Heifhier est jiarli avec les arrangements nécessaires poiii' cet objet. •■
3. Le général de Carie, qui avait signé depuis le conimenceni(>nt de la guerre : " i)ecarle. le jilus ancien niai'échal de camii de l'armée française", venait d'être noninn' lie\itenanl gi-ni-i'al et commandait à Dunkerqne. C'est lui qui avait commande l'exiiédilion du 'M avril contre Fiirnes. On lui attribua le commandement du groui>e île ganclie. et apiès la jonction, celui de la ileuxiéme ligne. Il commanda à Courlrai le groupe réserve et avantgarde ri'-nnis.
'(. On voit par ce renseignement que M. de M.aicé avait rejoint depuis la lettre du '.'8 mal.
L ARMi:!-: 1)1 NORD SOIS LES ORDRES DK I.ICKNKK 225
tenants généraux et 2U maréchaux de canii) '''"i^ cette armée. Il serait peut-être indispensable d'obtenir un décret pour l'augmentation des lieutenants généraux'. J'ai cherché, en faisant mes dis[)()sitions, de n'en phicer ([ue 8, mémo 7, s'il est absolument impossible d'en avoir 8 ; c'est le nombre qui jusqu'à présent avait été attaché à cette armée. Je les attends avec impatience, ainsi que 20 maréchaux de camp. Que puis-je faire. Monsieur, sans secours 2?... »
Si pressantes que fussent ces instances, Luckner croyait utile de les renouveler deux fois par jour, et, après avoir écrit la lettre qu'on vient de lire, il en adressait une autre à la même date, pour dire encore : <( Si je ne suis pas aidé, ([ue puis-je faire-''? » et pour se plaindre de la non-arrivée de La Morlière, — qui avait formellement refusé de (juitter Strasbourg, — do lîertliier et de La Jarre.
11 résnlte d'une façon certaine de ces diverses dépèches — celle de Valence comprise — que l'armée du Nord était encore incomplète au l" juin, et que la réputation de Berthier comme officier d'état-major était déjà telle à cette époque que les généraux en chef s'efforçaient par tous les moyens possibles de l'attacher à leur personne^.
Berthier arriva enfin à Valenciennes le 28 ou 29 mai, et comme il était, lui aussi, homme d'ordre,
1. Kii maif^e de la main ilii iniiiistrc : « On va |)i'0|)(jscr à rAssfiiiib)t''e l'aii};iiicnlalii)n des ofliciers généraux. »
2. Archives historiques de la Guerre. Aimée du Nord, nini 17!)'i. Ijuckner à Servan, :i\ mai.
'.i. Id., ibiil., :i\ niai (deuxième letlrr du :il).
4. Voir la noie d'Audoiu sur une di'péche de Duniouriez, p. '.]'i'i. — « l\ n'y avait jias au monde de nii-illeiir chef d'état-major que Berthier, a dit .Napoléon; mais il n'était pas en état de commander cinq cents tioinmes. >> — O'Meara {Xnpoléon dans l'exil, I, p. 380). — Sur Berthier voir encore : Ci^npval Lfjeune (éd. Didot), II, Iti3-IG8; — Marmont, Mémoires, I, l.'iO; — Général de Fezensac, Souvenirs midlairrs, 'l-i'-22'.t; — Général Mathieu- Dumas, J'réciê, etc., IV, 344; — Général Thiébault, Mémoires, III, 322 et II. Tl'. : — Las Cases, Mémorial de Suitilr-Héléne. l, 412 à 414, etc.. etc.
226 LA PRE.MIKRE INVASION I)K I.A lUOLGIQUE
niimitioux, sans aurune largeur do vues, habitué à uaiiir (juc dans corlaines condilions liion arrotéos d'avance, il poussa à son tour les hauts cris en constatant qu'il n'avait point tous les adjoints jugés indispensables au fonctionnement régulier et normal de son service. En exprimant ses plaintes à Luckner, il parlait à un converti ; aussi obtint-il immédiatement l'autorisation d'adresser directement au ministre la lettre suivante, qui, tout en étant la répétition des précédentes, doit être citée ici comme un document particulièrement intéressant :
Valenciennes, le i juin.
« Monsieur,
« Cont'ormémeut aux urih'os du Hoi, jt' me suis rendu ici, et d'après ceux que m'a doiuiés M. le maréchal Luckner je me trouve chargé en chef des détails de l'état-major de l'armée (ju'il connnande. . .
« Je ne suis pas découragé, Monsieur, i)arce que les difficultés redoublent mon énergie, mais je suis véritablement effrayé de l'état oîi j'ai trouvé l'armée de M. le maréchal de Luckner. J'ai trouvé un état-major nul, et quand vous vous rapi)elleroz. Monsieur, les détails attribués par le règlement du service en campagne au chef de l'état-major, vous douterez que je puisse, avec tout le zèle possible, monter sans moyens un service qui réunit tous les détails de Tarmée, et je dois l'avouer, mes talents sont au-dessous des flovoirs d'une place qui rassemble les plus grandes difticullés même dans les armées les plus instruites et les plus disciplinées.
<( Vous verrez par les dispositions que je joins ici, flispositions de nécessité absolue, combien je dois être endiarrassé à la veille d'un iiii>u\(Mii('ut ijtic nous ne
I, AR.MKF, nu .\<.)KI> sors I.KS oRDUKS DE J,U(1v.\I':R 227
sunutu's pas eu vlal de jnin\ tant pour le désordre aflli<îeaiu (lui règne ici, que par le peu d'instruction Aq l'année. Vous verrez qu'il me faut 8 adjudants généraux et 1 \ adjoints. J'ai MM. Reauliarnais, Ciiancel qui a des ordres pour l'armée du Rhin et (|ui d'ailleurs n'est propre qu'à un genre de fonctions peu utile en ce moiuenl, d'IIédonville, Foissac (pii osl à Mauljenge, Duvignean qui est malade; poiii- adjoint, M. de l*<»nt ;i A'ice (du Pontavice).
u II résulte. Monsieur, que je dois monter le service le plus difficile avec 2 adjudants généraux et 1 adjoint, service dont la plus grande rigueur exige 8 adjudants généraux et 14 adjoints. Je n'ai pas entendu parler de MM. Beaurevoir et Berneron, non plus que de MM. Pillerie et Coulange, que je vous avais demandés pour adjoints.
<« Je vous envoie, Monsieni-, l'état de ce qui m'est nécessaire pour monter l'état-major de cette armée ; M. le Maréchal m'autorise à vous le demander en son nom, et, jusqu'au moment où j'aurai ce nombre d'officiers, je ne peux me charger de la responsabilité de chef de Fétat-major, fonctions qni réunissent celles du ci-devant maréchal général des logis, du majorgénéral de la cavalerie, de celui des dragons et de l'infanterie.
'< Rappelez-vous, Monsieur, que, si nous marchons le l), il n'existe pas d'état-major, et qu'indépendamment de l'armée il y a des corps campés ou détachés il Maubeuge, à Lille, ii Dunkerque, et que je suis chargé de tous les détails, ordres de service, marches, campements et distributions.
<< Jamais, Monsieur, je n'ai été dans une position aussi affligeante, et jamais, je vous le promets, je n'aurai plus de courage.
" Je pourrais entrerdans beaucoup d'autres détails
•228 LA PREMIERE INVASION DE LA RELOigrE
à VOUS artliger; quant ii moi, en vous parlant le langage de la vérité, je remplis un devoir d'oliliga lion.
« Vous avez, Monsieur, dans lintérioiir, do bons adjudants généraux que des considérations retiennent et qui devraient être ici : M. Amobère, qui vient d'être fait colonel; M. de Saint-Fief; M. de Vienssieux; 2 adjudants qui sont employésà Paris. Voilà, Monsieur, 5 officiers, dont au moins 3 devraient être en fonctions dans un moment d'une telle importance. C'est ici, Monsieur, qu'il faut de bons officiers et non des adjoints qui ne savent pas leur métier. Ordonnez qu'ils aillent à rinférioiu' et envoyez sur les frontières tous les adjudants généraux. Plus (pie personne je connais les considérations qui influencent les ministres, parce que j'ai été auprès d'eux et que je les en ai sans cesse prévenus.
« Je vous écris à la hâte, et je dois encore vous rappeler que la position <le cette armée, sous tous les rapports, mérite la plus sérieuse attention. S'il ne s'agissait que de se faire tuer, je ne vous parlerais pas ainsi, mais, je vous le répète, il y va du salut de la patrie et de la perte de notre liberté.
<' Le marcrhal de camp, « Chef de Vctat-major de l'année du yord,
« Alex. P)ERTniER. »
Cette situation fâcheuse de notre armée du Nord, Lnckner l'ignorait-il quand il avait accepté le commandement? il est permis d'en douter, car elle était générale sur nos frontières et trop connue au Ministère pour que le principal intéressé n'en fïit point informé. Le maréchal avait cependant quitté Dumouriez le 14 mai, l'assurant qu'il allait entamer sans délai les opérations. Or, on était au i""' juin, et non seulement
l'aumf.k du nord sors lks ordres de LUCKNER 229
il n'avait pas ouvort les hostilités, mais il ne paraissait tlisposé miUoiiient à les commencer. Il avait bien annoncé, le 28 mai', qu'il enverrait le lendemain son plan définitif d'offensive, toutefois, à cette date, il était encore si peu fixé sur la conduite ([u'il tiendrait enBolp(iue, qu'il faisait au ministre cet aveu singulier : « Je ne puis dire encore si j'agirai par ma droite ou })ar ma gauche. » Servan lui avait écrit que, dans l'impossibilité où Ton était, à Paris, de lui envoyer des renforts en hommes, il eût k laisser les places fortes sous la protection de leurs gardes nationales sédentaires et à retirer de ces places les 15.000 hommes, ou tout au moins grande partie des 15.000 qui v demeuraient inactifs •^. On avait même demandé à cet égard son avis au Comité des Fortifications, qui avait acquiescé à la proposition du ministre^. Cependant, le maréchal persistait dans ses doléances, dans sou inaction, trouvait maintenant uni' autre raison pour ne pas franchir la IVoutière. Il mettait aujourd'hui en avant, connue une condition ^ine qud non de son offensive, la réalisation du soulèvement révolntionnaire qu'on hù avait itromis en Belgique, et, après avoir fait parler i)ar Herthier du niodcentfîit que son arnire n était /j(/s en Hat de fairr'^ il écrivait directement au ministre dos phrases comme celles-ci, qui étaient bien significatives sur son peu de désir de marcher : <( Il est évident, Monsieur, que, si l'avenir ne doit rien changer à l'état de nos ennemis, vous })enserez qu'il n'est qu'une mesure sage, c'est d'at-
1. -Vrchivcs historiiincs ili; la Oiieiic. Arnit'i! du Nonl, mai I7!J"2. Luckiior à Servan, '^X mai, à dix heures du malin.