‹ La première invasion prussienne:Chapitre 15 sur 26 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

I. Investissement de Longvry. — La ville et ses fortifications en 1792. — La garnison. — Lavergne. — Sommation. — II. Bombardement. — Première démarche des corps administratifs. — Seconde démarche. — Conseil de défense. — Certificat donné au comitiandant par les officiers manicipaux.— Capitulation.— Sortie de la garnison. — III. Causes de la reddition. -^ Lâcheté des habitants. — Faiblesse de Lavergne. — Son châtiment. — Dévouement de Victoire Resnier à son mari.

I. Les premiers coups des envahisseurs devaient tomber sur Longwy*. C'était sur Longwy que marchait

' Voir sur le siège de Lon^y les documents du dépôt de la guerre ; les lettres et mémoires justificatifs du commandant Lavergne (lettre à Luckner, 25 août ; Monit, du 2 septembre ; autre lettre du 27 décembre) ; les pièces relatives à la capitulation dans le dossier de Lavergne (arch. nat., W, 341, dossier d40j; et parmi elles, le mémoire d^un témoin oculaire, p. 69; la Relation du siège par les corps administratifs; le rapport de Guadet sur la reddition (Jfo«iV. du 2 septembre); V Essai sur l'histoire de Longwy ^ par M. C***, Metz, 1829, p. 38-48 (l'auteur de cet ouvrage se nomme non pas Courtois, comme on le lit dans une note de Texemplaire de la Bibliothèque de Metz et dans le catalogue de la Bibliothèque nationale, mais Charles Claateaux) ; Minutoli, der Feldzug^ 98-101 ; Renouard, Qeseh, des franu Révolutions krieges, 1865, p. 128-131 ; Gebler, art. cité de la Milit, Zeitschrift autrichienne ; et surtout la Minerva d'Archenholz, 1792, p. 503-514, lettre d'un officier supérieur prussien qui assistait au siège. M. Dommanget a fait, le 22 septembre 1870, a la Société d'archéologie et d'histoire de Metz, pendant le siège de cette ville, devcmt le général Zentz et un certain nombre d'officiers et de soldats blessés, une conférence sur Longwy en 1792, qui fut publiée sur papier jaune par le Vœu national (21, 23 et 26 octobre 1870) ; ce n^est qu'une reproduction du travail de Clauteaux.

' Dès le 15 août, l'Assemblée législative avait, sur la proposition

476 LA PBBMIÂRB INTASIGH FEUSSODCav

loute Tarmée de Bruoswick qui venait de péoétrer le territoire français entre la Moselle et la Chîers. Cétaît sur Longwy que se dirigeait Clerfaytr qui renail des Pays-Bas autrichiens, par Saint-Hubert^ Neofebâteau et Arlon, se joindre aux Prussiens et fonner une de leurs ailes. Peu à peu le cercle se rétrécissait autour de la petite forteresse. Pendant que ravant-earde de liohenlohe s'établit à Grune et contient le détachement de Dcprez-Grassier qui campe à Fontoy, le reste des Prussiens se porte de Tiercelet sur Longwy et occupe la rive gauche de la Ghiers. La première ligne forme un corps d'observation entfe le village de Chénières et la ferme de Praucourt. La seconde ligne se poste à Cutiy et fait face à la forteresse. La brigade du prince de Bade se place entre Mexy et Larimont. Le 20 août, Clerfayt arrive à Gosnes, sur la rive droite de la Ghiers. LoDgwy était enveloppé de tous côtés, isolé de Parmée do Metz et de celle de Sedan, séparé violemment du reste de la France.

La position de cette ville est à la fois très pittoresque cl Irùrt propre à la défense. Située à l'extrémité d'un des ploteuux les plus élevés do la Lorraine, sur une sorte de promontoire soutenu par des rochers escarpés, la forteresse domiue la vallée de la Ghiers. De la haute tour carrée do l'église paroissiale qui s'élève sur la pièce d'Armes et se voit au loin à plusieurs lieues de distance, on découvre à la fois Arlon, Luxembourg et jusqu'aux collines de la Meuse, derrière lesquelles, à douze lieues de i^ougwy, se cache Verdun, cette autre sentinelle avancée de la Lorraine. Les approches de la forteresse sont défendues, au nord et à l'est, par des précipices; à l'ouest seulement elle se rehe au plateau dont elle forme lu pointe par une langue de terre fortifiée sur les plans de Vauban avant 1789, et de Ghasseloup- Laubat pendant et après la Révolution. En 1792, elle avait six demi-lunes; deux d'entre elles, l'une vers la ferme de la Golombe, à gauche de la porte de Bourgogne, l'autre à droite de la porte de France, étaient couvertes

do Merlin do Thionville, transféré à Melz le siège de rassemblée électorale qui devait d'abord se tenir à Longwy.

LONQWY 177

par desluDetles; la sisième était remplacée par l'ouvrage à cornes de Saint-Marc. Le corps de la place formait un hexagone régulier, bastionné et entouré d'un large fossé. Il contenait des casernes ei des pavillons où 5,000 hommes d'infaDterie et 300 chevaux pouvaient se loger aisément, des corps de garde à l'abri de la bomhe, des poudrières et des magasins de fourrages, un grand arsenal, une boulangerie militaire casematée, trois vastes souterrains. La ville, resserrée dans ses fortifications, a l'aspect sévÈre et froid d'une place de guerre. Elle se compose presque entièrement d'une grande place carrée, la place d'Armes, que bordent des maisons symétriquement bâties ; à l'ouest, l'église qui date du xyii" siècle, et l'H 6 tel- de -Vil le aux entresols voûtés; au nord l'arsenal, à L'est la maison du commandant. Cette place est traversée par la rue principale qui s'étend entre les deux seules portes de la ville, celle de Bourgogne au nord, et celle de France an midi. Les autres rues, régulières et coupées à angles droits, sont parallèles à la rue principale ou la coupent transversalement; les maisons, aux toits d'ardoises, sont construites en pierres de taille, et leurs façades uniformes qu'on prendrait pour des remparts percés de fenêtres', répondent à ce sombre ensemble de poternes, de voûtes et d'ouvrages défensifs qui les entourent. A côté de ce que l'art militaire a créé de menaçant, se voit, comme par contraste, une nature aimable; de beaux tilleuls garnissent les remparts; sur l'escarpement de la colline et jusqu'à son sommet montent des jardins plantés d'arbres fruitiers; le chemin de la ville haute s'élève en zigzags au milieu de touffes de verdure; la ville basse, bâtie en amphithéâtre sur le versant inférieur de la montagne, s'étend jusqu'à la rive droite de la Chlers, en face de collines couvertes de grands bois, dans une fraîche et riante vallée, où des usines, entourées d'arbres, associent à ces beautés pittoresques le mouvement et le bruit de l'industrie.

Quoique surnommée la porte de fer de la France, la place n'avait pas, en 1792, une fortification suffisante pour arrêter longtemps les ennemis. Dès le mois de mai

■ Méiière?, Récils il Vintaiion, 2* édil., 1S8I, p. 196.

\7k :-à ;'P.lmie£E .'îstasiox ?au-5ii:^r::K

on ':onstatait la dé^rradation le ^es jUTraees Lfs ttiii^ rte rr»r«*ifïtnftnt »icrouié3 *;a piusienrE -fndraiîs. .e .ti^ i s^r. 'ift aoureaur remparts tennines d nioiiat. ji nraE fie .a riiaci» prMque eniièremeiit a iécûTiTierr. lEile rKaà. au Vrraoï^nage 'inaninie ^ies assiégés *si les a^BéssiBEfi. la .iiuation 'le Lorufrrr. Dès ia première amt m S'jrrsti«(^Kmf;nt. 'Ut ria Ileatenant prossieiu tu mnit ztl av«rr 'leii:^ liatailLons^ H sans conrzr on ^nmd <ia-mr '-.'iivancer ha rrliment jusqu'au point ju l'an 3Uvt» l'-^rcsn;iirr^ la troifur*me parallèle. Les officiers anxjoeis ai ronflait le «Tommandentent, éndgralent au dannaiai: leur 'lémission: Gaston avait f^tté la France: <^AiSksr. aMjiKiant-'^^néral 'le Tétat-major de Lafayette. était p«t en disant 'pie la place ne pourrait tenir et qu^îl bien fou (Vy rester; le martehai de camp avait a peine parenuru les remparts qu'il sollicifiut 51 ivippel (tn ajoutant qu'il ne voulait pas se dé^umorere: pf'i'dre an tin >our Le fruit de trente années de service^

ÏM ^«irniHon 'tumptait 2,596 hommes; eUe se coazpo- HHii. 'te (pielques hussards de Lauzun, du 34^ r^m'rni. An^r)iilAme), *tt de trois bataillons de volontaires. Il*, r 'liî 1.1 rv,ut-ii'()r, le :ï« et le i»* des Ardeones. Elle t-.utA. 'Vjmmjindiîe par an vieux soldat, attaché sincèrei:>iMit. ;iii:c pnnripiîS di; la R»îvoliition, Louis-Franoois Liivitr;?iirt - Cliiimpicirier. Capitaine au régimenû de l-:«jiiirr;/iie. r.av'*r;rne avait donné 5a démission avant IT-t'i, pour 7ivri^ 'lan.4 L*An;roamois, à Champlorier. au sii fa mille p'jMriérlait des torses importantes. Il comrriarid.i les gardes nationales de son canton et présida la ftôr.Hiliî (\r.H amiri de la constitution, puis reprit du servi '-/v fi f-lfiit lii-:iir>înant-«:olonei du 38" de ligne à Thionviilf! lorsque: Lijr.k.ner lui donna le commandement de f.'iriccN^y f-ri lui promettant le grade de maréchal de tftrnp.

r^aver^ii^: arriva le 13 août à son poste et débuta par

' \ i.-.t<)r (\ii UrùfrWf. h S«rvan. 22 mai 1792 ^arch. guerre).

^ MiiiiiUili, dxr FdHtug 101 ; Laver^De à Luckner, 25 août (arcfa. ^\\t^Tti') ; U^tHion^ 7 ; Alinerva, '.}\A * die gaoze Festung zerrûtiet iiii't f'ifnd •. f)'fiillc.iirH il f'M aisé de bombarder la place des haul'MirK voi<:iiif'A ; \('ii l/fitU'.rieB posUics sur le mont du Chat, à deux fiiillo \mfi, f«V1i^v(1nt au m'orne oiveou que les remparts.

• LONéWf ' ' ' 47Sf

un petit STTCcès. Le 20, le jour même où la place éidit investie, il commanda une sortie contre les chasseurs tyroliens qui s'avançaient jusqu'à Saint-Remy, les délogea d'un bois qu'ils occupaient et leur fit vingt-cinq prisonniers.

Le lendemain, à quatre heures de l'après-midi, parut un parlementaire autrichien. Il fut conduit à i'Hôtel-de- Ville où Lavergne avait réuni les principaux officiers de la garnison et les corps administratifs. Il remit une copie du manifeste de Brunswick, ainsi que deux sommations de rendre la place, Tune adressée au commandant de la garnison, l'autre à la municipalité de Longwy. La ville devait se rendre immédiatement et reconnaître l'autorité de Louis XVI.

Les forces de leurs Majestés Impériale et Royale étant employées uniquement à iséduire les rebelles à Taulorité légitime qu'ils ont méconnue^ leurs commandants rémellront à la disposition de Sa Majesté très chrétienne oii des personnes qui auront titre pour agir en son nom, tous les pays et villes quMls auront réduits, sans qu'aucune conquête soit faite ou conservée pour le compte de Leurs Majestés Impériale et Royale qui y ont expressément renoncé.

Lavergne répondit au parlementaire qu'il défendait la ville au nom de la nation souveraine, et ne la céderait qu'à la dernière extrémité. La lettre qu'il rédigea séance tenante pour le duc de Brunswick respirait l'indignation patriotique la plus sincère.

Nous, commandant des troupes de Sa Majesté dans la ville de Longwy et pays adjacent, et nous, maire, olficiers municipaux et notables de la même ville de Longwy, sensibles aux honnêtetés do Son Altesse le duc de Brunswick, n'en sommes pas moins étonnés du style de sa sommation, puisque combattant au nom du roi et de la nation française toujours souveraine, nous voyons cependant que c'est au nom d'un roi que nous avions jusqu'à présent jugé notre père, qu'on nous menace de toutes les rigueurs de la guerre. Mais fermes dans notre conscience, pleins de confiance dans la justice de notre cause, nous espérons repousser la force par la force ; rien ne peut étonner un Français que la crainte de la honte et de l'infamie, et vous jugerez à la manière de nous défendre que nous sommes dignes de toute votre estime.

Cette déclaration fut accueillie par des applaudissements. Les assistants, transportés d*enthousiasme, jurèrent de se défendre jusqu'à la mort, et sur la place d* Armes, les soldats, apprenant la réponse de Lavergne, poussèrent, à plusieurs reprises, des cris de joie et des bravos. Cependant une scène curieuse se passait dans THÔtel-de- Ville. On offrait des rafraîchissements au parlementaire et on buvait avec lui à la santé du roi de Prusse et de Brunswick. Mais lorsqu'il proposa de porter un toast à Louis XVI, Lavergne refusa de lui faire raison. Je ne bois pas, dit-il, à ce roi parjure qui fait la guerre à ses sujets, buvons à la santé de la nation; et, à son tour, le parlementaire but à la santé de la nation française *.

II. Dès qu*on sut au camp des alliés la résolution de Lavergne, on fit en toute hâte les préparatifs du bombardement. On ne voulait pas s'attarder devant cette bicoque, et il importait à la cause des alliés d'obtenir, dès leur entrée en France, un succès aussi prompt qu'éclatant

Dans la nuit du ^4 au 22 août, à la faveur d'épaisses ténèbres, Tempelhof établit la batterie de mortiers du capitaine Mauritius à une petite portée des remparts, sur le plateau de Romain. Il plaça derrière le village, près de la ferme de la Colombe, quatre mortiers de dix-huit, quatre autres encore non loin de Romain, et entre ces deux batteries deux qjjusiers de dix. Cette artillerie ouvrit le feu à onze heures et demie, mais elle le suspendit vers une heure, à cause de la pluie. Elle fit très peu de dégâts ; on avait mal calculé la direction des bombes dont la plupart dépassèrent la forteresse ou tombèrent dans la ville basse *.

Le 22 avril, de cinq à six heures du matin, le bombardement recommença. Tempelhof avait réuni tous ses mortiers sur le môme point, entre les deux chaussées de Piedmont et de Mont-Saint-Martin, au-dessus de Mexy et au bois du Chat. Trois cents bombes tombèrent dans Longwy ; elles étaient, dit Lavergne, portées comme

* Mém. de Lavergne, Monit, du 30 septembre.

* lUmin,, 151 ; Minerva, 1792, p. 508.

par la main; elles mirent le feu en plus de vingt endroits; un magasin de paille et de fascines fut eutièr<:-

Les artilleurs de la place s'efforçaient de répoudre au feu des assiégeants, mais ils manquaient d'expérience et tiraient à travers le brouillard. Les alliés avaient installé leurs batteries, l'une à neuf cents pas, l'autre à six cents pas de la forteresse; ils n'eurent qu'uu mort et trois blessés.

Lavergne se multipliait. On l'accusa plus tard de s'ôlre mis en sûreté pendant le bombardement; mais, tantôtà la maison commune où il donnait ses ordres, tantôt sur les remparts où il encourageait les artilleurs, il faisait son devoir de commandant. La garnison montrait autant de courage que son cbef. Trois canonniers déienus dans la prison de la ville écrivirent à Lavergne ce court billet : H Nous demandons notre élargissement pour aller combattre l'ennemi et aider nos camarades; après noire devoir tait, nous rentrerons en prison '. o

Mais la consternation régnait dans Longwy. Si l'incendie était éteint presque partout, les citernes s'épuisaient, ell'eau allait mauquer complètemeut. La plupart des maisons étaient endommagées, et plusieurs avaient reçu jusqu'à cinq et six bombes. Toutes les (enÈtres de la ville étaient brisées. Quelques personnes avaient péri dans les caves, car, dit naïvement un témoin oculaire, on vit bien en cette occasion que les bombes respectaient les braves gens ; il n'arrivait rien à ceux qui s'exposaient le plus ; tandis que les éclats de bombes allaient chercber jusque dans leur retraite honteuse les hommes pusillanimes et craintifs.

Le second bombardement n'avait duré qu'une heure. Les ennemis, écrit Lavergne, mettaient quelques intervalles, parce que, comme ils me l'ont dit depuis, ils comptaient sur si peu de résistance de notre part, qu'ils s'attendaient à cliaque instant à nous voir arborer 1 drapeau blanc. A dix heures du matin, un grand nombr d'habitants, suivis d'enfants et de femmes, sortirent des caves, ou, comme dit le témoin oculaire, de leurs trous,

■ Rapport de GUadel.

et se rendirent à l'Hôtel-de- Ville. Les membres dudisr trict et de la municipalité prièrent Lavergne d'avoir pitié de la population et de capituler. Mais Lavergne déclara qu'il s'ensevelirait sous les ruines de la place plutôt que de la rendre. Il ajouta que les femmes et les enfants devaient se munir de vivres et se cacher dans les casemates. Ënûn, sur de nouvelles supplications, il leur permit de sortir de la ville par une poterne. On vit alors, écrit un habitaat de Longwy, un spectacle vrai*ment digne d'intérêt; les parents et amis qui allaient se quitter, peut-être pour ne plus se revoir, se jetant dans les bras les uns des autres, s'adressaient les plus tristes adieux ^

Lavergne croyait que l'ennemi tenterait un assaut dans la journée ou dans la nuit. Il résolut de ne défendre que le corps de la place. Il fait reutrer les gardes extérieures, il assigne à chacun son poste, il met d*endroits en endroits des grenadiers chargés de précipiter l'assaillant dans les fossés, il dispose sur les remparts les piques et les hallebardes ; il touchait, dit-il, au dernier et au plus beau jour de sa vie.

Mais, à trois heures de l'après-midi, les membres de la municipalité revinrent à la charge, et conjurèrent Lavergne de cesser toute résistance; on n'avait, disaienlils, qu'une garnison insuffisante ; on ne pouvait espérer de secours, car des deux généraux qui commandaient l'armée, l'un, Lafayette, avait pris la fuite, et l'autre, Luckner, ne pouvait pénétrer*.

Cette nouvelle démarche des corps administratifs ébranla Lavergne. Il réunit aussitôt le conseil de défense, formé des officiers supérieurs de la garnison. Il exposa sa position et n'en déguisa pas l'extrémité ; la place était livrée à elle-même ; l'ennenii avait placé deux nouvelles batteries qui devaient jouer dans quelques heures; Longwy serait réduit en cendres le lendemain. On avait cru d'abord à la présence de <2 à 13,000 hommes ; mais il n'était plus douteux que 60,000 hommes au moins cam-

* [Clauteaux], Hist. de Longwy^ 46 ; cp. Lombard, Lettres, 299,

* « L'abominable émigration de M. de Lafayette ne contribua pas peu à me décider » (Lavergne à Luckner).

paient devant la place. Lavergoe croyait môme que les alliés donneraient Tassaut. Les officiers de la garnison et les corps administratifs étaient-ils résolus à soutenir rattaque? Pour lui, quoiqu'il n'eût jamais vu de siège, il avait la ferme volonté de faire son devoir jusqu'au bout et de vendre chèrement sa vie.

Après lui, les commandants du génie et de rartillerie alarmèrent qu'on ne possédait qu'un nombre insuffisant de piques et de fosils de rempart ; qu'un seul homme devait défendre cinq à six toises de terrain; qu'on avait pkis de canons que de canonniers ; que la plupart des pièces étaient hors d'état de faire le service.

Les administrateurs, plus effrayés que jamais, supplièrent Lavergne d'épargner à leur malheureuse ville les horreurs d'un nouveau bombardement ou d'un assaut. Les officiers supérieurs de la garnison se joignirent à eux et firent « les plus fortes représentations sur la grandeur et l'évidence du péril qui les menaçait ». Tous étaient d'avis qu*il fallait rendre la place. Un seul, le commandant du bataillon de la Gôte-d'Or, s'opposait à la capitulation. Lavergne hésitait encore. Enfin, les administrateurs déclarèrent qu'ils prenaient la responsabilité de la capitulation, et rédigèrent Tacte suivant :

Nous, administrateurs du district et officiers municipaux de la ville de Longwy, certifions et attestons, à tous ceux qui le présent verront, que M. Lavergne, commandant de cette place, n'a proposé la capitulation que sur la demande réitérée qui lui en a été faite par nous, au nom de tous les habitants et de l'avis du conseil de guerre, d'aprën la certitude que nous avions du bombardement et des préparatifs irrésistibles qui ont eu lieu de la part des ennemis ; nous ajouterons qu'il est impossible d*avoir mis plus d*ordre, d'activité et de surveillance à remplir les devoirs de la place de brave militaire et de bon citoyen.

Un officier de hussards se rendit sur-le-champ au quartier-général autrichien, à Gosnes, pour proposer une capitulation, mais, dit le témoin oculaire, le plus gros restait à faire :

C'était de disposer la brave garnison à accéder à cette capitulation. O mes concitoyens, ô mes frères, vous qui n'êtes

484 LA PRBMIÈRB INVASION PRUSSIBNNB

nullement instruits de ces détails, que n*étiez-Y0U8 présents comme moi au spectacle déchirant qui suivit ce oui fatal 1 Vous auriez vu ces guerriers se livrer à toute la rage du désespoir, les uus s'arrachant les dieveux et frappant les mun de leur tête, d'autres mordant avec fureur le canon de leurs fusils ; on en voyait se jeter à terre avec violence et s'y rouler, en Tarrosant de leurs larmes ; d'autres enfin courant dans les rues, comme des forcenés, sans savoir où. ils allaient. A ce premier mouvement de rage et de douleur succéda un abattement universel. On les fit rentrer dans leurs casernes.

Les courriers, ajoute le témoin oculaire, partirent donc pour le camp ennemi avec le drapeau blanc. Tous les vrais amis de la liberté et de Tégalité détournaient les yeux avec horreur de ce signe fatal, tandis que les aristocrates jouissaient d'avance on secret de leur triomphe. J'arrivai dans ce moment au corps de garde de la place et j'y attendis avec plusieurs de mes concitoyens le résultat de la négociation. Nous désirions, ou, pour mieux dire, plusieurs de nous désiraient que Brunswick n'y voulût point entrer. 11 est plus glorieux, ^^onsnous, de mourir que de vivre pour voir le lieu qui nous a vus naître au pouvoir des ennemis de la liberté et de l'égalité. Que ferons-nous désormais dans cette ville infortunée ? Lafayette abominable, scélérat, monstie vomi de l'enfer, pour dévorer le sein de sa patrie * et toi, Louis le traître, voilà une partie de vos exécrables projets accomplis. Vous nous avez vendus et livrés entre les mains de nos tyrans !

La capitulation fut signée le lendemain (23 août), après de vives discussions entre Glerfayt et Lavergne. Le commandant de Longwy demandait les honneurs de la guerre ; le feldzeugmestre voulait faire la garnison prisonnière ; enfin, on convint que les soldats, volontaires et troupes de lignes, auraient la faculté de se retirer où bon leur semblerait, mais, arrivés sur le glacis de la place, ils remettraient leurs armes et leurs drapeaux ; ils livreraient la caisse militaire qui renfermait 428,000 livres en numéraire et 2,350 en assignats; ils prenaient l'engage-

1 Tout Longwy partageait TiDjuste colère du témoin oculaire contre Lafayette ; le juge de paix Claude, ancien constituant, écrit au président de rassemblée (p. 48 du procès de Lavergne) que Lafayette a livré Longwy en faisant retirer son armée qui campait sous les murs de la ville. Le procureur-général syndic de la Moselle dit aussi que Lafayette avait livré Longwy à ses propres forces (p. 7}.

ment de ne plus servir contre les alliés pendant la durée de la guerre'.

Le 24 août, à sept heures du matin, la garnison de Longwysorlil de la ville. Elledéposa ses armes et rendit ses drapeaux. Le lieu tenant- colonel du 3^ bataillon des Ârdeunes était un vieux soldat qui comptait quarantecinq ans de services ; on le vit se jeter en pleurant sur l'étendard de son betaiUou; il Tallutlelul arracher'. Un des plus intimes confidents des princes, le marquis de Lamberl, assistait au défilé des troupes; on le prit, i cause de la ressemblance des noms, pour le prince de Lambesc, ce colonel de Royal-allemand, qui chargeait la foule le 12 juillet 1789 dans le jardin des Tuileries. Lambesc iui-méme, dit le témoin oculaire , l'infâme Lambesc, dont le nom seul rappelle un souvenir d'horreur, nous salua en souriant. ■

Ce chroniqueur anonyme du siège avait pris un sac el s'était mêlé aux volontaires, i Moq âme, dit-il dans la langue emphatique du temps, mais non sans une chaleur généreuse, mon âme ne peut se résoudre à se courber sous le joug avilissant de l'esclavage. Je quitte mon pera et ma mère sur le hord du tombeau, qui n'avaient que moi pour soutien et pour appui. Ah 1 que ne pouvais-jo les emporter avec moi, ces chers auteurs de mes jours 1 Heureusement ils ont de quoi vivre. Leurs remontrances et leurs larmes, jointes aux vives sollicitations de mes amis, rien ne peut m'arrôter. Je reviendrai, leur ai-je dit, quand vous serez libres ; je serai, j'espère, du nombre de ceux qui briseront vos fers; je fuis cette terre infortunée pour me réfugier au milieu des amis de l'égalité et de la liberté. Tant qu'il y aura un coin dans ma patrie sous leur empire, je m'y retirerai. liberté, Égalité, vous êtes mes seules idoles el je jure de ne brûler jamais d'encens que sur vos autels, persuadé qu'en sui- Tanl votre culte, j'aurai toutes les vertus de l'homme sociable ' ! >

' Capitulation du 23 bdOI (arch. guerre).

' Le 3* batiilloD iIgb Ardennog à l'Assemblée, itonil. i

plume, dil-il e ,

diiatmemeiit. J'ai ïu la gern „ ^..- „ .

tioQ qu'aient jamais éprouvée des cœuia frsnïaïs. Au milieu des no-

1Si> ;.A PRBMIÈRR INVASION PRUSSIENMS

1 Viuiani iiiie le l^ataillon autrichiea de Matthesen^ CQmr inan.lo :iar \t* ^-l'^ioncl Spiesrel. occupait La forteresse, et .\\\'\\n iuiiaillon prussiea de Wolframsdorf s'établissait d«n.<« îa ville basse, la garnison de Longwy s'éloignait .lan^ diverses lirections. les voloatalres par Marville, et lo :/' d*inianterie par Cm ne et Richemont. Le roi de l^iisse attendait j Mexy le passage des troupes de li^uo. Uïs omises ne purent di<sgiTnniar un sentiment de \\eT\é française en vo3'ant Tattitude martiale des caiionuiers \ Mais ;e U' attirait les regards. On comptait, dit un officier prussien, ipi'il donnerait des preuves ecUtantes ie royalisme, ipiïl prendrait la cocarde Ul^nohe, >iu il ^*rïerait rive ie roi. n passa dans le plus ^rand silence, avec un calme et un bon ordre qui frap- V^^rent d*èionnement les vainqueurs. Quelques pas plus loin, U*3;:ranil. iv^tlonel du régiment, se jetait dans la Ohi.Ts cM se noyai; *.

.,es allies irouverent .ians Longwy 74 canons, obusieis et mortiers, »,0ûO sacs de farine. 236 tonneaux de vin et des <ipprovisionnementâ considérables qu'ils se partatl<>ivT)t. Il restau encore assez de munitions pour défen- >lre ;«i pUice. durant plus^ieurs mois.

lil. un a *»uvent vîit .:[ue les émigrés hâtèrent la redditi.»» «le. I.«in^\vy par les inieiligences qu*ils avaient dans Ui p. a ce. (hetiie raconte •{u':l dîna chez un hôtelier qui

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, l'.^>r.tivt's, vies Français, .ies hommes libres, contenus par les i^îi' ♦• -î î'^ ,#« piacc, poseront leurs armes I O rrançsis, Français, ■o'. .M<- r-.»M<« tiius oour V «livrer cet outra:re sanirlaiU et exterminons

' M'»%i$. tU l(i.-,.i^f^ \^*'i^. n» ^î6, Souvenirs du comte de L**^

,'It'»iîMV).

• \JinMt'»li, Krt.'H^nini;en, et 'ier Fddzug. 100; J^Atiii., iSo ; ce (iiiioi'((* n i(*i' iiiiuns do bruit que cc'.ui de Beaurepaire, mais on ne fiAi! ^»(i{i ^'i' Il II îii^pirô {MF Irsi niâmes motifs. Lavergne se plaint très TivtMuent <1f> rp r->Uiiirl : • Furieux de ce que je commandais, il partit (>i) piicttv |i(i||r (Iriixiii'lor dr Iftire sortir son régiment. En vain je lui '1i< w ?iMi retoiir qu'il (Viiliiil n(>us rrunir pour le bien commun; il ne {.Mit 'iiu(>ror cpIa ; il iiN f*t pno do mauvais conseils, d'avis faux, d'io- 4MiM(iii(ii|ii tuirii(lo!« diuil îl IIP in'uit onlouré^ » Les administrateors de liiMU!\vY disput dnns la iiffittton du siège, 21-22, qu^ c il comptait PU* !•> roniiitRMilpmiMit (>t II voir doiiiu< sa parole d'honneur de rendre la pi(ii p «iHMs \\Tvt \\n prul coup do canun •, qu* « il se nova, désespéré çnu" ili'ule d'annr manqua fou coup ».

tenait M. de Bouille en grande estime et que des royalistes de la ville lui reprochèrent d'avoir fait des emplettes chez un mercier jacobin. Il y avait donc à Longwy, comme partout, à cette époque, deux partis, celui des a aristocrates » et celui des « patriotes ». Mais la majorité de la population avait accueilli le nouvel ordre de choses avec enthousiasme. Pendant la Révolution, la municipalité donna les preuves les plus évidentes de son civisme; elle jetait au feu, avant rentrée des Prussiens, le registre de ses délibérations. L'administration du district n'avait cessé de se plaindre de Tincurie du pouvoir exécutif, de la négligence des officiers du génie, de la faiblesse des ouvrages de défense. Les signataires de l'adresse qui fut présentée aux princes, avouent que la ville fut quelquefois égarée par la force et la surprise*.

Les habitants précipitèrent la capitulation, non point parce qu'ils étaient royalistes, mais parce qu'ils avaient peur d'un troisième et plus horrible bombardement, qui ferait im monceau de ruines de leur cité. L'égoïsme, dit Lombard, l'emporta chez eux sur le patriotisme ; ils aimaient la Révolution, mais ils refusaient de lui sacrifier tout leur avoir : ils forcèrent la garnison à capituler *.

Ils étaient coupables ; ils avaient violé l'article II de la loi du 26 juillet 4792 : les places de guerre étant la propriété de tout l'empire, dans aucun cas, les habitants ni lés corps administratifs ne pourront requérir un commandant de place de la rendre, sous peine d'être traités comme des révoltés et des traîtres à la patrie. Lorsque Guadet fit son rapport sur la reddition de Longwy, il insista sur la « lâcheté bien avérée, bien reconnue des habitants » ; il montra qu'ils avaient « consigné » cette lâcheté dans le certificat qu'ils avaient remis à Lavergne ; cette déclaration, disait le girondin, est le témoignage écrasant de leur manque de courage.

Mais le commandant de la place était plus coupable queleshabitants.il a tenté plus lard de se justifier. Mais dès le 25 août il s'était condamné lui-môme en

' Gœthe, i7-i9 ; Rapport du procureur-général syndic de la Moselle (arch. nat.. W, 341, duss. 640, p. 7). * Lombard, Lettres, 314-315.

488 LA PRBMIÂRB INVASION PRUSSIBNMB

écrivant à Luckner : c Je n*ai pas tenu, autant que vous rauriez désiré, autant que le bien de la patrie Texigeaiti Arrêté à l^improviste et pressé de questions, n*avouaii-E pas qu*il n'avait osé se présenter au maréchal parce qu'A rougissait d*avoir rendu une place remplie de provisions de toute espèce ? Avait-il observé la loi du 26 juillet 479S qui défendait à tout commandant de capituler avant qu'il y eût brèche accessible et praticable au corps dek place * ?

Il expia cruellement sa faute. Le malheureux croyait qu'on Toublierait dans le tumulte de l'invasion. « Je me retire chez moi, écrivait- il à Luckner, en vous souhaitant un plus heureux succès; avec de la patience, vous triompherez. » Mais déjà Servan avait ordonné au maréchal de former une cour martiale qui jugerait sur-Jechamp le commandant de Longwy et de rinstniire des poursuites, courrier par courrier, pour que la France connût la punition presque aussitôt que le crime, Lavergne regagnait i'Angoumois en chaise de poste lorsqu'il fut arrêté dans la Haute-Marne, à Bourmont, par un détachement du l^** régiment d'artillerie qui se rendait à Melz. On trouva dans sa voiture 23,000 francs en numéraire et 10,000 francs en assignats. Cette somme considérable excita les soupçons. On crut qu'il avait vendu Longwy aux alliés, et, au mois de novembre, la trésorerie l'accusa d'avoir soustrait sur les fonds destinés aux besoins de la place une somme de 35,000 francs dont l'emploi demeurait inconnu. Lavergne s'était-il approprié une partie de la caisse militaire? Il a toujours nièce vol, et la trésorerie ne l'a pas prouvé. On sait qu'il était riche et tirait de gros revenus de ses forges de la Charente.

Quoi qu'il en soit, le directoire du district de Bourmont et le conseil général de la Haute-Marne approuvèrent l'arrestation de Lavergne et l'Assemblée législative ordonna sa mise en jugement. Il fut enfermé dans la

^ Il mentait évidemment, lorsqu'il déclarait devant les commissaires du district de Bourmont que ce décret ne lui était pas officiellement parvenu et que, pendant les quinze jours qui précédaient la capitulation, il n'avait eu aucune nouvelle de France (pièce 13 du procès).

citadelle de Langres et jugé, le 15 octobre, à Troyes, par une cour martiale. On n'avait produit aucune pièce, ni fait venir aucun témoin ; le jury déclara qu'en l'absence de preuves matérielles contre l'accusé, il ne pouvait prononcer. Lavergne retourna dans sa prison de Langres. Il y devint malade, une fièvre lente le consumait et son corps se couvrait d'ulcères. Il demanda de nouveaux juges. Mais le ministre de la guerre et le ministre de la justice se renvoyaient l'un à l'autre la procédure. Lavergne étant accusé à la fois de trahison et de détournement, d'un délit militaire et d'un délit commun, fallait-il le traduire de nouveau devant une cour martiale ou le faire comparaître devant les juges ordinaires ? La Convention devait trancher le débat ; elle décida, le 24 février 4793, que Lavergne resterait à Langres tant qu'on n'aurait pas fait un rapport général sur la reddition de Longwy.

Lavergne avait des amis chauds et puissants qui plaidaient sa cause et sollicitaient sa liberté. Le commandant et le conseil général de Thionville attestaient que Longwy ne pouvait être défendu par un meilleur patriote et un homme plus courageux. Les officiers du 58® régiment affirmaient son civisme ; les sous-officiers et les soldats demandaient qu'on leur rendit leur lieutenant-colonel. Les (( Amis de la liberté et de l'égalité » d'Angoulôme écrivaient à la Convention en faveur de leur compatriote, « s'il eût été un traître nous vous aurions demandé sa mort. Il est innocent et justifié, pourquoi prolonger plus longtemps les tourments d'une détention déjà trop longue ?» La jeune femme de Lavergne, Victoire Resnier, avait fait les plus généreux efforts pour délivrer son mari. Elle était venue à Paris et avait vu le ministre de la guerre ; elle s'était présentée, accompagnée de son père, au club des Jacobins ; elle se serait même présentée à la barre de la Convention si elle n'avait craint d'élre mise en pièces par le public des tribunes, non pas qu'elle eût peur de mourir, écrivait-elle au président de l'Assemblée, mais je ne pouvais me faire à la pensée déchirante de laisser mon infortuné mari dans les fers et un enfant à la mamelle. Elle voulait partager le cachot de Lavergne, si étroit

qu'il fût et s'y loger en sa compagnie le reste de ses jours. Elle fit insérer au Moniteur un mémoire just^ catif qui remplissait deux pages du journal ^

Lavergne vivait donc oublié à Langres, lorsqu*il mA la pensée de se rendre à Tarmée des I^rénées-Orientales, pour y gagner son pardon à la pointe de Tépée. li annonça, son dessein à Barëre et à Robespierre. Arrêté, dès les premiers pas, à Pont-sur-Rhône, tradiiit devul le tribunal révolutionnaire, il essaya de toucher Fouquier-Tinville et Foucault en se représentant conunfl un précurseur de la Montagne, un homme du peopli^ une victime des fédéralistes et des traîtres, de Wimi^ et de Luckner qui l'avaient envoyé à Longwy pour priver la démocratie d'un de ses plus zélés partimn. Il fut condamné à mort comme auteur eu complet d'une conspiration qui avait pour but de livrer Longwy aux ennemis de la France.

A peine le jugement était-il rendu, qu'une femme cria dans la salle : a II faut un roi, oui, il faut un roi », et se tournant vers le tribunal : ce les bourreaux I les monstres I ils assassinent le monde : je veux aller à la guillotine avec mon mari ! » C'était la femme de Lavergne. Elle fui aussitôt arrêtée par les gendarmes et conduite devant les administrateurs de police. La douleur et la colère qui la transportaient d'abord, avaient fait place à une complète prostration. Elle répondit à toutes les questions qu'elle ne savait rien. Pourquoi avez-vous été arrêtée ? — Je n'en sais rien. — Les gendarmes disent que vous demandez un roi. — Je n'en sais rien. — Dumas l'interrogea de nouveau avant le jugement. Il faut un roi, répondit-elle, je le répéterai et le soutiendrai jusqu'à ce que je n'ai plus de langue. Fouquier rédigea séance tenante l'acte d'accusation. Il déclara qu'elle avait « conspiré contre le peuple français en provoquant le rétablissement de la royauté et en voulant exciter à la guerre civile contre les citoyens ». Lès mêmes juges condamnèrent Lavergne et sa femme. Mais Victoire Resnier avait rejoint son mari, et le lendemain, dans la cha-

» Journal des Jacobins^ il octobre (séance du 9), et Moniteur du 30 septembre, pièces diverses du procès de Lavergne.

relie, pendant que Lavergne gisait sur la paille, évanoui et pres(iue inanimé, elle lui donnait ses derniers soins. La chemise du malheureux s'était entr*ouverte et laissait sa poitrine exposée au soleil ; M"^^ Lavergne pria le bourreau de prendre une épingle de son fichu et de rattacher à la chemise de son marL Le peuple criait qu'elle n'avait pas mérité la mort. « Mes amis, dit-elle, c'est ma faute, j'ai voulu mourir avec mon mari. » Lavergne,. revenant à lui, la regardait avec angoisse. « Ne t'alarme pas, lui dit-elle. Je m'iiurais pu vivre sans toi, nous allons mourir ensemble ». Le souvenir de cette vaillante femme protégera la mémoire du commandant de Longwy ; l'héroïsme de Victoire Resnier a couvert et racheté la faiblesse de Lavergne ' .

' * Arcè. natfonaies, W. 341, dossiers 640 et 643, pièces diverses ; ep. WaUoii, IRst, du trih. réwh^ III, 88-98 ; Campardon, HùU du trtb. HmL, fMS, I, 379-384^

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