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CHAPITRE IV

FONTOY

I. Marche des Prussiens. — Coblenz, Trêves, Montfort. — La frontière

franchie à Redange. — La première nuit sur le sol français. — Sac de

Tiercelet et de Brehain. — Pillages et réquisitions. — Enlèvement de

troupeaux. — Traites sur Louis XVL — II. Succès des Prussiens. —

Prise de Sierck, de Rodemaker et d'Ottange. — Combat de Fontoy. —

Les hussards de Wolfradt. — III. Irritation et résistance des paysans.

— Le curé d'Auraetz. — Méfiance des Prussiens. — Courage de nos sol

dats à Sierck et à Fontoy. — Inquiétudes de Brunswick. — Les deux

lettres de Oorani. — Lettre de Hohenlohe à Luckner et son entrevue

avec Déprez- Crassier.

I. A la fin du mois de juin, l'armée prussienne s'était ébranlée vers le Rhin, en cinq colonnes : la première colonne ^régiments westphaliens ) , par Mûhlheim, KÔnlgswinter et Neuwied; la deuxième, par Golha, Nordheim, Gassel et Marbourg; la troisième, qui se réunit à Halle, par Mersebourg, Erfurt et Eisenach ; la quatrième, composée de troupes de la Basse-Silésie, par Dresde, Ghemnitz, Zwickau, Saalfeld et Gelnhausen; la cinquième, formée de régiments de la Haute-Silésie, par Prague, Wùrzbourg, Stockstadt, Wiesbaden et Nassau. Goblenz était le rendez-vous de l'invasion. Toute Tarmée s'y rassembla le ^ 9 juillet; les émigrés avaient reculé dans le Hundsrtick pour lui faire place; elle campa sur la rive gauche de la Moselle, à Rûbenach.

On avait fait gaiement cette longue marche de vingt jours. Du fond de la Prusse jusqu'à Goblenz, dit un

témoin oculaire, on n'entendait que rires et joyeuses chansons, on souliaitait de vivre toujours ainsi. Les officiers du régiment de Weimar ne s'étaient jamais mieux divertis. Que d'aventures curieuses, au sortir de la vie monotone de garnison! Quel plaisir d'aller de Tavant et de voir du pays! Que n'avait-on pas à raconter! Que de plaisanteries sur les bons et les mauvais gîtes, sur les hôtes, tantôt grossiers, tantôt froidement polis, tantôt aimables et complaisants, sur les couvents de nonnes si nombreux en Westphalie, sur les curés et les chanoines des électorats, sur les jolies femmes qu'on avait rencontrées, sur les voitures versées, les roues brisées et les mille Incidents de ce voyage à petites journées à travers l'Allemagne* !

Tout changea dès qu'on fut arrivé à Goblenz. Le roi passa des revues et donna des bals; mais son année manqua de vivres. Les fours de campagne qu'on <towt établir au pied de TEhreubreitstein, n'étaient pas encore arrivés; ils ne pouvaient précéder Favant-garde, dit ironiquement Massenbach, c'eût été offenser l'étiquette. Les boulangers firent défaut ; on croyait en trouver sur les bords du Rhin; personne ne se présenta. Ceux qu'on voulait engager se dérobèrent parce qu'ils craignaient d'être enrôlés dans Tarmée. Ilohenlohe dut acheter, de ses propres deniers, dans les villages des environs de Goblenz, le pain de son avant-garde *.

Enfin, le 30 juillet, après une semaine d'insupportable inaction, lorsque la boulangerie, installée tant bien que mal, eut cuit assez de pain pour neuf jours, l'armée quitta le camp de Rûbenach, en trois colonnes, et se dirigea sur Trêves. La marche fut pénible : on traversait, par un temps très chaud, sur la rive gauche de la Moselle, la région de TEifei, difficile, montueuse, pleine de ruisseaux et de défilés étroits. Les soldats changèrent plaisamment le nom du Martinsthal ou « Vallée de Mar* tin » en celui de Marterthal ou « Vallée du Martyre* ».

> Témoia oculaire, I, 92 ; Gœthe, Camp, de France, 20. « Masseobach, I, 29-30.

* Goethe. Camp, de France, 20 j Témoin oculaire, I, 92-95 : Laukhard, 111, 77.

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L*armée n'arriva que le 5 août à Trêves. Elle campa le lendemain à Pellingen, le front couvert par la Moselle et la Sarre, la droite appuyée au couvent de la Chartreuse, et la gauche à Gonsarbrûck. Elle resta sept jours dans ce eampem^it. Encore un nouveau solstice, disait Massenhaeh. Il fallait donner quelque repos aux troupes et surtout aux chevaux de Tartillerie et du train, réparer les désordres d'une marche commencée depuis six semaines, cuire de nouveau du pain pour neuf jours. Qu'une armée est une machine terriblement compliquée, s'écriait le secrétaire Lombard, et que de ressorts on doit faire jouer pour la mettre en mouvement! Peutêtre Brunswick voulait-il attendre l'impression que ferait sur la France la nouvelle de son approche ; il comptait encore sur la défection de Tarmée de ligne, et s'imaginait qu'elle viendrait à sa rencontre. On vit, en effet, le 40 août, entrer au camp de Pellingen quelques déserteurs de l'armée de Lafayette; ils contèrent faussement que les troupes de Sedan étaient dans la plus grande détresse et que la moitié des soldats attendaient l'arrivée des alliés pour se ranger sous leurs drapeaux. Mais, pendant ce temps, l'ardeur belliqueuse des Prussiens s'attiédissait; La chaleur était extrême ; les soldats buvaient avidement l'eau malsaine et sale de la Moselle où on lavait le linge de l'armée, et où les chevaux se baignaient tout le jour ; les maladies commençaient à sévir*-

Le 42 août,, l'armée prussienne quitta Gonsarbriick. Deux jours après elle campait à Monifort, petit village du pays de Luxembourg. Elle y fit une nouvelle halte qui dura jusqu'au 4 S août : Brunswick prenait ses dernières mesures pour assurer l'approvisionnement des troupes. C'est dans ce camp deMontfort qu'on apprit la journée du 10» août. A cette nouvelle, Frédéric -Guillaume déclara qu'il fallait marcher aussilôt sur Paris. Les émigrés, plus puissants que jamais sur l'esprit du monarque,, assurèrent que l'insurrection qui renversait la royauté, soulèverait l'horreur de toute la France ; que

» Mâssenbach, Mém,, I, 33 ; Lombard, Lettres, 247 et 247 ; Minuloli, Erinnerungen, 33; Témoin oculaire, I, 97-98.

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les forteresses se rendraient sans tirer un coup de canon ; que Texpédition ne devait être qu'un coup de main ; qu'il suffisait de courir avec impétuosité sur la 1 capitale sans se donner ni le temps, ni la peine de faire venir Tartillerie de siège. L'armée prussienne avait cm jusqu'alors que le manifeste de son général frapperait d'épouvante ceux qu'on appelait les patriotes et les rebelles; elle commençait à croire qu'il en serait de cette campagne comme des promenades militaires des années 4790 et 4794 en Silésie; un grand nombre de soldats étaient déjà fatigués et ne cachaient pas leur lassitude. Mais le 40 août changeait tout; les dés étaient jetés; il fallait envahir la France. Ah 1 les maudits chiens de patriotes, on les pendrait et les ferait mourir sous la roue I La vue des prisonniers que faisait l'avant-garde augmentait la colère et l'exaspération. C'étaient, pour la plupart, des jeunes gens, presque des enfants, à peine vêtus. Et l'on avait enduré les souffrances d'une longue marche pour venir combattre cette canaille I On n'avait pas encore franchi la frontière! On hésitait à charger ce ramas de misérables ! L'armée jura de ne pas faire de quartier et de tuer tout ce qui se présenterait *.

Ce fut le 19 août que les Prussiens entrèrent en France, près du village de Redange. Le moment critique, écrivait Fersen à Marie-Antoinette, est arrivé, et mon âme en frémit ; Dieu vous conserve tous, c'est mon unique vœu*. Mais déjà les éléments semblaient déclarer la guerre aux futurs sauveurs de la monarchie. Il faisait froid comme au mois de novembre ; le vent était âpre, le ciel sombre. Pendant que le roi et le duc de Brunswick opéraient leur première reconnaissance en pays ennemi et marquaient l'emplacement du camp entre Tiercelet et Brehain-la-Ville, l'armée s'arrêtait sur une hauteur. Bientôt la pluie tomba et, de plus en plus violente^ fouetta les visages de ses gouttes glacées. « Quel temps de mauvais augure! s'écrie un des témoins de la campagne. Les hussards, enveloppés de leurs manteaux

blancs, m'apparaissaient à travers la pluie comme des

* Minuloli, Erinnerungen^ 39 et der Feldzug, 79 ; Lombard, Lettres, 248 • Laukhard. III, 99 ; Renouard, 108.

^ Fersen, II, 338, 339, 343.

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ombres minces et flottantes. Partout où Ton voyait un saule, on se plaçait sous ses branches tremblantes pour n'y trouver qu'un faible abri contre lorage. » Les soldats furent mouillés jusqu'aux os, et, lorsqu'au bout de deux heures, vint l'ordre de se remettre en marche, ils étaient transis de froid. Ils se rendirent au camp à travers une boue aussi gluante que la colle ; aucun d'eux n'aurait pu charger son fusil et se défendre contre l'assaillant. Les bagages avaient été retardés par les mauvais chemins ; il fallut les attendre en plein air sous l'averse incessante. Les plus heureux étaient ceux que les officiers envoyaient dans les villages voisins chercher du bois et de la paille ; ils couraient de tous côtés et prenaient du mouvement pendant que leurs camarades recevaient la pluie sans bouger et maugréaient contre ce méchant pays de France. Enfin les tentes arrivèrent. C'était la première nuit que les Prussiens passaient sur le sol français; ils dormirent péniblement, les uns sur une paille humide, les autres dans la boue qui les couvrait de la tête aux pieds; il n'y avait pas, dit le prince royal, un seul endroit sec dans ce prétendu camp. Dès le lendemain, des soldats, pris de fièvre et incapables de marcher, se faisaient transporter à Thôpital *.

On se vengea de l'inclémence de la saison et des retards de l'inlendance sur les habitants du pays. Dès le soir du 49 août, sans l'intervention généreuse de Lombard et du prince royal, le régiment de Herzberg aurait saccagé le village de Tiercelet, et d'impudents pillards avaient tenté d'enlever les volets de la chambre où reposait Frédéric-Guillaume. Le lendemain, lorsque le roi de Prusse eut quitté le camp, les soldats, se croyant sûrs de l'impunité, envahirent Tiercelet et Bréhain-la-Ville. Leur rage était indescriptible; ils entrèrent dans les maisons, enfoncèrent toutes les portes, brisèrent tous les meubles. Rien ne leur échappa ; ils détruisirent ce qu'ils ne pouvaient emporter ; le sol .était jonché de plats de faïence mis en pièces, et d'assiettes cassées en mille

» Rémin., 149-1 5Ô; Témoin oculaire, I, 109; Laukhard, III, 106; 110-111 ; Sesnen und Bemerkunaen ans meinem FeldpredigerUheit 419^ (par un anonyme si lésion), 62 ; Strantz, 27.

morceaux. Les femmes et les vieillards se lamenlaieni vainement et jetaient des cris de douleur : • O moB Dieu! misère! misère I »; mais les soldats, ricanant et les traitant de patriotes, poursuivaient leur œuvre d0 pillage et de destruction ; les officiers les laissaient faire. Frédéric-Guillaume avait logé la veille dans la métairie de Bréhain-la-Gour et donné quelques écus à son hôte. On enleva l'argent du fermier, on lui ravit tout son linge, on massacra son troupeau — de quinze cents brebis et di cinq cents porcs, — on déshabilla et jeta à terre se» petits enfants, on prit jusqu*aux draps des berceaux. Ea une heure, de jolis villages n'étaient plus qu*uae affreuM solitude. Le roi fut irrité ; il donna les ordres les plus sévères; il commanda que les sentinelles fissent feu sur tout soldat qui violerait la uopriété de rhabitani; ii condamna deux des pillards^ être pendus; il cassa k colonel d'un des régiments qui s'étaient le plus signalés par leurs excès. Mais .le mal était fait ; on avait, écrit Lombard, couvert de honte le nom prussien et pris le bon moyen pour faire de la France un seul parti et soulever la nation entière contre l'envahisseur *.

Au bout de quelques jours, les déprédations, un instant interrompues, recommencèrent de plus belle. On fit en quelques endroits les exécutions militaires qu'annonçait le manifeste. On traita la France en pays conquis ; on prit aux paysans leur pain et leur bétail, on réquisitionna leurs voitures et leiirs chevaux. Lorsqu'ils osaient se plaindre, on leur donnait un bon au nom de Louis XVI qui devait payer lorsqu'il serait rétabli sur le trône, les dépenses de ses alliés *. Goethe raconte qu'il

» Strantz, 28 ; Témoin oculaire, I. 1H-H2, 114-115 ; Rémin., 150; Lombard, Lettres, 293-294; Laukhard, III, 107-111 ; Goethe, Camp, de France^ 14 ; Caraman à Breteuil {Fersen, II, 355).

* La formule de ces boos était curieuse ; voici celui que donna le duc de Brunswick aux habitants de Hans : c Le village de Hans en Champagne a livré pour l'armée prussienne 117 moutons dont S. M. le roi de France s'engage à payer la valeur, lorsque sa personne sacrée sera libérée et Tordre rétabli dans ses états ; en foi de quoi, je donne sous la garantie spéciale de S. M. prussienne, la présente quittance qui pourra être réalisée et échangée contre la valeur des susdites den> rées en temps et lieu. Hans en Champagne, le 29 septembre 1792. Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick- Lûneoourg >. J'ee-

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vit amener an camp prussien des bergers avec leurs troupeaux : on fit bonne mine à ces pauvres gens, on leur témoigna de grands égards, on leur demanda leurs noms, on compta leurs bètes avec soin^ puis, tandis qu'un officier leur off*rait très poliment une traite sur le roi de France, leurs moutons furent égorgés et répartis entre les régiments et les compagnies. Je ne vis jamais, dit Goethe, une scène plus cruelle ni une douleur plus mâle et plus profonde dans toutes ses nuances; la tragédie grecque ofi're seule des choses aussi simples et aussi saisissantes ^

IL Cependant les Prussiens franchissaient la frontière sur tous les points, entre la Moselle et la Gbiers, et refoulaient devant eux les détachements français. Pas un engagement, pas une légère escarmouche qui ne fût favorable à leurs armes. Partout se montrait la supériorité des troupes réglées, organisées puissamment et de longue date, fortes de leur discipline et de leur vieille renommée sur une armée jeune, prise au dépourvu et qye son chef, l'incapable Luckner, ne savait pas diriger. Le 41 août, un détachement de Tavant-garde de Holen-

père, disait Dumouriez à Servan, faire un jour acquitter cette quittance au roi de Prusse dans ses états de Clèves et de Gueldre. (Lettre du 2 octobre, Monit,^ du 5.) Le bon billet qu'a la commune de Hans ! disait le Patriote français (6 octobre).

1 Gœthe, Camp, de France^ 27; Lombard, Lettres^ 300; Témoin oculaire, I, 115. Cp. la Relation du siège de Longwy^ par les corps administratifs, p. 28-29. A Culry, un sieur Mangin fut tué par des bussards qui l'accusaient de vouloir les empoisonner ; un autre qu'on trouva revêtu de Phabit de garde national, fut pendu ; un troisième ^ui se disait patriote, fut assommé. A Beuveille, un détachement prussien massacra un citoyen réfugié derrière le four banal, et sans le curé qui se jeta aux genoux du commandant, le village eut été la proie de l'incendie. Trois femmes furent violées à Doncourt et une autre à Lexy. A Villerupt, la maison de l'administrateur du district Jeanjean fut pillée; à Tiercelet et à Aumetz, Petit, président du département, et Guissard, chef de la légion du district, prirent la fuite, et leurs têtes furent mises à prix. Trois maisons des environs de Longwy, Soxey, La Colombe et Bellevue furent ravagées et livrées aux flammes parce Qu'elles appartenaient à des jacobins. Tous les jours des habitants de la nanlieue de Longwy venaient se plaindre et gémir dans le cabinet du procureur- syndic du district, d'avoir reçu des coups de bâton ou de plat de sabre.

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lohe entrait dans la petite ville de Sierck, occupait le château, tuait ou blessait 2i Français, faisait 40 prisonniers et s'emparait d'un canon, d'un drapeau, de cent fusils et d'une grande quantité de poudre qu*il jetait dans la Moselle *. Le 15 août, un autre détachement pénétrait, sans coup férir, dans le château de Rodemack, évacué la veille, sur Tordre de Luckner, par le quatrième bataillon des volontaires de Seine-et-Oise. Le lendemain (16 août\ Hohenlohe paraissait devant le château d'Ottange que défendaient 600 Français. Il établit une batterie sur une hauteur en face de la forteresse. Au beat de quelques instants, la garnison se retira sur Fontoy; elle fut poursuivie dans la plaine par la cavalerie prussienne qui lui tua dix hommes et lui fit une trentaine de prisonniers *.

Le 19 août avait lieu le malheureux combat de Fontoy ou d'Aumetz. Fontoy est dans une gorge, sur la source principale de la Fensch. C'était là que campait Tavantgarde de l'armée de Luckner. Elle avait à sa tète un loyal soldat qui ne devait qu'à sa bravoure son grade de maréchal de camp : Deprez-Crassier, officier précieux, disait Luckuer, sous les rapports civils et militaires ^ Le maliu du 19 août Deprez-Crassier avait quitté FoQtoy, avec deux compagnies de grenadiers et ciuq escadrons, pour faire une reconnaissance et pré-

^ Jusqircn 1866 le château de Sierck était classé comme place forte et entrait dans le système defensif du pays : il fut a cette époque déclassé et vendu (de Bouteiller, Dicl, topogr, de la Moselle),

> Minutoli, der Feldzug, 73-81.

3 Luckner à Clavière, 22 août (arch. jruerre). Deprez-Crassier servait depuis 1745; il avait lait la guerre d'Italie au régiment suisse de Vigier, puis celle de sept uns au régiment de Royal Deux-Ponts et avait été blessé à Hossbach et à Sondershausen. Kéformé à la paix, avec ses cinq frères qui servaient dans la même brigade, il obtint le traitement de capitaine allemand réformé, comme originaire du pays de Vaud. En 1773 il fut nommé lieutenant-colonel. Il suivit Maillebois en Hollande d'abord comme colonel, puis comme adjudant-général. Député du bailliage de Gex aux États généraux, il appartint a la minorité de la noblesse et fut le premier à quitter la salle pour se réunir à la chambre des communes. Il avait repris du service et obtenu le grade de maréchal de camp en 1791 [Deprez- d'amer à la Convention^ 1793, p. 4-5). Lieutenant-général le 5 septembre 1792, il servit aux armées du Hbinet d'Italie, se retira en 1796 et mourut en 1803.

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server du pillage le Tlllage d'Aumelz menacé la veille par les hussards prussieDS. Il vint, dans le brouillard, se hcurler à l'avant-garde de Hohenlobe. Convaincu de la supériorité numérique de l'adversaire, il donna l'ordre de la retraite. Son infanterie avait une lieue de plaine à traverser ; mais sa marche fut couverte par la cavalerie ; elle eut le lenips de se retirer en bon ordre et de se jeter dans les bois. Les escadrons français prirent alors le galop; mais les hussards de Wolfradt les suivaient do près comme de « vrais diables n. C'était un des régiraenis les plus célèbres de l'armée prussienne. Ou l'avait surnommé le régiment des bouchers (Fleisch/tauer) ; ses bommes, originaires pour la plupart de la Haute-Silésie et de la partie polonaise de cette province, étaient de grands gaillards, hauts en couleur, rudes, incultes, qui cachaient parfois un bon cœur sous leur grossière écorce : un d'eux, après le combat, donnait à un de nos chasseurs qu'il avait blessé, son pain de munition et sa gourde d'eau-de-vie. Ces hussards de Wolfradt ou, comme on les appelait aussi, les hussards bruns âreat une charge si vigoureuse que la retraite des escadrons français se changea bientôt en déroute. Un grand nombre de nos cavaliers roulèrent avec leurs chevaux au fond des fossés dont la campagne était pleine ; les autres résistèrent avec acharnement; les hussards en tuèrent ou blessèrent près de deux cents, et ramenèrent quatre-vingts prisonniers'.

L'heureuse issue de ce combat de cavalerie excita l'enthousiasme de l'armée prussienne. Ces commencements, dit NassBU-Siegen, étaient faits pour donner de l'espérance. Le roi nomma le colonel Wolfradt généralmajor et donna l'ordre du mérite à plusieurs officiers de hussards. Personne ne douta plus du succès de l'expédition et d'une marche victorieuse, irrésistible sur Paris.

' Laclinot i Sorvaa 19 août (areb. pierre) j toncersotion de Depreî-CrasBiBf al de Hohenlobo ; MiniUoli, Erinneriiigeti, 49-50, et de Fildiug. 8i-86; (iœthe. Camp, dt France, 22-23; Lombard, Lttlrei, 20 août, 294 ; Feuillet de CoocIibb, VI, relation de Nesaau- Siegan, 340. Le Moiiiteur du 27 «o&t Ma dlie ^ la caTaleria pnuûenue «vait pris la fuite. '

1G6 LA PRmnÉRS INTASION PRtTSSUENNB

m. Pourtant quelques esprits perspicaces demeuraient inquiets. Tout ce qulls voyaient autour d'eux, depuis les premiers pas des Prussiens sur le territoire français, les remplissait de défiance. Il leur semblait que les alliés s'enfonçaient dans Tincertain et l'inconnu. Us comprenaient qu'on s'était fait illusion sur la situation de la France, sur les sentiments de sa population, sur la valeur de son armée. Toutes les personnes qui viennent du camp prussien, écrivait Fersen, ne parlent que des mauvaises dispositions du pays conquis. A Redange, au seuil même de la France, les habitants gardaient le silence sur le passage de renvabisseur. Plus loin, et à mesure que se répaiidait le bruit de leur approche, le$ Prussiens nç trouvaient dans les villages que les enfants et les femmes, des femmes, dit Lombard, qui cachaient par leurs larmes et une complaisance hypocrite les desseins secrets d^ leurs maris. Les hommes s'étaient enfuis; mais quelques-uns, embusqués dans les bois, massacraient les traînards et les soldats isolés. On a blessé, écrivait un Prussien, plusieurs de nos maraudeurs dans les buissons sans qu'on sût d'où partaient les coups. Il y eut dans certains villages des patriotes résolus qui tirèrent de leurs fenêtres sur les premiers Prussiens qui se présentaient. A Sierck, une femme, s'armant d'un fusil, avait tué un hussard qui voalait pénétrer dans sa cave. Lorsque les ennemis étaient entrés à Aumetz, le curé de l'endroit avait fait feu sur l'officier qui commandait le détachement et l'avait blessé à la joue. Les envahisseurs n'osaient passer la nuit dans les maisons qu'après les avoir fouillées du toit jusqu'au sous-sol, et ils y découvraient toujours de la poudre, des balles et des armes. Ils craignaient d'ôtre empoisonnés par l'habitant. Ils croyaient que les Français avaient infecté l'eau des puits et des fontaines. Le fusilier Laukhard, entrant dans une ferme avec ses camarades du régiment de Thadden, se vit ofi'rir une assiette de soupe ; il avait faim et mangea, mais ses compagnons n'osèrent l'imiter et lui dirent qu'il avait tprt de ce fier smx a patriotes ». Tout ce que nos hôtes nous donnaient, raconte Goethe, et jusqu'au pain que cuisaient ^os boulangeries, nous devenait suspect. Ces Français, s'écriait un

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secrétaire de Frédéric-Guillaume, ont vraiment un fol enthousiasme pour leur cause, et leur acharnement contre nous dépasse la mesure et les moyens permis ; ils sont prêts à suivre le premier qui leur jette à la tôte les mots de liberté et de despotisme * !

Quoique battus et mis en fuite dans les premières rencontres, nos soldats avaient lutté avec un courage et une opiniâtreté qui surprenaient les Prussiens. A Sierck, les uns s'étaient jetés dans des barques qui les avaient portés sur l'autre rive de la Moselle d'où ils tiraient encore sur l'ennemi ; les autres s'étaient défendus énergiquement dans les maisons ; les Prussiens durent enfoncer les portes de la ville. A Fontoy, les chasseurs à cheval s'étaient battus en désespérés. Comment! s'écriait un émigré, ces gueux-là osent se défendre I Vainement on leur offrait la vie sauve ; ils ne voulaient pas accepter de quartier et préféraient mourir en criant : t'. Vive la liberté I » Les prisonniers gardaient une fière attitude et ne s'étaient rendus qu'à l'extrémité, le corps tout couvert de blessures. L'un d'eux, la mâchoire en sang, disait au prince royal qui trouva ce bon mot très français : « Ils m'ont rasé d'un peu trop près. » L'habileté du chef égalait la bravoure des soldats. Les hussards prussiens, emportés par leur ardeur, s'étaient avancés en vue du camp de Fontoy ; mais un détachement d'infanterie, se jetant sur leurs flancs, avait menacé de leur couper la retraite, et les batteries du camp les avaient pris en écharpe ; un boulet atteignit le cheval de Hohenlohe et le prince n'osa suivre son avantage *.

Moins que jamais Brunswick se croyait assuré de la victoire. « Le baron de Salis, raconte Mallet du Pan, m'assura que lorsqu'on sut la prise de Sierck et quelques coups de fusil tirés des fenêtres sur les alliés,

* Lombard, Lettres^ 233 et 293-295 ; Réminiscences du prince roval,

149 ; lettre de Fersea à Breteuil, II, 365 : Dilfurth, die Hessen, 53 ; Minutoli, Erinnerungen, 53 ; Gœthe, Camp, de France, 40 ; Luukhard, III, 127-128; Strantz, 28. Ce dernier raconte qu'il trouva à Tiercelet tout un arsenal : fusils, tambours, drapeaux.

* Minutoli, Erinnerungen^ IX et 73, et der Feîdiug, 86-88 ; Rémin,^

150 ; rapport de Deprez-Crassier, 21 août (arch. guerre).

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le duc fut déconcerté et lui parla avec inquiétude de ces coups de fusil. M. de Salis lui dit qu'il suffisait de faire punir les tireurs et de raser leurs maisons. Mais le duc frappé, hésita sur Texemple : il n'en revenait pas ; il était absolument troublé * ». Deux lettres successives qu'il avait reçues de Gorani, l'aventurier italien, avaient fait sur son esprit une impression profonde. Ces deux lettres étaient écrites avec beaucoup de force et d'habileté; Brunswick les lut attentivement ; elles lui donnèrent à réfléchir et accrurent de plus en plus ses inquiétudes et ses secrètes répugnances pour la guerre *.

Dans sa première lettre, datée du 4 août, Gorani disait au duc qu'il ne pouvait regarder le souverain le plus éclairé de l'Allemagne comme Tauteur du manifeste. Les émigrés avaient donc égaré son jugement 1 Gomment s'étalt-il engagé dans une guerre à la fois injuste et impolitique ? Ne savait-il pas que le meilleur moyen de préserver l'Europe du mal français^ c'était d'abandonner les Français à eux-mêmes et de les laisser vider leur querelle entre eux? Le peuple, ajoutait Gorani, connaît désormais ses droits et sa force ; semblables aux Romains qui mettaient à l'enchère les champs où campait Annibal, les Français achetaient les biens nationaux même dans les provinces de l'Est. On ne ferait pas trembler Paris comme Berlin avec un petit corps de troupes comme celui de Hadik. L'armée prussienne ne pourrait subsister en France. Durant la guerre de Sept-Ans, elle n'avait rien à craindre des paysans allemands accoutumés depuis longtemps aux avanies et toujours effrayés par le bâton des soldats. Mais que ferait-elle contre les paysans français ? Supposons, continuait Gorani, que vous veniez à Paris; que de risques vous courrez au milieu de ce peuple enivré du fanatisme de la liberté ! Supposons même que vous soumettiez Paris; croyez-vous faire la contre-révolution? Vous enchaine-

» Mallet du Pan, Mém., l, 324.

> Cp. Témoin ocul., 1. 196, et II, 134 (cp. 138-162, trad. des lettres), et Massenbach, Mém,^ I, 236. Ces deux lettres ont paru dans le Moniteur du 21 et du 28 août ; mais Massenbach les a vues en original, il les publie en appendice (342-3o8j, et la lettre du 4 août renferme deux passages qu'on ne trouve pas au Moniteur.

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rez Paris, mais les départements vous prépareront des fers. Croyez-moi, concluait Gorani, renoncez à une entreprise qui n'est fondée que sur des renseignements infidèles et qui ressemble aux tentatives de don Quichotte.

Cette lettre prédisait à Brunswick que rentrée des Prussiens en France ne ferait que précipiter la déchéance de Louis ]^VI. Le second avertissement de Gorani était daté du H août: « Voilà donc, disait-il à Brunswick, l'effet qu'a produit voire manifeste 1 II n'y a plus de royalistes à Paris, ou s'il y en a, ils n'oseront se montrer. » Il engageait le duc à désavouer les outrageantes menaces qu'il avait prononcées. « Je vous le répète, monseigneur, on ne parle pas un tel langage à une nation de vingt-sept millions d'hommes. On serait tenté de croire, en vous entendant, que vous avez déjà gagné sept ou huit batailles. Un héros ne sait s'exprimer qu'avec dignité ; il doit éviter les fanfaronnades déshonorantes ; c'est une folie d'insulter une nation avant de ravoir vaincue, et une bassesse de l'insulter après. » Gorani terminait cette lettre en affirmant de nouveau que le duc était trompé par les émigrés, que l'entreprise dont il s'était chargé dépassait les forces humaines, qu'il portait à la royauté française le coup le plus mortel en croyant lui rendre service, et que loin de se couvrir de gloire, il perdrait dans cette guerre sa réputation.

Les prédictions de Gorani se réalisaient déjà. Vainement les Prussiens essayaient de mêler la politique aux armes et de mettre dans leur parti l'armée de ligne et ses généraux. Ils ne gagnaient personne à leur cause.

Deux jouis après le combat de Fontoy, Hohenlohe proposait à Luckner de se joindre à lui pour rendre à Couis XVI l'autorité royale *. La captivité du roi, écrivait-il au maréchal, le renversement absolu de l'ordre primitif essentiel, l'oubli de la religion, l'esprit de révolte et de séduction dans l'Europe entière, tout cela vient d'armer les plus grands souverains contre le gouvernement factieux de la France, et le roi, mon maitre,

* Hohenlohe à Luckner, 21 août (daté du camp de Crune) ; Luckner au ministre, 23 août (arch. guerre).

vole lui-même au secours de son frère opprimé. Que je serais heureux, ajoutait Hohenlohe, de combattre tes ennemis du véritable bonheur de la France, joint à vous ou même sous vos ordres I Luckner ne répondit pas et envoya la lettre du Prussien au ministre de la guerre.

Le même jour, Hohenlohe demandait un rendez-vous à Deprez-Grassier, sous prétexte de causer avec lui du traitement des prisonniers. La conférence eut lieu en avant de Fontoy, sur la route de Longwy. Deprez-<I!rassier était accompagné d'un aide de camp et de trois ordonnances ; ses troupes, postées sur le front du camp, assistaient de loin à l'entrevue, la première de ces esttrevues de généraux qui devaient être, dans cette campagne, plus nombreuses que les combats. Le premier officier que rencontra Deprez-Grassier fut le prince de Nassau-Siegen, qui lui parla de la journée du 40 août. Serait-il possible, dit Nasiâau, qu'un galant homme comme vous servit le roi Pétion ? Je ne sais rien officiellement, répliqua Deprez-Grassier, je suis soldat et je ne pense qu'à faire mon devoir, à servir la patrie libre et le roi. A cet instant, parut Hohenlohe, suivi d'une vingtaine d'officiers et de deux escadrons qui se rangèrent en bataille derrière lui.

Deprez-Grassier a reproduit son entretien avec Hohenlohe mot pour mot, dans un rapport qu'il envoyait le soir même à Luckner. Gette conversation, si fidèlement retracée qu'on croit l'entendre, est de l'histoire véritable et réellement vivante. On la reproduit ici, sans la résumer, dans son naturel et sa sincérité : elle peint mieux que le récit le plus étudié le monde militaire de la fin du xviii« siècle et surtout l'état d'esprit d'un grand nombre d'officiers français attachés, comme Deprez- Grassier, à la dynastie qu'ils servent depuis longtemps, mais comme lui, fermement résolus à refuser tout pacte avec l'étranger et à faire leur devoir de soldat.

Hohenlohe. Je souhaite, général, que nous fassions la guerre avec humanité.

Deprez-Crassier. Je le désire, car j'ai été indigné que l'on ait pillé et assassiné des citoyens paisibles.

HoRSMLORi. AflMMlBé! Kon pas. Ha «ni «se Itrer sur nous ; toat bourgeois qni porte les armes doit périr.

Deprez-O^assier. ITous les Français sont soldats ; mais les vieillards, les femmes, les enfants dolTent être respectés.

HOHENLOHE. Ils le seront ; le roi a déjà congédié un chef, et j'ai fait passer des soldats par les ▼erges ; h Ta^eair, ils seront punis de mort.

DEPBEz--CRàM»isti. Vofis B9i*a«torUies h m r^dre ^mpte à won généml ?

^OHRNLPW* Qui, . . Nous 8omm^ ici, général, pour rétablir Tordre et la paix dans le royaume, rendre au roi sa liberté et ^e^ droits, anéantir les factieux ; voyons, général, sojons amis, empêpbons TefTasloQ du sang, unissons-nous pour une cause aussi juste.

Deprez-Cr^ssibr. Prince> je yeux votre estime, je la mériterai toujours. J'ai déjà répondu à M. de Nassau ^ue je servais la France libre et le roi.

Ho^ENLOH£, Dites des factieux.

DEPaBZ-GBASSiEa. Un soldat a*en connaît point ; il n^ob^it qu'ans ordres de ses supérieurs légitimes* HoHBMLOHS. Vous Changerez.

Deprez-Grassiêr. Jamais.

HoHÉNLOHÈ. Un galant homme comme Totis doit aimer son roi.

Deprez-Crassier. Oui, le roi des Français libres.

Hohei^lohe. Soyons amis, général (il tend la main à Deprez-Crassier) .

Deprez-Crâssier. Je m'en ferai un honneur.

HoHENLOHE. Je VOUS promets d'avoir le plus grand foin de vos prisonniers.

Dsprbz-Crassier. Je vous donne m^ foi que les vôtres seront traités comme nos frères.

HOHENLOHE. J*ai donué quatre louis k votre officier (sans doute un officier français fait prisonnier dans le combat de Fontoy).

Deprez- Crassier. Je vous en suis infiniment obligé. Hecevez-les, prince, avec ma vive reconnaissance (il tire quatre louis de sa poche et les présente à Hohenlohe).

HoHBNLOHE. Jo QC les ai pas donnés pour qa*on me les rende.

Dèpréz-Crassisr. Vous ne veules pas humilier roffider qui les a reçus et moi qui dois vous les rendre4

I7< lA nnoAu tavàsam raossininB

Hobmulohk. Eh bien I todb les donnerec à no officier pnis- ■ien qna toos prendrez.-. Si l'on eût (ait la retnite d'Aamela qaelqneg minuiaa plus lard, je prenaîa Totre inlisterie.

Dkpbbs-Cbabsier. Il [allait le faire à tempe, dsnol im général comme tods.

HoBENLOHB. Qui commandait ?

' t Dbpbbz-Cri-Ssiek. Moi.

f IlOHSMLOHB. Vos troupes se sont bien conduites.

i DEPEBZ-CBAiisiEH. Nous ne sommes pas da m8me aTïs, et

■le brave maréchal qui me commande, m'a donné d'aalres

Itroapes.

UouSNLOiiB. Je demande, général, b Tona parler à part. (Depres-Crassier se place à droite du prince, en face du camp de Fonloj et lea deux généraux font quelques pas en avant.)

Dbprbz'Crassibh- Si tous le voulez, prince, je tous codduirai à mon camp.

HoHRNLOHB. Je le veux bien, si vons voulez joindre vos forces aux miennes, pour servir Totre roi avec moi. Ce n'est pas par indiBcrétion que j'avance ; c'est pour vous parler sans être entendu. . . J'ai ordre de tous ofCrîr rangs, honneur, forlune ni vous voulez tous unir Éi moi pour arracher le roi de «a prison.

Deprbz-Crassieh. Ne pourauiveï pas, prince, voua m'humiliez i Je ne recevrai jamais rien que de ma nation que je sers. Voua devez m'eslimer. Je ne serai jamais un traître.

HoHBNLOHB. Pleuve que je vous estime, c'est que je m'adresse ù Tous dlscTClement, pour vous faire connaître que votre bonne foi est abusée ; j'aurais pu. vous faire cette proposition par d'autres.

DrpkezCrassibr. Elle n'eût jamais été reçne.

HoHBNLOHE. Bucore une fois, ne refusez pas l'oUre que jo vous lais do la part d'un roi que vous aimeriez sûrement, si vous le connaissiez. [Après un instant de silence.) La eauche de votre position n'est pas bonne.

DapREZ-CRASSiËa, J'j ai paré et j'aurai plus de gloira b lu défeudro.

lloHRNLOHâ. Comment se porte M. de Lucknerf

Dbprbz-Cbaesier. Bien.

liOHENLOHs;. Le duc de Brunswick l'aime, il Tondrait le voir.

DBi'RBz-CHAssiBn. Dans trois heures mon général sera ici, ni TOUS levoulei.

FONTOY 473

HOHENLOHE. NoD, pas dans ce moment. (Deprez-Crassier tire sa montre.) Vous n*ayez pas dîné ?

Deprez-Crassier. Non, et je serai fort glorieux, si vous permettez que je vous invite.

HoHENLOHE (après avoir décliné l'invitation). Vous avez augmenté beaucoup vos forces cette nuit?

Deprez-Crassier. M. le maréchal pourvoit à tout.

HOHENLOHE. La grosso artillerie qui vous est arrivée a dû trouver des obstacles.

Deprez-Crassier. La nécessité sait les vaincre.

HoHENLOHE. Vous dvcz là de beaux hommes; de quels régiments sont-ils ?

Deprez- Crassier. Des cuirassiers, Chartres et Schomberg.

HoHENLOHE. Qucl cst le régiment le plus élevé en hommes * ?

Deprez-Crassieb. Les carabiniers.

HOHENLOHE. Je VOUS le répète, général, soyons amis, per>sez à ce que je vous ai dit.

Deprez-Crassier. Vous avez ma réponse, elle ne variera jamais.

HOHÈNLOHE. Quand vous aurez quelque chose à me mander, écrivez-moi, j'en userai de même. Adieu, général, dînez tranquillement, je vous promets de ne pas vous troubler. . . A propos, vous m'avez fait lâcher deux coups de canon, dont l'un a brisé ma botte et blessé mon chevaK

Deprez-Crassier. Nos artilleurs savent bien pointer.

HOHENLOHE. Je vcux VOUS voir partir, général.

Deprez-Crassier. Permettez que je reste, et je vous préviens *que je vais* rendre compte de votre conversation au général qui commande.

HOHENLOHE. A qui ?

Dêprez-Crassier. Au brave maréchal.

HOHENLOHE. Bicu dcs compliments de ma part *.

Après cet entreticD, on ne pouvait plus douter que l'armée de Melz se battrait aussi résolument que les chasseurs de Fonloy contre Tétranger qui prétendait

* Il demande évidemment dans quel régiment servent les hommes qui ont la taille la plus haute.

* Deprez-Crassier à Luckner, 21 août (arch. guerre).

474 Lk PREMIÀRB INVASION PRUSSIENNE

étouffer la Révolution et ramener Tancien régime. Je sers la nation, a^ait répondu Depre&Grassier à Hohenlohe, et un mois plus tard, Tarmée de Metz, dont il avait exprimé le sentiment, criait : « Vive la nation ! » devant les colonnes prussiennes qui n*osaient Tattaquer. Mais personne encore, même dans le camp français, ne prévoyait Valmy. Tout réussissait aux Prussiens ; le plan de Brunswick s*exécutait et les alliés venaient d^obtenir un nouveau succès qui avait une bien autre portée que le combat de Fontoy, parce qu*il donnait à Tenvahissear une des entrées principales de la France et jetait la consternation jusque dans Paris.

Deux jours après son entrevue avec Hobenlohe, Deprez-Crassler recevait du prince le billet suivant : « Je me bâte de vous donner des nouvelles que vous ignores. apparemment encore et qui pourront vous intéresser surtout après la conversation que nous eûmes ensemble. Longwy s'est rendu à discrétion bier au soir, vers les dix heures *. »

* Hohenlohe à Deprez-Crassier, 23 août (arch. guerre).

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