Ne cherchons point de vrais plaisirs sur la
1 complaisance.
2 n'en peut mettre dans tout un.
3 Rousseau ne devait pas avoir ce morceau sous les yeux, lorsqu'il a parlé, huit ou neuf ans plus tard (1769- 1770), de la première représentation (18 octobre 1752) du Devin à Fontainebleau. (Confessions, livre. VIII; Œuvres, édit. Hachette, t. VIII, p. 269.)
* n'empêchoient.
5 plus flatteur et plus délicieux.
^ je pis se répandre dans toute (A) gagner toute l'assemblée (B).
LES ÉBAUCHES
terre...» — Impr. par G. Streckeisen, p. 353, 354^ 5. — «En me disant, j'ai joui, je jouis encore^.» — Impr. ibid.^ p. 354. — Attribué à tort au Portrait^ par A. Jansen, p. 33. € 6. — (( Je crois voir les purs esprits, ministres du Très- Haut, ordonner tout à sa voix dans la nature, ^s'empresser d'accomplir ici-bas les lois de sa providence. Le monde intellectuel semble se rassembler autour de moi pour animer et peupler à mes yeux le monde sensible.»
7. — « L'or des genêts et la pourpre des bruyères*... Non, Salomon dans toute sa gloire ne fut pas vêtu comme l'un d'entre eux.»
^. 8. — (( Ils ont ^peur [de] mourir et s'ennuient de vivre. L'effroi de la mort ne les empêche pas de se plaindre de la vie, et le mal qu'ils n'en disent pas, on voit qu'ils le sentent par l'ennui de tout ce qui la rend agréable. »
V' 9. — « Un vide inexplicable, un certain élancement du cœur dans une autre sorte de jouissance dont je n'avois pas d'idée et dont pourtant je sentois le besoin*.»
10. — «Et c'est ainsi qu'Homère^, parlant d'un ornement d'ivoire teint en rouge, dit qu'il étoit souillé de teinture. »
1 p. 354, 1. 2 : «et le besoin, car ils n'y sont point», lisez: ou le besoin, car elles n'y sont pas.
2 Cf. Mon Portrait, ci-après, p. 272, n" 18: «Je jouis encore du plaisir qui n'est plus.» — Confessions, livre XI : « Sans cesse occupé de mon bonheur passé, je le rappelle et le rumine pour ainsi dire, au point d'en jouir derechef quand je veux. » Œuvres, t. IX, p. 3i.
3 et.
* Cf. lettre à M. de Malesherbes, 26 janvier 1762, Œuvres, t. X, p. 3o5; — J. Gaberel, Rousseau et les Genevois, i858, p. 16, 17. ^ l'effroi de la.
s Cf. ci-dessus p. 57, 126.
7 Iliade, IV, 141.
APPENDICE I
II. (( Pour moi, je croirois au contraire...» — Impr. par G. Streckeisen, p. 354.
Par la place qu'occupent ces treize morceaux dans le ms. 7843, on peut conjecturer qu'ils datent de mars 1761 à avril 1762, ce que le n° 7 paraît confirmer.
^Ne connoîtrons-nous jamais l'homme? Jusqu'ici nul mortel n'a connu que lui-même, si ^toutefois quelqu'un s'est bien connu lui-même, et ce n'est pas assez pour ^juger "ni de son espèce ni du rang qu'on y tient dans l'ordre moral. Ilfaudroit ^connoître, outre soi, du moins un de ses semblables, afin de démêler dans son propre cœur ce qui est de^ l'espèce et ce qui est de l'individu. Beaucoup ^d'hommes, il est vrai, pensent en connoître d'autres, mais ils se trompent. Du moins j'ai lieu d'en ^penser^ ainsi par les jugemens qu'on a portés sur mon compte : car de tous ces jugemens divers, quoique portés par des gens de beaucoup d'esprit, je sais en ma conscience qu'il n'y en a pas un seuP^ qui soit exactement juste et conforme à la vérité.
1 Cf. p. I, 2. — Bibl. de Neuchâtel, ms. 7843, fol. 140. — Impr. par G. Streckeisen, p. 355, 356, et reprod, par M. Schinz, article cité, p. 281.
2 mê[me].
3 connoître ni son espèce ni la place qu'on.
4 juger de son espèce et du rang. Streckeisen. ^ du moins.
6 dans l'espèce et ce qui est dans l'individu. Schin^.
7 de gens.
^ juger.
9 passer. Schin:^.
conforme.
LES ÉBAUCHES
^J'ai remarqué souvent dans le cours de ma vie que, même parmi ceux qui se piquoient le plus de connoître les hommes, chacun ne connoît guère que soi, et que, sans dépasser presque cette règle, on juge toujours du cœur d'autrui par le sien. Je veux tâcher de faire qu'on puisse avoir du moins une pièce de comparaison, que chacun puisse connoître soi et un autre, et cet autre, ce sera moi. Si je réussis, j'aurai fait^... et cette étude me paroît [plus]... et plus sûre que de chercher toujours dans son propre... [Ce principe sera de toutes les manières]...
Au lieu de juger des autres par soi, il faudroit peutêtre juger de soi par les autres, mais sans s'arrêter à l'apparence : il faudroit pour cela lire dans leur cœur comme on croit lire dans le sien. Mais voilà précisément où nous attend la double illusion [fol. lo v^]
1 Cf. p. I, 2. — Bibl. de Genève, ms. fr. 229, t. II, fol. i et 10 v°. Le fol. I (collé à l'intérieur du premier plat) comprend le § i, d'abord écrit au crayon, puis repassé à l'encre, et le début du § 2, qui se termine au fol. 10 V». — Impr. dans le Supplément au Journal de Genève du 23 avril iSgS, par M. Valentin Grandjean, qui a laissé de côté le § 2, supprimé dans le § i la phrase « qu'on puisse avoir du moins une pièce de comparaison», et omis au § 4 le mot « pourtant. »
^ Dans l'a phrase qui suit, il existe des lacunes, dues, selon toute apparence, à ce que Rousseau n'a pu déchiffrer ses propres notes, en partie illisibles. Le texte repassé à l'encre se présente ainsi (je mets entre crochets, ici et à la fin du § i, ceux des mots au crayon qu'on arrive tant bien que mal à deviner) : « j'aurai fait [peut-être une chose belle, utile,]... des philosophes, [sinon]... grand pas [à se connoître, il apprendra] du moins et le (lisez : à se) comparer. » — M. Grandjean a, de son chef, abrégé et modifié cette phrase, en imprimant : « j'aurai fait faire du moins un grand pas aux philosophes. »
APPENDICE I
de Tamour propre, soit en prêtant à ceux que nous jugeons les ^motifs qui nous auroient fait agir^ à leur place, soit dans cette supposition même en nous trompant sur ^nos propres motifs.
*Pour parvenir donc à se bien connoître, la règle ou la preuve est de bien connoître un autre que soi, sans quoi l'on ne sera jamais sûr de n'être pas dans l'erreur.
Chacun croit pourtant se connoître, et son propre individu est ^souvent celui qu'il connoît le moins. Si j'étois à la place d'un tel, dit-on, je ferois*^ autrement qu'il ne fait. On se trompe souvent : si l'on étoit à sa place^ on feroit tout comme lui.
IIP.
^J'écris la vie d'un homme qui n'est plus, mais que j'ai bien connu, ^qu'âme vivante n'a connu que moi
1 mêmes.
2 nous-même[s],
3 les motifs que nous.
* Ainsi peut-être il n'y a d'autre moyen (A) — ^'il y a donc quelque moyen de parvenir à se bien connoître, c'est de commencer par connoître quelqu'un qui n'est pas soi (B). — on ne peut jamais s'assurer qu[e] (C) — Soit qu'il y ait ou non désir de se bien connoître, il faut toujours commencer par connoître quelqu'un qui n'est pas soi, sans quoi (D) — Ainsi dans toute supposition (E).
5 presq[ue].
6 d'un tel, je dirais ou ferais autrement. Grandjean.
7 Les fragments III-XI font partie, à la Bibl. de Neuchâtel, du dossier ms. 7871. Ils sont écrits sur neuf petits feuillets, ou morceaux de papier, dont les dimensions varient en hauteur de 25-20 à 182-185 millim., et en largeur de 68-90 à 189-190 millim. Le verso des n"^ III, VI, VIII-X est blanc.
s Impr. par A. Jansen {Recherches, p. 33), qui a attribué ce fragment a Mon Portrait. Il est plus naturel, vu le contexte («J'écris la vie... Lisez cet ouvrage »), de le placer parmi les ébauches de l'introduction aux Confessions.
^ que personne au monde n'a connu (A) ne connoît (B) que moi.
LES ÉBAUCHES
€t qui ^mérita de l'être. Cet homme c'est moi-même. ^Lecteurs, lisez attentivement cet ouvrage, car bien ou mal fait, il est unique en son espèce^. La condition qui peut le rendre tel...
*Je coûtai la vie à la meilleure des mères. ^Ma naissance fut ^ma première^ infortune^.
^La circonférence du ciel que je voyois autour de moi m'avoit fait imaginer le globe du monde creux, et les hommes vivant dans le centre. ^^Pour me désabuser,
1 vaut la peine de.
2 Je ne décide pas si cet ouvrage est bieln].
3 et le sera probablement tant qu'il (A) toujours (B) autant que durera le genre humain (C).
* Cf. p. 14. — Impr. par A. Jansen, Recherches, p. 40, et reproduit par M. Schinz, p. 262, note.
5 et ma.
6 à tous égards la.
7 ma meilleure infortune. Schin^.
8 Au verso, une adresse de lettre : A Monlsieur] Monsieur Rouss[eaii]y citoyen de Genève, à Montmoran[cy].
9 Impr. par A. Jansen, J.-J. Rousseau als Botaniker, i885, p. 274-275, {avec quelques fautes de lecture ou d'impression, qu'il est inutile de relever ici, non plus que celles qui concernent les n°' VIII-XI ci-après); puis par M. Eugène Ritter, Revue internationale de l'enseignement, 1891, p. 328-329; La famille et la jeunesse de J-J. Rousseau, 1896, p. 149i5o.
^0 Pour me désabuser, il fallut planter (A) Mon père s'avisa de planter des épingles dans une boule de tripoli pour me représenter la situation des hommes (B) Villes (C) s'avisa de me représenter... en plantant des épingles (D).
APPENDICE
mon père s'avisa de planter des épingles dans une^ boule de tripoli. Il m'en coûta beaucoup pour ^imaginer des hommes sur la surface du globe 2; quand ce vint à l'explication des Antipodes, ^ces gens que je voyois la tête en bas ne ^pouvoient s'arranger dans la mienne, et ^le système de Copernic me faisant prendre le soleil pour le haut de l'Univers, je ne pus jamais bien comprendre pourquoi la nuit nous ne tombions pas dans le ciel.
l'égard du cours du soleil, mon père avoitune petite sphère armillaire; mais il eut beau s'y fatiguer*^, et moi aussi, je n'y pus rien concevoir du tout, et elle ne servit qu'à brouiller toutes mes idées. J'ai remarqué depuis^ que tous les enfans sont dans le même cas^: ils apprennent les noms des cercles, disent par cœur leurs usages, et puis c'est tout; ils n'en tirent jamais la moindre notion véritable ^^de la marche du soleil et de sa situation [par] rapport à la terre, ce qui me fait croire que la sphère est un instrument mal ^^inventé. Tous ces cercles imaginaires troublent l'esprit ^^d'un enfant et lui en ^^font ^^supposer de semblables dans les cieux :
1 concevoir.
2 et non pas au dedans, et quand.
•5 Je ne pus jamais bien comprendre ces têtes en bas. * purent
5 prenant le soleil.
6 Les Mondes de Fontenelle (A) Les Mondes même de Fontenelle eurent peine à me convaincre (B).
7 la sphère me brouilla tellement que (A) je n'y conçus rien du tout (B)..
8 ce temps.
9 que moi.
des rapports de situation et de mouvement . imaginé.
^'^ des enfans et leur en font.
quoi qu'on leur dise.
14 d'un enfant : il lui en faut. Ritter.
15 imaginer de réels qui leur.
LES ÉBAUCHES
si on M'avertit que ces cercles n'existent pas, ^il ne sait plus ce qu'il voit. Il faudroit, pour ^que la sphère M'abusât moins, lui donner des proportions directement contraires à celles qu'elle a communément, c'est-à-dire un grand globe et de petits cercles^.
^Quoi qu'il en soit, mes premières et meilleures leçons de Cosmographie furent prises devant l'établi d'un Horloger, avec une boule de tripoli et des épingles pour tous instrumens.
Je ne saurois dire avec quelle avidité je dévorois ces ins[tructions]^...
^Que n'a-t-il vécu quatre ans de plus pour voir le nom de son fils voler dans l'Europe ! Hélas, il en seroit mort de joie ! Heureux de ne pas voir encore combien ces courts momens de gloire coûteroient cher un jour à ce fils infortuné !
1 les avertit du contraire (A) qu'ils n'y sont pas (B).
2 /75 ne savent plus ce qu'ils voient.
3 leur rendre la sphère moins.
* les. — Ritter : les abusât.
^ toutes différentes.
6 Cf. Emile, livre III : « La sphère armillaire me paroît une machine mal composée, et exécutée dans de mauvaises proportions... La terre est trop petite, les cercles sont trop grands, trop nombreux... et quand vous dites à Tenfant que ces cercles sont imaginaires, il ne sait ce qu'il voit, il n'entend plus rien.» (Œuvres, t. II, p. 141.)
7 Ce qui suit est écrit en marge, dans le sens de la hauteur.
8 Au verso, deux comptes de blanchissage : le second, écrit par Jean- Jacques, paraît être une nouvelle édition du premier, demeuré incomplet, qui est de la main de Thérèse.
9 Impr. par A. Jansen, Recherches^ p. 42, et par M. Eugène Ritter, Revue internationale de l'enseignement, 1891, p. 343.
APPENDICE I
^Mais ^j'ignorois qu'en la dévorant ainsi du cœur et des yeux elle me voyoit elle-même dans une glace, à laquelle je n'avois pas songé. Elle se retourna et me surprit dans un transport qui me ^faisoit soupirer en étendant les deux bras vers elle. On ne peut rien imaginer d'égal au subit effroi dont je fus saisi en me voyant découvert dans cette attitude : je pâlis, je tremblai, je me ^sentis défaillir. Elle me ^rassura en me regardant d'un œil assez doux et me montra du doigt une meilleure place à ses pieds. On peut juger que je ne me le fis pas dire deux fois. ^Jusques ici tout étoit peut-être assez simple, mais la suite de ce petit manège me paroît plus étrange. C'étoit là, comme on voit, une déclaration ^peu équivoque de part et d'autre, et il sembloit qu'il ne ^pouvoit plus rien manquer entre nous à la familiarité de deux amans déclarés. Point du tout: à genoux devant elle, je me trouvai^ dans la situation la plus délicieuse, il est vrai, mais la plus contrainte où j'eusse été [veî^so] de ma vie. Je n'osois ni respirer ni lever les yeux, et si j'avois la témérité de reposer
1 Cf. p. 107, 108. — Impr. par A. Jansen, J.-J. Rousseau als Botaniker, p. 157, i58, n. 3. De là, ce texte a passé tel quel dans La famille et la jeunesse de J.-J. Rousseau, de M. Eugène Ritter, p. 2o3, 204.
2 je ne savois pas qu'en.
fit soupirer,
* sentois.
5 regarda d'un.
6 Jusque-là.
7 asseï nette. — pas équivoque. Jansen.
8 manquoit plus rien entre.
9 trouvais. Jansen.
1" j'avais été dans. Jansen.
LES ÉBAUCHES
quelquefois ma main sur son genou, c'étoit si doucement que dans ma simplicité je croyois qu'elle ne le^ sentoit pas. Elle, de son côté, attentive à sa broderie, ne me parloit ^ni ne^ me regardoit. Nous ne faisions pas le moindre mouvement: un silence profond* régnoit entre nous, ^mais que^ le cœur disoit et sentoit de choses! Cette situation paroîtra très-plate à bien des lecteurs; cependant j'eus lieu de ''penser qu'elle ne déplaisoit pas à la jeune personne, et pour moi j'y aurois passé ma vie entière, j'y aurois passé l'éternité sans rien désirer de plus^.
VHP.
Elle avoit de la modestie et de la pudeur. Elle ai-
1 la. Jansen.
2 parloit point, ne me regardoit ^^25.
3 ni me. Jansen.
4 parfait. Ritter.
^ cependant j'eus,
6 que personne... Jansen. — Ces points doivent représenter les cinq mots non déchiffrés: «disoit et sentoit de choses.»
7 j'ai lieu à penser. Jansen.
8 Au dessous, après une barre de séparation, Rousseau a encore écrit ; « Ma solitude. — Elle m'est douce à plus d'un titre ; je la tiens des mains de l'amitié, et son charme l'embellit encore. »
s Les fragments VlII-XI ont été publiés par A. Jansen, Recherches (n-^X, VIII), p. 41, J. -J.Rousseau als Botaniker (n»^ IX, XI), p. i58, note; et plus tard par M. Eugène Ritter {Bulletin des travaux de V Université de Lyon, 1889, p. 588, 589, La famille et la jeunesse de J.-J. Rousseau, p. 293-296), qui, pour trois passages, n'a pas conservé la place qu'ils occupent dans les feuillets manuscrits.
L'une des erreurs de lecture du premier éditeur (n° X : battait, alors que l'original porte traitoit) lui a fait croire que les fragments VIII et X s'appliquent à Mi'« Lambercier, ce qui est inadmissible. Jansen ajoute que Rousseau a également tiré du n° X une réflexion qui a passé, sous une autre forme, dans le récit de la journée de Thônes. Il pense que le: n« IX se rapporte à M™* Basile, et le n* XI à M'^* Merceret, sauf les trois
APPENDICE I
moit la vertu, l'honnêteté lui étoit plus chère que la vie, et je ne saurois dire combien tout ce qu'elle faisoit m'en paroissoit plus touchant ^
^Mon cœur étoit en paix devant elle et ne désiroit rien.
Mon Dieu, qu'un je vous aime, dit comme on voudra l'imaginer, eût été froid au milieu de tout cela ! Oui, j'en suis convaincu, si l'un des deux se fût avisé de dire à l'autre : je vous aime, l'autre eût à l'instant répondu : vous ne m'aimez plus^.
dernières lignes (au verso) qui pourraient avoir trait à M^^' Serre.
M. Albert Schinz (p. 257) estime que tout le contenu des n°' VIII et X a été éparpillé dans les pages des Confessions qui concernent Mlle Lambercier, M'"" Basile, Mn^s de GrafFenried et de Galley.
M. Ritter a revendiqué pour M'i^ Serre l'ensemble des n»' VIII-XI, et cette opinion paraît, au premier abord, très vraisemblable. Cependant on ne saurait la soutenir avec une entière sécurité, car ces morceaux, que Jean-Jacques a conservés parce qu'il ne les avait pas utilisés, se rattachaient peut-être à quelque amourette dont il aura ensuite renoncé à parler dans ses Confessions, D'ailleurs rien ne démontre qu'ils soient tous relatifs à la même personne, et il semble, en particulier, que le n" XI ne concorde pas avec ce que' Rousseau raconte de ses rapports avec Mlle Serre. En tout cas la phrase du n° X, «une seule fois en ma vie ma bouche rencontra la sienne», ne convient pas à la femme dont il dit au n° XI : «ses lèvres ne résistoient point aux miennes.»
1 (Ligne i) : Elle avoit de la pudeur et de la modestie.
2 Papier débutant par six lignes autogr. que G. Streckeisen a imprimées, p. 35 1, 352: « La raison humaine est à mes yeux maintenant [lisez un instrument'] si foible...»
2 Ce g a été supprimé par A. Jansen, qui l'a remplacé par des points.
LES ÉBAUCHES
Si Mans cette situation nos yeux se fussent rencontrés une seule fois, c'en étoit fait : elle étoit une fille perdue. Mais si nous évitions de nous regarder étant seuls, nous nous dédommagions bien dans la foule, et l'effet des regards qui s'élançoient de nos yeux nous apprenoit assez quel eût été leur danger dans le tête à tête.
^ Cette sévérité m'étoit cent fois plus délicieuse que n'auroient été ses faveurs.
Il me sembla qu'elle me traitoit comme une chose qui étoit à elle, qu'elle me recevoit en propriété, qu'elle s'emparoit de moi.
Le mot d'amour n'a pas même été prononcé entre nous. Mais il m'est impossible de perdre la forte persuasion d'avoir été passionnément aimé d'elle.
Elle ne me pria plus de rien, elle ne fit plus que me commander.
Elle m'ordonna de lire, et je lus. ^Je lisois mal: *elle me reprit deux ou trois fois; enfin elle m'imposa silence.
1 nos yeux.
2 Chaque passage est séparé du suivant par un blanc plus ou moins grand.
3 J' étais peu attentif.
* il m'étoit difficile de bien lire devant elle. — Phrase reproduite dans le texte de M. Ritter, quoique biffée. Il en est de même, à la dernière ligne de ce n« X, pour le mot ces, et à l'antépénultième, pour à (je vous défie à tous).
APPENDICE I
Je fus touché, je la suppliai de me permettre de conti-^ nuer, elle le permit ; je continuai : je n'ai jamais si bien lû de ma vie.
Une fois, hélas ! une seule fois en ma vie ma bou-^ che rencontra la sienne. O souvenir! te perdrai-je dans le tombeau?
Hommes sensuels, vantez tant qu'il vous plaira vos plaisirs grossiers, je vous défie ^tous, tant que vous êtes, d'avoir jamais rien goûté ^ de semblable aux délices dont mon cœur fut inondé durant ^six mois.
Durant ce voyage, elle sembloit avoir redoublé d'af-fection pour moi. ^ Je trouvois dans ses caresses quelque chose de plus doux et de plus tendre encore, et mon ^ pauvre cœur, ^toujours plus sensible voloit audevant des témoignages de son amitié. Elle me dit : *Nous sommes bons amis, ce me semble. Oui, lui disje, et nous ^aurions pu l'être encore plus. Ah! comment je vous aurois aimée ! Mais il ^^eût fallu pour cela cinq conditions, dont la plus aisée est impossible, et
2 d'approchant.
3 ces.
* Ses caresses me semblaient encore plus affectueuses. ^ co[eur'\.
6 qui ne sut (A) voloit (B).
^ toujours sensible. Ritter.
nous nous aimons bien, ^pourrions nous aimer encore davantage .
'0 combien. Ritter.
11 faudrait.
LES ÉBAUCHES 24 1
sans lesquelles il n'y faut pas songer. Elle ^resta interdite et ne répondit rien. Gela étoit naturel, mais ce qui ne l'étoit pas, ce fut un certain tour d'yeux qui accompagna ce silence et ^que je n'oublierai de ma vie. Ce mouvement presque imperceptible repoussa mon cœur pour jamais.
^ [Verso] *Ses lèvres ne résistoient point aux miennes, et sa^ bouche fuyoit des baisers qu'elle clestinoit à un autre.
^Quand j'écrivois ceci, ^je ne pensois guères qu'on voulût ou pût jamais ^contester la fidélité de mon récit, mais le silencieux mystère, avec lequel ceux à qui ®jele fais aujourd'hui m'écoutent, me fait assez com-
1 ne répo[ndit].
2 que je ne saurais peindre, mais que je n'oublierai jamais. A l'instant ce mouvement. — M, Ritter a imprimé les cinq mots «que je ne saurois peindre», sans dire qu'ils sont biffés et en les déplaçant un peu. Il donne également l'expression « A l'instant », supprimée par Rousseau, et il la fait suivre de points suspensifs. Mais rien ne manque dans la phrase.
3 Lignes omises par M. Ritter.
* Jamais je ne sentis ses lèvres résister aux miennes. ^ la. Jansen.
6 Ébauches inédites, qui se trouvent au revers de deux cartes à jouer ( n*' 20 et 21, Bibl. de Neuchâtel, dossier 7872); elles se rapportent à l'une des notes que Rousseau a ajoutées aux Confessions plusieurs années après l'achèvement de son livre. Une liste de ces notes a été dressée par M. Jansen {Recherches, p. 77), mais celle dont il s'agit ici (la première du livre VIII; Œuvres, t. VIII, p. 258) n'y figure pas; sa rédaction définitive, dans le ms. Moultou, a été écrite (t. II, p. 29) à la marge supérieure et d'une encre toute différente, probablement en 1777, puisque la plupart des cartes à jouer du dossier 7872 se rapportent à une préface projetée pour les Rêveries. (Cf. plus haut, p. 226.) j'étais bien éloigné.
8 l'attén\u\er, — Rousseau a oublié de biffer cette expression.
® j'en fais le récit m'écoutent.
APPENDICE I
prendre maintenant^ que ce fait n'a pas échappé au travail de ces Messieurs, et j'aurois bien dû prévoir que Francueil, devenu par leurs soins un des suppôts de la ligue, se garderoit désormais de rendre ici hommage à la vérité. Cependant elle a été si long-temps connue ^de tout le monde et déclarée par lui-même qu'il me paroît impossible qu'il n'en reste pas de suffisantes traces antérieures à son admission dans le complot.
[Autre rédaction :]
Je ne puis douter que Fran[cueil] et ses ^associés n'aient conté depuis la chose bien différemment. Mais quelques gens de bonne foi n'auront pas oublié peutêtre comment il la racontoit d'abord ^et dans la suite, jusqu'à ce que son admission dans le complot lui fît changer de langage.
^Pour ma Vie.
Il me vint un jour ^ un jeune proposant^ de la Guyenne, qui m'entreprit comme à l'ordinaire sur la profession
1 Ms. : mntt.
2 du public.
3 camarades.
* et jusqu'à.
5 Bibl. de Neuchâtel, ms. 7842, fol. 84 r°. — Impr. par A. Jansen, J.-J. Rousseau als Botaniker, p. 289, note (cf. Annales, t. I, p. 197, n. i).
G En juin 1763. Le 1 1 de ce mois, Rousseau mande à Moultou:«Il m'est venu un certain proposant gascon, grand ergoteur, qui ne pouvoit s'abstenir de batailler. Que j'abhorre la dispute et les ergoteurs ! » (Lettre impr. par Ch. Gouraud dans le journal L'Ordre du 21/22 avril i85i, et de nouveau, comme inédite, par M. Maurice Trembley dans le Journal de Genève du 3 août 1903.)
' Il se nommait Ruivert, et dans une lettre écrite de Berne, le 28 février 1764, il rappelle qu'à son passage à Môtiers en « juillet [lise:[: juin] dernier, » il a été très bien accueilli par Jean-Jacques.
LES ÉBAUCHES
de foi du Vicaire. Je le^ trouvai très-décidé sur le mystère de la rédemption, quoique d'ailleurs il ne manquât pas de Philosophie et qu'il ne pût pas résoudre mes difficultés d'une manière satisfaisante, même pour lui. A la fin j'appris qu'il se destinoit au ministère pour aller prêcher dans le désert. Il aspiroit à l'honneur du martyre.
^A^ la première lecture de l'écrit intitulé Sentiment des Citoyens, je ^jugeai qu'il étoit de la façon de M. Vernes : je dirai tout à l'heure *^sur quoi je fondai ce jugement. Je pris sur ce libelle le seul parti qui pût convenir à l'honneur outragé. Je l'envoyai^ à Paris* et l'y fis imprimer sur le champ, jugeant que c'étoit dans les lieux où j'avois vécu qu'on pouvoit apprécier^** les accusations "qu'on m'intentoit à Genève. La seule vengeance que, dans le premier mouvement, je me per-
1 Ms. : ne.
2 Cf. livre XII, Œuvres, t. IX, p. 64. — Bibl. de Neuchâtel, ms. 7848, fol. i35. — Impr. par M. Edouard Rod, L'affaire J.-J . Rousseau, 1906, p. 286, note.
Signalons ici le fait que, dans la. Déclaration relative au pasteur Vernes (Œuvres, t. IX, p. 82-101), trois notes du ms. autogr. (Bibl. de Neuchâtel, n* 7846), reproduites par Du Peyrou {Seconde partie des Con~ } fessions, etc., Neuchâtel et Genève, 1790, t. V, p. 33, 72, 74), ont été : omises dans la plupart des autres éditions (Belin, 18 17; G. Petitain, 1819-1820; Musset-Pathay, 1823-1826; Auguis, 1824-1825; Furne, i835i836; Lahure, 1857; Hachette, i865; etc.).
3 Lorsque je reçus par (A.) En lisant l'écrit (B) Dè[s'] la (G).
4 Dès. Rod.
* je ne doutai point qu'il ne fût de la (A) je fus persuadé qu'il étoit (B).
6 ce qui me le persuada.
7 peut. Rod.
«-9 sur le champ.
pourroit appuïer. Rod. — " dont on me chargeoit à Genève.
APPENDICE I
mis contre l'Auteur, et j'avoue qu'elle étoit cruelle, fut de le nommer. Mais en le nommant, ^en disant mon opinion, je ne la soutins que de^ la plus foible des» raisons qui me l'avoient donnée, et^ faisant dépendre ma déclaration de la sienne, je le laissai maître de désavouer la* pièce sans qu'on pût^ la lui imputer.
®La persécution m'a élevé l'ame. Je sens que l'amour de la vérité m'est devenu cher par ce qu'il me coûte. Peut-être ne fut-il d'abord pour moi qu'un système :, il est maintenant ma passion dominante. C'est la plus noble qui puisse entrer dans le cœur de l'homme.. J'ose dire qu'elle étoit faite pour le mien.
Émile, t. I, p. 46'.
Tout lecteur^ sentira, je m'assure, qu'un homme qui
1 et disant.
2 dans. Rod.
3 en. Rod.
4 sa. Rod.
5 M. Rod a remplacé ces deux mots par des points.
6 Bibl. de Neuchâtel, ms. 7888, fol, 22 r«. — Impr. par Fritz Berthoud^. J.-J. Rousseau au Val de Travers, 1881, p. 363, et reprod. par A. Jansen, Recherches, p. 36, 35. — Il n'est pas certain que le premier de ces deux passages soit une ébauche destinée aux Confessions. Pour le second, cf. livre XII (rédigé en 1770-1771), Œuvres, t. IX, p. 37.
7 De l'édition originale, Amsterdam, Jean Néaulme, 1762, in-12 : « Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n'a point droit de le devenir. Il n'y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain qui le dispensent de nourrir ses enfans, et de les élever lui-même. Lecteurs, vous pouvez m'en croire. Je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints devoirs qu'il versera long-temps sur sa faute des larmes, amères, et n'en sera jamais consolé. »
8 équitable conviendra (A) doit conv[enir] (B).
LE MANUSCRIT MOULTOU 2^5
n'a nul remords de sa faute, ^ ou qui veut la cacher au public, se gardera ^de parler ainsi.
APPENDICE II
Le manuscrit Moultou.
Dans les deux volumes^ de ce ms., au verso d'un feuillet préliminaire, donc en regard de la première page du texte, Rousseau a ajouté un avant-propos et un avertissement, que Paul Moultou* et Du Peyrou^ n'ont pas publiés, et qui manquent par conséquent dans toutes les éditions des Confessions. J'en donne ici le texte ^ :
1 et.
2 bien.
3 Bibl, de Genève, ms. fr. 227, autographe, d'une écriture fine et très soignée; le t. I, i83 sur m miliim., est un in-S'de iSgp. (livres I- VI), le second, 233 sur 180-190 millim., un in-4° de i33 p. (livres VII-XII).
* Collection complète des Œuvres de J.-J. Rousseau, Genève, in-4», t. X (livres I-VI), 1782.
5 Seconde partie des Confessions de J.-J. Rousseau, Neuchâtel et Genève, 1790. — L'année précédente, Pierre Moultou avait déjà fait paraître les livres VII-XII (t. XVI et XVII de l'édition in-4° citée à la note 4; 1789), mais avec des retranchements et des modifications.
6 Impr. par Félix Bovet, Revue suisse, i85o, p. 638, 649 ; tirage à part, p. 4, i5; reprod. par A. de Bougy, F i-agments, p. 5, 20, Voyage, p. 335, 346, et par Marc Monnier, Préface des Confessions, édit. Jouaust, 1881, t. I, p. XXIX, — F. Bovet a transcrit ces deux morceaux d'après la copie du ms. Moultou exécutée en 1780 pour Du Peyrou (Bibl, de Neuchâtel, mss. 7914 et 791 5.)
APPENDICE II
[Tome I :]
Voici le seul portrait d'homme, peint exactement d'après nature et dans toute sa vérité, qui existe et qui probablement existera jamais. Qui que vous soyez, que ma destinée ou ma confiance ont fait l'arbitre du sort de ce cahier, je vous conjure par mes malheurs, par vos entrailles, et au nom de toute l'espèce humaine, de ne pas anéantir un ouvrage unique et utile, lequel peut servir de première pièce de comparaison pour l'étude des hommes, qui certainement est encore à commencer, et de ne pas ôter à l'honneur de ma mémoire le seul monument sûr de mon caractère qui n'ait pas été défiguré par mes ennemis. Enfin fussiezvous vous-même un de ces ennemis implacables, cessez de l'être envers ma cendre, et ne portez pas votre ^ cruelle injustice jusqu'au temps où ni vous ni moi ne vivrons plus, afin que vous puissiez vous rendre au moins une fois le noble témoignage d'avoir été généreux et bon, quand vous pouviez être mal-faisant et vindicatif, si tant est que le mal qui s'adresse à un homme qui n'en a jamais fait ou voulu faire puisse porter le nom de vengeance.
Au-dessous des vingt-trois lignes de cet avant-propos, le bas de la page devait en contenir encore une douzaine, dont on aperçoit quelques traces, mais il a été coupé, sans doute par Rousseau lui-même.
1 cette. Bovet.
LE MANUSCRIT MOULTOU
[Tome II :]
Ces cahiers, pleins de fautes de toute espèce et que je n'ai pas même^ le temps de relire, suffisent pour mettre tout ami de la vérité sur sa trace, et lui donner les moyens de s'en assurer par ses propres informations. Malheureusement il me paroît difficile et même impossible qu'ils échappent à la vigilance de mes ennemis. S'ils tombent entre les mains ^ d'un honnête homme ^, ou des amis de M. de Choiseul, s'ils parviennent à M. de Choiseul lui-même, je ne crois pas l'honneur de ma mémoire encore sans ressource. Mais, ô ciel, protecteur de l'innocence, garantis ces derniers renseignemens de la mienne des mains des Dames de Boufflers, de Verdelin, et de celles de leurs amis. Dérobe du moins à ces deux furies la mémoire d'un infortuné que tu leur as abandonné de son vivant.
L'auteur a dû écrire cet avertissement avant la disgrâce du duc de Choiseul (24 décembre 1770). Au milieu de l'année suivante, il était en bons termes avec jyjme de Verdelin: elle répondait* très aimablement^ à
1 pas le temps. Monnier.
2 dans la main. Monnier.
3 « Rousseau s'est arrêté là, » dit Félix Bovet, qui n'a eu sous les yeux que la copie faite pour Du Peyrou. Mais, dans le ms. original, cet avertissement comprend encore six lignes, que l'auteur a bâtonnées avec le plus grand soin. M. Léopold Micheli, conservateur à la Bibliothèque de Genève, est parvenu à les déchiffrer.
* G. Streckeisen, J.-J. Rousseau, ses amis et ses ennemis, t. II, p. 582. 5 Dans cette missive, qui est du 24 août 1771, M™* de Verdelin remerciait son correspondant des morceaux de musique [manuscrits] qu'il
APPENDICE II
une «petite lettre » du philosophe. Est-ce alors que Jean-Jacques a biffé la phrase où il la traitait de « furie » ?
Depuis 1782 et 1790, la dernière rédaction des Confessions^ représentée par le ms. Moultou, a été imprimée plus de cinquante fois, sans que ces nombreuses rééditions marquent un progrès bien sensible sur les précé-
lui avait envoyés, et des «lignes charmantes» mises en tête de ce « receulle delisieux.» Au lieu de «recueil délicieux,» G. Streckeisen a imprimé « recueil de Lisieux, » Trompé par ce titre, Jansen s'est demandé {J.~J. Rousseau als Musiker, p. 422) si la collection reçue par la marquise ne devait pas être identifiée avec un choix d'anciennes chansons que Guy désirait publier et pour lequel il sollicitait la collaboration de Rousseau {Œuvres, t. XII, p. 244). Conséquence inattendue d'une méprise !
Au reste, les lettres de M"» de Verdelin ont été traitées d'une façon pitoyable. G. Streckeisen n'en reproduit que 62 sur 84, et, dans celles qu'il édite, il retranche souvent cinq, dix, vingt lignes, ou davantage, sans en avertir le lecteur. Plusieurs dates sont incomplètes ou inexactes, et les fausses lectures abondent. Des unes et des autres, voici quelques exemples, presque tous tirés des n*' I-XX :