J'imagine
^pourvoit croire (A) pourroit penser (B).
6 vo\ie'\.
7 honnête (A) innocent (B) honnête (C). » sous peine de.
MON PORTRAIT
Il y a bien des lecteurs que cette seule idée empêchera de poursuivre. Ils ne concevront pas qu'un homme qui a besoin de pain soit digne qu'on le connoisse. Ce n'est pas pour ceux-là que j'écris.
Je suis assez connu pour qu'on puisse aisément vérifier ce que je dis, et pour que mon livre s'élève contre moi si je mens.
[3.] Je vois que ^les gens qui vivent le plus intimement^ avec moi ne me connoissent pas et qu'ils attribuent la pluspart de mes actions, soit en bien, soit en mal, à de tout autres motifs qu'à ceux qui les ont produites. Cela m'a fait penser que la pluspart des ^caractères et des portraits qu^on trouve dans *les Historiens ne sont que des chimères, ^ qu'avec de l'esprit un Auteur rend aisément vraisemblables et qu'il fait rapporter aux principales actions d'un homme, ^comme un Peintre ajuste sur les cinq points une figure imaginaire.
[4.] Il est impossible qu'un homme incessamment répandu dans la société et sans cesse occupé à se contrefaire avec les autres ne se contrefasse pas un peu avec lui-même, et quand il auroit le temps de s'étudier, il lui seroit presque impossible de se connoître.
1 ceux qui.
2 Rousseau, distrait, avait d'abord écrit injurieusement.
3 portraits et des caractères.
4 l'histoire.
^ qu'ouï rend.
« à peu près comme.
AEPENDICE III
Si les Princes même sont peints par les Historiens ^avec quelque uniformité, ce n'est pas, comme on le pense, parce qu'ils sont en vue et faciles à connoître, mais parce que le premier qui les a peints est copié par tous les autres. Il n'y a guères d'apparence que le fils de Livie ressemblât au Tibère de Tacite : ^c'est pourtant ainsi que nous le voyons tous, ^et l'on aime mieux voir un beau portrait qu'un portrait ressemblant.
Toutes les copies d'un même original se ressemblent; mais faites faire le même visage par Mivers Peintres, à peine tous ces portraits auront-ils entre eux ^ le moindre rapport : sont-ils tous bons, ou quel est le vrai ? Jugez des portraits de l'ame.
[5.] Ils prétendent que c'est par vanité qu'on parle de soi. Hé bien, si ce sentiment est en moi, pourquoi le cacherois-je ? Est-ce par vanité qu'on montre sa vanité ? ^Peut-être trouverois-je grâce devant des gens modestes, mais ^c'est la vanité des lecteurs qui va subtilisant sur la mienne^.
[Verso.] A quoi cela étoit-il bon à dire? A faire valoir le reste, à mettre de l'accord dans le tout. ^Les
1 d'une manière.
2 et c'est.
3 car.
* pl[usieurs] .
5 la moindre ressemblance.
6 Je tr[ouverois] .
7 j'ai bien peur (A) je crains bien (B) que ce ne soit la vanité — n'estce point la vanité (C) .
8 Un second § du recto a été placé plus loin, p. 273, ^ ;comme un trait du visage.
MON PORTRAIT
traits du visage ne font leur effet que parce qu'ils y sont tous : s'il en manque un, le visage est défiguré. Quand j'écris, je ne songe point à cet ensemble, je ne songe qu'à dire ^ce que je sais, et c'est de là que résulte ^l'ensemble et la ressemblance du tout à son original.
[6.] Je suis persuadé qu'il importe au genre humain qu'on respecte mon livre. -"^En vérité *je crois qu'on n'en sauroit user trop honnêtement avec l'Auteur : il ne faut pas corriger les hommes de parler sincèrement d'eux-mêmes. Au reste l'honnêteté que j'exige n'est pas pénible. Qu'on ne me parle jamais de mon livre et je serai content. Ce qui n'empêchera pas que chacun ne puisse ^dire au public ^ce qu'il en pense, car ^je ne lirai pas un mot de tout cela; j'ai droit de me croire capable de cette réserve : elle ne sera pas mon apprentissage.
[7.] Je ne me soucie point d'être remarqué, mais quand on me remarque, je ne suis pas fâché que ce soit d'une manière un peu distinguée, et j'aimerois mieux être oublié de tout le genre humain que regardé comme un homme ordinaire.
J'ai là-dessus une réflexion sans réplique à faire : c'est ^que, de la manière ^dont je suis connu dans le
1 tout ce.
2 la ressem\blance],
3 On.
* Von n'en sauroit quel.
^ en dire.
6 très-librement.
7 j'ai bien résolu de ne pas lire un mot de tout cela et cette réserve ne sera pas mon apprentissage.
8 que de (A) qu'à la (B) que de la (G).
9 que je.
APPENDICE III
monde, j'ai moins à gagner qu'à perdre à me montrer tel que je suis. Quand même je voudrois me faire valoir, ^je passe pour un homme si singulier que, chacun se plaisant à amplifier, je n'ai qu'à ^me reposer sur la voix publique : elle me servira mieux que mes propres louanges. Ainsi, à ne consulter que ^mon intérêt, il ^seroit plus adroit de laisser parler de moi les autres que d'en parler moi-même. Mais peut-être que, par un autre retour d'amour propre, ^j'aime mieux qu'on en dise moins de bien •^et qu'on en parle davantage. Or si je laissois faire le public qui en a tant parlé, il ^ seroit fort à craindre qu'en peu de temps il n'en parlât plus^.
[8.] Je ne prétends pas faire plus de grâce aux autres qu'à moi, car ^ne pouvant me peindre au naturel sans les peindre eux-mêmes, je ferai, si l'on veut, comme les dévotes. Catholiques, je me confesserai pour eux et pour moi^^.
[9 recto.] Au reste, je ne m'épuiserai point à protester ^^de ma sincérité : si elle ne s'aperçoit pas dans cet ouvrage, si elle n'y porte pas témoignage d'elle-même^ il faut croire qu'elle n'y est pas^^
1 j'ai passé.
2 laisser faire la (A) m'en rapporter à la (B).
3 mes intérêts.
4 vaudrait mieux laisser (A) me convient de laisser (B).
5 j'aime mieux (A) je consens (B) j'aime mieux (C).
6 pour qu'on.
se pourrait bien qu'en.
8 Cela est asse^ vraisemblable, mais je ne le sens pas clairement.
9 je ne saurais me peindre,
10 Sur le même papier, provenant d'une lettre adressée à Rousseau, on lit, dans le sens de la hauteur: «Mr. Rey vous salue.» Le verso offre un cachet de cire sans empreinte.
11 que je.
12 Au verso, le g reproduit plus loin, p. 269.
MON PORTRAIT
[10.]^ J'ai un peu ^connu le ton des sociétés, les matières qu'on y traite et la manière de les traiter, et pour moi je ne vois pas où est ^la grande merveille de passer sa vie dans des conversations oiseuses à discuter subtilement le pour et le contre, et à établir un scepticisme moral qui rend indifférent aux hommes le choix du vice et de la vertu.
L'enfer du méchant est d'être réduit à vivre seul avec lui-même, mais c'est le Paradis de l'homme de bien, *et il n'}^ a point pour lui de spectacle plus agréable que celui de sa propre conscience.
[11.] Une preuve que j'ai moins d'amour propre^ que les autres hommes, ou que le mien est fait d'une autre manière, c'est la facilité que j'ai de vivre seul. Quoi qu'on en dise, on ne cherche à voir le monde que pour en être vu, et je crois qu'on peut toujours estimer le cas que fait un homme de l'approbation des autres par son empressement à la chercher. Il est vrai qu'on a grand soin de couvrir le motif de cet empressement du fard des belles paroles, société, devoirs, humanité. Je crois qu'il seroit aisé de prouver que ^l'homme qui s'é-
1 Les n''^ 10 et 11 sont écrits sur les deux pages intérieures d'un petit feuillet double, dont les pages extérieures (soit p. i et 4) sont blanches ; le n» II occupe la page de droite, mais la fin (« Que fait Socrate... ») se trouve, avec un signe de renvoi, sur la page de gauche (n° 10).
2 suivi.
3 donc la. * car il.
5 , que le mien est.
6 celui qui.
APPENDICE III
carte le plus de la société est celui qui lui nuit le moins, et que le plus grand de ses inconvéniens est d'être trop nombreuse.
L'homme civil veut que les autres soient contens de lui ; le solitaire est forcé de l'être lui-même, ou sa vie lui est insupportable. Ainsi le second est forcé d'être vertueux, mais le premier peut n'être qu'un hypocrite, et peut-être est-il forcé de le devenir, s'il est vrai ^que les apparences de la vertu valent mieux que la pratique pour ^plaire aux hommes et faire son chemin parmi eux. ^Ceux qui voudront discuter ce point * peuvent jeter les yeux sur le discours de^ dans le second
livre de la République de Platon. Que fait Socrate pour réfuter ce discours ? Il établit une République idéale dans laquelle il prouve très-bien que ^chacun sera estimé à proportion qu'il sera estimable et que le plus juste sera aussi le plus heureux. Gens de bien qui recherchez la société, allez donc vivre dans celle de Platon. Mais que tous ceux qui se plaisent à vivre parmi des méchans ne se flattent pas d'être bons.
[i2.] Je crois qu'il n'y a point d'homme sur la vertu duquel on puisse moins compter que celui qui recherche le plus l'approbation des autres; ^il est aisé, je l'avoue, de dire qu'on ne s'en soucie pas, mais là-des-
1 que l'exacte pratique de la vertu ne soit pas le meilleur moyen de plaire parmi les hommes.
2 faire son chemin parmi les hommes.
3 J'exhor[te] (A) Que ceux des lecteurs qui (B).
4 jettent les.
5 Rousseau a laissé en blanc le nom d'Adimante.
6 le plus juste sera le plus heureux et que.
7 et sur ce point il.
MON PORTRAIT
SUS il faut moins s'en rapporter à ce ^que dit un homme qu'à ce qu'il fait.
En tout ceci ce n'est pas de moi que je parle, car je ne suis solitaire que parce que je suis malade et paresseux ; il est ^presque assuré que si j'étois sain et actif je ferois comme les autres^.
[9 verso.] J'étois fait pour être le meilleur ami qui fût jamais, mais *celui qui devoit me répondre est encore à venir. ^Hélas, je suis dans l'âge où ^le cœur commence à se resserrer et ne s'ouvre plus à des amitiés nouvelles. Adieu donc, ^doux sentiment que j'ai tant cherché, il est trop tard pour être heureux.
[i3.] ^Cette maison contient peut-être ^^un homme
1 qu'il dit.
2 certain que.
3 Au verso, une minute de Rousseau, au crayon, pour la Nouvelle Héloise : « Mon ami, crois-moi, je vois plus clair que toi, je sens mieux où m'entraîne, hélas, la pente de mon propre cœur. Ah! si tu savois prévoir nos peines, tu serois moins ardent à les hâter. C'est en vain qu'à l'abri de ton sexe tu te flatterois de les éviter. Crois-moi, ton mal est incurable, ainsi que le mien ; je lis mieux que toi dans ton ame, où la mienne est sans cesse, et je crois me connoître en passions éternelles. Crois-en la plus tendre amie que le ciel même puisse former. Quoi qu'en ait ordonné la fortune, nos destinées sont à jamais unies et nous ne pouvons [recto] plus être heureux ou malheureux qu'ensemble. » — Cf. partie I, lettre XI : «En dépit de la fortune, des parens et de nousmêmes, nos destinées sont à jamais unies, et nous ne pouvons plus être heureux ou malheureux qu'ensemble... Croyez-moi, mon ami, je connois votre cœur bien mieux que vous ne le connoissez.» (Œuvres, t. IV. p. 34.)
* le cœur qui devoit répondre au mien. ^ Et je suis.
6 il commence.
7 Ainsi, adieu (A) Adieu (B) pour toujours. s douce amitié, que j'ai tant cherchée.
^ Il y a peut-être dans cette.
10 une personne digne de.
APPENDICE III
^fait pour être mon ami. Une personne digne de mes hommages se promène peut-être tous les jours dans ce parc.
[14.] Pour de l'argent et des services, ils sont toujours prêts; j'ai beau refuser ou mal recevoir^ ils ne se rebutent jamais et m'importunent sans cesse de sollicitations qui me sont insupportables. Je suis accablé des choses dont je ne me soucie point. ^Les seules ^qu'ils me refusent sont les seules qui me seroient douces. Un sentiment doux, un tendre épanchement * est encore à venir de leur part, et l'on diroit qu'ils ^prodiguent leur fortune et leur temps pour épargner leur cœur.
Gomme ils ne me parlent jamais d'eux, il faut bien que je leur parle de moi, malgré que j'en aye.
[i5.] *^Tant d'autres liens les enchaînent, tant de gens les consolent de moi qu'ils ne s'aperçoivent pas même de mon absence: s'ils s'en plaignent^, ce n'est pas qu'ils en souffrent, ^mais c'est qu'ils savent bien que j'en souffre moi-même, et ^qu'ils ne ^^voient pas qu'il m'est moins dur de les regretter à la campagne que de ne pouvoir jouir d'eux à la Ville.
1 digne d'être.
2 Mais.
3 qu^il semble ne me coûter.
4 de cœur leur est incolnnu].
5 me prodiguent.
6 Tant d'autres liens (A) relations (B) Tant d'autres liens (C) . T parce qu'ils.
s c'est.
^ qu'ils ne connoissent pas mes dédommagemens (A) qu'ils ne conçoivent pas qu'on puisse être seul et content (B) qu'ayant toujours jugé de moi par eux, ils ne peuvent croire qu'on (C).
1" conçoivent pas que n'ayant pu jouir d'eux à la Ville il m'est.
MON PORTRAIT
[16.] Je ne reconnois pour ^ vrais bienfaits que ceux qui peuvent contribuer à mon bonheur, et c'est pour ceux-là que je suis pénétré de reconnoissance ; mais certainement l'argent et les dons n'y contribuent pas, et ^ quand je cède aux longues importunités d'une offre cent fois ^réitérée, c'est plustôt un malaise Mont je me charge pour acquérir le repos qu'un ^avantage que *^je me procure. De quelque prix que soit ^un présent offert et quoi qu'il coûte [à] celui qui l'offre, comme il ^me coûte encore plus à recevoir, ^ c'est celui dont il vient qui m'est redevable : c'est à lui de n'être pas un ingrat. ^^Gela suppose, il est vrai, que ma pauvreté ne m'est point onéreuse et que je ne vais point à la quête des bienfaiteurs et des bienfaits; ces sentimens que j'ai toujours hautement professés témoigneront ce qu'il en est. Quant à la véritable amitié, c'est tout autre chose.
Qu'importe qu'un des deux amis donne ou reçoive, et que les biens communs passent d'une main dans l'autre. ^^On se souvient qu'on s'est aimé, ^*et tout est
1 de vrais.
2 s'il m'arrive de céder sur ce point à de longues sollicitations, c'est uniquement pour me délivrer du fléau de Vimportunité d'une offre.
* répétée.
* que je me donne.
5 agrément dont je.
^j'accepte (A) je sente (A).
' le bienfait et quel qu'il soit.
8 m'en coûte toujours beaucoup plus de l'accepter.
9 je prétends que c'est à lui de m'avoir obligation (A) m' être redevable (B) .
10 et je le trouve un ingrat, 5'// manque ensuite à l'amitié qu'il me (A) s'il méconnoit ce que j'ai fait pour lui et manque ensuite au sentiment qu'il me doit (B).
11 // est vrai que cela suppose.
12 Lequel des deux amis qui donne ou qui reçoive, tout cela doit être oublié (A) égal et oublié (B) l'instant d'après.
1^ on est aimé (A) on aime, on s'en souvient (B) et tous se souviennent qu'on s'est aimé (G).
1* que peut-on {X) faut-il {B) savoir davantage? voilà ce que le cœur ne peut.
APPENDICE III
dit ; on peut oublier tout le reste. ^J'avoue qu'un pareil principe [verso] est assez commode quand on est pauvre et qu'on a des amis riches. ^Mais ^il y a cette différence entre mes amis riches et pauvres que *les premiers m'ont recherché et que j'ai recherché les autres. ^G'est aux premiers à me faire oublier leur opulence^. Pourquoi fuirois-je un ami dans l'opulence tant qu'il sait me la faire oublier? ^Ne suffit-il pas que je lui échappe à l'instant que je m'en souviens ?
[17.] Je n'aime pas même à demander la rue où j'ai à faire, parce que je dépends en cela de celui qui va me répondre. J'aime mieux errer deux heures à chercher inutilement; ^je porte une carte de Paris dans ma poche, à l'aide de laquelle et d'une lorgnette je me retrouve à la fin: ^j'arrive crotté, recru, souvent trop tard, mais tout consolé de ne rien devoir qu'à moi-même.
[18.] Je compte pour rien la douleur passée, mais je jouis encore du plaisir qui n'est plus. Je ne m'approprie que la peine présente, et mes travaux -passés ^^me semblent tellement étrangers à moi que, quand j'en retire le ^^prix, il me semble que je jouis du travail d'un autre. Ce qu'il y a de bizarre en cela, c'est que, quand
1 Je conviens qu'avec ce principe on doit regarder.
2 A cela (A) et voici la maxime qu'à cela je (B).
3 mes amis riches m'ont recherché.
^ j'ai.
^ Il a fallu que les premiers fissent beaucoup pour me faire oublier.
6 et malheureusement ils n'ont pas tous réussi^ car je leur échappe aussitôt que je m'en souviens.
7 il suffit que je.
8 mais je.
9 et j'arrive.
'^^ me paraissent, fruit.
MON PORTRAIT
quelqu'un ^s'empare du fruit de mes soins, tout mon amour propre se réveille : je sens la privation de ce qu'on m'ôte beaucoup plus que je n'en aurois senti la possession, si on me l'eût laissé ; à mon tort personnel se joint ma fureur contre toute injustice, et c'est être doublement injuste, au gré de ma colère, que d'être injuste envers moi.
[19.] ^Insensible à la convoitise, je suis fort attaché à la possession; je ne me soucie point d'acquérir, mais je ne puis souffrir de perdre, et cela ^dans l'amitié comme dans les biens ^.
[5 recto.] Si je sors un moment de la règle, je m'en écarte^ à cent lieues. Si je touche à la bourse que j'amasse avec tant de peine, aussitôt tout est dissipé^.
[20.] ...de certains états d'ame qui ne tiennent pas seulement aux événemens de ma vie, mais aux objets qui m'ont été les plus familiers durant ces événemens. De sorte que je ne saurois me rappeler ^un de ces états, sans sentir en même temps modifier mon imagination de la même manière que l'étoient mes sens et mon être ^quand je l'éprouvois.
^ s'approprie.
2 Je ne suis point sensible à.
3 est vrai dans.
* On lit au verso ces quelques lignes autographes :
... « résolu de ne jamais chercher [à] vous voir, la seule [wn mot coupé, probablement reconnoissance] est encore un sentiment si doux que si je vous revois jamais, ce ne sera point sans plaisir.
Voilà ce que j'ai voulu d'abord que vous sussiez. Venons maintenant - à ce que j'avais à vous dire. »
^ entièrement.
6 Cf. p. 53.
' un de ces événemens .
^ dans le même (A) ce temps-là (B).
APPENDICE III
[21.] Les lectures que j'ai faites ^ étant malade ^ne me flattent plus en santé. ^ C'est une déplaisante mémoire locale qui ^me rend avec les idées du livre celle des maux que j'ai soufferts en le lisant. Pour avoir ^feuilleté Montaigne® durant^ une attaque de pierre, je ne puis plus le lire avec plaisir ^dans mes momens de relâche : il tourmente plus mon imagination qu'il ne contente mon esprit. Cette expérience me rend si ^follement retenu que, de peur de m'ôter un consolateur, je me les refuse tous et n'ose ^^presque plus^^, quand je souffre, lire aucun des ^^livres que j'aime.
[22.] Je ne ^^fais jamais rien qu'à la promenade, la campagne est mon cabinet l'aspect d'une table, ^^du papier et des livres ^"^me donne de l'ennui, l'appareil
1 dans un état de souffrance.
2 me font moins de plaisir en santé.
3 Mon imagination reste affectée de l'état de souffrance dans lequel je les ai faites autrefois (A). Elles me rappellent (B).
* qui tourmente plus mon imagination (A) qui me tourmente plus l'imagination (B) quelle ne plaît à mon esprit et rend à mon souvenir (C) Vétat de souvenir (D).
5 beaucoup lû.
6 Ms. : Montagne. — Rousseau écrivait tantôt Montagne, tantôt Montaigne, en employant de préférence la première forme. Voy. le ms. d'Emile (Bibl. de Genève, ms. fr. 2o5), t. I, fol. 126, i33, 274, t. II, fol. 3j v% 38, 78 bis, 102, et l'édition originale de 1762, t. I, p. 325, 344; t. II, p. 283; t. III, p. 108, 109, 217, 283, Mais, dans l'exemplaire corrigé et annoté en vue d'une nouvelle édition (même Bibl., Ce 12), il a remplacé quatre fois Montagne par Montaigne.
7 dans une vive attaque.
8 même dans.
» bi:^arrement.
10 plus.
11 lit^e quand je suis.
12 des livres (A) Auteurs (B) qui me sont chers.
13 travaille jamais qu'à.
Cf. Confessions, livre III (Œuvres, t. VIII, p. 80, et ci-dessus, p. i65) 15 de l'encre.
18 m'affadit le cœur, et la nécessité.
MON PORTRAIT
du travail ^me décourage; si je m'assieds^ pour écrire, je ne trouve rien et la nécessité d'avoir de l'esprit me l'ôte. Je jette mes pensées éparses et sans suite sur des chiffons de papier; je couds ensuite tout cela tant bien que mal et c'est ainsi que je fais un livre. Jugez quel livre ! J'ai du plaisir à ^méditer, chercher, inventer; le dégoût est de mettre en ordre et la preuve que j'ai *moins de raisonnement que d'esprit, c'est que les transitions sont toujours ce qui me coûte le plus : cela ne m'arriveroit pas si les idées se lioient bien dans ma tête. Au reste mon opiniâtreté naturelle m'a fait ^lutter à dessein contre cette difficulté; j'ai toujours voulu donner de la suite à tous mes écrits et voici le premier ouvrage^ que j'ai divisé par chapitres.
[23.] Je me souviens d'avoir assisté une fois en ma vie à la mort d'un cerf, et je me souviens aussi qu'à ce noble spectacle je fus moins frappé de la joyeuse fureur des chiens, ennemis naturels de la bête, que de celle des hommes, qui s'efforçoient de les imiter. Quant à moi, en considérant les derniers abois de ce malheureux animal et ses larmes attendrissantes, je sentis combien la nature est roturière, et je me promis bien qu'on ne me reverroit jamais à pareille fête^.
[24.] ^Jamais Homère ni Virgile ne furent appelés de
1 m'épouvante.
2 Ms. : m'asseie. — Ct. Annales, t. III, p. 58.
3 trouver.
* plus d'esprit que de raisonnement.
5 longl-temps].
6 Voy. p. 260.
' Au verso, quelques mots autographes, au crayon, ensuite biffés: «ce que plusieurs philosophes semblent avoir cru faute» — « [éjvidemment. » ^ On n'appelle Virgile ni Homère,
APPENDICE m
grands hommes, quoiqu'ils soient de très-grands Poètes. Quelques Auteurs se tuent d'appeler le Poëte Rousseau le grand Rousseau^, durant ma vie. ^Quand je serai mort, ^le Poëte Rousseau sera toujours un grand Poëte*, mais il ne sera plus le grand Rousseau. ^Car s'il n'est pas impossible qu'un Auteur soit un grand homme, *ce n'est pas en faisant des livres ni en vers ni en prose qu'il deviendra teP.
1 pour le distinguer.
2 Mais quand.
3 il (A) le grand Rousseau (B) ne sera plus qu'un grand. * quand je serai mort.
5 Car on ne devient (A) // n'est pas impossible (B).
6 mais ce ne sera pas en.
7- Jean-Jacques avait commencé par écrire sur le même feuillet: «Il n'est pas impossible qu'un Auteur soit un grand homme, mais ce ne sera pas en faisant des livres ni en vers ni en prose qu'il deviendra tel. » — Puis, sans biffer ces lignes, qu'il a accompagnées de la note «bon», il a rédigé au-dessous le morceau « Jamais Homère. . . », à la fin duquel il a utilisé sa première réflexion.
ERRATA P. I 56, 1. 6 : de son, lise^ : sur son.