‹ La première rédaction des Confessions (livres I-IV);Chapitre 7 sur 125 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

histoire. *Enfin quoi qu'il en soit de la manière dont cet ouvrage ^peut être écrit, ce sera toujours par son objet un livre précieux pour les philosophes : c'est, je le répète, une pièce de comparaison pour ^l'étude du cœur humain, et c'est la seule qui existe.

Voilà ce que j'avois à dire sur l'esprit dans lequel j'écris ma vie, sur celui dans lequel on la doit lire, et sur l'usage qu'on en peut tirer. Les liaisons que j'ai eues avec plusieurs personnes me forcent d'en parler aussi librement que de moi. Je ne puis me bien faire connoître que je ne les fasse connoître aussi, et l'on ne doit pas s'attendre que, dissimulant dans cette occasion ce qui ne peut être tu sans nuire aux vérités que je dois dire, j'aurai pour * d'autres des ménagemens que je n'ai pas pour ^moi-même. Je serois pourtant bien fâché de compromettre qui que ce fût, et la résolution que j'ai prise de ne ^point laisser paroître de mon vivant ces mémoires ^est un effet des égards que je veux avoir pour mes ennemis^, en tout ce qui n'intéresse pas l'exécution de mon dessein. Je prendrai même les mesures les plus certaines pour que cet écrit ne soit publié que quand les faits qu'il contient seront, par trait de^ temps, devenus indifférens à tout le monde, et je ne le dépo-

1 La phrase qui suit (Enfin... existe) a été ajoutée après coup en interligne. — Voy. p. 4, n. 6.

- est écrit.

connoître (A) étudier (B) le cœur. * elles.

5 moi.

6 jamais.

regarde plus [ici deux ou trois mots trop biffés pour être lisibles] n'est pas relative à moi-même.

8 mêmes.

9 du. Schin:^.

1" les. Schin^.

LES CONFESSIONS

serai qu'en des mains assez ^ sûres pour qu'il n'en soit jamais fait aucun usage indiscret. [12] Pour moi je serois peu puni qu'il parût de mon vivant même, ^et je ne regretterois guères l'estime de quiconque pourroit me mépriser après l'avoir lu. J'y dis de moi des choses très-odieuses et dont j'aurois horreur de vouloir m'excuser; mais aussi c'est l'histoire la plus secrète de mon ame, ce sont mes confessions à toute rigueur. Il est juste que ma réputation expie le mal que le désir de la conserver m'a fait faire. Je m'attends aux discours publics^ à la sévérité des jugemens prononcés tout haut, et je m'y soumets^. Mais que chaque lecteur m'imite, qu'il rentre en lui-même ^comme j'ai fait, et qu'au fond de sa conscience il se dise, s'il l'ose : Je suis meilleur que ne fut cet homme-là^.

[i3] Je suis né à Genève en 1712 d'Isaac Rousseau, Citoyen, et de Susanne Bernard, Citoyenne. Un bien très-médiocre à partager entre beaucoup d'enfans ayant réduit presque à rien la portion de mon père, il n'avoit pour vivre que son métier d'horloger, dans lequel il étoit à la vérité fort*^ habile et qui étoit alors en honneur, surtout à Genève. Ma mère, fille du Ministre Bernard, étoit plus riche; elle avoit de l'esprit et de la beauté; ce n'étoit pas sans peine que mon père l'avoit obtenue.

^ scrupuleuses.

2 regrettant peu l'estime.

^ sans peine.

* aussi sincèrement (A) aussi profondément (B) que j'ai. — Voy, p. 4, n. 6.

^ Cf. la lettre à Duclos du i3 janv. 1765, et aussi la fin de la lettre à Malesherbes, 4 janv. 1762 {Œuvres., t. XI, p. 198; t. X, p. 3oo). ^ très habile. Schin^.

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