‹ La première rideChapitre 8 sur 22 · BIDAULT, ANTONINE · texte numérisé non relu

BIDAULT, ANTONINE

niDAULT.

J'ai du malhoui-, mademoiseUe; Tespérance de vous voir quelques minutes plutôt, m'a fait manquer le moment de votre arrivée.

ANTONINE

Monsieur, c'est à moi seule de le regretter, sans doute.

Mes traits ne sont point restés dans votre mémoire ? je n'ose l'espérer du moins. Cependant , ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons.

ANTONINE

Monsieur était peut-être lié avec mon père ? j'étais si jeune quand j'ai eu le malheur de le perdre...

BIDAULT

Non , Mademoiselle : c'est-à-dire si, je l'ai bien connu... mais...

(A lui-mcme. ) Diable! ça n'est pas agréable. (Haut.) Mais le souvenir que j'invoque ne remonte pas si loin... C'est au bal, Tliiver dernier, que j'ai eu le plaisir de vous voir. Vous ne vohs rappelez pas?..

ANTONINE, avec embarras.

Pardon, Monsieui'... oui... je crois... en edet...

BIDAULT

A la bonne heure!..

ANTONINE , à part.

Je ne m'en souviens pas du tout.

lUDAULT.

Je n'avais garde , moi , d'oublier celle que toutes les bouches désignaient comme la plus jolie.

ANTOMNE , à elle-même.

11 est fort aimable, ce vieux Monsieur.

BIDAULT

Cet heureux temps de plaisirs et de fêtes est passé ; heui'eusement l'hiver nous le ramènera. D'ici là, vous trouverez, peut-être, la maison de Madame votre tante moins gaie, moins animée que vous ne le pensiez.

A>TOM?iE, à part.

Il a l'air assez bavard ; si je pouvais par lui savoir quelles sont les connaissances de ma tante.

BIDAULT

Plaît-il?

ANTONINE

Rien... pardon.

BIDAULT

M"* Savigny voit peu de monde à Paris.

ANTONINE

Et ici?., à la campagne?

BIDAULT

Deux personnes seulement : moi... et... un jeune homme que vous avez, peut-être, rencontré en arrivant.

ANTONINE

Voilà tout?

BIDAULT

Oui.

ANTONINE

Absolument tout?., vous ne vous trompez pas?

BIDAULT

Non : ce jeune homme... et...

ANTONINE , à part avec joie.

C'est lui!., ce ne peut-être que lui... j'en étais sùie.

Bidault;.

Cette solitude vous elVraic déjà sans doute?

ANTONlNE, avec un pelit ton imi)ortant.

Pourquoi donc ? je ne vois en elle rien que d'agréable : c'est le clioix plutôt que Ienoml)re de nos connaissances ou de nos amis qui fait le charme d'une société , et telle conversation doit son intérêt moins à son sujet qu'à la qualité de la personne que l'on écoute.

lilDAVLT.

Vous m'enchantez en pai-lant ainsi : la plupart des demoiselles ne rêvent à votre âge que les plaisirs et l'éclat du monde : c'est une suite de leur éducation ; je suis loin de les en blâmer : en pension , on craint de fixer leur esprit sur l'avenir : il n'est question entre elles que de leur position de jemies filles, et elles ne songent guère à ce qui les attend plus tard.

ANTO.XnE.

Monsieur, je vous assure qu'elles s'en occupent beaucoup à présent.

BIDAULT

Tant mieiLX, si toutes vos compagnes savent acquérir comme vous , et d'aussi bonne heure , ce jugement et cette raison que j'admire. (A luimême.) Elle est charmante. (Haut.) Il peut arriver en effet qu'elles en aient besoin bien vile... qu,'!quefois le mariage suit de près lem' sortie de pension.

AUTOMNE , à part avec joie.

Allons donc î nous y voilà ! je le savais bien !

RXDAULT.

Et alors combien il est heureux pour l'homme qui aspire à leur main de trouver en elles toutes les qualités qui vous distinguent. Alors, on peut sans crainte interroger leurs sentimens.. . et si vous étiez dans cette situation...

A^TOM^E

Monsieur... (A part avec joie.) Comme le cœur me bat!

KIDAI'LT.

Pardon : ma supposition vous embarrasse; mais vous me pardonneriez sans doute, si vous saviez quel intérêt je prends à votre réponse, et condjien je suis impatient de la connaître.

A>TOM>E

Vous, Monsieur? comment?

RIDAILT.

De votre consentement ou de votre refus dépend le sort de quelqu'mi... qui me tient de bien près. Vous parler de lui , c'est vous parler de moi.... Je suis garant de la vivacité de son amour, de la sincérité de sa passion...

ANTOMNE, à elle-même.

C'est le père!..

BIDAILT.

Mais cela ne suffit pas , et il faut encore que vous ayez fait connaître VOS sentimens.

A.NTONINE, à part.

C'est le père, (iiaïu.) Monsieiu, je sens tout ce qu'uiic pareille reclierche a de llalteur pour moi, mais je dépends de ma tante; c'est à elle qu'il appartient de prononcer : quand elle iii'aura l'ail connaître sa volonté , j'obéirai sans murmure , en lui demandant quelques jours, afin de bien étudier le cm'actère de la personne dont elle approuvera la démarche.

BIDAILT.

Oh ! c'est bien ainsi que je l'entends, et vous me comblez de joie. (A part.) Elle est ravissante. (Haut.) Mais Madame votre tante n'apportera, je l'espère, aucun obstacle à l'accomplissement des voeux que je fais.

A>TONI>E , à part.

Je le crois bien. (Haut.) Elle les connaît peut-être déjà?

BIDAULT

Elle est dans une position qui la rendra plus facile, phis favorable. Et tenez , puisque vous m'accueillez avec tant d'itidulgence et que nous nous entendons si bien , je vais vous découvrir u;i secret.

ANTOMNE.

Vraiment?

BIDAULT

Mais vous serez discrète ?

ANTONINE

Comme un conspirateur : que c'est amusant !..

BIDAULT

Eh bien ! M"" Savigny aura moins d'objections à me faire aujourd'hui que dans un autre temps ; et la raison c'est que si vous songez à vous marier, elle est sur le point de se marier aussi.

ANTONIIVE.

Avec vous ! . . c'est charmant !

BIDAULT, anéanti.

Comment? avec...

A>TONINE.

Ah ! ma tante , vous êtes mystérieuse à ce point ! ah ! vous me cachez jusqu'aux projets que vous formez pour vous-même ?

BIDAULT

Comment avec...

ANTOMNE.

Mais tout se découvre enfin!., oui... oui... au fait c'est très bien... elle sera heureuse... je n'en doute pas. Bonne tante! vous la rendrez heureuse... Mon Dieu ! Monsieur, comme vous êtes devenu sérieux? comme vous me regardez ?.. vons repentez-vous de ce que vous m'avez dit?

BIDAULT

\on . non : pas du ton!.

AMOMNE.

Je serai ùiscrèlo , m- craignez rien. (A elle-même.) C'est singulier : il a Tair si désappointé ! (Haut.) Est-rc que je vous ai mal compris?

BIDAILT,

En aucune façon,

A>TOM>E

Cesi bien avec vous que ma tante a le projet...

BIDAILT.

De se marier? (Avec un soupir.) Oui... oui... oui...

ANTOMNE.

C'est bien la main de Monsieur votre fils que vous me proposiez tout à l'heure ?

BlDAtl.T.

Je n'ai pas d'enfant... mais c'est égal.

AMOMNE.

Ah ! mon Dieu ! est-ce qu'en me priant de consentir à une union prochaine vous auriez parlé pour v...

BIDAULT, rinteiTompant vivement.

Du tout!., non...

ANTOMNE , à part.

Oh! par exemple!., son air d'embarras!., ces deux mariages projetés!., mi vieillard!., me sacrifier, moi!., matante!., vouloir me sacrifier!., elle ne viendra pas à bout de le faire... je n'y consentirai pas... je ne le veux pas... mais seulement d'en avoir eu la pensée... c'est affreux à elle... c'est indigne.

BIDAULT, à part.

Je suis fort triste.

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