XVIII PREFACE
violence de la couleur, au lyrisme échevelé, au mélange du sérieux et du grotesque, à l'emploi fréquent de l'antithèse. Toute la Tentation primitive repose sur l'antithèse de l'Ascète et du Cochon, — l'un symbolisant la bassesse de l'instinct dans l'homme, le penchant originel vers l'ignoble ; l'autre exprimant la part divine de Fâme et de l'intelligence.
Enfin, comme chez les prosateurs romantiques, les métaphores, les comparaisons poétiques abondent. Plus que quiconque, Flaubert pourrait s'appeler « l'imaginifique ». A la longue, on trouve qu'il abuse, et cette création perpétuelle d'images finit par sembler un jeu trop facile. Il y a même une foule de passages qui, par le mouvement, le rythme, l'éclat du style., la luxuriance du détail pittoresque, s'assimilent plutôt à un développement en vers qu'à un paragraphe de prose. Le couplet de la Mort qui commence ainsi : « Où sont-elles maintenant, toutes les femmes qui furent aimées?... » rappelle la manière de Victor Hugo dans Les Feuilles d'automne et Les Chants du crépuseule. C'est le grand lieu commun lyrique, tel qu'on le traitait aux environs de 1830!
La Tentation de 1874 est d'un style bien plus serré, bien plus travaillé, maisaussi plus sec et plus froid. Entre celte date et celle de la première
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version, les l*arnassicns ont t'iabli l«*ur disciplino, et cela se sent à la surveillance jalouse qu<' l'auteur exerce constamment sur liii-nirme, «\ la n'pression impitoyable de tous les ('carts de plume ou d'imagination et, pour tout dire, à une sorte de perfection un peu glacée qui donne sans doute h Tieuvre une incomparable vabun- d'art, mais qui lui ote la spontanéité et la bonhomie de l'inspiration naïve. Ces différences de forme sont encore bien superficielles. En voici de plus profondes. Le Saifit Antoine de 1874 est une œuvre strictement objective et iinpersonnelle : c'est le contraire pour le premier. On pourrait assez bien le définir : une confession personnelle coulée dans le moule d'une moralité du moyen \\^(t. Et, en effet, Flaubert — qu'il en ail eu conscience ou non — s'est substitué à son personnage*. 11 se raconte et s'analyse à la place de saint Antoine : c'est lui qui parle, le plus souvent, par la bouche du solitaire; et, quand on connaît un peu les événements de sa vie intime, on les retrouve sans peine môles à la trame de la fiction. Il n'est que de comparer certaines phrases de la Correspondance à certaines phrases du Saint Antoine^ pour deviner dans celles-ci l'écho plus ou moins amplifié de celles-là.
f. R écrirait à M'"' Colet : « J'ai étr moi-iiiriiie. dnns !^tiint Antoine, le saint Antoine. •> [Corresp., t. Il, p. 73.)