XVI PRÉFACE
à pouvoir comparer les deux formes, à suivre la pensée du maître à travers ses évolutions, à assister, pour ainsi dire, phrase par phrase, au travail passionné et méticuleux du styliste admirable que fut Gustave Flaubert?
Ajoutons qu'il y a, dans cette première version, des ce morceaux » entiers qui ne devaient point périr, qui dureront certainement autant que la langue et dont la beauté est au moins égale à celle de la Tentation définitive. Et puis enfin, cette œuvre de jeunesse — bonne ou mauvaise — nous révèle à plein une nature d'homme et d'artiste que nous ne faisions que deviner à travers sa correspondance. Ceux qui ont gémi sur Tacharnement de Flaubert à comprimer et à cacher son vrai « moi » seront peut-être heureux de le trouver ici plus étalé et plus à découvert. Chez lui, le fond originel était extrêmement riche. Il faut le reconnaître, à mesure qu'il vieillissait, son esprit s'est sans doute affermi dans ses tendances les plus sérieuses et les plus positives, mais bien des idées et des sentiments qui furent familiers à Flaubert adolescent — un certain mysticisme même — ont totalement disparu chez l'ironiste morose qui écrivit Bouvard et Pécuchet.
Et ainsi le Saint Antoine que nous publions n'est point une simple variante de l'autre. C'est,
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dans son fond, une chose très ditïéronte, commo o« va le voir.
Dans les deux Trntations^lQ personna^^e principal est le même. Hon nombre de personnages accessoires et, çà et là, des épisodes entiers figurent également dans la première et la seconde. Et cependant, malgré toutes ces analogies, les deux versions n'ont, pour ainsi dire, de commun que le titre.
Il ne faut pas oublier qu'il y a entre elles un intervalle de vingt ans. Cela explique presque tout. Le Flaubert de 1874 n'avait plus la jeunesse d'imagination et de sentiment, la ferveur, l'exubérance créatrice du Flaubert de 1849. Il avait laissé en route bien des illusions, des préjugés, des engouements juvéniles, mais, quand il s'interrogeait, il s'avouait que le meilleur de lui, c'était le romantique qu'il avait été et qui — en dépit de tous ses efforts pour l'extirper — continuait toujours à vivre au fond de son cœur.
Or, le romantique déborde dans le premier Saitit Antoine. On le reconnaît à une certaine rhétorique redondante et truculente, dont Flaubert ne perdit jamais complètement l'habitude, à la