‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 21 sur 81 · XXXIV PREFACE · texte numérisé non relu

XXXIV PREFACE

velle attaque, ils tentent le saint, — directement cette fois, en matérialisant leurs tentations, — et ils font passer sous ses yeux la courtisane Démonassa, Thamar l'impudique, Diane chasseresse et ses nymphes... Ils le transportent au festin de Nabuchodonosor, ils lui amènent la reine de Saba environnée de toute la pompe fastueuse et puérile des Orientaux et, après avoir épuisé les splendeurs de la Fable et de l'Histoire, ils le jettent en face de la Nature avec toutes ses Bêtes, imaginaires et réelles, avec les myriades de vies infinitésimales qui grouillent en elle... Nous sommes au point culminant de la tentation : l'ascète est gagné par le vertige de la Science.

Le iroisième acte commence : Le Diable ayant satisfait saint Antoine, dans sa curiosité du savoir, lui en démontre la vanité. Que faire après cela?... Mourir? ou bien jouir, vivre de la vie des brutes?... Mais la Mort et la Volupté sont également mensongères. En dépit de leurs sollicitations, de tous les mirages qu'elles excitent autour du saint, il les repousse l'une et l'autre. Dans l'état de prostration et d'inertie intellectuelle oii il est arrivé, un seul obstacle, — bien débile, — peut l'empêcher encore de se donner au Diable : une crainte obscure de l'au-delà, une vague terreur religieuse... Mais, les religions sont vaines comme le reste : tous les

PIU'KACE XXXV

(lieux défilent devaiil le solitaire poiii It'inoif^ner de leur n«'anl. .lé^ns lui-nirme succofiiIx' sous le l'aix de sa croix. I/avèiieinriil dr rAiiU'clirisl est proche. Est-ce la lin?... Non! Le sol«dl réapparaît t(3ul à coup, dissipant les ténèbres iiallucinaloires de la nuit. La'Vérilt' pure resplendit dans le co'ur de l'ascète comme la lumière malinale dans ses yeux... Le Diable, cependant, ne s'avoue point vaincu: « Je reviendrai! » — dil-il à Termite; — et, tandis que celui-ci s'agenouille pour rendre grâces à Dieu, la toile tombe sur un ricanement satanique qui se perd dans le lointain...

Telle est, dans son développement primitif, celte œuvre inégale et puissante. Il n'est pas bien sûr qu'elle recueille aujourd'hui plus de sympathies qu'en 18i9 ou en 187 i. Le bon Flaubert l'avouait lui-même, non sans un certain orgueil : « J'ai le don — disait-il — d'ahurir la critique. )>

Et pourtant, ce premier Sai?if Antoine est peut- Mre l'expression la plus profonde et la })lus parfaite que le pur romantisme ait laissée de lui-même. Le mal du siècle atteint là son paroxysme. Ni les llugo, ni les Lamartine, ni même les Vigny et le» Baudelaire ne sont descendus aussi avant dans le doute et le désespoir et ils n'en ont point fouini des raisons aussi fortement déduites. Si même on

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