XXXII PRÉFACE
et critique. On dirait que, dans le dernier, il a limité sa tâche à reproduire la crise intellectuelle et morale qui a bouleversé l'âme antique, durant les derniers jours du paganisme. Aussi, la couleur locale y est-elle scrupuleusement observée. Il n'y a pas un seul détail de mœurs ou d'archéologie qui ne puisse convenir à l'époque oïi se place l'action. Au contraire, dans la première version, nous sautons continuellement du passé le plus lointain à la réalité la plus contemporaine. Il s'y rencontre jusqu'à une fantastique évocation du Paris moderne, avec ses avenues rectilignes, ses ponts en fer et les cheminées fuligineuses de ses usines. On y assiste à un enterrement dans la campagne normande et l'on y voit tourner les chevaux de bois de nos esplanades.
Pour toutes ces raisons, parce que le premier Saint Antoine est un drame symbolique, une moralité élargie et transformée par la grande imagination de Flaubert, les qualités dramatiques y sont aussi plus apparentes que dans la version de 1874.
D'abord, l'auteur — on se le rappelle — avait songé à adapter au théâtre cette légende de saint Antoine. Il y renonça forcément. Mais dans l'exécution du livre, ses intentions primitives se trahissent. Les répliques se succèdent, s'entre-choquent, avec toute la vivacité du dialogue naturel, et sou-
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vont «'lies visent à *< r»;nVt »> soOni()ih'. In ^rnnd nombre de tirades sont iil(f'es comme de véritables conplels dram;iti(jues. ponctnées de reprises el lermin«''es par la {)liras«^ sonore i|ui «'nlrve les applaudissements. Enfin, il y a au moins une aj)parence d'action, — une aelion qui, sans être exlr(>mement mouvementée, nous parait cependant mieux conduite que dans la dernière version.
D'abord, les l*écliés commencent à tenter doucement Tanachorèle, à insinuer en lui des appétits de jouissance : ce qui l'amène à souhaiter pour la sécurité de sa conscience, que la religion soit fausse. Il a des doutes sur le fond même du clirislianisme, sur la ]5ible et le Nouveau Testament. i*uis, l'Esprit du mal lui montre ces doutes en quelque sorte incarnés et réalisés dans les Hérésies. En dernier lieu, il lui fait voir de faux prophètes aussi séduisants que les vrais : Simon le Magicien, Ennoïa, Apollonius de Tyane... Prohtanl de ce désarroi de sa pensée, les Péchés reviennent à la rescousse, il les repousse par orgueil. L'ermite se renferme dans sa chapelle, entre les trois Vertus théologales. Et c'est le premier acte du «Irame.
Au début du second, les l*échés reprochent à rOrgueil de leur avoir dérobé leur proie. Avec son aide et celle de la Science, ils concertent une non-