‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 23 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le soir, sur une inoiilaiine. A l'iiorizon, le désert; à drçite, la cabane de saint Antoine, avec un banc près de la porte; à gauche, une petite chapelle. Une lampe y est accrochée au-dessus d'une image de la sainte Vier^'e.

Devant la cabane, par terre, quelques corbeilles en feuilles de palmier.

Dans une crevasse de la roche, le cochon de Termite dort à l'ombre.

Antoine est seul, sur le banc, occupé à faire ses paniers. Il lève la tète et regarde le soleil.

ANTOINE Assez travaille comme cela ! prions !

Il se dirige vers li chapelle, puis il s'arrête. Tout à riieuro, il sera temps! Quand l'ombre de

la croix aura atteint cette pierre, je commencerai mes oraisons.

Il se promène tout doucement de long en large, les bras pendants.

Le ciel pâlit, le gypaète tournoie, les palmiers frissonnent, la lune va se lever, et demain? le soleil reviendra! puis il se couchera, et toujours ainsi! toujours!... moi, je me réveillerai, je prierai, j'achèverai ces corbeilles que je livre à des pasteurs pour qu'ils m'apportent du pain, j Ensuite je prierai, je me re'veillerai... et toujours " ainsi! toujours!

Il soupire»

0 mon Dieu! les fleuves s'ennuient-ils à laisser couler leurs ondes! la mer se fatigue-t-elle de battre ses rivages, et les arbres, quand ils se tordent dans les grands vents, n'ont-ils pas des envies de partir avec les oiseaux qui rasent leurs sommets?

11 regarde l'ombre de la croix.

Encore la largeur de deux sandales et ce sera le moment de la prière, il le faut!

Une tortue s'avance entre les roches. Antoine la regarde. Vraiment cet animai est fort joli î . . .

Puis il s'endort.

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.le suis hien lalii;iio (•(» soii! mon cilicc me gônci comme il est lourd !

Il se détourne et aper«;oit roiiibre de l.i <iuix n'ii a dépassé la pierre.

Alil misérable! quai-jc fait? allons! vite, vite!

Il frappe deux cailloux, ennamrae une feuille sèche, et allume la petite lampe qu'il raccroche à la muraille: la nuit est presque venue, il s'agenouille.

11 y a des gens (pii prient pour le seul plaisir tie prier, qui s'humilient pour s'humilier, mais moi'? est-ce par besoin ou par devoir?... assez, assez! plus de ces réllexions !... Salut, Marie pleine de grâces!... oh ! que je t'aime! Que n'ai-je pu, dans la poussière de la route, suivre ton long voile bleu tlottant, lorsque, au pas cadencé de Tàne voyageur, il se levait derrière toi et disparaissait sous les platanes!...

Antoine s'interrompt, la tortue s'avance, le cochon se réveille.

Cette figure ! c'est comme si jamais je ne l'avais ^ueîje voudrais qu'elle fut plus grande...

UNE VOIX, presque indistincte, murmure : Hien haute, n'est-ce pas'^

ANTOINE tressaille.

Qui donc parle?

Il écoute.

Eh non! c'est moi qui pense !

LA VOIX reprend :

... Bien haute, n'est-ce pas, et en relief pour qu'on puisse la saisir avec les mains?

... N'es-tu pas l'amour de ceux qui n'ont point d'amour?

LA VOIX

Prie-la, Antoine, elle t'aimera. Vois, elle te fait signe.

L'image tremble.

ANTOINE

Mais... elle a remué... Ah! c'est le vent peutêtre !

LA VOIX

Le vent du soir, qui souffle des mers chaudes...

IMUvMIKIlK VKHSION 5

ANTolNK

Maudit soit-il, s'il amollit le cœur du solitaire!

LA VOIX

Comment? n'es-tu pas humble, chaste, fort?

ANTOINE

Moi?

LA VOIX

Oui! tu as dédaigné toutes les joies, les festins, les femmes, le tumulte des chors et la popularité.

ANTOINE, souriant.

Il est vrail rien de ce qui lente les autres ne m'a séduit.

Il se remet en prière.

LE COCHON

Je mire dans les étangs ma robuste figure» J'aime à me voir : j'ai les pattes minces, les oreilles longues, les yeux petits, le ventre gros.

LA VOIX, plus forte."]

Noë s'est enivré, Jacob a menti, Moïse a douté, Salomon a failli, Pierre a renié; mais toi?...

ANTOINE

Avec quoi m'enivrerais-je? A qui mentirais-je? Si je doutais, je ne serais pas là! Moins que personne j'ai failli, et jamais je n'ai renié le Seigneur.

LE COCHON

Sincèrement, je ne vois point de créature qui vaille mieux que moi.

Des ombres vagues apparaissent au fond de la scène, on entend des chuchotements. Le vent souffle, la lanterne se balance.

ANTOINE se remet en prières.

Tu es bénie entre toutes les femmes î...

LA VOIX répète :

Toutes les femmes ! . . .

ANTOINE

Que ton nom...

LA VOIX

... plus suave qu'un baiser, mélancolique comme un soupir...

ANTOINE

Marie! Marie!

PUKMIKIU: VKMSION

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