I.A LoiilQL'E Va qui a fait le Diablo
ant(»im:
Dieu :
LA LOGIQUE
Si le Diable fut créé par lui et qiu' la création soit sortie de sa parole, avant que cette parole fut dite, la parole était en lui, et, avant que le Diable ne vint au monde, le Diable y était donc, et avec tout son enfer!... A-l-il un corps?
ANTOINE
Le Diable?... un corps?...
LA LOGIQUE
S'il en avait un, il ne serait pas partout à la fois comme Dieu qui, étant esprit, est partout à la fois. Mais s'il est esprit, il est donc Dieu ou plutôt partie de Dieu. Mais enlever une partie au tout, n'est-ce pas détruire le tout? Or, retranch«^r à Dieu une partie de Dieu, c'est nier Dieu : — tu ne nies pas Dieu, — tu adores Dieu...
Alors la Logique, sons la forme d'un nain noir, vêtu de parchemin, avec des ergots monstrueux aux quatre membres et se tenant tantôt d"nn pied, tantôt de l'autre.
sur une sphère qui roule, se penche à l'oreille de saint Antoine :
Tu adores Dieu : adore le Diable !
LORGUEIL, criant :
A moi, mes filles!
paraît derrière l'ermite.
La chevelure hérissée, les yeux rouges, le teint blême, la stature haute, le sourcil relevé. Un gi^and manteau de pourpre dont elle s'enveloppe cache les ulcères de ses jambes, et elle baisse le menton pour regarder dans sa poitrine un serpent qui la ronge. — On entend des sifllements, des aboiements, des cymbales qui sonnent, des clochettes qui tintent, et les Hérésies s'avancent, par longues files séparées, portant sur leurs tètes des serpents ou des fleurs. — dans leurs mains, des fouets, des livres, des zodiaques, des glaives, des idoles, des colliers d'amulettes autour du cou, des tatouages sur la figure avec des costumes de la Chaldée, de la Perse et des Indes, — le visage enflammé comme des fournaises, d'autres plus pâles que des ombres. — Il y a des mag'iciens à longue barbe, des prophétesses, les cheveux épars, des nains qui hurlent. Leurs haleines font une vapeur dans la nuit et leurs yeux étiucellent comme la pupille des chats sauvages.
Elles s'amassent, eu se grimpant sur les épaules. La Logique, qui bat la mesure avec un bâton de fer, conduit leur marche. l'Orgueil ricane d'une façon stridente. — Antoine dans sa cellule frémit. — A mesure qu elles approchent, une des ombres précédentes apparaît dans sa forme particulière et se mêle à leurs groupes.
€'est d'abord : la Luxure, rouge de cheveux, blanche de peau, très grasse, vêtue d'une robe jaune rehaussée de perles et de diamants. Elle est aveugle. De ses doigts chargés d'émeraudes, elle relève sa robe doucement, jusqu'à la hauteur des chevilles.
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l.a «jourmanilise a It; coii maigre, les lùvrcs violettes, Ih nez blou. Se^ dents pourries retombent sur son nien ton et sa tunique tachée de graisse et de vin laisse déborder son ventre, qui lui rouvre les cuisses.
La Colère est cuirassée d'airain, ruisselle de sang; des flammes jaillissent de son casque fermé, — deux bouk'«i de plomb terminent ses bras.
L'Envie, aux oreilles ônormes, se pince les lèvres, se ronge les ongles, s'égratigne le visage, se couche derrière tous les Péchés, se vautre sur le sol et leur mord le talon.
L'Avarice, vieille femme en haillons recousus, agite continuellement dans l'air sa main droite qui a dix doi;;ts. et de la ganciie elle retient des pièces d'argent dans ses poches trop pleines.
La Paresse, sans pieds ni bras, se traîne péniblement sur le ventre et soupire.
Toutes les Hérésies maintenant sont confondues. — Les Péchés, plus grands ((u'elles. les poussent par derrière.
Des nuages bruns roulent sur la lune, elle apparaît »;àet là entre leurs déchirures et illumine la scène d'un reflet verdàtre.
LES HÉRÉSIES augmentent, entourent la cabane, vont jusqu'au seuil de la chapelle; elles disent en adoucissant leurs voix :
Pourquoi trembler, bon ermite? nous sommes les Pensées mêmes avec qui tu causais tout à l'heure : ne crains rien, bon saint Antoine, ne crains rien !
ANTOINE
Olil comme il y en a! J'ai peur !
LES PATRICIANISTES IV'ur de la chair, n'est-ce pas'.^Klle est mauvaise.
ANTOINE
Oui!
LES PATRICIANISTES
C'est par elle que nous sommes maudits!
ANTOINE
En effet !
LES PATRICIANISTES
Et maudits par le père du Verbe, source de tout esprit et dont la chair est l'ennemie, comme le Diable est son ennemi. — S'il l'avait créé cependant, aurait-il maudit son œuvre? Les corps font les corps, l'Esprit fait Tesprit: le Diable a donc fait le corps, a fait l'homme, Satan est son auteur,
LES PATERNIENS
Pas tout entier! depuis la poitrine seulement jusqu'en bas. Dieu a formé la tête oiî pousse la pensée, le cœur où palpite la vie. Mais c'est le Diable qui a fait la digestion, la génération et l'envie de voyager qui circule dans les pieds.