‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 25 sur 81 · L.V LOGIQUE · texte numérisé non relu

L.V LOGIQUE

l*ouniuoi pas le Pire par le Fils ?

ANTOINE

Il devait venir après !

Comme fait par lui, sans doute?

ANTOINE

Non!

LA LOGIQUE

Qui a créé le monde ?

ANTOINE

Le Père.

LA LOGIQUE

Et OÙ était le Fils, alors ?

Vis-à-vis des Péchés capitaux, derrière la chapelle, apparaissent d'autres ombres moins grandes et plus nombreuses.

Et où était le Fils, alors? Était-il le Christ,

puisque le Christ fut homme, et qu'il n'y avait pas d'hommes ? Et l'Esprit, que faisait-il ?

ANTOINE

Ils étaient ensemble.

LA LOGIQUE

Ensemble ! trois Dieux !

ANTOINE

Non ! ils étaient un.

Mais puisque Jésus était Dieu quoique étant homme, oii était Dieu tandis qu'il vivait? que faisait Dieu lorsqu'il mourut? où était Dieu, quand il est mort? car il est mort...

ANTOINE, se signant.

Et ressuscité !

LA LOGIQUE

Mais s'il était avant la vie, il n'eut pas besoin de ressusciter pour être de nouveau, après la mort? Qu'a-t-il fait de son corps humain? Qu'est-il advenu de son âme humaine? L"a-t-il rattachée à son âme de Dieu? Ce serait donc un homme qui serait Dieu,

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qui s'ajouleiail à Dieu, un Dieu qui serait chair; et comme il n'est ([u'uu avec le l*èrc et l'Kspiit, le Père et l'Esprit seraient chair, tous seraient chair : il n'y aurait que la chair?...

ANTOINE Non ! non î tout esprit !

LA LOGIQUE

En effet, car Jésus est Dieu. Mais Jésus naquit, mangea, marcha, dormit, souffrit, mourut : est-ce que TEsprit naît? Est-ce qu'il souffre, est-ce qu'il mange, est-ce qu'il marche, peut-il mourir? Jésus n'a donc éprouvé ni la naissance ni la mort, — ou bien il n'était pas esprit.

ANTOINE

C'est l'homme en lui qui a souffert.

Et non le Dieu, cela est sûr ! s'il eût été Dieu...

ANTOINE

Mais oui, il était Dieu !

LA LOGIQUE

11 n a donc pas souffert alors, — il a fait semblant

de souffrir. Il n'est pas né de Marie, mais il a paru naître. Quand on le clouait sur la croix, il regardait d'en haut son corps qu'on suppliciait ; quand il a levé le troisième jour la pierre de son tombeau, c'était comme une vapeur qui en est sortie, un fantôme, je ne sais quoi. Thomas s'en doutait, qui a voulu toucher ses plaies. Mais il lui était facile de simuler des plaies puisqu'il simulait un corps : si c'eût été un vrai corps comme le tien, aurait-il pu traverser les murs et se transporter dans l'espace? Or, si ce n'était pas un corps, si ce n'était pas un homme... Jésus est bien le Christ, n'est-ce pas? tu ne crois pas que le Christ ait été Melchisédech, ni Sem, ni Theodotus, ni Vespasien?

ANTOINE

Oui ! Jésus est le Christ I

LA LOGIQUE

Et le Christ est Jésus... Mais pour exister cependant, il faut avoir un corps, il faut être, et puisque ce corps, il ne l'avait pas, donc il n'a pas existé, donc il n'a pas été, le Christ est un mensonge !

ANTOINE, se désolant.

Oh! oh ! c'est malgré moi, tout cela est tombé dans ma tête l'un après l'autre. Pardon, Seigneur! pardon ! qu'il est mal...

l'IlKMir.ltK VKKSION 23

LA Ll>Gll,>i:i::, l'interrompant :

(Jifest-cc (juo le mal ?

ANTOINE, élonn.^.

Ce qui n'est pas le bien.

\.\ LOGIQUE

Ah ! ah I tu philosophises comme un Grec ! Tu di^ le mal, le bien, le bon, le mauvais. Voyons, habile homme : le mal, c'est ce ([ui n'est pas le bien, et le bien, sans doute, ce qui n'est pas le mal, — ensuite?...

ANTOINE, irrité.

Kli non! le mal, c'est ce (jui est défendu par Dieu.

LA LOGIQUE

A coup sûr! tel que Thomicide, l'adultère, l'idolâtrie, le vol, la trahison cl la rébellion contre la Loi : c'est pour cela qu'il a ordonné à Abraham de sacrifier Isaac qui était son fils, à Judith d'éjjforp^er Ilulupherne ({ui était son amani, à Jaliel d'assassiner Sisara qui était son hôte, et à tout le |)euple d'exterminer les autres peuples, de massacrer les animaux, d'évenlrer les l'emmes enceintes, et (ju'il a fait forni([uer Abraham avec Auar, Ozée avec la courtisane, et que Jacob volait Labaii. (|ue Moïse

volait le roi d'Egypte, que David était chef de voleurs, que les citoyens volaient Fétranger, que le peuple volait les villes alliées, pillait les villes vaincues, et que, depuis Aaron jusqu'à Sédécias, on a adoré le serpent d'airain, qu'on a gratifié Rahab et récompensé le traître de Bethel, et que Ltii^ enfin, il a envoyé son Fils afin de détruire la Loi qu'il avait faite. Si elle était bonne, pourquoi la renverser? si elle était mauvaise, pourquoi l'avoir donnée? Y a-t-il quelque chose de bon qui ne soit mauvais? quelque chose de mauvais qui ne soit bon? Le bien est-il? le mal est-il? Y a-t-il une vérité? où est le mensonge ?. . . Les sages ont cherché et n'ont rien trouvé, les prophètes ont parlé et n'ont rien dit : tu feras comme eux, les siècles feront comme toi!... Allons I sans t'inquiéter de l'ouvrae^e, tourne la meule de la vie et siffle en la tournant !

ANTOINE

Que m'importe à moi! Gonnais-je les desseins de Dieu?

LA LOGIQUE

Pourquoi donc adorer en lui ce que tu exécrerais dans un homme, puisque tu t'inclines devant le mal.

ANTOINE

Mais c'est dans le Diable qu'est le mal !

PHEMII-lii: VKUSION 25

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