‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 33 sur 81 · MAXIMILLA · texte numérisé non relu

MAXIMILLA

Nous revenions de Tarse par les montagnes, lorsqu'à un détour du chemin nous vîmes un homme sous un figuier.

Il cueillait les feuilles et les jetait au vent. Il arrachait les fruits et les écrasait par terre.

Il nous cria de loin : ^( Arrêtez-vous! », et il se précipita en nous injuriant. Les esclaves accoururent. Il éclata de rire. Les chevaux se cabrèrent, les molosses hurlaient tous.

Il était debout, au bord du précipice. La sueur coulait sur son visage olivâtre. Le vent de la montagne faisait claquer son manteau noir.

11 nous appelait par nos noms, il nous reprochait

PKKMII IIK VKKSKiN 53

la vanité de nos œuvros, la liirpilndc de nos rf)rp«, cl il lovail le poin^ du cùh'' des dioiiiadain's, à cjuise dos cloclielles darucnl (jifils poilaienl sous la mâchoire. Sa fureur me versait l'ôpouvante dans les entrailles : c'était je ne sais (juci voluplufux laniia«;e mêlé de brise et de [)arrni]is, (jui me Ix'i- • ail, m '(^ni vrai t.

D'aLoi'd les esclaves s'approclièrent : — « Maîlr<', dirent-ils, nos bêtes sont fatiguées » ; puis ce lurent les femmes : « Voici la nuit, nous avons peur » ; et les esclaves s'en allèrent. — Les enfants se mirent à crier : « Nous avons faim »; et comme on n'avait pas répondu aux femmes, elles disparurent. Lui, il parlait : sa voix siftlait, ses paroles tombaient, précipitées, coupantes, comme des poignards qui faisaient saigner mon co'ur et le dégorgeaient.

Je sentis quelqu un près de moi : c'était l^'poux. .lécoutais l'autre. Il sanglotait, il se traînait à genoux sur les pierres en s'écriant : « Tu m'abandonnes! » Et je répondis : « Oui, va-t'en! ».

Antoine ouvre la bouche, mais PHISriKLA et MAXIM ILLA se mettent à clianter :

Le Père domine! le Fils pàlil ! l'Esprit llamboie! Le Paraclet est à nous! L'Esprit est à nous! Car nous sommes les amantes du grand Montanus!

Et elles désignent près d'elles un eunuque noir, vitu d'un manteau fauve à galon d'argent, fermé sur sa poitrine par deux ossements de mort.

Page 1