‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 35 sur 81 · LES MONTANISTES · texte numérisé non relu

LES MONTANISTES

Non! tu ne nous chasseras pas! Zotime de Comane a été vaincu par Maximilla. Sotas, évêque d'Anquiale, par Priscilla. Nous avons des saints qui sont plus saints que tes saints, des

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mail\i'^ j)lus martyrs que los martyrs. ('onnMis-lii Alexamlio, Tin'îodoto et Tlicrmison? On a anac In- It'S yeux, les donts ol les oncles à Alexandre de iMiryiiie. On lui a frotté la j)eaii axrc du uiirl, on a v(Msé dessus des guc'^pes lu rieuses et on Ta lié par une corde à la queue d'un taureau (jui marchai! au pas dans une prairie. On a dc'chiré' Theimison avec des couteaux de Ijois, et on a fait <()uler sur sa fij^ure le sani;- de ses entrailles. Mais Satan, au liaut d'une montagne, a battu lliermison pendant six nuits avec le tronc d'un cèdre (|ui avait toutes ses branches; et il l'a rejeté comme une pierre, dans la vallée.

Allons, viens î Jésus a souffert le martyre. Qu'est ta douleur près de la sienne?

ANTOINE, amèrement.

Oh! rien! .le le sais! les larmes de toutes les générations qui, réunies, formeraient des océans, sont, devant ces pleurs éternels, comme une goutte d'eau sur une feuille.

Silence.

LES MO.NTANISÏES reprennent :

L'amour déborde du cœur saignant. L'extase aux yeux fermés contemple les splendeurs célestes, et la suprême intelligence t'arrivera par les angoisses de la matière, comme la foudre qui u'apparait que dans les déchirures des nuages.

ANTOINE

Oh! oui! oui! mon corps me gène! 11 m'écrase! il m'étoutTe!

LES VALÉRIENS, très grands, très maigres, avec un poignard à la ceinture, une couronne d'épines sur le front. Ils prennent leur poignard d'une main, leur couronne de l'autre : — et ils disent :

Voilà qui Iranche la luxure! Voici qui endolorit l'orgueil. Est-ce la douleur que tu crains, lâche? Est-ce la peur de ta chair, hypocrite? Tu te couches près d'elle, tu la regardes dormir; elle se réveillera plus dévorante que les lions. Étouffe-la donc, coupe-la donc, extermine-la!

ANTOLNE

Ah ! une haine me prend contre moi! j'exècre la vie, la terre et le soleil!

Des cris féroces éclatent et LES DONATISTES GIRCON- CELLIONS apparaissent, sales, hideux, vêtus de peaux de chèvres et portant des massues de fer sur l'épaul'.

Malédiction sur le monde! malédiction sur nous-mêmes! maudit l'homme, maudile la femme, maudit l'enfant! Ecrasez le fruit, troublez la source.

Pillez le riche qui se trouve heureux, qui mange beaucoup; battez le pauvre qui envie la housse de l'âne, le repas du chien, le nid de l'oiseau, et qui

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-(mI(''S()1«^ S(>lil;iii"(Min'iil (jiic rli.iciui ne soil pas un inis«''ral)l(» conniK* lui.

Nourrissez les ours, appelez les vaulours, si filez les crocodiles et ricinieurnou sur le riva;;»'!

Nous, a les eapilaincs des Saints ■>, nous (h'-lrnisons la matière [)onr liàler la lin du monde, nous assassinons, incendions, massacrons! Nous perçons les (lippues, nous répandons l'argent dans la mer.

Le salut n'esl (jue dans le luailyre, nous nous donnons le martyre. Nous nous enlevons la p<'au des pieds, et nous courons sur les galets. Nous enfonçons des broches de fer dans nos entrailles. Nous nous roulons tout nus, dans la neige.

Nous nous égorgeons en criant : « Louange à Dieu ! » Nous montons sur les édilices pour nous précipiter la tète en bas. Nous nous couchons sous la roue des chars. Nous nous jetons dans la gueule des fours.

llonni soit le baptême 1 Honnie l'eucharistie! Honni le mariage! llonni le viati([ue!

La Pénitence seule lave les âmes.

Jésus ne se touche point, Jésus ne se mange point. Damnation sur l'adultère consacré! (i'est avec la Douleur (ju'il faut s'unii". Damnation sur la vanité du moribond ([ui croit la chair éterindle. Damnation sur la sottise de ceux (|ui Fespèrent, -ur l'infamie de ceux (jui renseignent. Damnation -ur toi! Damnation sur nous! Damnation sur tous et ffloire à la Mort!

ANTOINE Horreur!

Un coup de tonnerre éclate, une fumée épaisse couvre là scène. Antoine ne distingue plus rien.

Je n'ai pas rêvé pourtant?... Non... elles étaient là!... rugissant autour de moi, et ma pensée s'écroulait sous elles, comme les îlots de sable dans les fleuves, qui tombent, par grands blocs, sous les pattes lourdes des crocodiles. Elles parlaient toutes ensemble, et si vite, qu'il m'était impossible de distinguer leurs voix.

Se remettant peu à peu.

Mais il y en avait... qui n'étaient , pas... complètement détestables. Comment cela se faisait-il?' Il fallait leur répondre... Je n'ai pas tout vu.

11 regarde vaguement de côté et d'autre et il pousse un cri, en apercevant, dans le brouillard, deux hommes couverts de longs vêtements qui descendent jusqu'à leurs pieds. Le premier est de haute taille, de figure douce, de maintien grave ; ses cheveux blonds, séparés par une raie comme ceux du Christ, descendent régulièrement sur ses épaules. Il a jeté un bâton blanc, qu'il portait à la main et que son compagnon a reçu, en faisant une révérence, à la manière des Orientaux.

Ce dernier, vêtu pareillement dune tunique blanche sans broderie, est petit, gras, camard, d'encolure ramassée, les cheveux crrpus, nne mine naïve.

Ils sont tous les deux sans chaussure, nu-tête et couverts de poussière, comme des' gens qui arrivent de voyage.

IMŒ.MIKIU: \i:usiu.N r,9

(Jue voulez-vous? parlez!... Allez-vous-en!

DA.MIS : o'est le petit liomme.

Lci ! là! bon ermite î Cle qiHî je veux? je n'eu sais lien! Voici le maître, (juanl à partir, la charité du moins exigerait...

ANTOINE

Ah! excusez-moi! J'ai la tète si troublée!... Que vous faut-il?... Asseyez- vous.

Damis s'asseoit, — lautre reste «Icbout.

Et votre maître?

DAMIS, en souriant.

Oh ! il n'a besoin de rien ! C'est un sage ! Quant à moi, bon ermite je vous demanderai un peu d'eau, car j'ai grand'soif.

Antoine va chercher une cruche dans sa cellule, et, la

levant lui-même, otlre à boire à Damis. Peu à peu, la fumée disparait.

Damis, après avoir bu :

Pouah ! ({u'elle est mauvaise, vous devriez bien l'enfermer sous de la verdure!

ANTOINE

C'est qu'il li'y a pas un brin d'herbe aux environs, seigneur I

Ah! n'auriez-vous rien, dites-moi, à mettre sous la dent? car j'ai grand'faim î

Antoine va dans sa cabane et en rapporte un morceau

de pain noir, tlesséché.

Damis, mord à même :

Qu'il est dur!

ANTOINE

Jo n'en ai pas d'autre, seigneur!

DAMlS

Ah!

H casse le pain, en relire la mie et jelte les croûtes. Le cochon se précipite dessus : Antoine fait un geste de colère pour le battre.

Laissez donc ! ne faut-il pas que chacun vive ! Silence.

ANTOINE reprend.

Et vous venez?

PIU-lMIKm-: VKItSKiN 01

DAMIS O.'i! (le loin... de liv- loin!

ANTOINE

J'^l... VOUS allez?

DAMIS, désignant l'autre.

Où il voiulra.

Hui est-il donc?

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