L.V LOGIQUE
Pourquoi ne vint-Il pas chez Lazare, pourquoi repoussait-t-Il sa mère?
Pourquoi avait-Il besoin du baplôme? Pourquoi avait-Il peur de mourir?
ANTOLNE, aux Vertus.
Oli ! VOUS palissez!
TOCS A LA FOIS
Ah ! lu chanteras! tu danseras! lu iira<!
II court éperdu, pour fuir.
L'ORGUEIL crie :
Assez prié, Antoine ! tu as la grâce !
ANTOINE
Gomment?... et les Tentations qui sont là? Le Diable fait aux Péchés un signe rapide.
L'ORGUEIL
Elles n'y sont plus ! regarde ! Les Péchés ont disparu.
ANTOINE, examinant.
Oui... en effet...
L'Orgueil, avec le serpent qu'elle tient dans sa poitrine, frappe la Foi au visage, et les Vertus s'en vont sans que l'ermite s'en aperçoive.
L'ORGUEIL reprend :
Sors de ta chapelle! Sors donc! hume l'air!
ANTOINE, dehors.
Comme la nuit est douce ! Gomme le temps est pur! Gomme les étoiles scintillent!
Il se promène, les bras pendants. L'Orgueil marche derrière lui dans son ombre.
PHEMIKHK VEIiSION ll.j
(".oimuciil les autres hommes peuvent-ils pourvoira leur salut avec leui* femme, leur métier, tous les tracas do la vie?.. Moi, ^l'Ace au ciel, ri<'n ne me dérange. Je commence le malin par faire ma prie'^re. Ensuite je donne à manger au cochon : cela m'amuse; puis je halaie ma case, je prends mes paniers; eulin arrive l'heure de l'oraison...
On entend rire le Diable.
J'ai été bien tourmenté tantôt... oui!... cruellement!... Oh! Je ne laisserai plus les mauvaises pensées revenir! Je sais maintenant comme elles s'y prennent.
Son pied lieurte quebiue chose : — il le ramasse.
Tiens! une coupe en argent! Il y a dedans une pièce d'or... Quoi? une seconde! une autre! Oh! oh ! oh !
La coupe se remplit de pièces d'or.
Mais quelle couleur!... Cela change!... c'est de Témeraude ! oh! oh!... et elle se fait toute transparente! lumineuse!... C'est du diamant! elle me hrùle! Ali!
Des rubis, des turquoises, des ony.x. des perles et des topazes débordent de la coupe. Antoine lâche les mains. Elle se tient en l'air, et allongeant sa tige^ s'épanuuit par le haut, cumme un grand lotus, d'où ruisselle continuellement une cascade de pierres précieuses.
Non ! je ne veux pas !
Il donne un coup de pied dans la coupe : la vision disparaît.
Ah ! quand donc serai-je tranquille ? Quel pécheur je fais! Je ne puis avoir une idée sans perdre mon âme ! A moi ! à moi, souffrances de la | chair !
Il saute sur sa discipline.
LE COCHON se réveille.
Quel rêve !
J'étais au bord d'un étang. J'y suis entré, car j'avais soif, et Tonde, tout à coup, s'est changée en lavure de vaisselle. Alors une brise chaude comme une exhalaison de cuisine a poussé vers ma gueule des restes de nourriture qui flottaient au loin, çà et là. Plus j'en mangeais, plus j'en voulais manger, et je m'avançais continuellement, faisant avec mon corps un sillon dans cette bouillie claire. J'y nageais éperdu, je me disais : « Dépèchons-nous » ! La pourriture de tout un monde s'étalait autour de moi pour satisfaire mon appétit. J'entrevoyais, dans la brume, des caillots de sang noir, des flaques d'huile, des intestins bleus et les excréments de toutes les bêtes, avec le vomissement des orgies et le pus verdâtre qui suinte des plaies. Cela s'épaississait sous moi. J'enfonçais des quatre pattes ; une averse nauséabonde, qui tombait menue comme des aiguilles, me piquait
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h»s yeux, iiiîiis j'asalais (()ii|miii-s, car (-'«'lail hmi. noiiillaiil (le [)lus (Ml plus el m«' pn'ssanl les eûtes, le lac iiumoiisc me brûlait, m éloiilVail. .le voulais fuir, je ne pouvais rcuuKM"; j»* feruiais la bouche, — il fallait la rouvrir; — cl alors d'autres choses (relles-mènies s'y précipitaient, toul me };argouillail dans le ventre, tout me clapotait aux oreilles. Je hurlais, je râlais, je mangeais!... pouah! pouah! j'ai envie de me briser le ciane contre les pierres, pour me débarrasser de ma pensée!
ANTOINE, se fustigeant.
Aie!... n'importe! })as de lâcheté... Oh là!... tiens, pécheur ! tiens ! soulTre donc ! pleure donc ! crie donc!... Encore, crie!... crie!... Eh bien.\.. Je compterai jusqu'à cent ! jusqu'à mille!
II s'arrête.
Non, tu ne me vaincras pas, faiblesse de la chair!... Saigne, saigne!
Il recommence.
Mais!... je ne sens plus rien! Les piquants, sans doute, s'accrochent à ma tunifjue?
Il défait sa robe qui tombe jusqu'à sa ceinture. 11 reprend sa llagellation, les coups résonnent.
Bon ! sur la poitrine! dans le dos! sur les bras! sur les reins! sur le visage! J'ai besoin de battre ! cela m'assouvit! plus fort donc!... Oh! oh! oh î...
Mais j'ai envie de rire maintenant. — Ha! ha! ha!... Je sens comme si des mains me chatouillaient tout le corps... déchirons-le ! Oh là! ho! Mes nerfs se rompent!... Eh hien?...
Il s'arrête.
C'est peut-être l'extase qui atténue les souffrances de la chair? je veux Fen écraser! Pas de grâce pour elle ! va !
Il se fustige avec frénésie. Le Diable, placé par derrière, lui a pris le bras et le fait aller d'un mouvement furieux.
Malgré moi, mon bras continue! Qui me pousse?... Quels supplices ! quelles délice? ! Je n'en puis plus I mon être se fond. .. je meurs.
Il s'évanouit et il croit voir :
Une rue avec des platanes en fleurs ; à gauche dans l'angle, une petite maison dont la porte entrouverte laisse apercevoir une cour bordée de colonnes doriques, supportant les logements du premier étage; — l'on distingue, entre les colonnes, d'autres portes couvertes d'une laque bleue et rehaussées par des marquetteries en cuivre.
Au milieu de la cour, à genoux, une femme, en tuoique jaune, emplit des corbeilles et des boîtes. Debout, près d'elle, appuyée contre une colonne et la regardant faire, se tient une autre femme, tout en blanc; son vêtement, fixé sur les épaules par une agrafe d'or, pend à grands plis droits, et le bout de ses pieds nus dépasse dans des sandales découvertes. Deux larges nattes blondes, tressées en losanges symétriques, s'évasent sur les oreilles et vont s'attacher par derrière à un tortis de perles fines d'oti retombe en petites boucles tout le reste de sa chevelure.
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LA COrUTISANK
D«''|)èciio-loi , Lampilo ! il tant pnriir, avant mt'me que les matelots ne soient rvcilh's !