‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 49 sur 81 · I.a femme à ^'cnoux sanglote et l'autre femme reprend · texte numérisé non relu

I.a femme à ^'cnoux sanglote et l'autre femme reprend

As-ln mis TonguiMit de \)é\os dans les hoîtes de plomb, el mes sandales de l\alara dans le sachet à pondre dii'is ?

LAMIMTO

Oni, maîtresse ! voici encore la lysimachia i)onr les cheveux, lespatles de mouches pour les sourils, les racines d'acanthe pour le visage.

LA COURTISANE

('ache au fond, sous mes robes de Sybaris, les planchettes de sapin qui resserrent la taille, n'oublie pas le calcul d'onagre que m'a vendu le mage, ni l'ecbolada d'Egypte qui pn'viont les accouchemonts.

LAMPITO

Ah ! maîtresse, je ne le reverrai donc plus.

Elle pleure.

Saint Antoine se voit lui-m'mc, voit un autre saint Antoine dans la rue, devant la maison de la Courtisane.

LA COURTISANE

Mets encore tout ce que j'ai de nard, de rhodinum, de safran, — et d'huiles d'amandes surtout; car là-bas, m'a-t-on dit, elles sont mauvaises. Puisqu'il m'aime depuis ce jour où il s'aperçut, au réveil, que sa barbe sentait bon, pour avoir dormi la figure sur ma poitrine, je dois faire que mon corps transpire de molles odeurs.

LAMPITO

Il est donc bien riche, ô maîtresse, ce roi de Pergame?

LA COURTISANE

Oui, Lampito, il est riche! et je ne veux pas, quand je serai vieille, mendier chez mes amants d'autrefois, ou devenir la complaisante des matelots. Dans cinq ans, dans dix ans, j'aurai beaucoup d'argent, Lampito! Je reviendrai, — et si je ne puis, comme Lamia, bâtir un portique à Sicyone, ou, comme Cleiné la joueuse de flûte, peupler le Péloponèse de mes statues d'airain, j'aurai (du moins je l'espère) de quoi nourrir de gâteaux carthaginois mon roquet de Syracuse. — Je prendrai un train de maison à la mode persique, avec des paons dans ma cour et des robes en pourpre d'Hermione brochées de lierres d'or, — et l'on dira : « C'est Démonassa la Corinthienne qui est revenue

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i.AMiM'rn

0 maîtresse ! la jcninesse (rAlliènes va dépérir (rciimii I

Saint Antoine s'avance vers la porte.

LA courtisanp:

(Jui donc marche dans la rue, Lnmpilo?

LAMPIÏO

Maîtresse, cest sans doute le venl (jui souflle d ms los platanes.

LA COURTISANE

J'ai peur des Arcliontes : s'ils savaient que je dois partir, ils m'arrêteraient.

LAMPITO

Mais au (larrelour-Di^'é, trois mule> l'allendenl, avec un guide sûr qui connaît les défilés.

LE FAUX ANTOINE, dans li nu-.

E n l re ra i -j e ? n ' e n t re rai -j e pas ?

LAMPITO

Ah ! que les festins seront tristes ! Aucune, comme toi, ne savait, dans la bibasis dorienne, soulever à temps égaux son jupon rayé, ni danser la martypsa d'une façon plus merveilleuse I Quand tu tournais autour des iits, la taiJle renversée, le bras droit étendu, en faisant, dans tes mains, sonneries crotales noires, le vent de ton écharpe remuait les cheveux sur le front des convives, qui se penchaient entre les flambeaux, pour voir passer ta danse.

Le faux Antoine s'arrête.

LA COURTISANE

Qui donc soupire dehors, Lampito?

LAMPITO

Personne, maîtresse!... Sans doute les tourterelles qui roucoulent sur la terrasse.

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