‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 60 sur 81 · LES DIELX DU NORD · texte numérisé non relu

LES DIELX DU NORD

Le soleil fuit! Il court comme s'il avait peur," il se ferme comme Fœil fatigué d'une vieille fileuse.

Nous avons froid, nos peaux d'ours sont lourdes de neige et le bout de nos pieds passe par les trous de nos chaussures.

Jadis nous étions dans nos grandes salles où les bûches flambaient, près des tables longues couvertes de quartiers de viande et de couteaux à manche ciselé.

Il faisait bon! nous i)uvions de la bière. Nous nous racontions nos vieux combats. Les coupes de corne entre-choquaient leurs cercles d'or, et nos cris montaient comme des marteaux de fer que Ton eût lancés contre la voûte.

Elle était cannelée de bois de lances, la lar2:e voûte ! Les glaives suspendus nous éclairaient pendant la nuit, et nos boucliers du haut en bas s'étalaient sur les murs.

Nous mangions le foie de la baleine, dans des plats de cuivre qui avaient été battus par des géants. Nous jouions à la balle avec des rocs; nous écoutions chanter les sorciers captifs qui s'appuyaient en pleurant sur leurs harpes de pierre, et nous rentrions dans nos lits, le matin seulement, lorsque la brise, tout à coup, entrait dans la salle échauffée.

Il a fallu partir, pourtant! Il y eut alors des san-

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iilol^l i\(»ii^ avi()n> le (Mi'iii" i;()nlU'. ri.inmc l,i m •!• quiiiid Ital le plein do lu luaréo.

Siii" In lainlr où [licoro la CMincillr, ii<»n>> asoii^ Irtuivé 1<'^ PnmiiK'S (Iniil se Il(tll^l•i-^<ait•nl Ic^ dieux (|iiaiid ils se sonlaieiil \it>illir; rllc^^ ("laiciil noires de [loiii rilnre e| s'écriisaienl à la pluie. Daii^ la Inrèl prolniide, près du llèh'e ('leriiel. nous avons VII le<(jiiali*e Daims (|ui toiunenl en nioidant son leuillaî^c. LV'corce élail rongée et les jjt^les assouvies ruminaient debout, en haltant du pied. Au bord de la pla^e, où se brisent les glaçons blancs, nous avons reneonlré le vaisseau consiruil avec les oniiles des cadavres : il t'dail vide, et alors a chaulé le coi} noir qui se tenait au fond de la terre, dans les salles de la mort.

Nous sommes las, nous avons Froid el nous Iré- Ituciions sur la glace. Le loup i[ui court derrièic nous va dévorer la lune.

.Nous n'avons plus les grandes prairies où il y ovait des balles pour re[)rendre baleine, dans la balaille. Nous n'avons plus les navires a plaques d'or, les longs navires bleus dont la prone coupail les monts do glace, quand Jious cben'lii(»ns. sur l'océan, les (iénies cachés qui bramaient dans les tempêtes. Nous n'avons i)lii- les palin> poiiilus avec lesquels nous taisions le lour des pùlc;, en poilanl, au boni (1(^> hra-, le jirmament enlier (pii touinail avec nous...

Ils disparaissent d.ms un tourbillon de neige. .Vntoine sent peu de sympathie pour les Dieux du Nord, trop brulaiix ot trop étroit-^.

LE DIABLE

Oui! ils ne s'occupaient qu'à boire, comme di bons vivants! En voilà un plus moral : il vient de la Perse !

On voit venir un vieillard qui marche à pas lents, les] yeux fermés, le corps enveloppé dans de vastes dra-j peries, et une barbe blanche lui descend jusqu'au ventre.!

Au-dessus de sa tête, se tient en l'air une petite figure! semblable à lui et dont la partie inférieure se perdj dans un plumage épais.

LE VIEILLARD ouvre les yeux et la petite figure étend les]

ailes.

Enfin ! les douze mille ans sont accomplis! c'est donc le jour! le grand jour! Merci, ô Ferver im-| mortel, qui laissais tomber dans mon intelligence les rayons merveilleux de tes pupilles d'émeraude ! Tu vas grandir, n'est-ce pas? et nous allons nousi baigner ensemble dans les profondeurs du Verbe!

11 teod l'oreille, il regarde.

Mais quoi ! je n'entends pas tomber la pluie d'eau j noire ! Les corps ranimés ne se relèvent point de, leurs tombeaux!

11 appelle.

Kaïoraors I Mescliia! Meschiané!

Silence.

Mes trois fils ne sont donc pas venus?

l'IlKMIKIU: Vi:H-|(iN l'.»7

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Non :

Z<»i;(>A>Tm:, m sursanl.

Ail ! c'fsl loi, Arilimaiio !

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