‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 63 sur 81 · I..V TKUIŒ, en cheveux blancs, suivant Lrauu · texte numérisé non relu

I..V TKUIŒ, en cheveux blancs, suivant Lrauu

J'avais des fofèts niysl(Mi('US(»s, j'avais des océans démesurés, j'avais des montagnes inaccessihles. Dans les eaux noires, vivaient des InMes dnngereuses, et l'haleine des m.in'cages se balançai l sur ma ligure, comme un voile sombre.

l'en i Me d'énergies, enivrante de p.uTums, t''l)louis<ant(* de couleurs, immense! Ah! j'«''lais belle quiind je sortis toute écheveh^e de la couche du Chaos I

L'homme alors pâlissait au bruit de mes abîmes, à la voix des animaux, aux éclipses de la lune. Il se roulait sur mes lleurs, il grimpait dans mes feuillages, il ramassait sur les grèves les perles blondes et les coquilles contournées. A la fois Nature et Dieu, principe et but, j'étais infinie pour lui, et son Olympe ne dépassait point la hauteur de mes montagnes.

Il a grandi, ô Uranus ! et, comme tu faisais autrefois des Gyclopes mes fils, que tu emprisonnais dans mes entrailles, maintenant il creuse mes pierres pour y placer ses rêves et marquer plus de désespoir.

SATURNE, Tair farouche, la poitrine et les bras nus, la tête à demi couverte par son manteau et tenant à sa main sa harpe recourbée.

De mon temps, le regard de Fhomme était pacifique comme celui des bœufs. Il riait d'un gros rire et dormait d'un sommeil lourd.

Contre le mur d'argile, sous le toit de branchage, le porc se fumait lentement au feu clair des feuilles sèches, ramassées quand arrivent les grues. La marmite bouillait pleine de mauves et d'asphodèles. L'enfant inepte croissait près de sa mère. Sans chemins et sans désirs, les familles isolées vivaient en paix dans des campagnes profondes, le laboureur ne sachant pas qu'il y eût des mers, ni le pêcheur, des plaines, ni l'observateur des rites, d'autres dieux.

iMiKMir.i;!-: vkumhn 203

Miu<, (jii.ind llfMirissail 1<' cli-iiildii |H.iiilii d (|iii> la cigîilc (>iivi;iil si»^ .lilcs tl.iu>- Ic^s l)li''>^ jnimos, on lirait «lu ^r«Mii«'r les };,àl('iuix dr Ironia^cs, on huvail (lu vin noir, on s'asseyait sons les IVène^. I^rs (MiMirs ciianilV's par Sii-ins Nattaient pln^ Inii. le ^enil (les cabanes exhalait rôdeur du bouc, et la lille iiisli(|ne clii^nail des yeux, (»n j)assant près des buissons.

Age (|ui no reviendra {dus, abjis (|iralla(liée l(tut entière à la n'alilé du sol, la vie humaine, ain<i que ronibriMrnn cadran, taisait sans jamais dévier U^ toui* de ce point li.ve !

Puisque j'avais déti'ùné Lranus, pourquoi donc Jupiter est-il venu?...

RIIÉA

C'est moi qui t'ai trompé, Dieu dévorateur!

Je me rongeais de tristesse à produire continuellement pour une irrassasiable destruction. Ah ! (juc l'ai ri. quand je l'ai vu avaler la pierre emmaillotée sous ses bandelettes! mais tu ne t'apercevais de rien I lu dévorais tout !

La Mnrl f.iit rlaijiifr smi ftnipL

SATURNE se drnpe dans son m.uiteau.

Ah 1 retournons dans THrèhe, o ma virjlh» épouse ! Le temps est passé des joies de resclavo, et Ton ne déliera plus mes cordons de laine.

JUPITER OLYMPIEN, tenant dans ses mains une coupe vide. Devant lui, marche son aigle engourdi : il a le dessous des ailes rouge comme si! était rongé de vermine; il ramasse par terre, avec son bec, les plumes qui lui tombent du corps. ■ Jupiter regarde le fond de sa coupe.

Plus rien ! pas une goutte !

11 la penche sur l'ongle de son doigt, jette un long soupir et reprend :

Quand l'ambroisie défaille, les immortels s'en vont.

Père des Dieux, des rois et des hommes, je gouvernais l'éther, Jes intelligences et les empires. Xu froncement de mes sourcils, le ciel tremblait. Je lançais la foudre, j'assemblais les nuées!

Parmi tous les Dieux, sur un trône d'or, au haut de rOlympe, assis et, d'un œil ouvert, surveillant chaque chose, je regardais passer les Heures, filles à la taille égale que le Plaisir et la Peine rendent pour les mortels si longues ou si petites, — Apollon qui courait dans son char, secouant au vent des planètes sa chevelure bouclée, — les Fleuves sur le coude épanchant leurs urnes, — Yulcain battant ses métaux, — Cérès sciant ses blés, — et Poséidon agité, qui, de son manteau bleu, entourait la terre retentissante.

Les nuages s'élevant apportuient jusqu'à moi le parfum des sacrifices. Avec le chant des hymnes, la fuQiée montait dans le feuillage du laurier, et la poitrine du prêtre, se dilatant au rythme, exhalait

IMiF-MIKIlK VKIlSIf» ion

j^r.tinli' <'ii\ cric la |)l;ici(l<' liarnioiiic du jM-iipIc tics llcllfiic^. l II soleil cliaihl hrillail -nr le fi'onli-«|»icc (le iiie^ Iciiijdc-. Maiicv. Inrèl de c(dniiii("s où, coininc une brise de lOlynipe, ciiciilail un poiillle sublime.

Les tribus éparses aiiloiir de moi laisaieiil un peuple. Toutes le-- races ion a les me compta ieni pour leur aïeul et |on> les maîlres de maison ('laiciit aiilani i\o Jupiters à leur foN'cr. On m adorait sfuis jolis los noms, depuis le Scarabée juscju au Portcl'oiidre ! J'avais passé par biiMi des formes, j'avais eu beaucou[> d amoiiis. 'rameau, csiiiic, [)|iiie d or, j'avais visité la nature, id, >e piMiidrant de moi, ollc se mettait h devenir divine, sans que je cessasse d'ôlre dieu... () Phidias, tu m'avais créé si beau que ceux ([iii mouraient sans m'avoir vu se croyaient maudits. Tu avais pris, }»our me laire, tics matières exquises, l'or, le cèdre, l'ivoire, I ébène. les pierreries, richesses (jui disparaissaient dans la beauté, connue los éléments d'une nature dans la splendeur d'un ensemble. Par ma poitrine respirait la Vie. J'avais la Victoire sur la main, la Pensée dans les yeux, <d, des deux cotés de ma tète, retombait ma chevelure l'omme la végétation libre de ce monde idéal. J'étais si grand (|iie je frôlais mon crâne aux poutres de la toiture... Ah! fils de (diarmidès. l'humanilt*. uVst-ce pas? ni» pouvait monter plus haut ! l)an< la barrièi'O bleue dt» Panoenus tu as enlermé pour toujours son plus sublime ellorl, et c'est aux tlieux maintenant à docendre vers elle.

is

J'en vois venir qui sont pâles pour satisfaire laB. douleur des peuples ennuyés. Ils arrivent des pays malsains, couverts de haillons et poussant des sanglots. Moi je ne suis pas, comme eux, né pour vivre sous des ciels froids, avec des langues barbares, en des temples sans statues. Attaché par les pieds au sol antique, je m'y dessécherai sans en sortir. Je n'ai même point bougé, quand l'empereur Caïus voulait m'avoir, et les architectes entendirent éclater, dans mon socle, un grand rire, aux efforts qu'ils faisaient.

Tout entier pourtant, je ne descendrai pas clans le Tartare. Quelque chose de moi restera sur la terre. Ceux en effet que pénètre l'Jdée, qui comprennent l'Ordre et chérissent le Grand, ceux-là, de quelque dieu qu'ils descendent, seront toujours les fils de Jupiter.

JUNON, la couronne en tête, avec des bottines d'or à pointes recourbées, couverte d'un voile semé détoiles d'argent, portant une grenade dans une main et de l'autre ud sceptre surmonté d'un coucou.

Où vas-tu? Arrête-toi ! Qu'y a-t-il donc? Encore un amour, sans doute? insensé qui perd sa force et qui ne sait pas que les mortels s'enffent d'orgueil, à découvrir chaque matin, sur leur oreiller, les cheveux de Jupiter!

Notre vie pourtant était si douce, dans l'équilibre obligé de nos discordes et de nos amours. Diverse et magnifique, elle demeurait immuable

imii:mii:uk vkmsion -jo:

comme lu terre, avec ses oci'aiis en mouvement et ses plaines immoijiles. Oli! icviciis ! lil-^ «le Saturne ! .Nous nous coueli(M'on> mii l hla, cl, «acliés pal' les nuaj^cs, îiu sein d une .itinosplière V(M'nieille, de mes bi'as blancs jenlouirrai Ion cou. je sourirai sous loi: je pa>>eiai in<'> dni^ls dans les boucles de la bai'be cl je r(''|()nirai Ion co'ur, o l*ère des Dieux. Ai-je perdu lua ciiev(dure biiiiie, mes grands veux, mou colliurue d'oi? N'esl-cc pas poui' le plaire, (jue ( luKjue année p» relais ma virginilé dans la fontaine (lanalbus? Ne suis-je plu^ belle? Me trouverait-il vieille?

OiU)i? plus de bruit! .le vais, je viens, je cours dans l'CHympe. Tous sont endormis. Kclio même semble mort!

Elle crie :

Oui. oui!... Au pied de mes images, mes couronu«\s dasterion s'elVcuilleul. La main de la Méuade a décliiré mon voile en pièces, les cent bœufs d'Ar|2:os ont perdu leurs guirlandes et, telle qu'une barangcre des ports, ma prêtresse oublieuse se gorge de poissons Irils. O vei-lu de la INidenr, voilà la tlourlisaue aux joues fardées ijui louclie à mes autels !

MINERVE, avec son grand ra.-^quc flanqui- du sphinx. IVgidt» aux écailles d'or, et couverte d'un peplos qui lui descend juMpiau.x pieds. FClIe marche, en se tenant le front dans la ni.iin.

.le cliancelle ! Je n ai pas dansé poiutanl. je n'ai [Mijnl ainit', je n'ai point bu. (Juaml le-; Muses

chantaient, quand Bacchus s'enivrait, quand Vénus, avec tous les Dieux, s'abandonnait aux Amours, régulatrice travailleuse je restais seule à ma tâche : je méditais les lois, je préparais la victoire, j'étudiais les plantes, les pays, les âmes; — j'allais partout, visitant les héros, j'étais la Prévoyance, rinvincible Lumière, l'Energie même du grand Zeus.

De quel rivage souffle ce vent qui me trouble la tête? Dans quel bain de magicienne a-t-on plongé mon corps? Sont-ce les sucs de Médée,ou les onguents de Circé, la lascive? Mon cœur défaille, je vais mourir.

MARS, très paie.

J'ai peur comme un esclave en fuite, je me cache dans les ravins. Pour mieux courir, j'ai défait ma cuirasse, j'ai retiré mes jambarts, j'ai jeté mon épée, j'ai abandonné ma lance.

Il se regarde les mains.

N'ai-je plus de sang dans les veines, que mes mains sont si blanches? Ah I comme je bouffissais mes joues dans les trompettes d'airain! Comme je pressais entre mes cuisses nerveuses mes étalons à large croupe ! Les panaches rouges, se tordant, brillaient au soleil; les rois, la tête haute s'avançaient hors des tentes et les deux armées faisaient un grand cercle pour les voir.

l'UKMir.ui: vi:usi()N 2oi>

Je |»(Mis(' î{ TIh'mo inn imiiriicc, a lirllonc mu I Minj»a;j,iH', à mes Salit'iis (|ui tlan-^aicnl d Un pas loiii'il, m liappaiil sur leurs l>i»inli('r>, cl \r iih* sens j»lu< h isl«' (juc ('(» soii ili' ma jcmu'ssi», oii. Mr.ssé pai* ni<Mn(Ml(\ je suis rcniniil»' dans I < ll\ mpt' ni'' jilairitlrc à Jupiter.

I i;i{i;S. assise daiw un char, tlunl le-» inovnix sc-nl deux ailes de cyj^ne qui l)atlenl l'air: !<• ( liar s'arr-He et le llamliertU. que la d^'cssc porte à la main. - cttint.

Oui, arrùle-loil puis(|uc Noplune a ccs-t' de inr poursuivre, puisque j ai pareouru la terre entière. Ne va pas plus loin ! Arrèle-toi I

Elle prend de dessous elle une serviette d'or et s'en essuie le.s yeux.

Hédas! hélas! je ne verrai plus l*roserpine lesplendis.sanle qui s'ébattait dans les pousses vertes! Illle esl deseendue (liez Pluton et n'eu sortira pas.

Fennnes des Athéniens (jni porte/ des cii;ales d'or dans^ vos (du'velures, \ous (jui éunnaillolle/. vos enfants avec la robe usée des nnslèies, (jui couchez sur la sarriette sauvage et qui nian*;ez île i'.nl pour dissiper la vapeur des parl'ums. — sorlant lin snir d'aulonine par la i'orle sacrée, derrière le chai" (jui traîne la (l(»rl»eille, loules en lanu, l.i hde basse et l(»s pieds nus, vous ne i-ece\re/ plus l'injure obscène des i^ens {|ui vou^ iit'eiidenl Mir le pnnl du Ct'plii^e !

NEPTUNE, empêtré, comme à Elis, dans trois robes, l'une pardessus l'autre. II manque de tomber à tous les pas et s'appuie sur son trident.

Qu'est-ce donc? Je ne puis ni m'étendre sur le rivage, ni courir dans les plaines. On m'a serré les côtes avec des digues, et mes dauphins jusqu'au dernier se sont pourris au fond des eaux. Autrefois j'envahissais la campagne, je faisais trembler la terre, j'étais le Mugissant, Flnondateur, et la Fortune s'invoquait dans tous mes sacrifices. Des monstres couronnés de vipères jappaient incessamment sur mes récifs pointus. On ne passait pas les détroits, on faisait naufrage, en doublant les îles.

Heureux celui qui pouvait un jour tirer sur la grève sa galère désarmée, revoir ses vieux parents et suspendre au sec, dans le foyer domestique, le gouvernail de ses voyages !

LA MORT

Passe! passe !

HERCULE, ruisselant de sueur, haletant. Il dépose sa massue et s'essuie la figure avec sa peau de lion, dont la gueule lui pend sur l'épaule.

Ah!

Il reste d'abord sans pouvoir parler, tant il est hors d'haleine.

rUKMIIIM': VKhSIo.N ill

(hi ilil «jiu' j ai iii'ioiiipli duiizi' lra\.in\' .1 rii ai uccoiiipli ci'iil, c«Mil inillr ! i\\\o sais-jr?

J'ai d'aliord i4ranul«'' <l»'n\ ciininH's 'i('i|iriil- ({iii s'cnroulaionl à mon Itcucan. .lai tlniii|ih' Ir l.inreau <lo (avio, les (lenlainos, les Cercopcs «'( l»-^ Viua/.onos, j'ai lail nnuirir l>iisiii>, j'ai «'hmllV' lo Lion «It» NiMiU'c. j.ii C(;ii|»<'' 1»'^ h'-h'- (!•' 1 llydri'. .1 ai [lie Tlu'odoiiuis (*l Lacymis, Lycus roi d»; 'I"Ik'I»o>, ' Kiiripid(' roi de Cn>, Noloo roi de V'i<(\ Km vie roi d'dlchalio. .l'ai ca>ii»'' la corne d'Aclicloii^ (|ui «Hait un grand Ikuivc. .l'ai lue (léryon ([ui avait liois rnrns,cl (^acus, lils de Vnlcain.

l'isl-ce tout? Oh non! j'ai ahallii le Vaiiloiir de PronuHliée, j'ai lié (lorl)orc avec une cliaîne, jai nellové les élables d'Augias ; — j'ai séparé les montagnes de Calpé el d'Alivla. lieii (Iu'imi le^ prenant par leurs sommets, comme un Immine (jui écarte avec ses deux mains les éclalxTune luïclie.

J'ai voyagé, .l'ai été dans l'Inde, j'ai parcouru les Gaules. J'ai Iraversé le déserl oi'i l'on a soil.

Les pays esclaves, je le> délivrais; 1l'> pays inluihilés, je les peuplais; — et plus je vieillissais, plus s'accroissait ma force : je tuais mes amis en jouant avec eux, je rompais les sièges en m'a>seyant dessus, je démolissais les temph^s en pa->^anl >ou-> leurs portiques. J'avais en moi une iuieiii' continuelle qui déhordait à gros bouillons, comme le vin nouveau (jui l'ait saulei- la bonde des cuves.

Je criais, je courais, je déracinai- le> arl.re<,jc troublais les lleuvo, l'écume sifllail au coin de

ma lèvre, je souffrais à restomac, et je me tordaij dans la solitude, en appelant quelqu'un."

Ma force m'élouffe! C'est le sang qui me gêne! j'ai besoin de bains tièdes et qu'on me donne à boire de l'eau glacée. Je veux m'asseoir enfin sur des coussins, dormir pendant le jour et me faire la barbe. La reine se couchera sur ma peau de lion, moi je passerai sa robe et filerai la quenouille, j'assorlirai les laines, j'aurai les mains blanches comme une femme. Je sens des langueurs... donnez-moi donc, donnez-moi...

LA MORT

Passe! passe!

Arrive sur des roulettes un grand catafalque noir, garni de flambeaux du haut en bas. Son dais étoile de lames d'argent, et soutenu par quatre colonnes d'ordre salomonique où s'enroule une vigne d'or, abrite un lit de parade recouvert de pourpre et dont le chevet triangulaire supporte des tablettes chargées de parfums qui brûlent dans des poteries de couleur. On dis^tingue sur le lit une figure d'homme en cire, couchée tout à plat comme un cadavre. Autour du lit sont alternativement rangées de petites corbeilles en filigrane d'argent et des urnes d'albâtre de forme ovale: il y a. dans les corbeilles, des pieds de laitues, dans les urnes une pommade rose.

Des femmes suivent le catafalque d'un air inquiet. Leurs chevelures dénouées tombent le long de leur corps comme des voiles; — de la main gauche elles ramènent sur leur sein les plis de leurs robes^ traînantes, et tiennent dans la droite de gros bouquets ou des fioles de verre pleines d'huile.

Elles se rapprochent du catafalque, elles disent :

Pm.MIKUi: VKH.slnN 213

IIS I i:\iMi. >

|;,»a,,! |>H>;in! il <•-! ht-au ! iV-vcilh'-loi ! assez ilorini ! It'vc la lrli\ (Jchoiil !

Klles s'asseoient p.ir terrt', t.r.iics .'n rond.

\li! il est morll il n'ouvrira pas les yciixî L«^s mains sur les lianclios ri le [uimI ilioil <'ii Tair, il uc touriKMM i)lus sur le Uiloii gaucho. IMouronsî (Irsolons-nous ! crions !

Elles poussent de grande crin, puis se taisent t.. ut à coup. On entend pétiller la mèche des n.inii)eaMx dunt les gouttes arrachées par le vent tombent sur lo cadavre de cire et lui fondent les yeux.

Les femmes se relèvent.

Comment faire? chatoiiillons-l.' ! frappons-lui dans les mains!... Là... là... respire no> Ininiuolsî Ce sont des narcisses et des anémones ({ue nous av(ms cueillis dans tes jardins. Ranime-ioi, lu nous fais pour!

Oh! comme il esl taide. déjà!

Voilà ses yeux (jui coulent par les hords! Ses -enoux sont tordu<, el la peinture de son visage a descendu >ur la })ourpro.

Parle! Nous sommes à loi'. (Jue t<' faul-il? Veuxlii hoiro du vin? veiix-lu coucher «lans nos lits? veux-tu manger les pain^ (h' miel (pie non- faisons frire dans des poêles, d (pu oui 1:> f"i''ï>'' ''•' P'^'''^ oiseaux, pourTamuseï' davantage.

Touchons-lui le venlrel Bai-cu-lr -m" I'' ((«'ni':

Tiens! tiens! les sens-tu, nos doigts; chargés d( J^agues qui courent sur ton corps, et nos lèvres qui cherchent la bouche et nos cheveux qui balaienl tes cuisses? Dieu pâmé, sourd à nos prières!

Antoine se cache la figure avec sa manche. Le Diable lui tire le bras brusquement et le pousse plus près.

Ah! voyez donc comme ses membres, en h maniant, sont restés au fond de nos mains! Il n'esl plus ! il n'éternue pas à la fumée des herbes sèches,] et ne soupire point d'amour au milieu des bonnes odeurs!... Il est mort!... il est mort !

ANTOINE, se penchant vers les femmes.

Qui donc?

LE DIABLE, lentement.

Ce sont les filles de Tyr qui pleurent Adonis.

Elles s'écorchent la figure avec leurs ongles et se mettenï à couper leurs cheveux; puis elles vont, i'une après l'autre, les déposer sur le lit, et toutes ces longues chevelures pêle-mêle semblent des serpents blonds et noirs rampant sur le cadavre de cire rose qui n'est plus maintenant qu'une masse informe.

Elles s'agenouillent et sanglotent.

ANTOINE se prend la tête dans les mains.

Comment!... mais!... oui!... je me rappelle!... une fois déjà... par une nuit pareille, autour d'un

IMiK-MIKUl-: VKUSION 21:1

i.hivrr coiicli.'... hi iiimtIic limiail ^\iv la collinr,

j^Ts (i itn x'piilcii' oiiM'il; l«'s san^lnU «'clalairiil

NOUS les Nnih'S iKiiiN |m'||(||('s; des fniiliu's |t|<'ii-

raicnt. «•( leurs laiiin's Ininhairnl -iir^cs pieds 1111^.

oniino losgoullcs (l'caii sm- «lu iniuln»' hlaiic...

Il s'fitraisse.

LE DI.Vni.K. en riant.

Allons! (leljMul ; Il eu \ iciil daiilrcs ! lo^ardc!

Le cfil.-iral<me ci"A<loiiis a di-^paru.

On entend un biiiit de rastagnctles et de cymbales, et des hommes vêtus de robes bigarrées, suivis i>ar une foule rustique, amènent un âne empanaché de feuillage, la queue garnie de rubans, les sabots peints, — avec un frontal à plaques d'or et des coquilles aux oreilles, une boîte couverte dune housse à cordons sur le dos, entre deux larges corbeilles dont l'une, chemin faisant, reçoit les oll'randes de la foule : œufs, raisins, fromages mous, lièvres dont on voit prhsser les oreilles, volailles plumées, poires en quantité, monnaie de cuivre, — et dont l'autre à moitié pleine contient des feuilles de roses que les conducteurs de l'âne jettent «levant eux, tout en marchant. Ils ont des bottines à lacets, les cheveux nattés, de grands manteaux, des pendant'^ d'oreilles et les joues couvertes de fard, l'ne couronne en branche dolivier se rattache au milieu de leur front par un médaillon à figurine, entre deux auties plus petits, et ils en |>ortent une troisième plus large, sur leur poitrine nue. Des poinçons, des poignards sont passés dans leur ceinture, el ils brandissent des fouets à manche d'ébène jaune, dont la triple lanière est garnie d'osselets de mouton.

On ùte d'abord la housse de la boite, recouverte en dessous d'un feutre noir: la foule s'écarte, l'àne s'arrête. In de ces hommes, retroussant son vêtement, se met

à danser tout autour en jouant des crotales; — un autre, agenouillé devant la boîte," bat du tambourin, et le plus vieux de la bande commence d'une voix nasillarde:

Page 1