‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 64 sur 81 · L'ARCHI-GALLE · texte numérisé non relu

L'ARCHI-GALLE

Voilà la Bonne Déesse', ridéenne des montagnes ; la Grande Mère de Syrie ! Approchez, braves gens! Elle est assise entre deux lions, porte sur la tête une couronne de tours el procure beaucoup de bieas à tous ceux qui la voient.

C'est nous qui la promenons dans les campagnes, sous les feux du soleil, pendant les pluies d'hiver, par beau et mauvais temps. Elle gravit les défilés, elle glisse sur les pelouses, elle traverse les ruisseaux. Souvent, faute de gîte, nous couchons en plein air et nous n'avons pas tous les jours de table bien servie. Des voleurs habitent les bois, les bêtes féroces hurlent elTiovablemcnt dans leurs cavernes, il y a des chemins impraticables et pleins de précipices I... La voilà! la voilà!

Ils ôtent la couverture de laine et l'on voit i;ne loite île sycomore incrus'.ée de petits cailloux.

Plus grande que les cèdres, elle plane dans l'éther bleu; plus vaste que le vent, elle entoure le monde. Son souftle s'exhale par les naseaux des panthères, par la feuille des plantes, par la sueur des corps. Ses pleurs d'argent arrosent les prairies, son sourire est la lumière et c'est le lait de sa poitrine qui a blanchi la lune. Elle fait couler

l'iuiMinu-: vkmsimn

les lonliiiiu's, «'llr lail poii^xT l;i Iciilx», vWv lui craciucr r«''C(>rci' drs pius (|iii m- Ij.tl.iiu'cnl .l.nis 1rs IniiMs. Doniicz-lui (|inlt|ii(' cliux', ciir cllr t|('«li's(<»

lt»> avarrs

La l)uile s'tMilr lUivr»'. vl l'on aperi'ttit. sous un l'uvillon de soie rose, une petite imaye Je (iyifél t ut élincelante de paillettes, dans un char de pierre nmieur de via trainé par deux lions cré|)us la patle levée. Les paysans se» puus>ent pour uiieux voir, l'ho .nie (jui danse tourne toujours, celui (|ui bal sdn l iinbouria frappe i)lus fort, et rarchi-«,'alle eontinue :

Son lem[)lc c^l luili -m- le j^oiidYt' par où les <vui\ (lu il«''lu5i,e (jui Unissait se sont pr('ci[»ihM's. M a dos portes d'or, un plafond dOr, df-^ l.nnhris dor, des statues d'or. Apollon y est, .Mncnr*», llylhia, Atlas, Ilélèn«', llécube, Paris, Acdiille et AU'xandre. Des aigles, des lions, des < licv.inx <'l des eolonibes se promènent dans sa coin. A son grand arbre qui brnlc on aceroelie des tnni(|u<M t'I des rollVets, et t*<'st [)onr (db' (jn'i'^^l dressé le pballns de cent vinjjit coudées, on 1 on urinijx' avo«* «b's cordes, comme au tronc d'un j)almi(M-. ijuand <>n va cueillir les dattes.

Ils se donnent avec leurs foyets de grands coups dans le dos, en cadence.

Frappe/ du lambourinî sonne/ le> cymbale-! souftle/ dans les Hntes à largi's Irons î

l'allé aime le poivif n(di' (|U(^ lOn va ( lieri lier dans les déserts. Elle aime la lleur de lamandier, la izrenade et b^s fiiiucs verle--, lc> lèvres rouires,

les regards lascifs, la sève sucrée, la larmej salée!... Du sang! à toi ! à toi!' Mère des montagnes!

Ils se tailladent les bras avec leurs poignards, leurs dos résonnent comme des boîtes creuses. La musique redouble, la foule s'accroît. Puis des hommes en habits de femmes et des femmes en habits d'hommes se poursuivent, en poussant une grande clameur qui se perd à l'horizon, dans le frémissement des lyres et le bruit des baisers. L^urs robes diaphanes se collent contre leurs ventres. Un sang rose en dégoutte et bientôt, sur cette vague multitude, toute chatoyante, agitée, lointaine, apparaît un Dieu nouveau qui porte entre ses cuisses un amandier chargé de fruits. Les voiles des têtes s'envolent, lencens tourbillonne, l'acier tinte. Des prêtres eunuques enveloppent des femmes dans leurs dalmatiques chamarrées.

Mais d'autres dieux arrivent, innombrables, infinis. Ils passent comme des traînées de feuilles sèches sous un vent d'automne, si rapidement qu'on ne peut les voir, et tous pleurent si haut que l'on n'entend pas ce qu'ils disent. La Mort refait un nœud à la mèche de son^ fouet. Antoine étourdi veut fuir, mais le Diable 1( retient et reprend :

LE DIABLE

Celui-là, c'est Atys de Phrygie. 11 jette sa baclu de pierre, il s'en va pleurer dans les bois sa virilit( perdue. Voici la Dercéto de Babylone, à croupi de poisson. Voilà le vieil Cannes, voilà Ilythiî couverte de ses voiles, voilà Molocb cracbant di feu par les narines, et dont le ventre, bourn d'bommes, burle comme une forêt incendiée.

rni:.Mii;iti: \i;usi(».n m'j

Page 1